OASIS
FeuiHet 3o verso
« vents, et qui envahissent non seulement les oasis, mais encore « toutes les contrées comprises entre Sedjelmasa et l’oasis h Ces « déserts aujourd’hui si arides étaient jadis fertiles en palmiers, « habités et fréquentés; il y avait jusqu’à Ghana des routes « frayées et des aiguades bien connues, mais il n’en subsiste « plus rien.
« On trouve dans l’oasis intérieure , des vaches et des
« moutons devenus sauvages, ainsi que nous l’avons dit plus « haut. » De là jusqu’aux frontières de la Nubie on compte 3 journées de distance , par une contrée stérile. On y voit une montagne dite Gbalsani , dont la cime est élevée et d’une lar-
« geur égale à celle de sa base; et une mine de lapis lazuli, pierre « qu’on transporte en Egypte pour la travailler, v On y voit aussi des serpents tels qu’il n’en existe point ailleurs. '< Les gens du « pays disent que ces reptiles sont d’une grosseur si énorme , « qu’ils peuvent avaler un mouton , un veau , et même un homme ; « qu’ils ont des oreilles proéminentes, des dents canines et mo- « laires, qu’ils se tiennent dans des cavernes ou dans les sables, « et qu’ils s’élancent sur quiconque se présente devant eux, avec « une telle force , qu’il est rare qu’on puisse échapper à la mort. K C’est un fait notoire et bien connu.
« Quant à l’oasis extérieure, elle est habitée par des Berbers « mêlés d’Arabes qui cultivent l’indigo dans les lieux arrosés. Cette « substance est renommée pour sa qualité supérieure et connue « sous le nom d'indigo des oasis. Le pays, jusqu’au voisinage d’Asou- « an , produit aussi une espèce d’ânes plus petits que des mou-
« tons, et tachetés de blanc et de noir. Ils ne sont pas susceptibles « de servir de monture , et ils meurent inévitablement lorsqu’on « les fait sortir de l’oasis. Il existe dans le Saïd une variété de « ces animaux qui est très-maigre, mais extrêmement légère et
‘ Dans toute cette description des oasis, nous croyons devoir suivre, de préférence au texte de l’ancien manuscrit^ ‘celui du manuscrit Asselin.
« rapide. On trouve dans les sables voisins d’el-Djofar beaucoup « de serpents très-dangereux qui s’élancent sur les chameaux « des caravanes et les font périr.
« Le pays de Djofar est plus bas que les oasis. Il est actuel- « lement désert, mais autrefois on y voyait un grand nombre « d’habitations. On y cultivait le safran, l’indigo, le carthame « et la canne à sucre. Il n’y subsiste plus que deux bourgs : « l’un dit el-Djofar et l’autre Bahreïn ; ils sont for-
« tifiés, entourés de dattiers et pourvus d’eau douce. »
D’el-Djofar à Bahreïn , on compte 2 journées ;
Du même lieu à l’oasis, 6 journées sans eau.
« Cette oasis est celle où nous connaissons de nos jours un grand « nombre de petits villages peuplés de races mêlées, où l’on cul- « tive la canne à sucre et l’indigo , et situés sur le penchant d’une « montagne qui sépare l’Egypte du désert contigu au Soudan, a
De Bahreïn à Santarié, 4 journées.
« La ville de Santarié est petite; il y a une mosquée;
« elle est peuplée de Berbers et d’Arabes à demeure fixe, et si- « tuée sur les confins du grand désert, à 9 journées au sud de « la mer^ On y trouve le lacca (sorte de plante dont le suc sert « à teindre le maroquin), un peu d’eau de puits, beaucoup de « dattiers. »
De Santarié à la montagne de Malmouni « où est une
« mine de fer » , on compte 4 journées. C’est par Santarié qu’on passe pour aller, soit dans le Kawar, soit dans le reste du Soudan.
De Santarié à Audjela vers l’ouest, 10 journées.
« C’est dans ses environs qu’on voit la montagne dite Berim- « el-Ahmar dans laquelle on a, dit-on, taillé les deux « obélisques d’Alexandrie^. »
’ Même observation que ci-dessus , pag. 120, note 1.
’ Le ms. Asselin porte Nalmury
’ Dans le texte arabe , ces obélisques sont désignés sous le nom d’aiguilles
Feuillet 3o verso.
DJOFAR.
SANTAhlê.
Feuillet 3o verso.
CAÏS.
ACHMOL’NI.
Feuillet 3i recto.
ANSANA.
La ville de Caïs , située sur la rive occidentale « du Nil , « est ancienne et Lien bâtie. On y cultive la canne à sucre et « diverses sortes de fruits et de légumes. »
De Caïs à Demrout vers le nord, on compte environ
1 8 milles.
