ILE DE DJ.ALOCS
Feuillet 20 verso.
ARBPa: DU CAMPHRE.
ILES DE DJABA , DE SELAn.\T, ET DE UE RI DJ.
« est très-grande et où demeure un roi qu’on nomme le E)jaba « ou prince indien. Il y a dans cette île une mine abondante d’é- « tain. Le métal est très- pur et très-bi’illant; mais, les mar- « chauds le mêlent frauduleusement après son extraction de la « mine, et le transportent ensuite partout ailleurs. Le 'vêtement « des habitants est la tunique; elle est de même forme pour « les hommes et pour les femmes. » L’île produit le rotang et d’excellent camphre. L’arbre qui donne cette résine ressemble au saule , à cela près qu’il est très-grand : plus de cent personnes peuvent- se mettre sous son ombre. Le camphre s’obtient au moyen d’une incision qu’on fait à la partie supérieure de l’arbre, d’oii il découle en assez •grande quantité pour qu’on puisse en remplir plusieurs jarres h Lorsqu’il a cessé de couler par cette ouverture, on en pratique une inférieure vers le milieu de l’arbre d’où s’écoulent les gouttes du camphre ; car c’est une gomme produite par cet arbre, et qui s’épaissit dans le bois. Après cette opération, l’arbre devient inutile; on le laisse et on passe à un autre. Le bois de l’arbre du camphre est blanc et léger. On raconte, relativement à cette île, des merveilles dont la description paraîtrait excessivement fabuleuse.
Dans le voisinage de cette île sont celles de Djaba ajU* de Selahat et de Heridj Elles sont éloignées les unes
des autres (litt. chacune est éloignée de sa sœur) d’environ 2 parasanges plus ou moins. Elles obéissent toutes au même roi. « Ce prince se nomme Djaba; il porte la chlamyde et la tiare .en « or, enrichie de perles et de pierres précieuses. Ses monnaies « portent l’empreinte de ses traits (litt. de sa figure). Il a beau- « coup de dévotion pour les Boud. Ce mot houà (pl. boudoud) « signifie temple * en langue indienne. Celui du roi est très-beau
‘ Ce mol dérive de i arabe Java ?
’ Ou Hazelèh, selon la traduction latine de l’Abrégé
et revêtu extérieurement de marbre. Dans l’intérieur et tout autour du boud, on voit des idoles faites de marbre blanc, la tête ornée de couronnes d’or ^ et autres. Les prières, dans ces temples, sont accompagnées de chants, et ont lieu avec beaucoup de pompe et d’ordre. De jeunes et belles filles y exécutent des danses et autres jeux agréables, et 'cela devant les personnes qui prient et qui sont rassemblées dans le temple. A chaque boud sont attachées un certain nombre de ces jeunes filles, qui sont nourries et vêtues aux frais de l’établissement. C’est pour cela que , lorsqu’une femme est accouchée d’une fille remarquable par sa taille et par sa beauté,* elle en fait présent au boud. Parvenue à l’âge de l’adolescence, la jeune personne est revêtue des vêtements les plus beaux qu’il a été possible de se procurer, et, accompagnée de sa famille et de ses parents des deux sexes, elle est conduite par la main de sa mère au boud auquel elle a été consacrée. On la confie aux serviteurs (du temple), et on se retire. De là elle passe' aux mains de femmes instruites dans l’art de la danse, de la mimique et autres jeux qu’il lui est nécessaire de savoir. Lorsqu’elle est devenue suffisamment habile, on la revêt d’habits magnifiques et de riches ornements, et elle est attachée d’une manière .indissoluble au service du temple. Elle ne peut plus en sortir, ni cesser désormais (ses fonctions). Telle est la loi des Indiens qui adorent les boud.
« Cette île produit en grande abondance des noix de coco, des figues bananes excellentes, du riz et du sucre. Il existe dans l’île de Hernedj (ou de lleridj ) un grand précipice dont personne n’a pu mesurer la profondeur; c’est une particularité remarquable.
« Tout auprès de l’île de Djaba est celle de Maït kjU; elle est
Le ms. B. ajoute ; et revêtues de brocart et d’étofl’es rayées ( de l lémen ).
Feuillet 21 recto. „ gQus la dépendance du roi de Djaba, et produit aussi des noix « de coco, des bananes, du sucre et du riz.
