MON BASA
« d’herbes, et fabriqués par eux. Ils attachent ces filets à leurs « pieds; au moyen de liens et de nœuds coulants qu’ils tiennent « avec les mains, ils resserrent le filet aussitôt qu’ils sentent que « le poisson y est entré, et cela avec un art dans lequel ils ex- « cellent, et avec des ruses dont ils ont une longue expérience. « Pour attirer le poisson, ils se servent de reptiles terrestres. « Bien qu’ils vivent dans un état de détresse et de misère pro- « fondes, cependant ces peuples (Dieu aime ceux qui résident « dans leurs foyers domestiques) sont satisfaits de leur sort, et « se contentent de ce qu’ils ont. Ils obéissent au gouvernement « du Zendj g-'y b
On va de cette ville (Medouna) en suivant la côte, à Melinde û*xâA..5, ville du Zendj, en trois jours et trois nuits par mer. Melinde est située sur le bord de la mer^, à l’embouchure d’une rivière d’eau douce. « C’est une grande ville dont les habitants « se livrent à la chasse et à la pêche. Sur terre ils chassent le « tigre et d’autres animaux féroces. Ils tirent de la mer diverses « espèces de poissons qu’ils salent, et dont ils font commerce. » Ils possèdent et exploitent des mines de fer, et c’est pour eux un objet de commerce et la source de leurs plus grands bénéfices. Ils prétendent connaître l’art d’enchanter les serpents les plus venimeux, au point de les rendre sans danger pour tout le monde, excepté pour ceux à qui ils souhaitent du mal, « ou « contre lesquels ils veulent exercer quelque vengeance. Ils pré- « tendent aussi qu’au moyen de ces enchantements , les tigres et « les lions ne peuvent leur nuire. Ces enchanteurs portent dans » la langue de ces peuples le nom d’el-Mocnefa ÜLoLib » De cette ville à Manisa ^ sur la côte, 2 journées. Celle-ci est petite
et dépend du Zendj. Ses habitants s’occupent de f exploitation
‘ Du Zengliebar.
’ C’est évidemment par erreur que le copiste a mis ici J^.^! au lieu de^y.^ül * Pour Monbasa , comme portent le n° 334 et le ms. B
des mines de fer et de la chasse aux tigres. Ils ont des chiens de Feuillet i5 recto, couleur rouge qui combattent et vainquent toute espèce de bêtes féroces et même les lions. Cette ville est située sur le bord de la mer, et près d’un grand golfe que les navires reiuontent durant un espace de deux journées, « et sur les rives duquel il « n’existe point d’habitations, à cause des bêtes féroces qui y « vivent dans des forêts, où les Zendjes vont les poursuivre, ainsi « que nous venons de le rapporter. C’est dans cette ville que « réside le roi du Zenghebar. Ses gardes vont à pied, parce qu’il « n’y a point dans ce pays de montures ; elles ne sauraient y « vivre. » De Manisa au bourg d’el-Banès parterre, 6 jour-
nées, et par mer, i5o milles. El-Banès est un bourg très-grand et très-peuplé. « Les habitants adorent un tambour nommé erra- « him aussi grand que .... xcJl \ couvert de peau d’un
« seul côté, et auquel est suspendue une corde au moyen de la- « quelle on frappe le tambour. Il en résulte un bruit effroyable « qui se fait entendre à trois milles de distance ou environ. »
El-Banès ^ est la dernière dépendance du Zendj ; elle touche el-banès. au Sofala pays de l’or. D’el-Banès à la côte de la ville nom- Feuillet i5 verso
mée Tobnet , par mer, i5o milles, et parterre, 8 journées, attendu que dans l’intervalle il existe un grand golfe qui , s’étendant vers le midi , oblige les voyageurs à se détourner du droit chemin, et une haute montagne nommée Adjoud dont les flancs ont été creusés de tous côtés par les eaux qui tombent avec un bruit épouvantable. Cette montagne attire à elle les vaisseaux qui s’en approchent^, et les navigateurs ont soin de s’en écarter et de la fuir.
‘ Mot dont il n’a pas été possible de déterminer la signification.
* Hartmann pense qu’il faut lire el-Baies. Nous suivons littéralement l’orthographe de notre manuscrit , qui est ici conforme à celle du ms. B. ^
’ L’auteur veut probablement parler dçs courants qui peuvent porter sur la côte (Voy. d’Herbelot, Bibl. or. au mot aguird) ; peut-être aussi fait-il allusion aux prétendues montagnes d’aimant (Hartmann, Edris. Afr., pag. loi ).
Feuillet i5 verso. La ville dç Tolinet dépend aussi du pays de Sofala, et
« touche à celui des Zendjes. Il y a beaucoup de villages, et ils sont « tous placés sur le bord des rivières b Dans tout le Zendj, les prin- « cipales productions sont le fer et les peaux de tigres du Zen- « ghebar. La couleur de ces peaux tire sur le rouge , et elles sont « très-souples. Comme il n’existe pas de bêtes de somme chez « ces peuples, ils sont obligés de porter sur leurs têtes et sur « leurs dos les objets destinés pour les deux villes de Melinde « et de Molbasa où se font les ventes et les achats. Les
« Zendjes n’ont point de navires dans lesquels ils puissent voya- « ger; mais il aborde chez eux des bâtiments dti pays d’Oman « et autres, destinés pour les îles de Zaledj qui dépendent « des Indes; ces étrangers vendent (au Zenghebar) leurs mar- « chandises, et achètent les productions du pays. Les habitants « des îles de Raledj ^ vont au'Zenghebar dans de grands et « de petits navires, et ils s’en servent pour le commerce de leurs « marchandises, attendu qu’ils comprennent le langage les uns « des autres. Les Zendjes ont au fond du cœur un grand respect « et beaucoup de vénération pour les Arabes C’est pour cela « que, lorsqu’ils voient un Arabe, soit voyageur, soit négociant, « ils se prosternent devant lui, exaltent sa dignité ^ et lui disent « dans leur langue : Soyez le bien-venu , 6 fds de l’Iémen ! Les « voyageurs qui vont dans ce pays dérobent les enfants, et les « trompent au moyen des fruits (litt. des dattes) qu’ils leur don- « nent. Ils les emmènent çà et là , et finissent par s’emparer de « leurs personnes , et par les transporter dans leur propre pays ; « car les habitants du Zenghebar forment une population nom-
‘ Le mot signifie golfe ou vallée , d’après Castel. Mais nous avons tout lieu
de croire que dans la langue de notre auteur le sens de ce mot a plus d’extension.
