MAI.AI
« santé et peuplée. Elle produit du blé, du riz, des figues bananes « en quantité et du sucre. On y pêcbe une espèce de poisson )>fort gros, d’un goût excellent et dont la chair peut remplacer « la ( meilleure ) viande. »
De l’île de Charnel à celle de Achoura 4 journées. Celle-ci
est mal peuplée. Son territoire est âpre, stérile et montagneux. Il y a beaucoup de scorpions et de reptiles. De là à l’île de Malaï une petite journée.
L’île de Malaï est grande; elle s’étend de l’occident à l’oiient. « Son roi demeure dans une ville, et il se nomme Melik-el-Djezer « jyJi liLLo. Sa monnaie est d’argent, et elle est connue sous le « nom de dirhem el-tatarièh xsjJaUaJi II a beaucoup de trou-
« pes, d’éléphants et de vaisseaux. Les productions du pays sont « la banane, la noix de coco et la canne à sucre. D’après le rapport « des habitants, cette île touche à la mer résineuse « à l’extrémité de la Chine. La -mer de Senf nourrit une grande « quantité de poissons grands et petits, et produit diverses sub- « stances curieuses, utiles ou nuisibles, dont nous ferons mention, « lorsque nous traiterons des extrémités de cette mer, dans le « second climat, et que nous rapporterons, autant que nos forces « nous le permettront, ce qu’en disent les voyageurs ainsi que les « marins, et (en général) les choses sur lesquelles leurs relations « s’accordent avec celles des annalistes et des géographes anciens. »
Suite de la mer des Indes et de la Chine. — Iles d’el-Moudja. — De Suma,
d’Almaïd.
Cette section comprend les dernières terres habitables du Fe iiillct 2 2 recto, côté de l’orient, au delà desquelles tout est inconnu; la mer de Chine nommée aussi Sakha^^ic?, et, par quelques personnes, mer de Senf; c’est un bras de la mer Océane appelée mer obscure, parce qu’elle l’est en effet, et qu’elle est presque toujours agitée par des vents impétueux et couverte d’épaisses ténèbres. Cette mer touche à l’Océan auprès du pays de Gog et de Magog, et par sa partin inférieure ( litt. par ce qui e?t audessous d’elle), aux terres Inhabitables du coté du nord. Cette mer des ténèbres s’étend beaucoup aussi du côté de l’occident, ainsi que nous l’avons dit \ « et que nous en avons tracé le dessin. »
Cette mer est agitée par des vents impétueux et sujette à des pluies abondantes. Les vents maritimes ( la mousson ) soufflent durant six mois dans une direction, et pendant six autres dans une direction contraire.
11 y existe un grand nombre d’îles, dont les unes sont visitées et les autres non fréquentées par les négociants, « à cause de la « difficulté des routes, de la frayeur qu’inspire la mer, des « variations dans le cours des vents, de la férocité des insulaires
La version latine ajoute le passage suivant, qu’on retrouve dans le texte arabe du ms. B. : prolenditurque ad insulas Vacvac ex parte meridionali , et ad mare serpentum uscjae ad latus australe maris terram ambientis.
« et du manque de communication et de relations de bon voisinage « avec les peuples connus. »
Feuiliei 2 2 recio. « nommée el-Moudja , située dans la mer Darlarouf
ILE EL-MOüDjA. « obéit à divers rois qui sont de couleur blanche, mais
«qui ne portent pas l’espèce de manteau nommé azarj^jb Ils « (les habitants) ont, sous le rapport du costume et des orne-
Feuiüet 22 verso. « lucnts, beaucoup de ressemblance avec les Chinois. Ils ont un « grand nombre de chevaux dont ils se servent pour aller « combattre les rois leurs voisins. Cette île touche aux lieux où « le soleil se lève. On y trouve l’animal qui porte le musc et la « civette. Les femmes y sont les plus belles du monde; elles « portent toujours les cheveux longs, et elles ne cherchent en « aucune manière à les cacher. Elles vont tête nue, ornée (seu- « lement) de bandelettes, auxquelles sont suspendus des coquil- « lages de diverses couleurs et des fragments de nacre de perle. » De cette île à celle de Suma w*, 2 journées. iLEDEsuM.v. Cette dernière est très-considérable, très-fertile en grains et
« en céréales. On y trouve diverses espèces d’oiseaux bons à « manger, qu’on ne voit point ailleurs dans l’Inde, et beaucoup « de cocotiers. » Elle est entourée d’un grand nombre d’îles petites, mais peuplées. Son roi se nomme Camroim Il
y pleut et il y vente beaucoup. La profondeur de la mer qui l’entoure est d’environ 4o brasses. Les montagnes de cette île produisent du camphre supérieur à celui de tous les autres pays. « Il existe dans quelques-unes d’entre ces îles un peuple « nommé el-Fondjet , à cheveux noirs et crépus, attaquant
« les navires avec des machines de guerre, des armes et des
‘ C’est très-probablement Sumatra ; Voyez le Précis de la Géogr. univ., tom. I, p. 379, et tom. ^V^ pag. 255 et suiv. Comme le paragraphe précédent avait été omis par l’abréviateur, il n’était pas possible de deviner a quoi se rapportaient les mots de la version latine : ab hdc insulâ, etc. Au reste, d après les mss. n° 334 et B., il faudrait lire Soborma , au lieu de Suma.
« flèches empoisonnées. Il est difficile de résister à leurs attaques, Feuillet 28 verso « et peu d’entre ceux qui passent dans leur voisinage ou qui « tombent entre leurs mains parviennent à se sauver. Chacun « (de ces hommes) porte autour du cou un collier de fer, de « cuivre ou d’or. » A l’extrémité de cette mer, du côté de la Chine, est l’île d’Almaïd éloignée ( de la Chine)
de 4 journées de navigation. De l’île de Suma à celle d’el-Aiam C même distance. De là on pénètre à la mer de Senf.
« Parmi toutes les mers dont nous avons fait mention, il n’en « est point où les pluies soient plus fréquentes et les vents plus « violents; quelquefois les nuages laissent tomber la pluie durant « un jour ou deux sans interruption. Les îles de la mer de Senf « produisent du bois d’aloès et d’autres parfums. On ne connaît ni « l’extrémité ni l’étendue de cette mer. Sur ses rivages sont les « domaines d’un roi nommé Mihradj qui possède un
« grand nombre d’îles bien peuplées, fertiles, couvertes de champs « et de pâturages, et produisant de l’ivoire, du camphre, de la « noix muscade, du macis, du clou de gérofle, du bois d’aloès,
« du cardamome , du kababé et autres substances ( litt. graines )
« qui s’y trouvent et qui y sont indigènes Le pays de ce prince « est très-fréquenté , et il n’est point de roi dans l’Inde cpii « possède rien de comparable à ces îles, dont le commerce « est considérable et bien connu.' « Au nombre de ces îles est d’almaid.
celle d’Almaïd. Elle contient un grand nombre de villes, est plus vaste et plus fertile que celle de Moudja, « et ses habitants « ressemblent plus aux Chinois que les autres, je veux dire que « la population de tous les pays voisins de la Chiné. Les rois « possèdent des esclaves noirs et blancs et de beauv eunuques. »
Leurs îles et leurs pays touchent à la Chine. « Ils envoyent des « ambassadeurs et des présents au souverain de cet empire. »
’ Ou Anam. — “ üSijS
Feuillet 22 verso.
Feuillet 2 3 recto.
C’est là que se rassemblent et que stationnent les navires chinois venant des îles de la Chine; c’est vers cette île qu’ils se dirigent, et de ce point qu’ils partent pour se rendre ailleurs. De l’île de Senf aux îles de Sendi Foulât ^ 10 journées. « L’île
« de Sendi Foulât est très-grande; il y a de l’eau douce, des « champs cultivés, du riz et des cocotiers h Le roi s’appelle Resed « Les habitants portent la fouta soit en manteau, soit en
« ceinture » L’île de Sendi Foulât est entourée, du côté de la Chine, de montagnes d’un difficile accès, et où soufflent des vents impétueux. Cette île est une des portes de la Chine. De là à la ville de Khancou, 4 journées,
« Les portes de la Chine sont au nombre de douze; ce sont « des montagnes situées dans la mer: entre chaque montagne, « il y a une ouverture par laquelle on arrive à celle des villes « maritimes de la Chine vers laquelle on tend. Toutes les échel- « les de la Chine sont ainsi placées sur des golfes; c’est par-là « que montent les navires
« Le peuple possède des richesses abondantes et des trou- « peaux de moutons. Quant aux eaux des golfes, elles sont « douces jusqu’au moment des marées; alors le fleuve se rem- « plit d’eau de mer, ce qui arrive deux fois pendant les 2 à M heures (litt. par jour et par nuit),
« Dans ces échelles sont des marchés, des négociants, des gens « qui viennent, d’autres qui partent, des bâtiments, des marchan- « diseï qu’on charge, d’autres qu’on décharge. On jouit cons- « tammfcnt dans le pays d’une sécurité (parfaite). La justice
‘ Ces détails sont parfaitement conformes à ce qu’on lit dans les Ane. Relat. des Indes et de la Chine, pag. i4 et suiv.
