OASIS
Non loin d’Asouan, « au midi du Nil, » est une montagne, au pied de laquelle se trouve une mine d’émeraudes. Elle est située dans un désert éloigné de toute habitation. Il n’existe dans l’univers aucune mine d’émeraudes autre que celle-ci, qui est exploitée par un grand nombre d’individus; les produits de cette mine sont ensuite«exportés ailleurs.
Quant aux mines d’or (ci-dessus indiquées), elles sont situées à i5 journées au nord-est d’Asouan dans le pays d’el-Bodja. A l’ouest de cette ville, sont les oasis aujourd’hui désertes et sans habitants, jadis florissantes et arrosées; on y voit encore quelques arbres et des vestiges de villages ruinés. De ce point, jusqn’au pays de Kawar et de Koukou on ne cesse de
trouver des oasis plantées de palmiers et des ruines d’habitations. Ebn-Haukal rapporte qu’on y trouve encore des chèvres et des moutons devenus sauvages, fuyant l’approche des hommes, et qu’on chasse comme toute autre espèce de gibier. La ^ajeure partie des oasis a la même pente que le terrain de l’Egypte \ et on y voit diverses ruines d’édifices dont nous parlions ci-
MARKAT.A.
après.
De la ville de Boulac à celle de Markata , on compte
3o journées. Cette dernière est peu considérable et sans murs d’enceinte, mais très-peuplée ; on y trouve de l’orge, du poisson
Feuillet 1 1 recto.
et des laitages en abondance, et c’est là qu’arrivent les marchands de Zalegh ijhy, ville située sur le bord de la mer Rouge, et dont nous parlerons en son lieu , s’il plaît à Dieu.
' C’est ainsi du moins que j’entends ces mots ; j.-in ^ Xljb-
Abyssinie. — Djenbié. — Rivières qui se jettent dans le Nil. — El-Nedja’at. — Zalegh. — Naketi — Batta. — Wadi-’l-Alaki. — Bodja.
Cette section comprend la description de la majeure partie de l’Abyssinie > et de l’ensemble de ses provinces.
La plus considérable de toutes les villes de ce pays est Djenbié \ ville florissante, bien qu’elle soit située dans le dé-
sert et loin de tous les lieux habités, Ses rnaisons et ses champs sont sur les bords d’une rivière qui traverse l’Abyssinie et se jette dans le Nil, après avoir baigné les murs de la ville de Markada ^ d’el-Nedja’at . Cette rivière a sa source
en deçà de la ligne équinoxiale, à l’extrémité des terres habitées du côté du midi; elle coule au nord-ouest jusqu’en Nubie, et décharge ensuite ses eaux dans la branche du Nil qui entoure la ville de Boulac, comme nous l’avons expliqué. Elle est large, profonde et d’un cours lent; c’est sur ses bords que sont les habitations des Abyssins.
La plupart des voyageurs se sont trompés lorsqu’ils ont pris cette rivière pour le Nil, voyant que sa crue, ses inondations et sa diminution avaient lieu à la même époque. Bien que ce phénomène ait lieu à une époque et d’une manière identiques, ces personnes ont comïitis^une erreur lorsqu’elles ont confondu avec le Nil la rivière en question, par suite des observations
‘ Les mss. n° 334 et B. portent Djenbita. Voyez sur ce nom Hartmann,
Edrisii Afric., pag. 88. — * Sic.
EeuiHet 1 1 recto
DJENBIÉ.