° Sic. Le ms. B. porte Zanedj
’ Cette particularité se retrouve avec moins de détails dans les anciennes relations des Indes , pag. 112.
« breuse , et manquent de ressources C Le prince de l’île de « Keich située dans la mer d’Oman , entreprend avec ses « vaisseaux des expéditions militaires contre le Zendj , et y fait « beaucoup de captifs. »
En face des rivages du Zendj sont les îles de Zaledj ^ ; elles sont nombreuses et vastes; leurs habitants sont très-basanés, et tout ce qu’on y cultive de fruits, de dhorra, de cannes à sucre et d’arbres de camphre, y est de couleur noire. Au nombre de ces îles est celle de Cherboua dont la circonférence est,
à ce qu’on dit, de i'2oo milles, et où l’on trouve- des pêcheries de perles et diverses sortes d’aromates et de parfums, ce qui y attire des marchands. Parmi les îles de Zaledj comprises dans la présente section, on compte aussi celle d’el-Andjebeh ,
dont la ville principale se nomme , dans la langue du Zenghebar, el-Anfoudja , et dont les habitants, quoique mélangés,
sont actuellement pour la plupart musulmans. La distance qui la sépare d’el-Banès sur la côte du Zendj, est de loo milles;
cette île a 4oo milles de tour; on s’y nourrit principalement de figues bananes. Il y en a de cinq espèces, savoir: la banane dite el-kend *xÂjüi , l’el-fili JhvBI , dont le poids s’élève quelquefois à
douze onces; l’omanl jU.*!! *, et enfin l’el-sokri
C’est une nourriture saine, douce et agréable. « Cette île est tra- « versée par une montagne nommée Wabra où se réfugient « les vagabonds chassés de la ville, formant une brave et nom- « breuse population , qui infeste souvent les environs de la cité ,
‘ Il y a ici un jeu de mots assez diOicile à traduire en français ; g-Jyll Jsi&t
’ Notre manuscrit porte tantôt ^ly tantôt et tantôt , ce sont les îles que d’Herbelot, Hartmann et autres ont décrites, d’apres les géographes arabes, sous le noms de Raneh et de Ranah
* Le ms. n“334 porte Saranda Mais le ms. B. est ici d’accord avec le nôtre.
* Le nom delà quatrième espèce manque ici; mais d’après l’abrégé, et d aprè
le ms. B., c’est el-moriani qu’il faut lire.
Feuillet i .ï verso
ILES DE ZALEDJ oc DE ZANEDJ.
Feuillet i6 recto
Feuillet i6 recto. et qui se maintient sur le sommet de cette montagne dans un « état de défense contre le souverain de l’île. Ils sont courageux « et redoutables par leurs armes et par leur nombre.
« Cette île est très-peuplée ; il y a beaucoup de villages et de « bestiaux. On y cultive le riz. 11 s’y fait un grand commerce, « et l’on y porte annuellement diverses productions et marchan- « dises destinées au négoce et à la consommation. On dit que, « lorsque l’état des affaires de la Chine fut troublé par les rebel- « lions, et que la tyrannie et la confusion devinrent excessives K dans l’Inde, 1-es habitants de la Clrine transportèrent leur com- « merce à Zanedj et dans les antres îles qùi en dépendent; i( entrèrent en relations et se familiarisèrent avec ses habitants, «à cause de leur équité, de la bonté de leur conduite, de « l’aménité de leurs mœurs et de leur facilité dans les affaires. '< C’est pour cela que cette île est si peuplée, et qu’elle est si « fréquentée par les étrangers. »
Auprès de cette île, il en existe une autre peu considérable, dominée par une haute montagne , dont le sommet et les flancs sont inaccessibles, parce quelle brûle tout ce qui s’én approche. Durant le jour, il s’en élève une épaisse ‘fumée, et durant la nuit, un feu ardent. De sa base coulent des sources, les unes d’eau froide et douce, les autres chaudes et salées.
Auprès de l’île de Zanedj g-lj, susmentionnée, on en trouve une autre nommée Kermedet dont les habitants sont de
couleur noire. On les appelle Nerhin b « Ils portent le
« manteau nommé azar jjl et la fouta Abÿ C’est une peuplade « audacieuse, brave, et marchant foujours armée. Quelquefois « ils s’embarquent sur des navires et attaquent les bâtiments de « commerce, dont ils pillent les marchandises. Ils ne laissent
* Le manuscrit n” 334 porte Karnoa et Boumîn ; le ras. B. Ker-
inebet , et el-Boumïn
Sorte de vêtement. Voyez ci-dessus , pag. 1 7 , n“ 3.