Le ms. B pone Zenbid
IjjL
Ou plutôt Khan-fou, Khan-pou. Voyez le Journal Asiatique, tom. V, pag. 87.
® Le manuscrit arahe renferme encore quelques mots qui présentent de l’ohscurité; les voici : (jvo jGill 3 3
« caractérise leurs monarques ; elle est la base de leurs lois et Feuillet 23 recto. « la règle de leur conduite. C’est pourquoi les habitations se « touchent, le pays est florissant; il y a peu de sujets de tris- « tesse et beaucoup de motifs d’espoir; on ne regarde point à • « la dépense, et l’on fait beaucoup de bien. Tous les peuples « de la Chine et des Indes punissent de mort les voleurs, aiment « la tranquillité, et se rendent justice à eux-mêmes, sans avoir « besoin de recourir aux magistrats et à des arbitres. Tout cela « tient à leur naturel, au caractère avec lequel ils ont été créés,
« et dont ils ont été empreints. Le roi Camroun tient sous son « obéissance deux îles qui lui appartiennent; l’une se nomme « Famousa et l’autre Lasma La couleur des babi-
« tants de ces îles tire sur le blanc; les femmes y sont d’une « beauté ravissante. (Quant aux hommes) ils sont braves, en- « treprenants ; ils se livrent à la piraterie sur des vaisseaux d’une « marche supérieure, particulièrement lorsqu’ils sont en guerre « avec les Chinois, et qu’il n’existe point entre eux de paix (ou « de trêve). «
De l’île de Moudja à celle des Nuages 4 journées de
navigation et plus. Cette dernière île est ainsi nommée parce qu’il s’élève quelquefois de son sein des nuées blanches trèsdangereuses pour les navires. Il en sort une pointe (litt. une langue) mince et longue, accompagnée d’un vent impétueux.
Lorsque cette pointe atteint la surface des eaux de la mer, il en résulte une sorte d’ébullition; les eaux sont agitées comme par un tourbillon efîroyable, et si elle (la pointe) atteint des navires, elle les engloutit. Le nuage s’élève ensuite et se résout en pluie, sans qu’on sache si cette pluie provient des eaux de la mer ou comment la chose se passe b II y dans cette île des collines d’un sable qui, présenté au feu, se fond et de-
Ce phénomène des trombes marines est décrit à peu près dans les mêmes termes dans les Anciennes Relut, des Indes et de la Chine.
Feuillet 2 3 verso vient de l’argent pur. Dans la partie des îles de Wacvvac
voisine de celle-ci, sont des lieux coupés d’îlots et de montagnes, inaccessibles aux voyageurs, à cause de l’extrême dilficulté des communications. Les habitants sont des infidèles qui ne connaissent point de religion , et qui n’ont point reçu de loi; Les femmes vont tête nue, portant seulement des peignes d’ivoire ornés (litt. couronnés) de nacre. Une seule femme porte quelquefois jusqu’à \angt de ces peignes. Les hommes se couvrent la tête d’une coiffure qui ressemble à ce que nous appelons alcaanès , et qui s’appelle en langue indienne el-bouhari .
Ils restent fortifiés dans leurs montagnes sans en sortir et sans permettre qu’on vienne les visiter; cependant ils montent sur les hauteurs, le long du rivage, pour regarder les bâtiments, et quelquefois ils leur adressent la parole dans une langue inintelligible. Telle est constamment leur manière d’être. Auprès de ce pays est l’île de Wacwac, au delà de laquelle on ignore ce qui ex-iste. « Cependant les Chinois y abordent quelquefois, « mais rarement; c’est un assemblage de plusieurs îles inhabi- « tées, si ce n’est par des éléphants et une multitude d’oiseaux. « Il y a un arbre dont Mas’oudi rapporte des choses tellement
I « invraisemblables, qu’il n’est pas possible de les raconter : au
« surplus, le Très-Haut est puissant en toutes choses. »
De l’île de Senf à celle de Malaï, i 2 journées, à travers des îles et des rochers qui s’élèvent au-dessus de la mer. L’île de
Malaï est très-vaste L <; C’est la plus longue
« des îles sous le rapport de l’étendue, la plus considérable sous « le rapport de la culture, la plus fertile dans ses montagnes, « renfermant les domaines les plus vastes. On se livre dans cette
‘ Notre manuscrit offre ici une lacune que la version latine et le ms. B. permettent de remplir comme il suit : Hæc insula procurrit ab occidente in orientem, sed à parte occidentali, jungitur cum oris maritimis Zengitarum, et cursu transverso pergit semper cum oriente ad Aguilonem guoasgaè attingat littora Sin.
n île au commerce le plus avantageux, et il s’y trouve des élé- Feuillet 23 verso. « phants , des rhinocéros , et diverses espèces de parfums et d’épi- « ceries, telles que le clou de gérofle, la cannelle, le nard,
«le ... . \ et la noix muscade. Dans les montagnes sont
« des mines d’or d’une excellente qualité ; c’est le meilleur de « la Chine. Les habitants de cette île possèdent des maisons et « des châteaux construits en hois, transportés par eau aux lieux « de leur destination ; ils ont aussi des moulins à vent ( litt.
« des meules tournant par le vent ), où ils réduisent en farine « le riz , le blé et les autres céréales dont ils se nourrissent. »
De l’île d’Almaïd , en tirant vers l’est à celle de Sandji 3 journées faibles. « C’est une île fertile, peuplée, et « où l’on trouve de l’eau douce. Leur couleur (des habitants)
« est intermédiaire entre le blanc et le fauve. Ils portent aux « oreilles des ornements de cuivre. Les hommes portent une « fouta, et les femmes deux. Leur nourriture consiste en riz.
« Il y a beaucoup de cannes à sucre et de cocotiers, et des « mines d’or connues par l’abondance et la qualité de ce métal « (qu’elles produisent). » On voit dans cette île diverses statues placées sur le bord de la mer; chacune d’entre elles tient le bras droit élevé comme pour dire, au spectateur : Retourne au lieu d’où tu es venu , car il n’existe point derrière moi de terres où il soit possible de pénétrer. De cette île, on peut se rendre aux’ îles de Sila lesquelles sont en grand nombre
et rapprochées les unes des autres. Il y existe une ville nommée Ankouab ojXjl, dont le territoire est tellement fertile et abondant -en toute sorte de biens, que les étrangers qui viennent pour la visiter s’y fixent et ne veulent plus en sortir. II y a de 1 or en si grande quantité , que les habitants fabriquent avec
Ce nom spécifique est, comme plusieurs autres, écrit d’une main peu sûre et d un caractère d écriture qui atteste l’incertitude du copiste. — ’ Ou Saïla.
Ou al-Kiouah . Ms. B.
Feuillet 3
Feuillet 2
3 verso ce métal (jusqu’aux) chaînes de leurs chiens et aux .colliers de
leurs singes. « Ils fabriquent (aussi) des vêtements tissus d’or, « et ils les vendent. 11 en est de même (je veux parler de l’a- « bondance de l’or) dans les îles de Wacwac. Les marchands y « pénètrent avec ceux qui se livrent à la recherche de l’or; ils « y opèrent la fonte de ce métal et l’exportent en lingots. Ils « exportent aussi de la poudre d’or, qu’ils font fondre dans leur « pays au moyen de procédés connus d’eux. Les îles de Wacwac « produisent aussi de l’ébène d’une incomparable beauté.
« La mer de la Chine, la partie de la mer de Senfqui lui est « contiguë, la mer Darladeri ainsique celles d’Herkend et
« d’Oman, sont sujettes au flux et au reflux. On rapporte que, « dans les mers d’Oman et Fars \ ce phénomène a lieu deux « fois dans l’année, en sorte qu’on éprouve le flux durant les « six mois d’été dans la mer orientale, tandis que le contraire a « lieu dans la mer occidentale; puis le reflux se reporte à l’ouest « durant les six autres mois.
« Comme il a été émis un grand nombre d’opinions au sujet « des marées, nous nous trouvons dans l’obligation de rapporter « sommairement ce qui a été dit, pour compléter l’explication « de ce phénomène. ^
4 recto ” Aristote et Archimède ^ prétendent qu’il est dû à l’action
« du soleil combinée avec celle du vent et des vagues ( comme la « chose arrive dans la mer Atlantique qui est l’Océan),
« ce qui produit le flux, tandis que, lorsque le vent tombe et « s’apaise, le reflux a lieu.