EL-XF,t'J,\’AT
qu’elles avaient faites des particularités qui caractérisent le Nil-, ainsi que nous l’avons expliqué. La vérité de notre assertion ( que ce n’est point le Nil ) est confirmée par les ouvrages qui traitent de cette matière et parlent de cette rivière , de son cours et de son embouchure dans un bras du Nil auprès de la ville de Boulac. C’est ainsi que s’explique Ptolémée dans son livre intitulé Géographie , et Hassan ben al-Mondar, dans l’endroit du livre des Merveilles où il traite des rivières, de leurs sources et des lieux où elles déchargent leurs eaux. « C’est une chose « qui ne peut former l’objet d’un doute pour les personnes ins- « truites, et relativement à laquelle ne sauraient errer celles qui « ont jeté les yeux sur les ouvrages où la matière est discutée. » C’est sur ce bras ( du Nil ) que sont bâties la plupart des villes « des Abyssins, dont la nourriture se compose en majeure partie « de dhorra, de millet, dé haricots et de lentilles, qu’ils em- <( magasinent pour s’en servir au besoin. Cette rivière est très- « considérable ; on ne la traverse qu’au moyen d’embarcations , « et il y a sur ses bords, comme nous l’avons dit, beaucoup de « villages et d’édifices d’Abyssins. Au nombre de ces villages sont « ceux de Meida de Djenbié de Caldjoun >
« de Batta 'daj ^ et autres situés dans le désert. Quant aux villes « maritimes, elles s’approvisionnent de dattes par eau. »
Au nombre de ces villes, il faut compter Zalegh jlij» Mancouba Akent , et Naketi , au territoire de la-
quelle touchent les villages du désert. Tous les habitants de ces villes se nourrissent du produit de leur pêche, de laitages, et de céréales apportées des villes situées sur les bords de la rivière dont il vient d’être fait mention^
El-Nedja’at est une petite tille située sur les bords de
cette rivière. Ses habitants sont agriculteurs; ils cultivent le dhorra et l’orge dont ils se nourrissent. Le commerce y est peu considérable, et l’industrie à peu près nulle. On y trouve
beaucoup de laitages et de poisson. On va d’el-Nedja’at à Markada ci-dessus indiqué, en 6 jours, quand on descend
la rivière : il en faut plus de lo.en la remontant. Les barques sont petites , à cause de la rareté du bois. Il n’existe au-delà de ces deux villes, du côté du midi, ni habitations ni choses dignes de remarque.
D’el-Nedja’at à Djenhié, 8 journées.
De Markada à Djenhié, 8 journées.
Cette dernière est, comme nous l’avons dit, située dans le désert et isolée de la terre cultivée. Ses habitants ne boivent que de l’eau de puits, « et encore ces sources sont-elles pour la plu- « part du temps à sec. La majeure partie de la population de ces « contrées se livre à l’exploitation des mines d’or et d’argent ; c’est « leur principale occupation et leur ressource la plus importante. « Ces mines sont placées dans la montagne de Soures ‘ ,
« laquelle est à 4 journées de Djenhié.
«De ces mines à Asouan, on compte environ i5 journées; « et de Djenhié à Zalegh — Jt), ville située sur les limites de « l’Al^yssinie, environ i Ajournées.»
Zalegh est sur les bords de la mer salée, qui touche à celle de ColzOum ( la mer rouge ). Le fond de cette mer est tellement rempli d’écueils jusqu’à Bah el-Mandeb , ([ue
les grands bâtiments n’y peuvent naviguer, et que souvent, lorsque les petits s’y hasardent, ils y périssent surpris par la tempête. De Zalegh à la côte de l’Iémen il y a juste 3oo milles.
Zalegh est une ville d’une étendue peu considérable, mais très-peuplée. On y voit beaucoup de voyageurs étrangers, car la plupart des navires de Colzoum y abordent avec les diverses sortes de marchandises qui conviennent à l’Abyssinie. L’exportation consiste « en esclaves » et en argent. « Quant à l’or, il y.
' Le ms. B. porte ikfoum. .
’ Notre inanusc. porte yv-LL mais l’ancien donne la vraie leçon:
Feuillet 1 1 verso.