« L’île de Selabat k^:5Ltv produit- beaucoup de bois de sandal , « du nard et du clou de gérofle. Le géroflier est un arbre qui « ressemble au henné ^ sous le rapport de la végétation et de la « ténuité de ses branches. Elles portent une fleur qui s’ouvre en « un calice exactement semblable au (à celui du) cocotier. Lors- « que la feuille tombe, on cueille le calice avec précaution pour « pouvoir l’employer à l’usage qu’on désire; ensuite on l’expose « (à l’air), »n le fait sécher tout âcre et grossier (qu’il est), et « on le vencî aux marchands étrangers, qui le transportent dans «. tous les pays de la terre. »
Il existe dans cette île un borkan ' de feu , qui brûle et qui s’élève à la hauteur de 100 coudées. Durant le jonr on ne voit que la fumée, et la nuit c’est un' feu très-ardent. A gauche de l’île de Habet 1^1* est' celle de Tenouma entre cette
dernière et celle de Maït kjU on compte une journée de distance. « Celle-ci est très-peuplée ; les habitants portent l’espèce « de vêtement nommé azar jji. On y trouve de l’eau douce, du « riz, du sucre, des noix de coco et des pêcheries de perles. « L’île de Tenouma produit le bois d’aloès indien • « et le camphre.
« Le bois d’aloès a les branches et les feuilles exactement sem- « blables aux feuilles et aux branches de la plante appelée sas « . On extrait ses racines à une époque particulière , et plu-
« sieurs mois après qu’on lui a coupé les branches : ensuite on
' Arbuste bien connu , d’où provient la couleur rouge qu’on emploie dans le Levant pour teindre les ongles , la barbe et les cheveux.
' - ’ Ce mot est traduit, on ne sait pourquoi, par puteus dans la version latine; il
semble être une corruption du mot volcan.
' L’absence des points diacritiques porte à penser que Habet et Mefit ne font qu’une seule et même île; le ms. B. porte constamment Mabet lajU
« taille sa partie supérieure ; on enlève la partie tendre , et on prend Feuilletai verso.
« le bols dur (litt. le cœur] qu’on râpe avec Yeskarnadj \
« qui est comme la lime de bois d’aloès , jusqu’à ce qu’il soit net- « toyé ; ensuite on le frotte avec du verre ; puis on le met dans des « sacs de toile grossière , et on lui donne beaucoup de poli :
« enfin on le tire des sacs, et on le vend aux marchands, qui
« affluent dans le pays et qui le répandent partout^ .
« De Chouma ^ à l’île de Coinor jU , 5 journées.
« Le bols d’aloès que* produisent ces îles* est bon; mais celui « qu’ôn nomme sanli est encore meilleur, ün trouve à « Chouma du bois de sandal et du riz ; les habitants portent « le vêtement nommé fouta ; ils accueillent bien -et honorent les « marchands étrangers. Ce sont des hommes justes, purs et re- « nommés pour leur bienfaisance et pour leur équité parfaite.
« Ils adorent les idoles et les boud, et ils brûlent leurs morts. »
L’île de Senf v-Xi— o ® est voisine de l’île de Comar ; H n’y a que 3 milles d’intervalle. « ün trouve à Senf du bois d’aloès « supérieur à celui de Comar, car, plongé dans l’eau, il ne sur- « nage pas , tant il est lourd et excellent. H y a , dans cette île ,
« des bœufs et des buffles sans queue, dee cocotiers, des bana- « niers, des cannes à sucre et du riz. «Les habitants n’égorgent aucune espèce de quadrupèdes, ni d’autres animaux tels que les reptiles, etc. « Ils peuvent bien manger de la chair des animaux « morts naturelleuïent, mais la plupart d’entre eux répugnent à
' On pourrait lire aussi eskarhadj.
’ On voit qu’il s’agit ici , non du suc proprement dit de l’alocs , mais du bois d'un arbre cjui porte le même nom. Il y a plusieurs sortes de bois d’aloès; M. Guillemin, savant botaniste, pense que l’auteur arabe veut parler d’une des espèces du genre a(/tti7ar/a des auteurs modernes, sur lesquelles on trouve beaucoup de détails dans Rumphius, Ilerbarium Amboinense , tom. XI, pag. 29 et suivantes.
‘ Les mss. n“ 334 et B. portent Tenoma.
‘ Le ms. B. porte : «Cette dernière île. » — * Il est question de cette île sous le nom de Senef, dans les Anciennes Relat., etc. pag. i45-i46.
Feuillet 21 verso.
KJ1AN-FOD.