« Mais Satoïos pense que la cause du flux réside
‘ Le golfe Persique.
^ Nous sommes redevables de cette dernière leçon au ms. B, dans lequel on lit très-distinctement, pag. 46 recto, jj*, •
* Le nom de ce philosophe , probablement grec , est indéchiffrable. Notre auteur voudrait-il parler de Ctésias, ou bien de Posidonius, dont le système se rapprochait en effet des idées développées dans ce passage? Voy. Strabon, liv. ni , pag. 173-174.
K dans l’accroissement successif de la lune jusqu’à son plein , et Feuillet 2 « que le reflux doit être attribué à la diminution des phases de « cet astre. Cette opinion a besoin d’être développée et expliquée « en détail. Nous disons donc au sujet du flux et du reflux (que « nous avons vu de nos propres yeux dans la mer des ténèbres,
« c’est-à-dire, dans l’Océan qui baigne les côtes occidentales « de l’Andalousie et de la Bretagne), que le flux commence à « avoir lieu dans cette mer depuis la seconde heure du jour « jusqu’au commencement de la neuvième b Ensuite le reflux « a lieu pendant six heures jusqu’à la fin du jour; puis la mer « s’élève encore durant six heures, après quoi elle s’abaisse du- « rant six heures ; en sorte que le flux et le reflux se font chacun « ressentir une fois pendant le jour et une fois pendant la nuit.
K La cause de cela est le vent qui soulève la mer au commen- « cernent de la troisième heure du jour. Tant que le soleil K s’élève sur l’horizon, le flux augmente avec le vent. Avant la « chute du jour, le vent tombe, parce que le soleil est plus sur « son déclin, et le reflux a lieu. De même, au commencement « de la nuit, le vent s’élève (de nouveau), et le calme ne s’éta- « blit qu’à la fm de la nuit. Les hautes marées ont lieu durant « les 1 3', 1 4*, 1 5® et 1 6® nuits du mois ( lunaire ) ; alors les eaux « s’élèvent excessivement et elles atteignent des points où elles « ne parviennent jamais, si ce n’est ^ux jours correspondants « des mois subséquents. C’est, dans ces mers, une des merveilles « évidentes du Créateur : les habitants du Moghreb en sont té- « moins et n’en peuvent douter. Ces marées se nomment feïdh « ou inondations.
« Tous les navires chinois, grands ou petits, qui naviguent « dans la mer de la Chine, sont solidement construits en bois.
‘ Il est probable que noire auteur n’a vu le phénomène des marées que durant quelques jours ; car autrement il aurait remarqué que les heures du plus grand flux ou reflux font successivement le tour de la journée.
li recto.
Feuillet 2
Feuillet 2
k recto, „ Les pièces portant les unes sur les autres sont disposées géo- « métriquement, garanties (de l’infdtration) au moyen de fibres « de palmier, et calfatées avec de la farine et de l’huile (de «poisson). Il existe dans la mer de la Chine et des Indes de « grands animaux longs de cent coudées et larges de vingt- « quatre, sur le dos desquels s’élèvent en bosse et comme par « végétation des rochers d’écailles sur lesquels les navires se « brisent quelquefois. Les navigateurs racontent qu’ils attaquent « ces animaux à coups de flèches et les forcent ( ainsi ) à se dé- « tourner de leur chemin. Ils ajoutent qu’ils se saisissent des « plus petits, qu’ils les font cuire dans des chaudrons que « leur chair se fond et se change en graisse liquide. Cette suhs- « tance huileuse est renommée dans l’Iémen, dans l’Aden, sur « les côtes du Fars, de l’Oman, et dans la mer des Indes et de « la Chine. Les peuples de ces régions font usage de cette suhs- « tance pour boucher les trous des navires.
« Au nombre des choses merveilleuses qu’on voit dans la mer « des Indes et de la Chine, et dont parlent les marchands qui « naviguent dans ces parages, sont les montagnes et les détroits « qui se trouvent dans ces mers. Il en sort quelquefois des oi- « seaux noirs, grands comme des enfants de quatre mois, qui « entrent dans le navire sans faire de mal à personne, et ne le « quittent plus. C’est pou» les navigateurs un signe de l’approche « du vent qu’on nomme le vent trompeur, et qui est très-dan- 4 verso „ g0i>eux. Ils cherchent à s’en garantir et prennent leurs pré- « cautions à son approche, en allégeant le navire du poids de « ses marchandises, en jetant à la mer tout ce qui en provient ,
« et particulièrement le poisson et le sel, dont ils ne gardent « absolument rien, et enfin en raccourcissant leurs mâts de « deux coudées et plus, de peur que le vaisseau ne se brise. En
‘ -l;vvs-' — ” En arabe, Kiclroun^<>ô.
« effet, le vent ne manque pas*de s’élever. Alors les navigateurs « essuient la tempête en se confiant à la protection divine, et « ils se sauvent ou ils périssent, selon qu’il plaît à Dieu. Ils ont « un autre signe de salut, lorsque Dieu le permet; c’est l’ap- « parition au-dessus d’un de leurs mâts, d’un oiseau de couleur « d’or qui brille comme une flamme de feu, et qu’on appelle « el-Behmen b Lorsqu’ils le voient, ils savent qu’ils seront
« délivrés; c’est une chose qui a été vue très-distinctement, et « de la réalité de laquelle les rapports réitérés (des voyageurs) « ne laissent aucun motif ( raisonnable ) de douter.
« Il y a dans la mer de la Chine un animal connu sous le « nom d’el-Ghaïda . Il porte deux ailes au moyen des-
« quelles il s’élève du fond ( de la mer ), et se transporte , mal- « gré son poids, sur les navires. 11 est long de loo coudées ou « environ. Lorsque les marins l’aperçoivent, ils font du bruit au « moyen de pièces de bois frappées les unes contre les autres ; « l’animal se retire et leur laisse le chemin libre. D’ailleurs , « grâce à Dieu, le sort dé ce grand animal est attaché à celui d’un < petit poisson nommé el-Mablda . Lorsqu’il l’aperçoit,
« il s’éloigne et s’enfuit dans les abîmes de la mer jusqu’à une « prolondeur telle qu’il soit à l’abri de la poursuite do ce petit « poisson.
« Les rois des Indes et de la Chine font grand cas de la hau- «,teur de la taille chez les éléphants; ils les payent fort cher <• ( lltt. avec beaucoup d’or), en raison de cette qualité. La taille « (ordinaire) d’un éléphant est de neuf coudées; mais les élé- « pliants nommés Kbavvar ont dix coudées de hauteur. Le
« plus grand roi des Indes est le Balhara ce qui signifie
« le roi des rois. Ensuite vient le Mekemkem ; son pays
' El-Rehmcn désig;ne le feu Sainl-Elme.
’ Le copiste de notre ms. a évidemment tracé ici divers noms dont il ignorait la véritable prononefation. Nous essayons de les rétablir d’après le ms. B.
Feuillet 2 4 verso.
Feuillet 24 verso „ est le pays de Sadj Après» lui vient le roi de Salen ou de « Taben puis le roi de Djaba ^ ; puis le roi de Djezer « puis le roi nommé Camroun dont les états tou-
« client à la Chine.
« Les Indiens sont divisés en sept castes; la première est « celle des Sakerié Ce sont les plus nobles; c’est parmi
« eux, et non ailleurs, que sont choisis les rois®. Toutes les « autres se prosternent devant eux, et eux ne se prosternent « devant personne.
« Viennent ensuite les Brahmes , qui sont les religieux de « rinde; ils sont vêtus de peaux de tigre et autres. Quelquefois « l’im d’entre eux, tenant un bâton à la main, rasemble autour de « lui la foule. Debout depuis le matin jusqu’au soir, il adresse « la parole aux assistants, leur parle de la gloire et de la puis- « sance de Dieu, et leur explique les événements qui ont amené « la ruine des autres peuples anciens, c’est-à-dire du peuple « des Brahmes. Ils ne boivent ni vin, ni liqueurs fermentées. Les « objets de leur adoration sont des idoles (considérées par eux « comme) pouvant intercéder auprès du Très-Haut.
« La troisième caste est celle des Kasterié "5^, qui peiivent « boire jusqu’à trois rôtis ^ de vin, mais non davantage, de peur « que leur raison ne s’égare. Cette caste peut prendre des femmes « en mariage chez les Brahmes, mais non les Brahmes chez eux.