(I entrer chez eux que leurs compatriotes, et ne redoutent au- Feuillet lO recto. « cun ennemi. » Entre cette île et le rivage maritime, on compte un jour et demi de navigation; entre elle et Pile de Zanedj g-lj, nommée el-Anfrandje on compte i journée. A une dis-
tance d’environ 3 milles de cette île, et à deux petites journées du continent qui touche- à l’Abyssinie, est l’île des Singes, qui ILE DES SINGES, est très-giande, très-boisée et remplie de précipices d’un difficile accès. On y trouve diverses sortes de fruits. Les singes s’y sont multipliés à tel point qu’ils en sont totalement maîtres. « On « prétend même qu’ils ont un chef auquel ils obéissent, qu’ils « portent sur leur cou, et qui les régit de façon à ce qu’ils ne « puissent se nuire entre eux. On assure que ces singes sont d’une « couleur tirant sur le rouge , qu’ils portent des queues , et qu’ils « sont doués de beaucoup d’intelligence et de sagacité. Lorsque « quelque navire se brise sur cette île, et qu’un individu quel- « conque y cherche un refuge, ils ffii font éprouver de cruels « tourments par leurs morsures. Mus par la haine dont ils sont « animés contre les hommes, ils les vexent, les fatiguent, et « finissent par les tuer promptement; et lors même que les mal- « heureux peuvent supporter ces jeux cruels, ils ne tardent pas à « périr de faim ^ Les habitants des deux îles de Khartan et de « Martan, emploient contre ces singes diverses ruses, les pour- « chassent, et les transportent dans l’Iémen, où ils les vendent « fort cher. Les habitants de cette province (je veux dire les mar- « chands de l’Iémen) s’en servent en guise d’esclaves pour gar- Feuillet i6 verso. « der leurs marchandises et leur argent dans leurs boutiques. Per- « sonne alors ne peut toucher à ce que gardent les singes, ni rien « dérober de ce qu’ils ont, soit dans les mains, soit devant eux;
« car ils sont extrêmement intelligents. » De cette île à celle de Socotra, on compte par mer 2 journées. « Les Socotrins font
‘ Le texte arabe offre ici quelque obscurité. Nous avons cru devoir suivre le sens le plus probable.
Feuillet iG verso
« (également) la chasse aux singes, au moyen d’une ruse assez « singulière. Voici en quoi elle consiste :ils fabriquent pour cette « chasse, des barques extrêmement petites, mais longues, qu’ils « placent sur leurs navires; la chasse se fait en tendant des « blets au-dessus de ces barques, au moyen de cordes dis- « posées avec art. Ils disposent ces blets le long des côtés des « barques, abn que les singes ne se doutent de rien; puis ils se « cachent. Lorsqu’ils sont arrivés auprès de l’île, ils poussent les « barques vers la terre, après avoir eu soin d’y mettre pour appât « des choses que mangent ces animaux. Les singes jettent des « pierres aux chasseurs; et ceux-ci, abandonnant les petites bar- « ques sur le rivage , s’éloignent sur leurs vaisseaux. Les singes ,
« trouvant la nourriture qu’ils préfèrent, se précipitent au fond « (des barques). Alors les chasseurs, au moyen des cordes sus- « mentionnées, tirent doucement les blets qui, peu à peu, cou- « vrent (litt. habillent) la .partie supérieure des embarcations.
« Celles-ci, quoique tirées par les chasseurs, ne sont point dé- « sertées par les singes, qui* ne voient pas les blets. Aussitôt on « les effarouche avec des bâtons, et on use de supercheries, jus- « qu’à ce qu’ils se prennent par le «ol dans les mailles des blets,
« d’où on les retire vivants, à moins qu’on ne préfère les tuer pour « les écorcher et vendre ensuite leurs peaux dans l’Iémen. »
EL-CÜTKOBA.
Au nord de l’île des Singes est une île qu’on nomme el-Cotroba Ut]' Elle est florissante et habitée par une peuplade
« chrétienne, qui a cependant conservé les usages arabes, qui « parle arabe, et se dit issue de cette nation. Ce sont des gens « très-entreprenants et très-braves. Ils attaquent les navires qui « vont et viennent aux environs de Bahreïn , de Bassora et
«jusqu’auprès d’Oman. Ce sont les ennemis les plus dangereux « qu’on puisse rencontrer sur la mer. Il y a auprès de cette île « des pêcheries de perles, qui étaient autrefois fréquentées et « exploitées par les Arabes de l’Iémen ; mais les habitants de l’île
« ayant dépouillé de leurs propriétés les pêcheurs, les marchands, « et en général tous les étrangers , ceux-ci cessèrent absolument « d’y venir. »
La mer décrite dans la présente section et dans la précédente , c’est-à-dire la mer d’Oman, se nomme en langue indienne Herkend Elle renferme beaucoup de choses curieuses et
de poissons dont les formes sont variées aussi bien que les couleurs. i“ 11 y en a une espèce dont la longueur est de cent coudées ou environ. « On l’appelle el-waly ^ il est blanc. Ce
« grand poisson est ordinairement accompagné d’un autre qu’on « nomme lechk^ JuJ, qui, lorsqu’il est poursuivi par la ba- « leine, la combat et la tue inévitablement; 2° il en existe un « autre qui est de forme aplatie (litt. large), et dans le ventre du- « quel on en trouve un second, et ainsi de suite jusqu’à qùatre; « 3° des tortues de vingt coudées de long, contenant dans leurs « entrailles jusqu’à mille œufs qui éclosent et qui produisent. « C’est de cette tortue que provient la meilleure écaille; 4“ un « poisson fait comme un bœuf, mettant bas, allaitant (ses petits), « et dont la peau sert à faire des boucliers ; 5° un poisson long « d’une coudée , ayant la face d’une chouette , qu’on appelle el- « sabh ou le plongeon. Il vole au-dessus de l’eau par bon- « heur pour lui , car il y en a un autre , nommé el-a’ncris « qui en fait sa proie, et qui le dévore quand il tombe dans l’eau; « 6° d’autres poissons volants et nommés el-battak j , dont le « fiel peut être eifiployé pour écrire; lorsque l’écriture est séchée, « on la lit dans l’obscurité de la nuit aussi bien qu’on pourrait le « faire à la clarté des rayons du soleil ; 7° un autre nommé el-nes « , qui, depuis son thorax jusqu’à sa tête, ressemble à un boii-
« cher; cette partie de son corps est entourée d’yeux par lesquels
La baleine. Ce mot d’origine arabe s’est conservé en anglais et en allemand.