Fpiiiiiei 11 verso « est rare. Les habitants boivent. . . .b Ils portent des vêtements i( de laine et de coton. »
On va de Zalegb à Mancouba *jyü-«*en 5 journées parterre, et en moins de temps par mer. On trouve à i 2 journées de distance, dans le désert, une ville qui s’appelle Caldjoun De Mancouba à Akent 4 journées par terre. Cette dernière est située sur le bord de la mer au midi. Les barques d’un faible tonnage et peu chargées peuvent seules y aborder ; car toute cette mer, du côté de l’Abyssinie, est semée d’écueils et de bas-fonds contigus qui s’opposent à la navigation, ainsi que nous l’avons dit plus haut. La ville d’ Akent est petite, mal peuplée et presque totalement ruinée. « Ses habitants se nourrissent, en ma- « jeure partie, d’orge, de dhorra et de poisson; ils se livrent « beaucoup à la pêche. Le bas peuple vit de la chair des co- « quillages cachés dans les récifs sous-marins; on les sale pour « s’en servir au besoin. »
D’ Akent à Naketi 5 journées.
NAKETi „ Naketi est une petite ville ou un gros bourg non entouré
« de murs, mais construit sur une colline de sable à une portée « de flèche de la mer. Ses habitants voyagent peu et ne voient « aborder chez eux que peu d’étrangers, à cause du défaut de « ressources de ce pays. Les vivres et les objets de commerce y « sont apportés (du dehors). Les déserts y sont stériles et les « montagnes aussi arides que celles des contrées situées plus au « sud; point de villages, point d’habitations. La seule industrie « et le seul commerce consistent dans l’éducation des chameaux. »
A 8 journées de Naketi, on trouve Batta Uaj , dont le territoire touche à celui de Berbera pays dont la première ville
est Djouah , qui n’est pas très-éloignée de Batta.
‘ H existe ici une omission dans notre ms.; le ms. B. porte : « de l’eau de puits. » Ou Baketi, d’après les manuscrits n° 334 et B.
CINQUIEME SECTION. 4l
« Tous les peuples de l’Abyssinie élèvent des chameaux, en Feuillet i « font commerce, boivent leur lait, s’en servent comme de bêtes « de somme et en ont le plus grand soin. C’est chez eux la mar- « chandise la plus estimée ; il se les dérobent entre eux , et les « vendent à des marchands qui les conduisent en Egypte, par « terre et par eau.
« L’Abyssinie confine du côté du nord avec le pays de Bodja « , lequel est situé entre l’Abyssinie, la Nubie et le Sa’ïd.
« C’est une contrée dans laquelle il n’ existe ni villages ni lieux « cultivés, enfin un vrai désert qui sert de passage ou de lieu « de réunion pour les marchands qui se rendent à Wadi-’l-Alaki « où se fait le commerce entre les habitants de la
« haute Egypte et ceux de Bodja. Cette vallée ( TV adi-’l-Alaki )
« est très-peuplée et très-fertile.
« El-Alaki n’est en soi qu’un village ou un bourg. L’eau qu’on wadi-’l- «y boit et qui est douce, provient de puits. Les mines d’or,
« dont nous avons parlé plus haut et qui sont célèbres, sont « situées au milieu de ce pays, dans une plaine qui n’est point « entourée de montagnes et qui est couverte de sables mou- « vants b Dans les premières et dans les dernières nuits du « mois les chercheurs d’or se mettent en campagne durant la « nuit. Ils regardent de tous cotés vers ce qui brille sur la terre ;
« lorsqu’ils aperçoivent des scintillations dans l’obscurité, ils en « concluent d’une manière certaine qu’il y a de l’or dans cet « endroit. Ils y passent la nuit, et, lorsque le jour survient,
« chacun se met à l’œuvre dans la portion de sable qu’il a re- « connue, prend ce sable et le transporte à Nedjlbé auprès
« des puits qui s’y trouvent. Ensuite on procède au lavage dans
‘ Abulféda fait aussi mention de ces mines. Voyez Tah. Ægypt, pag. 35 et 36; mais il n’entre pas dans aillant de détails que notre auteur.
’ C’est-à-dire probablement « lorsque la lune est nouvelle ou vers la fin de son J dernier quartier. »
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