« Viennent ensuite les Cherdouïé : ils sont laboureurs
« et agriculteurs ; puis les Besié ® , qui sont artisans et ou- « vriers ; puis les Sebdalié qui sont chanteurs, et qui
‘ Probablement Java. — ° Ou de Hezer j j-=»- •
* La caste des Chatria est bien en effet celle dans laquelle doivent être nés tous les princes et grands vassaux ; mais, de nos jours du moins, elle cède le pas a celle des Brahmanes. — ‘ Environ trois livres pesant.
‘ Vaïchiès, Beïsès ou Vassiès; Précisée la Géo^rapàie universelle , tom. YV , p iSg.
* Ou Sandalié
« possèdent des femmes renommées pour leur beauté; puis les Feuillet 25 recto « Zekié -JuSjj , qui sont jongleurs, bateleurs et joueurs de divers « instruments.
« On compte parmi les principales nations de ITnde qua- « rante-deux sectes. Il y en a cpii reconnaissent l’existence du « Créateur et rejettent celle des prophètes; d’autres qui nient « l’une et l’autre ; d’autres qui admettent l’intercession des pierres « sculptées (en forme d’idoles); d’autres qui adorent des pierres « augurales, sur lesquelles ont été versées de la graisse et de « l’huile; d’autres qui sont ignicoles et qui se précipitent dans « les flammes; d’autres qui adorent le soleil, considérant cet « astre comme le créateur et le régulateur du monde ; d’autres « qui adorent les arbres; d’autres qui adorent les serpents, les « tiennent dans les étables et les nourrissent aussi bien qu’il « leur est possible , ce qu’ils considèrent comme une bonne œuvre;
« d’autres enfin qui ne se mettent en peine d’aucun acte de « dévotion, et qui nient tout.
« Nous nous proposons de rapporter une à une toutes les « choses qui concernent l’Inde , lorsque nous traiterons de cette '< presqu’île, de la mer qui l’entoure et des îles qui en dépen- « dent. Mais, pour rendre nos explications plus faciles, nous « avons jugé convenable de compléter (d’abord) ce qui nous reste « à dire au sujet des ports de la Chine situés sur le rivage (de « la mer), comme nous l’avons précédemment indiqué.
« Le premier de ces ports est, comme nous l’avons cht, celui « de Khankou ; c’est le plus considérable. 11 est situé sur
« un fleuve par lequel on remonte dans la majeure partie du « pays du Baghbough , qui est le roi de la Chine et de ses
« dépendances. Il n’en est point qui lui soit supérieur, mais, au « contraire, tous les autres rois de cette contrée lui obéissent
‘ Pour Khanfou Voyez Ane. Relut, des Indes, et Journ. Asiot. t. V, p. 38. et
le ms. B.
Feuillet 2
5 recto. „ et le respectent. De Kliankou à Djankou ( la distance
« manque ). Celle-ci est une ville célèbre, remarquable par l’élé- « gance de ses édifices, la beauté de ses bazars et la fertilité de « ses jardins et de ses vergers. Les fruits y sont en abondance. « On y travaille le verre cbinois, ainsi que toute espèce d’étoffes « de soie, et l’on peut s’y procurer tout ce qui se trouve à « Djanfou b laquelle est située auprès d’un grand fleuve
« qui l’entoure, et par lequel on remonte à un grand nombre « de villes cbinoises, comme nous l’avons dit plus liant.
« On rapporte qu’il existe en Chine trois cents villes floris- « santés, gouvernées par des princes qui sont tous sous l’obéis- « sance du Bagbbougli , qu’on appelle, * ainsi que nous
« venons de le dire , le roi des rois. C’est un prince de' bonnes « mœurs, juste envers les peuples, doué d’une haute sollici- « tude, puissant dans son gouvernement, sage dans ses projets, « prévoyant dans ses entreprises, ferme dans ses desseins, facile « dans son administration, doux dans ses commandements, gé- « néreux dans ses dons, attentif aux affaires des étrangers et « des pays lointains, considérant la fin des choses, et s’occupant K des intérêts de ses sujets, lesquels peuvent parvenir jusqu’à « lui sans intermédiaire et sans empêchement. '
« Ce prince a une salle d’audience dont les murs et la toi- « ture sont construits d’une manière également solide et élé- « gante. Dans cette salle est un trône d’or où le roi s’assied « entouré de tous ses vizirs ; au-dessus de sa tête est une cloche « d’où pend une chaîne d’or disposée avec art, qui aboutit à « l’extérieur, et dont le bout atteint le bas de f édifice. Lors- « qu’une personne a quelque sujet de plainte à exposer, elle vient « avec une requête écrite auprès de cette chaîne, et la tire. Alors « la cloche se meut ; un vizir étend la main hors de la fenêtre ,
Le ms. B. porte Khanfou, et c’est, je crois, la vraie leçon.
« ce qui veut dire au plaignant : « Montez vers nous. » Il monte « en effet par un escalier expressément destiné à cet objet (litt. « aux opprimés). Parvenu en présence du roi, le plaignant se « prosterne, puis se relève. Le roi lui tend la main et reçoit la « requête, l’examine, la remet à ses vizirs, et rend une décision « conforme aux lois civiles et religieuses, sans autre sollicitation, « sans délai, et sans qu’il soit nécessaire de recourir à la média- « tion du vizir, ni à celle de toute autre personne b
« Ce prince est fervent dans sa piété, ferme dans l’observation « des lois dont il est l’interprète et le gardien , et libéral dans « les auinônes qu’il répand sur les pauvres. Sa religion, qui est « le culte des idoles (ou le Boudbisme), diffère peu de celle « dès Indiens; car ces derniers, comme les Chinois, ne nient « point l’existence du Créateur, reconnaissent sa sagesse et sa « puissance éternelles, et, bien qu’ils n’admettent ni les pro- « phètes ni les livres saints, cependant ils ne s’écartent pas des « principes de la justice et de l’équité.
« Les peuples qui vivent sous le premier climat sont les uns « basanés, les autres noirs. Dans le premier cas sont les habitants B de l’Inde, du Sind, de la Chine et des bords de la mer. Quant B à ceux qui errent dans les déserts du Zenghebar, de l’Abys- B sinie, de la Nubie, du Soudan, et dont nous avons déjà parlé, B ceux-là, à cause du défaut de l’humidité maritime et par suite B de l’intensité de la chaleur des rayons solaires à laquelle ils B sont constamment exposés ; ceux-là , disons-nous , ont tous , les B cheveux crépus, le teint noir, la transpiration puante la peau B des jambes desséchée, le corps difforme, peu d’industrie et B une intelligence bornée ( litt. : viciée ). Ils croupissent dans
' Cet usage est rapporté dans les Ancien. Relut, des Indes et de la Chine, pag. 32 et 87, mais avec moins de détails.
“ On sait en effet que les nègres exhalent souvent une odeur désagréable.
Feuillet 2 5 verso.
Feuillet 25 verso. « une ignorance extrême, et c’est sous ce rapport qu’on les « connaît. On ne compte point parmi eux d’homme de génie ni « de savoir, et tout ce que leurs rois connaissent en fait de « règles de justice et de gouvernement, ils l’ont appris d’hommes « venus du quatrième et du troisième climat, qui avaient lu « les annales et l’histoire des (anciens) rois. »
Au nombre des animaux existant dans ce premier climat et qui ne se trouvent point dans les six autres, il faut ranger l’éléphant, le rhinocéros, la girafe, les singes à queue, le bœuf et le buffle sans queue , « et les nlsanis , sorte de créa-
« tures dont nous avons parlé plus haut \ et qui vivent sur des « arhres où l’on ne peut les atteindre ; on peut encore citer le « serpent de Zaledj ^ dont parlent Ben Khordadébé ^ l’auteur du « livre des Merveilles, et divers autres écrivains qui s’accordent « à dire qu’il existe dans les montagnes de l’île de Zaledj une « es])èce de serpent qui attaque l’éléphant et le huffle , et qui ne « les ahandonne qu’après les avoir vaincus. » C’est sous ce climat seulement, dans les mines dont nous avons fait mention, qu’on trouve des émeraudes, et non ailleurs dans l’univers. Quant aux hyacinthes de diverses sortes et variétés, il n’en existe que dans l’île de Serendlb. Il en est de même de l'animal dit el-Babé , particulier à la mer d’Iémen et de Herkend, et cju’on ne trouve point ailleurs, non plus que le poisson nommé el-Ghaïda^. Quant aux poissons dont on extrait la colle, ces mers en produisent considérablement. Le Sacancour jyLJu*. ne se trouve également que dans la partie du Nil située sous le premier climat. On doit en dire autant de diverses drogues ou aromates, tels que le
‘ Voyez ci-dessus, pag. Sg, le passage où il est question delà chasse aux singes, je remarque seulement que le nom de ne s’y trouve pas.
' Le texte arabe du ms. B. porte g'[)- ^ On lit dans le ms. B.