Ce nom ressemble beaucoup à celui que notre auteur donne à ricbneumon. Voyez ci-dessus, pag. 32.
Feuillet i6 verso
Feuillet 17 recto
PREMIER CLIMAT, leuiiiei 17 rccio. „ R voit; Sa taille s’élève, comme celle du serpent , jusqu’à vingt « coudées; il est, depuis la poitrine jusqu’à l’extrémité de la « queue , armé de défenses qui ressemblent aux dents d’une scie, « et dont les atteintes sont mortelles. »
On tire de cette mer de l’ambre (gris) d’un parfum excellent, par pièces d’un quintal plus ou moins. C’est une substance qui coule des sources situées au fond de la mer, de même que la napbte coule des sources de Hit L Lorsque les vagues de la mer sont soulevées par la tempête, l’ambre est, jeté sur la côte. « Quel- « ques personnes ont cru que c’était l’excrément d’un animal , « mais il n’en est pas ainsi; la chose est comme nous l’avons rap- « portée. Et, en effet. Ibrahim el-Mabdi, dans son livre intitulé « Kitab ul-Tebib t-wAkH , ou Livre du médecin, dit que
« Harbun Rascbid envoya dans Iffémen des individus chargés de « prendre des informations positives au sujet de l’ambre. Les K riverains des pays d’Aden, de Choumna et de Hasek, ré-
« pondirent que cette substance était produite par des sources « au fond de la mer, et rejetée par les vagues sur le 'rivage, « soit en petits, soit en gros morceaux. L’ambre n’est pas autre « chose. »
' Ville bien connue de l’Irâc arabique. Voy. d’Herbelot, au mot Hit
Suite et fin de l’Afrique orientale. — Sofala. — Mines de fer et d’or. — Iles Roïbahat. Comor. — Malaï. — Serendib.
Cette section comprend la description du restant du pays de Sofala. Feuillet 17 recto.
On y trouve ( d’abord) deux villes ou plutôt deux bourgs, entre sofala. lesquels sont des villages et des lieux de campement semblables à ceux des Arabes. Ces bourgs se nomment Djentama et
Dendema Ils sont situés sur les bords de la mer, et peu
considérables." Les habitants sont pauvres, misérables, et n’ont « d’autre ressource pour vivre que le fer; en effet,. il existe un '
« grand nombre de mines de ce métal dans les montagnes du « Sofala. Les habitants des îles de Zanedj ‘ et des autres îles « environnantes viennent chercher ici du fer pour le transporter « sur le continent et dans les îles de l’Inde, où ils le vendent à «'nes de fer.
« un bon prix, car c’est un objet de grand commerce et de « grande consommation dans l’Inde; et, bien qu’il en existe « dans les îles et dans les mines de ce pays, cependant il n’é- « gale pas le fer du Sqfala, tant sous le rapport de l’abondance « que sous celui de la bonté et de la malléabilité. Les Indiens « excellent dans l’art de le fabriquer, dans celui de préparer le « mélange des substances au moyen desquelles, par la fusion,
« on obtient le fer doux qu’on a coutume de désigner sous « le nom de fer de l’Inde. Ils ont des manufactures où l’on «fabrique les sabres les plus estimés de l’univers; c’est ainsi
Le ms. B. porte les îles de Ranèh
« que les fers du Sind, de Serendib et de ITémen « rivalisent entre eux sous le rapport de la
Feuillet 17 verso. « qualité résultant de l’atmosphère locale, aussi bien que sous « celui de l’art de la fabrication, de la fonte, de la forge, de « la beauté du poli et de l’éclat ; mais il est impossible de trouver « rien de plus tranchant que le fer de l’Inde. C’est une chose « universellement reconnue, et que personne ne peut nier. »
De Djentama à Dendema, on compte par mer 2 journées; par terre 7 journées.
Dendema est une des principales villes du Sofala; trois autres touchent au territoire de ce pays. L’une d’elles est Siouna , ville de médiocre grandeur, dont la population se compose d’indiens, de Zendjes et autres. Elle est située sur un golfe où les vaisseaux étrangers viennent mouillerb De Siouna à Boukha sur le rivage de la mer, 3 journées; de là même à Dendema du Sofala vers l’ouest, par mer 3 journées, et par terre, environ 20 journées, parce qu’il y a, dans l’intervalle, un grand golfe qui s’étend vers le midi, et qui oblige à un détour considérable. De Boukha à Djentama par mer 1 journée, par terre 4 journées. COMMERCE DE LOR. Dans tout le pays de Sofala, on trouve de l’or en abondance, et d’excellente qualité. « Cependant les habitants préfèrent le cui- « vre, et ils font leurs ornements avec ce dernier métal.
« L’or qu’on trouve dans le territoire de Sofala surpasse en « quantité comme en grosseur celui des autres pays, puisqu’on « en rencontre des morceaux d’un ou de deux mithcal, plus ou « moins, et quelquefois même d’un rotl. On le fait fondre dans « le désert au moyen d’un feu alimenté par de la fiente de vache , « sans qu’il soit nécessaire de recourir, pour cette opération, « au mercure, ainsi que la chose a lieu dans l’Afrique occiden-
‘ Le ms. B. ajoute : « c’est là que réside le gouverneur •, il a des soldats , mais «il n’y a point de chevaux dans le pays.»
’■ Le même ms. porte barkha .