« le faire , et n’en mangent pas. Celui qui tue une vache est puni « de mort, ou du moins il a la main coupée. Lorsqu’une vache est « hors d’état de servir, on la parque dans une étable et on l’y laisse « jusqu’à ce quelle meure de sa mort naturelle. Il y a dans cette « île un roi qui se nomme Ranid et sa famille Semer
« L’habillement de chacun des habitants se compose de deux « Jouta: l’une employée comme manteau traînant, et l’autre ser- « vaut à voiler et à couvrir le corps. Il y a de l’eau douce. » De cette île (de Chouma ou de Tenom'a) à celle de Sendéfoulat , 10 journées. De celle de Senfy à la ville de Lou-
kïn 3 journées. C’est la première échelle de la Chine h « On
« y fabrique diverses riches étoffes de soie de la Chine qui sont « exportées au dehors, et notamment le ghazar-sini « dont on fait commerce dans les pays voisins aussi bien qu’au loin. « On y trouve du riz , des céréales , des noix de coco , des cannes « à sucre. Les habitants portent la fouta ; ils accueillent bien les « étrangers; ils sont très-magnifiques, et font un plus grand « usage de parfums que les autres habitants de l’Inde. »De Loukin à Kliancou 4 journées de navigation, et 20 par terre. Cette dernière épchelle est la plus considérable de la Chine.
« Ce pays est gouverné par un roi puissant et glorieux, qui « a beaucoup de sujets, de troupes et d’armes. On s’y nourrit « de riz, de noix de coco, de lait, de sucre et de mokl La ville « est située sur un golfe ( ou à l’embouchure d’un fleuve ) qu’on « remonte durant deux mois de marche jusqu’à la ville de Badja « qui appartient au baghhough lequel est le roi de
' Le texte arabe porte ' ce qui signifie exactement la pre-
mière des échelles de la Chine. — Ou plutôt lOian-fou jjüls». •
’ C’est le fruit du palmier doum. Voyez, à ce sujet, la Chrestomathie arabe de M. de Sacy, 1''® édition, tom. III, pag. 454 et suivantes.
* Ce nom paraît être le même qaefaglj)ur, dont il est si souvent question
dams les géographes orientaux qui ont traité de la Chine.
NEUVIÈME SECTION, n toute la Chine. Cette ville est le terme des voyages des Occi- Feuillet 22 recio. « dentaux; on y trouve toute espèce de fruits et de légumes, du « blé, de l’orge et du riz. » On ne trouve ni raisin ni figues dans la totalité de la Chine et des Indes, « mais bien le fruit d’un « arbre qu’on nomme el-cheki et el-berki Cet arbre
« croît particulièrement dans le pays du poivre. C’est un arbre *
« dont les fruits sont durs, et dont les feuilles, d’un vert éclatant,
« ressemblent à celles du chou ; il porte un fruit de la longueur « de quatre palmes , rond , semblable à une conque marine , couvert « d’une écorce rouge, et dans l’intérieur duquel est une graine « ou un gland qui ressemble à celui du chêne; bouilli au feu,
« on le mange comme la châtaigne, dont il a exactement le « goût. La pulpe de ce fruit forme un aliment très-doux et très- « agréable, qui réunit au goût de la pomme celui de la poire,
« et quelque chose même de la saveur de la banane et du mokl.
« C’est un fruit appétissant, admirable, et le plus recherché de « tous ceux qu’on mange dans flnde. On trouve égalemènt dans « ce pays un arbre qu’on appelle el-i’nba Uixll ; il est grand comme « le noyer, ses feuilles ressemblent aux feuilles de cet arbre,
« et son fruit à celui du palmier doum. Lorsque ce fruit est « noué il est tendre; alors on le met dans du vinaigre, et son « goût ressemble exactement à celui des olives. C’est chez les « Indiens un hors-d’œuvre destiné à exciter l’appétit. »
De la ville de Kbancou^ à la ville de Djankou on compte
3 journées ( Nous en reparlerons dans la dixième section, s’il plaît à Dieu. )
De laville de Senf la riveraine à l’île de Charnel 4 journées.
Je crois que c’est du jacquier ou de l’arbre à pain qu’il est ici question. Du reste, le mot ne se trouve pas dans les dictionnaires.
* Le texte arabe porte exactement la même chose : Joi*.
* Le ms. B. porte Hankou •
* Le manuscrit n® 334 porte : huit journées.
« Cette dernière est située dans la mer de Senf; elle est floris-