* Le ms. n® 334 porte eJv.£, et la version latine ghonda. Voy. ci-dessus, p. g-.
DIXIÈME SECTION, clou (le gérofle, le bois de sandal, le camphre, le bois d’aloès, qu’on ne recueille point hors du premier climat où les jours sont égaux aux nuits, c’est-à-dire composés d’un nombre égal d’heures. « Si, vers les extrémités (de la zone) en latitude, il « exi.ste quelque différence (à cet égard), elle n’est pas percep- « tible aux sens, et ne peut se conclure que par induction.
« Toutes ces particularités sont le résultat des lois de la sagesse « divine et de l’ordre établi par le Créateur omniscient.
« Ce que nous avons rapporté relativement à ce climat, pa- « raîtra sans doute suffisant aux personnes amies des investiga- « tions et de l’étude. Que le Tout-Puissant soit loué au com- « mencement et à la fin de toutes choses ! «
Afrique occidentale. — Iles Canaries. — Camnourié. — Déserl de Nisir.
Audaghocht.
Feuillet 25 verso. Après avoir décrit avec les détails convenables, dans chacune des dix sections dont se compose le premier climat , tout ce qu’il y a de remarquable en fait de villes, de villages, de contrées . cultivées et de déserts, ainsi que les animaux, les minéraux, les Feuillet 26 recto, mers et les îles, les royaumes, les mœurs, coutumes et religions des peuples, il convient de donner, à l’aide du secours divin, dans ce deuxième climat, la description des pays, contrées \ grandes et petites villes, des lieux incultes et déserts, des mers, des îles, leurs noms et les distances qui les séparent, comme nous l’avons fait pour le premier climat.
Nous disons donc que la présente section du deuxième climat commence à l’extrémité de l’occident, c’est-à-dire à la mer ténébreuse ; on ignore ce qui existe au delà de cette mer. A cette section appartiennent les îles de Masfahan « et de Lam-
ghoch (j*^ qui font partie des six dont nous avons parlé sous
' Le ms. B. porte: châteaux , aulieu de ^UL>. — * Le ms. B. porte: (j*<yd
PREMIÈRE SECTION, la désignation des [îles] éternelles et d’où Ptolémée commence à Feuillet 26 recto, compter les longitudes des pays. Alexandre le Grand alla jusquelà et en revint.
« Quant à Masfalian, l’auteur du livre des Merveilles rap- « porte qu’au centre de cette île est une montagne ronde, au-des- « sus de laquelle on volt une statue de couleur rouge, élevée par « Esaad abou-Kerb el-Haïri (Alexandre dzourcarneïn), dont il sera « question ci-après, dans son expédition, et qu’on donne ce nom « ( d’abou-Kerb el-llaïri ) à tous les voyageurs qui sont parvenus aux « deux bouts du monde. Abou-Kerb el-Haïri fit placer là cette « statue, afin d’indiijuer aux navigateurs qu’au delà de ce point « il n’y a point d’issue, point de Heu de débarquement. L’on « ajoute que dans fîle de Lamgbocb (ou de Lagos on voit
« aussi une statue de construction très-solide, dont l’accès est « impossible. On dit que celui qui la fit élever y mourut, et que 0 ses héritiers lui élevèrent un tombeau dans un temple bâti « en marbre et en pierres de couleur. Le même auteur raconte K que cettq^île est peuplée de bêtes féroces, et qu’il s’y passe « des choses qu’il serait trop long de décrire, et dont f admission « répugne à la raison.
« Sur les rivages de ces îles et de plusieurs autres, on trouve « de l’ambre de qualité supérieure, ainsi que la pierre dite elle behet , renommée dans l’Afrique occidentale, où elle se Il vend à très-haut prix pour le pays de Lamtouna, dont les bail bitants prétendent que celui qui en est porteur réussit dans Il toutes ses entreprises. On dit aussi que cette pierre jouit de Il la propriété de lier la langue.
Il On y trouve aussi un grand nombre d’autres pierres de formes Il et de couleurs variées, qu’on recherche beaucoup et dont on fait « le commerce, attendu, dit-on, qu’elles entrent dans la compo- II sltion de plusieurs remèdes excellents. Telles sont celles qu’on « emploie à combattre les humeurs nuisibles et à calmer promp-
Feuillet 26 recto. « tement les douleurs qui en résultent; telles sont encore celles « qui facilitent les accouchements; celles au moyen desquelles, n en faisant un sigfne à des femmes ou à des enfants, on s’en fait « suivre. Les habitants de ces îles possèdent heauconp de pierres « semblables et sont renommés pour les opérations magiques « qu’ils pratiquent (à l’aide de ces pierres), et auxquelles ils sont « initiés.
« La présente section comprend le reste de l’Afrique occiden- « taie et du Soudan, où, comme nous l’avons dit, les lieux
« habités et les facilités pour voyager sont très-rares, k cause du « manque d’eau, les voyageurs étant obligés d’emporter avec eux « celle qui leur est nécessaire pour pénétrer, soit dans cette « contrée, soit dans la partie limitrophe du pays de Camnourié
cAMNODRiÉ. « Ce 'dernier pays confine du côté du nord aux précédents;
Feuillet 26 verso. ,< fin côté de l’occident à l’océan, et du côté, de l’orient au désert « de Tiser^r-i^v' \ route des marchands d’Agbmat, de Sedjelmasa, « de Dera’, du Noul le plus éloigné qui se rencl(j|it à Ghana « et aux frontières du Wangara, pays de l’or. »
« Il existait (autrefois) dans le Camnourié des villes connues « et des résidences remarquables, mais les peuples de Zaghawa « et de Lamtouna du désert, qui habitaient les deux côtés de « ce pays (je veux dire du Camnourié), en entreprirent la con- « quête, anéantirent la plupart de ces villes et dispersèrent ou « détruisirent leurs tribus.
K Les habitants du pays de Camnourié, d’après le rapport « des marchands, se prétendent Juifs. Leur croyance est un mé- « lange confus de toutes choses; ils ne reconnaissent ni rois ni « droit de propriété. Ils sont repoussés et détruits par toutes
' Npsir^ ou Niser^j..w*^ d’après le ms. Asselin.
^ Jjj- Je crois comme Hartmann qu’il s’agit ici du Wadinoun, si connu
par l’intéressant récit du naufrage de M. Cochelef.
« les tribus voisines. Anciennement il existait clans ce pays deux Feuillet a6 verso. « villes connues, ITine sous le nom de Camnourié, l’autre sous « celui de Taghiza elles étaient Tune et l’autre très-peu-
" plées; il y avait des chefs et des vieillards qui administraient « les affaires, rendaient la justice dan^tous les cas d’oppression « et autres f[ui pouvaient se présenter; mais, avec le temps,
« ces institutions se perdirent; la discorde et l’esprit de pillage « prévalurent; le pays devint désert et ses habitants s’enfuirent « dans les montagnes, se dispersèrent dans les déserts, tom- « hèrent sous le joug de leurs voisins ou se cachèrent dans des « retraites, en sorte cpa’il ne reste plus qu’un petit nombre d’in- « dividus appartenant au Camnourié, et vivant, dans ces déserts « ou sur le rivage, de laitage et de poisson, ayant à peine de « ([uoi subsister, dans la plus profonde misère, et errant sans « cesse pour éviter les embûclies de leurs voisins.
« La contrée comprise entre le pays de Camnourié et Sala « et Tokrour est inculte, peu frécjuentée et déserte. On n’y « trouve de l’eau qu’à de grandes profondeurs, ainsi que le « prouve la hauteur des déblais autour des puits. La distance « entre Camnourié et Sala et Tokrour est de 5 journées. De « Taghiza à Sala on compte environ 12 journées et autant de « Taglilza à Azka A)' (bi pays de Lamtouna. L’eau y est trè.s- « rare, on est obligé de s’en approvisionner et de creuser des « puits (pour s’en procurer).
« Dans le pays de Camnourié on volt la montagne de Mali nan ybU -, qui touche à l’océan. Elle est très-haute et de Il couleur rouge. On y trouve des pierres brillantes qui éblouis- « sent la vue à tel point, qu’aux rayons du soleil il est impossible
‘ Oii Tagliizj,.^ d’après une note marginale du ms. A. et d’après la carte.
‘ C’est ainsi qu’il faut lire d’après le ms. Asselin et d’après Hartmann pag. 182.
Notre ms. porte Arka.
’ C est ainsi qu on lit dans nos deux manuscrits et sur la carte géographique qui
Feuillet 26 verso. „ d’en Supporter l’éclat (comparable à celui du fer rougi). x\u « bas de cette montagne , on trouve des sources d’eau douce ; on se « munit de cette eau et on la transporte au loin dans des outres.