« taie ; car les habitants de ce dernier pays réunissent leurs frag- « ments d’or, les mêlent avec du mercure, mettent le mélange « en fusion au moyen du feu de charbon, en sorte que le mer- « cure s’évapore, et qu’il ne reste que le corps de l’or fondu et « pur. L’or de Sofala n’exige pas l’emploi de ce procédé, mais « on le fond sans aucun artifice qui l’altère. Nous terminerons ci- « après ce que nous avons à dire de ce pays, s’il plaît à Dieu. »
A cette section appartiennent les îles Indiquées en leur lieu, et entre autres celles dites el-Roïbahat qui sont* très-voi-
sines les unes des autres, et innombrables. La majeure partie de ces îles est déserte. Cependant la plus grande d’entre elles, qui se nomme Abonna est florissante « et peuplée d’un
« grand nombre d’habitants qui la cultivent et qui cultivent aussi « les plus considérables d’entre les îles environnantes. » Elles sont situées dans le voisinage de l’île el-Comor^^-^i . Tous les habitants de ces îles sont soumis à la domination d’un chef qui les rassemble, les protège et les défend autant qu’il est en son pouvoir. C’est sa femme qui rend la justice et qui parle au public sans être voilée, d’après une coutume constante dont on ne s’écarte jamais. « Le nom de cette reine ^ est Demhera « Elle porte des ornements tissus d’or, et sur sa tête une cou- « ronne du même métal, enrichie de perles et de pierres pré- « cieuses. Elle chausse des brodequins d’or, et personne autre « quelle ne peut porter aucune chaussure, sous peine d’avoir « les pieds coupés. Cette reine, dans les occasions et les fêtes « solennelles, paraît en public, ainsi que les biles de sa suite,
« avec un grand appareil d’éléphants, de trompettes et de dra-
On croit que ce sont les Maldives. Voyez Malte-Brun, Précis de la géogr. univ., tom. I, pag. 878, et toin. IV, pag. ia5.
Le ms. B. porte Anberia , et je crois que c’est la vraie leçon.
Le ms. A. porte : « de cette île , » mais c’est une erreur que rectifie le texte du ms. B.
Feuillet 17 verso.
ILES ROÏBAHAT.
ILE TE COMOR.
« peaux. Son époux ainsi que les vizirs la suivent à une certaine « distance. Cette reine possède des richesses quelle renferme « dans des caveaux, pour les distribuer ensuite aux pauvres de « ses états. On ne fait aucune de ces aumônes sans que ce soit « en sa présence et sous ses yeux. Les habitants du pays sont « dans l’usage de suspendre des étoffes de soie sur son chemin Feuillet 1 8 recto. « et sur les lieux de son passage, car elle a beaucoup de ma- « gnificence, ainsi que nous l’avons expliqué. Le roi et la reine de « ces îles habitent l’île d’Anberia
« La principale production de ces îles est l’écaille de tortue « nommée zabl Joj , qui peut se partager en sept morceaux , dont « quatre pèsent une mine, c’est-à-dire 260 drachmes. Les plus « lourds pèsent une demi-mine chacun. C’est avec cette écaille « qu’on fait divers ornements pour la parure des femmes , et des « peignes, attendu qu’elle est épaisse, transparente et bien va- « riée dans ses couleurs.
« Les femmes de cette île vont la tête découverte , portent les « cheveux tressés, et chacune d’elles emploie dix peignes dans sa « coiffure, plus ou moins; c’est leur principal ornement, de même « que chez les femmes des îles el-Sahah (ou des nuages),
« dont les habitants sont sans croyance religieuse , comme nous « le dirons ci-après. »
Les îles connues sous le nom d’el-Roïhahat sont peuplées. On y cultive le cocotier et la canne à sucre. Le commerce s’y fait au moyen de coquillages h Elles sont distantes les unes des autres d’environ six milles. « Leur roi conserve les coquillages « dans son trésor, et c’est lui qui en possède le plus. Les hahi- « tants sont industrieux, adroits et intelligents. Ils fabriquent « des tuniques très-amples, ouvertes par en haut et garnies de
‘ Ce sont les cauris (cypræa moneta) , enaployés en Afrique en guise de monnaie. Précis de la géogr. univ., tom. IV, pag. 98.
« poches. Ils construisent des navires avec des pièces de bois « très-minces; leurs maisons et leurs édifices les plus remar- « quables sont en pierres très-dures , mais ils emploient aussi ,
« à la construction de leurs demeures, des bois venus par eau et K quelquefois même des bois odoriférants U »
« On dii que les coquillages marins dont se compose le trésor Feuillet i « royal se trouvent sur la surface des eaux en temps calme. On « jette dans la mer des pièces de bois de cocotier, et le coquillage « s’attache à ce bols. On l’appelle el-kendj On trouve dans <i quelques-unes de ces îles une substance qui ressemble à de la « poix-résine liquide, qui brûle les poissons au fond de feau,
« et qui s’éteint à sa surface. » La dernière de ces îles touche à celle de Serendib « par un de ses côtés les plus élevés, » dans la mer nommée Herkend <\À.Syt>. L’île nommée Comor est éloignée des îles el-Roïbahat de 7 journées de navfgation. Cette dernière île est longue. Son roi demeure dans la ville de Malaï mat,.
. Les habitants disent quelle s’étend eri longueur sur un espace de 4 journées^ vers l’est. Elle commence auprès des îles Roïbahat et se termine en face des îles de la Chine , du côté du nord L Le roi de ce pays n’est entouré ni serv i , soit pour boire , soit pour manger, que par des jeunes gens prostitués, vêtus d’étoffes précieuses tissues en soies de la Chine et de la Perse, et portant au bras droit des bracelets d’or. Ces bracelets, en langue de l’Inde, s’appellent tan/ouc les prostitués tenbabèh
Dans ce pays , on épouse des hommes au lieu de femmes'. Ceuxci, durant le jour, servent le roi, et la nuit ils retournent au-
Les deux manuscrits offrent ici quelques mots qu’il n’est pas possible de déchiffrer.
S il y avait Sarandah, nous pourrions adopter l’opinion d’Hartmann, Edr.
Afric. pag. 1 1 5 ; mais les deux manuscrits portent Serendib.
Les mss. B. et n" 334 portent 4 mois.