« Dans le pays qui dépend de Tagbiza et au sud-est de cette « ville, est située la mon^gne de Benberan \ l’une des
« plus hautes du globe. Elle est stérile et de couleur blanche ; « il n’y croît d’autres végétaux que des absinthes et des alcalis « épineux. L’auteur du livre des Merveilles rapporte que les « nuages ne se résolvent en pluie que dans la partie inférieure « de cette montagne.
DÉSERT DE TisER. « C’est à cette contrée qu’appartient le désert de Tiser dont « nous avons déjà parlé et par où passent les voyageurs qui se « rendent à Audaghocht à Ghana et ailleurs, comme
« nous l’avons dit. Ce désert est peu habité et aride. On n’y trouve « qu’un peu d’eau qu’on tire des puits, parmi lesquels le plus « connu est celui qu’on nomme le puits de Tiser, dont nous « avons parlé, et devant lequel est un espace totalement inculte
Feuillet 27 recto. « de 1 4 journées. On trouve dans ce même désert des serpents « d’une longueur et d’une grosseur énormes. Les nègres les « tuent à la chasse, leur coupent la tête et mangent le reste « accommodé avec de l’eau, du sel et de l’absinthe, ce qui pour « eux est un ré^al.
« C’est en automne que les caravanes traversent ce désert. « Voici la manière de voyager : on charge les chameaux de très- K bonne heure et on marche jusqu’au moment où le soleil s’est « élevé sur l’horizon, au point de communiquer à la terre une « chaleur insupportable. Alors on s’arrête, on décharge les cha- « meaux et on les entrave; on met en ordre les bagages et on
accompagne le ms. Assclin ; la leçon de Hartmann ( Matsan ) ne paraît donc pas devoir être admise. — ’ Le ms. Asselin et la carte portent Benbouan jjî
^ La présence des points-voyelles nous met à portée de rétablir la vraie prononciation de ce mot.
« tâche de se procurer de l’ombre, afin d’éviter l’influence fâ- Feuillet 27 recto. « cheuse de la chaleur des rayons solaires. A trois heures après « midi, c’est-à-dire lorsque le soleil commence à baisser, on « repart et on marche jusqu’après la nuit close, époque à la- « quelle on s’arrête de nouveau, quelque part qu’on se trouve,
« et on se repose durant le reste de la nuit : tel est l’usage cons- « tamment suivi par les voyageurs qui parcourent le Soudan,
« car les rayons du soleil seraient mortels pour quiconque s’expo- « serait à leur action lorqu’ils tombent verticalement. »
A cette section appartient aussi la partie septentrionale du pays de Ghana où se trouve Audaghocht, petite ville située dans le désert et où l’eau est rare. « Elle est, comme la Meccjue, bâtie « entre deux collines : la population en est peu nombreuse et « le commerce misérable ; il consiste principalement en cha- « meaux. »
D’ Audaghocht à Ghana, on compte, 12 journées; d’Audaghocht aux villes du Wardjelan, 3i journées; d’Audaghocht à Djerma environ 26 journées; d’Audaghocht à la ville
d’Oulil \ où est la mine de sel, 3o journées.
« Divers voyageurs dignes de foi qui ont parcouru le Soudan ,
« rapportent que dans le territoire d’Audaghocht on trouve, près « des eaux stagnantes, des truffes dont le poids s’élève jusqu’à « trois livres ^ et au delà. On en apporte en abondance à Auda- « ghocht, où on les fait cuire avec de la chair de chameau; ce « qui compose, dit-on, un mets excellent. »
Le ms. Assclin porte « à l’île. » — ’ Rôtis.
Continuation du désert de Tiser. — Zaghawa. — Pays et villes du Fezzan.
Feuillet 27 recto.
DÉSERT DE TISER.
Feuillet 27 verso.
« La majeure partie des contrées dont la description est com- « prise dans cette seconde section se compose de déserts -contigus, « de solitudes sauvages, de montagnes âpres ^ et stériles où l’eau « est très-rare. Le peu qu’on peut s’en procurer ( lltt. y puiser ) « ne se trouve qu’au pied des montagnes et dans les lieux à l’abri « des inliltrations salines; on est obligé d’en emporter avec soi. « Les habitants de ces contrées mènent une vie errante.
« On trouve dans les plaines, diverses peuplades d’bommes « très-braves qui y font paître leurs troupeaux. Ils n’ont aucune « demeure fixe, passant leur temps à voyager, sans toutefois sortir « des limites de leur territoire, sans s’allier à des étrangers, « sans se fier à leurs voisins. Chacun prend garde à soi et ne « s’inquiète que de soi-même. Les habitants des villes voisines, « qui sont de même race, dérobent les enfants des nomades du dé- « sert, les emmènent chez eux dans l’obscurité de la nuit, et « les tiennent cachés jusqu’au moment où ils peuvent les vendre i> à vil prix aux marchands forains, lesquels les transportent aux « extrémités de l’Afrique occidentale, où il s’en vend annuelle- « ment des quantités très-considérables. Cette coutume de déro- « ber les enfants est générale et constante dans le Soudan, et l’on « n’y voit aucun mal.
' On lit clans l’édition de Paris: deest in originali pars seconda. En effet, cette section n’avait point été publiée jusqu’à ce jour. ,
^ burch, en anglais hnrsh.
« Ces'peuples sont en général très-corrompus et polygames, Feuillet 27 verso. « et ils procréent un si grand nombre d’enfants des deux sexes,
« qu’il est rare de rencontrer une femme qui n’en ait pas au moins « quatre. Au reste, ils vivent comme des animaux, sans s’inquiéter « en rien des choses du monde, si ce n’est de satisfaire à leurs « besoins physiques.
« Les deux résidences les plus considérables du Zaghawa zaghawa.
« sont celles de Sakouat et de Chameb On y
« trouve une tribu voyageuse appelée Sadraïet , qui passe
« pour être Berbère. Les individus qui la composent ressemblent « aux Zagbawiens; ils ont les mêmes habitudes, ils se sont iden- « tifi és à leurs races et Us ont recours à eux pour tous les objets « qui leur sont nécessaires, et pour leur négoce. Chameb est « un gros bourg, aujourd’hui mal peuplé, dont les habitants’ se « sont transportés pour la plupart à Koukou , ville située « à 16 journées de distance. Ils boivent beaucoup de lait, leurs « eaux étant saumâtres, et mangent de la viande coupée en la- « nières et séchée au soleil. Ils se nourrissent aussi de reptiles,
« dont ils font une chasse abondante et qu’ils font cuire après « leur avoir coupé la tête et la queue. Ces peuples sont très- « sujets à la gale, en sorte qu’à ce signe, dans tout le pays et « dans toutes les tribus du Soudan, on reconnaît un Zaghawien.
« S’ils s’abstenaient de manger du serpent, ils en seraient tota- « lement exempts. Ils vont nus et cachent seulement leurs par- « ties honteuses au moyen de cuirs tannés de chameau et de « chèvre \ qui sont couverts de diverses sortes d’incisions et « d’ornements.
K II y a dans ce pays une montagne nommée Loukia « tres-baute et d’un difficde accès, bien qu’elle soit formée d’une « terre blanche et molle. Nul ne peut, sans périr, approcher des
‘ Le ms. A porte « de cuirs de vache. » — ’ Ou Lounia Lo^J.
Feuillet 27 verso. « cavernes qui se trouvent sur son sommet, attendu, d’après « ce qu’on assure, qu’on y trouve des serpents d’une grosseur « énorme qui s’élancent sur quiconque se dirige sans le savoir « vers leurs retraites, ce qui fait que les habitants du pays les « redoutent et les évitent. Des sources d’eau découlent du pied « de cette montagne, mais leur cours ne s’étend pas loin. Les « habitants de ce canton sont Zaghawiens et leur tribu se nomme « Sakouat b ils sont très-sédentaires, possèdent de nombreux trou- « peaux de chameaux de race estimée, fabriquent leurs vête- « ments et les tentes (litt. les maisons) où ils demeurent avec le « poil de ces animaux, et se nourrissent de leur lait, de leur beurre « et de leur chair. Chez eux les légumes sont rares; cependant ils « cultivent le dborra, qui (comme on sait) est la principale pro- « duction du Zagbawa : on y apporte quelquefois du blé de « VVardjelan et d’ailleurs.
KEBLATA « A liuit jaumées vers le nord du canton habité par la tribu
« de Sakouat, est une ville ruinée qu’on appelle Neblata Feuillet 38 recto. « Elle était' anciennement très-connue; mais, d’après ce qu’on « rapporte, elle a été envahie par les sables, qui ont couvert « les habitations et les eaux, en sorte qu’il n’y reste plus aujour- « d’hui qu’un petit nombre d’habitants, qui se sont fixés sur ses rui- « nés. Au nord de cette ville est une montagne dite Ghargha ,
« où, d’après l’auteur du livre des Merveilles, on trouve des « fourmis d’une grosseur prodigieuse b dont se nourrissent les « serpents de cette montagne, lesquels, dit-on, quoique 'très- « gros, ne sont point nuisibles. Les nègres les poursuivent et « s’en nourrissent, ainsi que nous l’avons dit plus haut.