Le manuscrit n” 334 porte « du côté du sud. i ‘ Le ms. B. porte lekankour CiC t
8 recto
Feuillet i8 verso.
près de leurs femmes. «On cultive dans cette île des grains, le « cocotier, la canne à sucre et le tanboul J^b. Cette dernière « plante est celle qui croît le plus abondamment dans l’île. «
« Le tanboul est une plante dont la tige est semblable à celle de « la vigne ; elle est grimpante et s’attache aux arbres voisins. La « feuille ressemble à celle du Dend «xj* ; mais elle est plus mince « (litt. plus transparente); le goût en est âcre (litt. brûlant '1 « comme celui du clou de gérofle. Celui qui en veut mâcher « (litt. en manger) prend de la chaux vive j 1x4 pétrie- avec de « l’eau, et la mêle à chaque feuille dans la proportion d’un quart « de dirhem. On ne peut en faire usage que de cette manière; « celui qui en mâche lui trouve le goût du sucre , et son haleine « répand un parfum agréable. Cet usage est connu dans les con- « trées de l’Inde et dans les régions voisines L »
« On fabrique dans cette île des étoffes avec une herbe dont « la végétation ressemble à celle du papyrus Celle-ci est
« le cartas qü’on appelle ainsi parce que les habitants
« de l’Egypte s’en servent pour faire du papier. Les ouvriers pren- « nent la meilleure partie (de cette herbe), et l’emploient à la « fabrication d’étoffes comparables en beauté aux étoffes de soie « coloriées. Ces étoffes sont transportées dans toutes les autres « parties de l’Inde, quelquefois même dans l’iémen, où elles « servent à faire des habillements. Des voyageurs rapportent en « avoir vu des quantités considérables dans ce dernier pays. On « fabrique aussi dans cette ile des nattes blanches ornées de « peintures (ou de dessins) admirables. Les personnages consi- « dérables les font étendre dans leurs maisons en place de tapis « de soie et autres. Il croît dans cette île un arbre qu’on appelle « el-bel (el-tel ou el-nel) JyJl , qui est une variété du palmier « doum , et sous lequel dix personnes peuvent se mettre à l’om-
' Il s’agit ici du bétel, végétal dont il est parlé dans toutes les relations de 1 Inde.
« bre. » Il sort aussi de cette île des navires nommés el-mechiat calju-itm * , semblables aux ghazwanié , solidement cons-
truits, longs de soixante coudées, faits d’une seule pièce (de bois), et pouvant contenir cent cinquante hommes. « Un voyageur « moderne rapporte qu’il a vu, dans cette contrée, une table fa- K briquée d’une seule pièce ( de bois) et autour de laquelle deux l'euiiiet iS verso. « cents personnes pouvaient manger. Il existe dans cette île des « bois tels qu’on n’en voit point de semblables ailleurs. Les habi- « tants sont blancs, peu barbus; ils ressemblent aux Turks, et (« l’on rapporte qu’ils sont d’origine turque. »
Parmi les îles les plus célèbres de cette mer d’Herkend est l’île de Serendib ^ , qui est très-grande et très-renom- serendib.
mée. Son étendue est de 8o parasanges dans tous les sens. Il s’y trouve une montagne, « sur laquelle descendit Adam^ {sur qui soit le salut!). » La cime de cette montagne est si élevée, qu’elle peut être aperçue des navigateurs à plusieurs journées de distance. Elle se nomme la montagne d’el-Rahouk *.
« Les Brahmes, qui sont des religieux indiens, rapportent que « sur cette montagne on voit le vestige d’un des pieds d’Adam « empreint sur la pierre, et dont la longueur est de 70 coudées;
« que sur ce vestige on voit toujours briller une lumière sem- « blable à un éclair; ils ajoutent que le second pied, dans l’in- « tervalle d’un pas, parvint jusques à la mer. Or, entre la monn tagne et la mer, la distance est de 2 à 3 journées. » Audessus et autour de cette montagne, on trouve des pierres précieuses et autres, de toute espèce, et dans les vallées, le dia-
‘ Le manuscrit n° 334 porte et le ms. B. .
’ Ceylan.
Le passage relatif à cette tradition a été barré dans le manuscrit n° 334; on retrouve mention de la même tradition dans les anciennes relations de l’Inde et de la Chine, traduites de 1 arabe , par l'abbé Renaudot, png. 3.
Le ms. B. porte el-Rahoun .
niant , « au moyen duquel on grave les chatons de bagues de pierres « de toute nature. » On trouve également sur cette montagne des aromates et diverses sortes de parfums, tels que le bois d’aloès et autres, l’animal qui porte le musc et la civette. On y cultive « le riz », le cocotier et la canne à sucre. Les rivières de cette île produisent du cristal de roche remarquable sous le rapport de la qualité et sous celui de la grosseur (des morceaux).
Feuillet igiecto Enfin sur toutes les côtes sont des pêcheries de perles magnifiques et d’un très-grand prix.
Au nombre des villes principales de l’île de Serendib, on compte celles de Mernaba LLy-«, d’Agbna U-il, de Berescouri \ de Aïdi deMahouloun de Hamri ,
de Telmadi de Sendounia de Sedi , de Kesli
de Berisli et de Medouna
* Le roi de cette île fait sa résidence à Agbna, où est un châ-
teau, qui est le siège du gouvernement. C’est un prince ami de la justice, qui règne avec vigueur, vigilant, s’occupant beaucoup des intérêts de ses sujets, et les protégeant avec soin. Il a seize vizirs, dont quatre sont de sa nation, quatre Chrétiens, quatre Musulmans et quatre Juifs. Il leur a assigné un lieu où se réunissent les personnes appartenant à ces 'nations, et où l’on écrit leurs actes judicieûres et leur histoire.. Auprès des docteurs de toutes ces sectes (je veux dire des Indiens, des Grecs, des Musulmans et des Juifs) se réunissent divers individus et grand nombre d’hommes (de races différentes ) qui apprennent de bonne heure à écrire les actes de leurs prophètes et rhis.toire de leurs anciens rois, et qui s’instruisent dans la science des lois et en
‘ L’auteur de la traduction latine , faite sur le n° 334 , a lu plusieurs de ces noms comme il suit : Irescore, Abde, Calmadhe, Sanbadona, Sere, Rembele, Merolba, les variantes du ms. B. sont Mernaia bb^ i Forescouri ' Kelmadi
Senbedouna b^vXjuLw. Sendoura Niberi Renbeli ,
Boiirnichli Merouna
général des choses qu’ils ignorent. Ce roi tient à la main une idole d’or ehrishie de perles, de rubis et de pierres d’un prix dont personne ne peut se faire une juste idée. Il n’existe dans l’Inde aucun prince aussi riche que le roi de Serendib en perles d’une beauté rare, et en pierres précieuses de toute espèce; car la majeure partie de ces richesses se trouvent dans les montagnes, dans les vallées et dans la mer de son île, où (d’ailleurs) abordent des navires de la Chine et d’autres royaumes circonvoisins.
On lui apporte des vins de l’Irâc et du Fars, qu’il achète de son Feuillet i argent et qu’il fait vendre daùs ses états; car il boit du vin et défend le libertinage, tandis quejes autres rois de l’Inde permettent le libertinage et prohibent l’usage des liqueurs enivrantes, à l’exception toutefois du roi de Comarjl4^, qui défend l’un et l’autre. On exporte de Serendib de la soie, des pierreries de toute couleur, du cristal de roche, du diamant, et beaucoup de parfums. Entre cette île et le continent de l’Inde, il n’v a qu’une petite journée de navigation. La même distance la sépare de l’île de Balanc ", dite riveraine. Cette île dépend des terres de l’Inde, ainsi que les vallées® par lesquelles se déchargent les rivières, et qu’on nomme vallées de Serendib. Les navires y mouillent, et les navigateurs « y passent un mois ou « deux dans l’abondance et dans les plaisirs. Le climat y est tem- " péré. On peut s’y procurer un mouton pour une demi-drachme,
» et de quoi régaler une assemblée, de vin doux cuit avec du car- « damome frais, moyennant la même somme d’argent. Les habi- « tants de Serendib jouent aux échecs, au trictrac et à divers jeux « de ba.sard. Ils s’occupent avec un soin particulier de la culture
‘ S’agit-il ici de file désignée plus haut (pag. 67 et 69 ) , sous le nom de Comor , s'agit-il d’une autre ? C’est une question que ni le ms. A. , ni le ms. B. ne mettent à portée de résoudre. L’un et l’autre portent les deux leçons.
Les manuscrits n® 334 et B. portent Balabac . ’ On lit dans le manuscrit n° 334 Aghbab.
9 recto.
Feuillet i
ILE d'el-
Feuillet i
,1k PREMIER CLIMAT.
« du cocotier dans les petites îles environnantes. Ils veillent à « la conservation de cet arbre, et l’offrent aux allants et venants « dans l’espoir d’une récompense; car les habitants d’Oman « et de Merbat dans Tlémen, viennent souvent aux îles
« où croît le cocotier, coupent les pièces de cette espèce d’arbre « qui leur plaisent, fabriquent des cordages avec les libres du '< bois, et (avec le tronc) construisent des navires et façonnent « des mâts. Ils filent aussi des cordes avec ses feuilles \ puis 9 recto. « chargent leurs navires de ce même bois et le transportent dans « leur pays, où ils le vendent. »
liAMi. Auprès de l’île de Serendib, on trouve celle d’el-Rami
(el-Rami est aussi le nom d’une ville de l’Inde). Dans cette île il y a plusieurs rois. Elle est cultivée, abondante en minéraux et en parfums. Sa longueur est, à ce qu’on dit, de 700 parasanges. On y trouve l’animal nommé kerke dan (le rhi-
nocéros). Il est moins grand que l’éléphant, mais il l’est plus que le buffle. Son cou est courbé comme l’est celui du chameau, mais dans un sens inverse , puisque sa tête touche presque à ses pieds de devant. Il porte au milieu du front une corne longue et d’une épaisseur telle , qu’on ne peut l’embrasser avec les deux 9 verso, mains. On dit que dans quelques-unes de ces cornes, lorsqu’elles ont été fendues, on voit des figures d’hommes, d’oiseaux et autres, parfaitement dessinées en blanc, et qu’avec ces dernières 011 fabrique des ceinturons d’un grand prix, .Les ligures qu’on y remarque occupent toute la longueur '(litt. d’une extrémité à l’autre) des cornes.
« El-Djahez , dans son livre des Animaux, rapporte que « le (jeune) rhinocéros reste durant ‘sept ans dans le ventre de « sa mère; mais que (pendant le temps de la gestation) il sort
‘ Peut-être avec l’étoupe renfermée dans la noix de coco. Voyez la Chrestoma thie arabe de M. deSacy, i*'® édit. tom. III, pag. 378. Cependant on trouve des détails pareils dans les Ane. Relat. des Indes, pag. 1 1 1.
(t sa tête et son cou hors de la vulve, qu’il mange de l’herbe ^ « puis rentre dans la matrice; que, lorsque sa corne l’empêche « de ressortir la tête pour prendre sa nourriture accoutumée , il « frappe l’intérieur de la matrice, au point de la perforer, qu’il « sort ensuite, et que la mère nteurt : mais cela n’est pas pos- « sible; c’est une fable qui n’est j^as digne d’être écoutée; car si « la chose était comme on la rapporte, certes l’espèce périrait, « puisqu’il ne resterait plus que des mâles. » El-Djihani rapporte aussi dans son livre qu’avec cette corne on fabrique pour les rois de l’Inde des manches de couteau de table, qui se couvrent d’humidité lorsqu’on apporte devant ces rois quelque mets dans lequel il entre du poison; en sorte qu’on connaît aussitôt que l’aliment est empoisonné.