« De Neblata à Tirki üjxs du Wangara, pays de l’or, on compte « 1 7 journées.
« Dans le Zagbawa est compris le Fezzan, où sont les villes -
‘ Vide suprà, pag. 111. — ’ Ou Nebranta d’après le ms. B.
’ Litt. : <1 de la grosseur des moineaux. »
a de Djerrtia et de Tesawat Les nègres nomment Feuillet 28 recto
« cette dernière Djerma la petite.^ Elles sont situées à un peu fezzan.
« moins d’une journée de distance l’une de l’autre, et égales en « grandeur et en population. On y b'oit de l’eau de puits. Il y « croît des palmiers , du dhorra et de l’orge qu’on arrose au moyen «•d’une machine qu’on appelle hiffa et qui est connue dans « l’Afrique occidentale sous le nom de hhithara H y a une
« mine d’argent nomipée Djerdjis mais cette mine est
« trop peu productive pour valoir la peine d’être exploitée ; elle « est srtuée'à environ trois journées de Tesawat. De ce dernier « Ueu à la tribu berbère appelée Azkar on compte 1 2 jour- miBr des azkar. « nées vers l’orient. Cette tribu , qui possède- beaucoup de cba- « meaux' et* de laitage, se compose d’bommes -très-braves, très- « disposés à se défendre, mais vivant en paix et en bonne in- « telligence avec leurs voisins. 11 passent l’été dans les environs « de la montagne dite Tantana AaiaJd3,.de laquelle découlent «' diverses sources d’eau vive qui sont d’une grande utilité. Les « flancs de cette montagne sont* couverts de pâturages où les « chameaux trouvent à se nourrir jusrpi’au moment où la peu- « plade retourne à sa demeure habituelle.
« De la" montagne autour de laquelle errent les Azkar jusqu’à « Begbama on compte 20 journées par un pays désert,
« aride, brûlant, peu fréquenté et peu frayé. Des Azkar à Gha- « damés 1 8 journées. Des mêmes à la ville de Ghameh
« g journée^. On trouve dans l’intervalle deux puits peu
« abondants et qui* sont totalement à sec lôrsque le vent du dé- « sert vient à souffler.
« Les' Azkar sont, à ce qu’on dit, le peuple de l’Afrique le plus « instruit dans la connaissance des caractères attribués au pro- « pbète Daniel, sur qui soit le salut! Dans tout le pays des Ber-
’ Ou Kerkhis d’après te ms. B.
Feuillet 28 recto. „ Ler’s et dans leurs nombreuses tribus, il n’en est ‘aucune de '< plus versée dans cette science. Lorsque l’un d’entre eux, grand « ou petit, a perdu quelque chose, il trace ‘des lignes dans le « sable, et au moyen do ces lignesdl devine où eet l’objet per- « du , se dirige vers ce point et le retrouve. Si un voleur dérobe « un objet quelconque, et l’enfouit sous terre, près ou loin, le « propriétaire trace des lignes. pour connaître la direction qu’il « doit ^suivre, puis d!autres pour' trouvq,!’ le Heu précis ‘de la « cachette, et il retrouve ainsi ce qu’on lui’ a pris. 11 y a plus : « les cheikhs de la tribu se rassemblent, tracent des lignes et « discernent par ce moyen le coupable de l’innocent. L’opinion
Feuilletas verso. « (de la réalité) de ces faits est très-répandue dans toute l’Afri- « que. Divers voyageurs rapportent avoir vu à Sedjelmasa un « homme de -cette tribu qui se soumit à trois expériences suc- « cessives, et qui réussit trois fois à retrouver, au moven des « lignes, un objet caché dans un lieu qu’il ne connaissait pas; « et c’est une. chose d’autant plus surprenante, que ces hommes « sont d’ailleurs fort ignorants et fort grossiers. Mai.s en voilà « assez sur ce sujet. »
TROISIExME SECTION.
Suite de l’Afrique septentrionale. . — VVadan. — Kawar. — Tadjprins.
Les pays dont la description est contenue dans cette troisième section sont : une partie du Wadan ; l'a majeure partie du Feuillet 28 verso, Kawar J ; une partie du pays des Tadjerins la majeure partie du Fezzan (j|yj . '
Le Wadan se compose d’oasis ])lantées de dattiers et ayant la wadan.
mer (Méditerranée) au nord-ouest. « Avûnt l’époque. du maho- « métisme , ce pays était très-peuplé et le gouvernement était hé- « réditairc. A l’arrivée des musulmans," la crainte qu’en éprouvè- « rent les habitants les porta à Fuir et à se disperser dans le Saha- « ra. Il ne subfiistc plus actuellement que la ville de Dawoud « à demi ruinée et habitée par quelques fa’njilles du Soudan,
« vivant misérablement, au pied de la montagne de Tantana « aâJoàL, avec un petit nombre de chameaux, et tirant pour la « plupart leuï nourriture de la racine d’unç plante nommée par « eux gliarastas , et par les Arabes nedjil qui se
« plaît dans les terrains sablonneux. Ils la font sécber, la rédui- « sent en. Farine au moyen d’une pierre, et en font du pain pour « se sustenter. Ils vivent aussi de laitage, mais leur principal « régal est la’ cbair de cbameau séchée au soleil. Ils emploient « la hente de ces animaux comme combustible, car les arbustes « épineux et le- bois sont très-rares parmi eux’. »
Au nord de Wadan est Zawila fondée par Abdallah
■ ‘ L’orthographe de ce nom est extrêmement douteuse. Hartmann lit Tadjvva au lieu dtf Tadjera et le ms. B. semble confirmer cette leçon. Voyez ci-dessus
jiag. 2 5, note 1 . — * Cette plante paraît être une variété du pourpier.
Feuillet 28 verso. beiî-Khattab el-Hawarr, « qui l’babita, lui et ses neveux, en 3o6 ^ « de l’hégire. C’est, de ce personnage qu’eUe tire sa célébrité. « Elle'est actuellement florissante, et nous la décrirons, s’il plaît « 'à Dieu, dans le troisième climat du présent ouvrage. Dans la « montagne de Tantana il existe une mine de fer très-abondante. « Au sud sont les lieux de campement et les pâturages des Az- « kar, perfplade berbère et nomade dont nous avons déjà parlé « et qui fréquente cette -contrée avec ses chameaux. Plus au sud « encore sont lé Koukou et le Demdem où se
« trouve la montagne de Loukia qui est de couleur blan-
« che, et où l’on voit, dit-on, des serpents à deux* cornes, et « même à deux têtes.
« Les opinions sont très-partagéqs, parmi les habitants du « Soudan, au sujet du fleuve de Koukou. Les uns disent qu’il « prend sa source dans les montag^nes de Lounia * et qu’il coule « du côté du sud jusqu’à Koukou, où il fait un coude pour se « diriger ensuite vers le Sahara; d’autres disent que ce fleuve « est autre que celui de Koukou ; que ce dernier prend réelle- Feuillei 29 recto. « ment sa source au pied d’une montagne dont la citne est vbi- « sine. du Nil. On rapporte que le Nil se perd sous cette mon- « tagne pour repafaftre de l’autre côté, qu’il coule ensuite jus- « qu’à Koukou, puis se dirige vers l’ouest (de cette ville) par « le Sahara-, et qu’il finit par se perdre dans les sables •• .
‘ gig de J. C. — “ Voyez ci-dessus, pag. 1 13. . ’ C’est ainsi que portent les deux manuscrits.
‘ Les mss. portent tantôt Loukia et tantôt Lounia.
’ Voici le texte arabe de ce passage important : S odijCâfc.1 ^
j-fA j-Ÿ i Jlc 5
« Le pays limitrophe de cette contrée à l’orient est en grande «partie celui de Kawar , très-connu et très-fréquenté.