Le territoire de l’^le d’el-Rami est fertile , le climat tempéré et l’eau excellente. H y a beaucoup de villes, de villages et de châteaux. Elle produit le hekem h dont la plante ressemble exactement à celle du laurier-rose. Ce bois est ronge et ses racines sont employées comme remède contre la morsure des vipères et des serpents. C’est une chose constatée par l’expérience. On trouve aussi dans cette île des buffles sans queue « et, dans « les forêts, des hommes tout nus, et dont le langage est in- « intelligible. Ils fuient les autres hommes. Leur taille est de 4 « chibra (environ 36 pouces); les parties génitales chez les « deux sexes sont de petites dimensions, leurs cheveux sont « roux et crépiis. Ils grimpent sur les athres avec les mains sans « le secours des pieds, et on ne peut les atteindre à cause de la « rapidité de leur course. Il existe aussi sur les rivages de cette « île une peuplade d’hommes qui peuvent atteindre à la nage les « vaisseaux, lors même que ceux-ci sont favorisés par un bon vent. « Ils échangent, avec les navigateurs, des perles contre de l’ambre « qu’ils portent chez eux. On fait dans cette île le commerce de
‘ Boi.s de Brésil.
Fruillet iç) verso
« l’or (car il s’y trouve beaucoup de mines de ce métal), d’ex- « cellent camphre, de diverses sortes de parfums et de perles « d’une rare beauté. » De là à Serendib, on compte 3 journées. Celui qui veut aller de l’île susmentionnée de Balanc ^ à la Chine, laisse l’île de Serendib à sa droite. De Serendib à l’île de Lankialious le vo^ge est de lo journées. Cette île
s’appelle aussi Landjalious par un djim. «Elle est
« grande, et peuplée de blancs. Les hommes et les femmes y « vont nus; ces dernières, toutefois, se voilent avec des feuilles « d’arbre. Les marchands s’y rendent avec de gros et de petits « navires , et s’y procurent de l’ambre et des noix de coco moyen- « nant du Ter. La majeure partie des habitants achètent des étofiés « dont ils s’habillent dans certaines circonstances. Le froid ^ et le « chaud ont peu d’intensité dans cette île, cause du voisinage « de l’équateur. La nourriture des habitants se compose de ligues « bananes, de poisson frais et de noix de coco. L’objet le plus Feuillet 20 recto. „ éstimé chez eux est le fer. Ils accueillent bien les étrangers. » Au midi de l’île d’el-Rami, il en est une autre bien peuplée qu’on nomme el-Binan où se trouve une grande ville. On y mange des noix de coco; « c’est un mets dont on fait (grand) « usage. La population est très-brave, très-courageuse, et parmi « ses usages il en est un qui se perpétue de père en fils , et qui « consiste en ce que, lorsqu’un homme veut se marier, sa « famille ne le lui permet pas, à moins qu’il n’apporte la tête « d’un ennemi tué par lui, en sorte que le prétendu se met à « rôder dans tous les environs, jusqu’au moment. où il peut par- « venir à tuer un homme et à en apporter la tête; alors il épouse « la femme à laquelle il avait été fiancé. S’il apporte deux têtes, « il peut épouser deux femmes; s’il en apporte trois, il épouse
' Ou de Balabac. Voyez ci-dessus, pag. yS.
’ Il y a probablement ici une faute de copiste.
’ Les deux autres manuscrits portent Albinoman
fl trois femmes; et dans le cas où il aurait tué cirfiquante hommes, Feuillet 2 « il pourrait avoir cinquante épouses. (Alor») il jouit dans le pays « de beaucoup de considération; on ITionore comme un brave,
« et c’est une obligation à tous de le respecter b Cette île est « peuplée d’un grand nombre de tribus. Elle produit le bois de « Brésil, le rotang et la canne à sucre. » Non loin de là et à 2 journées de distance est l’île de Djalous dont les habi-
tants sont noirs, tout- nus et antropopbages, « c’est-à-dire que « lorsqu’il leur tombe dans les mains un étranger, ils le suspen- « dent par les pieds, le coupent en morceaux et le mangent. Un « capitaine de navire raconte que, les habitants de cette île ayant « surpris un de ses compagnons, il observa qu’ils le pendirent,
« le coupèrent en morceaux et le dévorèrent. Ces peuples n’ont « point de roi. Ils vivent principalement de poisson, de figues « bananes, de noix de coco, de cannes à sucre; ils choisissent « pour demeures et pour asiles des bois fourrés et des marais.
« La plante la plus commune chez eux est le rotang. Ils vont tout « nus, hommes et femmes, sans se voiler en aucune manière,
« et ne se cachent pas même au moment de la copulation; ils ne « trouvent .sucun inconvénient à ce que cet acte ait lieu publl- II quenient. Quelquefois un homme l’accomplit avec sa fille ou Il avec sa sœur, sans que personne trouve la chose blâmable ou Il honteuse. Ces peuples sont noirs, de figure désagréable; ils Il ont les cheveux noirs et crépus, le cou long ainsi que les Il jambes, et la/figure très-maigre. »
D’el-Binan*à Serendib, 3 journées de ^ navigation. D.e Serendib à l’île de Lankialious ou de Landjallous, 10 journées. De Landjalious à l’île de Keleb dont nous parlerons ci-après, 6 journées.
' Celle coiilume esl rapportée dans les Anciennes Relations des'Indes et de la Chine,
pag. 4 , et dans une relation de Bornéo qui se lit pag. 1 53 des Nouvelles Annales des
Toyaoes, août 1828. , *
jhi; • f. /' 'l- :
O recto.
Mer des Indes et de la Chine. — Djesta ou Djebesta. — Daghouta. : — Ile de Djalous. Arbre du camphre. — Iles de Djaba ou de Java, de Selahat et de Heridj. — Bayadères. — ïenouma ou Chouma. — Ile de Senf. — Khankou ou Khanfou. — Ile de Malaï.
Feuillet 20 recto.