« C’est de là qu’on tire l’alun si estimé poiir sa qyalité et si « connu sous le n()m de kawary. O» voit dans le Kawar le lit « d’ime rivière courant du sud a\i nord, où l’on ne trouve point « d’eau, si ce n’est en creusant un puits qui contient des sources « abondantes. Il y a .là une petite ville nommée el-Cas^aba « bien bâtie et entourée de palmiers et d’autres arbres
« du désert. Ses habitants sont à demeure fixe ; ils portent pour « vêtements la fouta, le manteau dit azar, et d’autres ti.ssu.s de « laine. Ils voyagent pour le commerce et fréquentent beaucoup « les contrées étrangères. Ils boivent de l’eau de puits, qui chez « eux est douce et très-abondante. » De là à Casser-omm-Issa
** p' ^ compte 2 journées vers le sud. « C’est une
« ville peu- considérable, mais dont la population, qui est très- « nombreuse, possède beaucoup de cbam’eaux qui lui servent à « se transporter à l’orient et à f occident. Leur principale richesse « est l’alun. Ils ont des palmiers et de l’eau douce. »
De là à Ankelas , on compte 4o milles, en suivant le
Ht de la’rivière. « Ankelas est, sans contredit-, la ville la plus « considérable du Kawar. Ses habitants se livrent au commerce « de l’alun, dont ils possèdent -des mfnes abondantes dans leurs « montagnes, et qui est de qualité supérieure. Ils vont du côté de « l’orient jusqu’à l’Egypte, du'côté de l’occident jusqu’à Wardje- « lan et jusqu’aux extrémités. de l’Afrique; ils portent des vête- « ments tissus de laine, et des turbans dont les bouts leur servent « à se voiler la bouche. C’est un usage ancien parmi eux et dont
ji : — oj Il
' Ce nom, qui avait été lu par Gabriel Siounite Medhwam-Jsa . signifie, « le château de la mère de Jésus. »
Feuillet 29 recto.
KAWAR.
Feuillet 29 recto. „ üs ne s’écartent jamais. Ils ont actuellement un chef né dans « le pays, entouré d’une famille et d’une garde qui l’aide (dans « ses entreprises). C’e.st un personnage honoré, d’une conduite « irréprochable et qui gouverne légalement. 'Il est musulman. » D’Ankelas à Abzar , village situé’ sur un monticule’ de terre entouré de palmiers et dépourvu d’eau douce, 2 joiirnées. * . . • .
« Il y ® le voisinage , une mine d’alun qui serait d’excel-
« lente qualité s’il n’était mélangé de substances étrangères. Ses « habitants portent la fouta ‘et le mazar et vivent du commerce « de l’alun. •
« D’ Abzar à Telmelet ôn compte i journée de marche.
« Telmelet est également un village de peu d’importance. L’eau « y est rare , ainsi que les palmiers ; mais les dattes y sont ex- « cellentes. 11 y a* une mine d’alun peu productive*, attendu « qu elle est sillonnée par diverses veines de terre Ce village « dépend du Kawar : nous en avons parlé dans le premier cli- « mat'*. L’alun est, ainsi que nous l’avons dit, très-abondant et « d’une qualité supérieure. Le commerce qu’on en fait dans cette H contrée est immense , et cependant les mines ne* s’épuisent Feuillet 29 verso. « pas. Les gens du pays rapportent que Cette substance croît « et végète, tous les ans, en'quantité suffisante pour remplacer « ce qu’ils en extraient. "
Non loin et à l’ouest d’ Abzar est un lac considérable et profond; il a 12 milles de longueur sur 3 de largeur. On y pêche un poisson très-gros qui ressemble à l’el-boury ® : c’est un mets délicieux.
' \ oyez, relativement au sens de ces mots, les notes ci-dessus pag. 12 et i y.
^ h' Abrégé et le ms. B. portent Balmela..
’ Il est assez curieux que cette expression technique retrouve
dans la langue arabe.
‘ C’est le mênje qui est désigné ci-dessus, pag. 23, sous le nom de Lemlemèh, ainsi que je l’ai vérifié d’après le nouveau manuscrit. — ‘ Mugicejihalus.
« On appelle ce poisson el-bîn La quantité qu’on en pêche Feuillet 29 verso.
« est tellement considérable, qu’on le transporte dans tout le « Kawar, où il se vend à très-bon marché.
« Vis-à-vis et dans le voisinage de ce pays, est celui des Ta- tadjrin.
« djerins ,, dont. nous avons parié, dans la description du
« premier climat, comme d’un peuple infidèle et sans croyance.
« Ils sont très-nombreux, nomades, braves et enclins à -corn- « battre leurs voisins, auxquels ils portent envi«, et qu’ils cher- « chent, par force ou par ruse, à réduire en captivité. Ils n’ont « que deux villes, qui sont Tadjera et^ Sernné V
« dont nous avons parlé ci-dessus. Il* y a dans cé pays une mon- « tagne*du’nom de Macoun ^ dont la couleur est grise « tirant Sui; le blanc, et qui contient des veines d’une e.spèce « de terre douce qu’on applique, avec succès à la cure des opb- « thalmies, de même qu’on emploie la substance dite ramdj el- « ghar jbdi , qui vient, de Talaveyra en Espagne , sous la « forme d’une poudre verte , et dont on se sert avec beaucoup « de. succès contre les maladies de l’œil, en la prenant inté- « rleurement, comme tout le monde sait.
« Cette contrée est'voisine de. l’oasis el-Khardjé, maintenant « connue sous le nom de Santarié , à cause du bourg
« qui s’y trouve et qui a été fondé dans ces derniers temps :
« nous en reparlerons ci-après.
« Au sud de Santarié sont les ruines d’une ville jadis flo- « rissante et peuplée, nommée Chour son commerce, ses
« troupeaux, tout a disparu ;’ii n’y reste que des monticules cou- « verts de décombres, et quelques bosquets de palmiers fréquen- « tés par les Arabes' dans leurs excursions. Au nord est une mon- « tagne de peu d’élévation, mais très-escârpée., au pied de laquelle « est un lac d’eau douce d’environ 20 milles d’étendue, mais
' Ou plutôt Taclwja et Serniet d’après le nouveau manuscrit. La carte porte Semnéh — “ Le ms. Asselin et la carte portent Tetsrou
Feuillet 29 verso, .«peu profond, au milieu duquel croissent des roseaux. On y « trouve une sorte de poisson désagréable au goût et rempli X K d’arêtes. Ce lac est alimenté par une sojirce d’eau douce ve-
« nant du sud. Les caravanes du Kawar descendent sur ses bords « et y trouvent souvent des tro.upes d’Arabes qui leur causent du rf dommage. Dans le même pays est la ville de Merenda « subsistant encore de nos jours, et peuplée autant par les « voyageurs qui^e font qu’y passer, et qui sont peu nombreux « à cause du défaut de productions et du peu d’industrie et « de commerce, que par les familles qui y résident. Cependant « c’est un lieu de repos et un asile pour les personnes qui vien- « nent du désert. . • .
«'Au nord de cette région est Zala ville fortifiée et gou- « vernée par un chef indépendant ;> et distante de 9 journées au sud-est de Sort du côté de la mer b De Zala à Wadan, on compte 8 journées, et de Zala à Za.wjla, 10, en se dirigeant vers le sud-ouest. • . ’ .
‘ Le texte porte que Sort est à neuf journées au nord-ouest de Zala, ce qui revient au même.
QUATRIÈME SECTION. ISO
QUATRIÈME SECTIOJ^.
Oasis. — Littoral de la Méditerranée. — Egypte.
Cette section comprend l’oasis dite el-Kharidjé ou l’extérieure xa-jUI ; le pays au sud limitrophe de celui des Tadjerins; « la majeure partie d’el-Djofar jUil , et de Bahreïn en
« retournant vers Santarié ( dont nous avons parlé plus haut ) , « se dirigeant vers les demeures des Béni Ilélal J:^ et des- « Cendant vers la montagne dite de Goliath le Berher, ainsi ^ « nommée parce que l’armée de ce géant y fut défaite , et qu’il
« y vint chercher un refuge avec les siens. A l’est de cette mon- « tagne est toute l’Egypte arrosée par le Nil, qui y descend de la « Nuhie supérieure. Nous décrirons ce dernier pays dans le plus « grand détail, et tel qu’il est actuellement, s’il plaît à Dieu, « ainsi que tous les lieux habités dans le voisinage du Nil jus- « qu’à Ahrié Cherouné et Beiadh dépend
« des Bili (J-? h jusqu’aux extrémités du Saïd^ et jusqu’à el-Ala- « ki “.Enfin nous parlerons des Teïm , des Nouhoum , et « des Coptes 1^ ou anciens Egyptiens.
K Nous disons donc que l’exlrémité occidentale de la contrée « décrite dans cette section est celle qui touche au pays des « Tadjerins, désert immense, aride et pierreux, où l’on ne « trouve point d’habitants , à cause des sables mouvants que les « vents transportent çà et là. Nul ne peut y rester à demeure « fixe, à cause de ces sables continuellement poussés par les
‘ Tribu d’Arabes qui existe encore et qui fut presque toujours hostile aux Français durant l’expédition d’Égypte.
■ La Haute-Égypte. — ’ Voyez ci-dessus, pag. 4i •
Feuillet 3o recto-
FeuiHef 3o recto.