De Caïs à Miniet ebn-el-Khassib (j-?î « ville déli-
« cieuse située sur la rive orientale du Nil, entourée de jardins « où l’on cultive la canne à sucre et la vigne », une demi-jour- « née. »
De Miniet à Achmouni ^ « petite ville abondante en
« toutes sortes de fruits et de céréales, et où l’on fabrique des « étoffes bien connues », une demi-journée.
Vis-à-vis est Bousir « bourg où l’on dit que Pharaon
« opérait ses prestiges, et dont il reste des monuments. »
De Bousir à Ansana , « ville ancienne, située à l’orient « du Nil, entourée de cultures, et connue sous la dénomination « de ville des enchanteurs, parce que ce fut de là que Pharaon fît « venir ceux qu’il voulait opposer à Moïse (sur qui soit le salut), »
A deux milles de distance environ du Nil sont divers petits villages, parmi lesquels on distingue el-Nedjasié dont
« le territoire est fécond; et vis-à-vis, -sur la rive occidentale « du Nil, Minsawa entouré de jardins et de palmiers »;
« puis, au-dessous d’ Achmouni, Takha lib>, « où l’on fabrique « diverses étoffes de laine. On dit que le crocodile est nuisible « sur la rive ‘d’Achmouni, mais non point sur celle d’ Ansana. »
D’ Ansana à el-Maragha petit village entouré de jardins
sur la rive occidentale du Nil, environ 5 milles.
D’el-Maragba à Termend sur la même rive, environ
5 milles.
De là à Soûl , bourg commerçant qui abonde en fruits ^ Ou Minsara d’après le ms. Asselin.
et en légumes, et qui, est très-peuplé, environ une^journée. Feuillet 3 1 recto.
Soûl est situé à l’embouchure du canal dit el-Menhi 45^', '
qui aboutit à l’orient des oasis, qui sert à l’arrosage de beaucoup de terres, et d’où dérivent les canaux du Faïoum dont nous parlerons ci-après.
Du bourg de Soûl à Akhmim , sur la rive orientale , et à 2 milles du Nil, environ 1 journée.
Akhmim et el-Boullina UdyJl sont deux villes où l’on voit un grand nombre d’édifices, et auprès desquelles on cultive les cannes à sucre et où croissent beaucoup de dattiers. A Akhmim on voit l’édifice nommé el-Berba Lj-J! , « construit par le grand akhmim.
« Hermès avant le déluge. Ce personnage avait prévu par son art « que le monde devait périr dans une catastrophe ; mais il ne sa- « vait pas si ce serait par f eau ou par le feu : il fit donc cons- « truire d’abord des maisons de terre, sans mélange d’aucune ma- « tière combustible, et il les orna de peintures et d’emblèmes « scientifiques, dans la jDensée que, si le monde périssait par le « feu, ces édifices subsisteraient et gagneraient même en solidité,
« et que la postérité pourrait lire ce qu’il avait écrit. Puis il or- Feuillet 3i verso, « donna qu’on lui construisît des édifices de pierre très-dure; il « y fit représenter toutes les sciences qu’il jugeait être nécessaires « (aux hommes), et il dit: Si la catastrophe a Heu par les eaux, les « édifices de terre seront dissous, mais ceux-ci subsisteront, et les « sciences ne périront pas.
« Lorsque le déluge arriva , les choses se passèrent ainsi qu’Her- « mès les avait prévues. » Du reste, il existe des édifices du même genre soit à Esné, soit à Dendera; mais celui d’ Akhmim est le plus solidement construit et le plus remarquable par la beauté de ses sculptures; et; en effet, on y voit non seulement la représentation des astres, mais encore celle de divers arts, et un grand nombre d’inscriptions. L’édifice est situé au milieu d’ Akhmim, comme nous favons dit.
Feuiiiet 3i verso
ZAMAKHER.
5IOUT.
KEBT.
Au-dessus de l’embouchure du canal, et sur la rive occidentale du Nil, est la ville de Zamakher remarquable par
ses édifices, ses eaux courantes, ses jardins et la variété de ses productions. Elle est extrêmement jolie. De là, toujours sur la même rive et à 5 milles de distance, est la montagne de Taïlamoun , qui, venant de l’ouest, obstrue le cours du Ml,
en sorte que les eaux ne peuvent franchir cet obstacle qu’avec des efforts impétueux, ce qui intercepte la navigation entre le Caire et Asouan.
« Les gens du pays disent qu’il y avait autrefois sur cette mon- « tagne, dans un château dont il ne reste que de faibles vestiges, « un génie malfaisant qui adressait la parole aux navigateurs , et « que ceux-ci ne pouvaient atteindre à cause de la violence du « courant et des tourbillons qui existent autour de la montagne. « Aujourd’hui même ces lieux sont d’un accèstrès-difficile. De cette « montagne à celle de Tansef on compte environ 2 jour-
« nées. Il existe dans cette dernière une caverne où l’on voit une « fente très-étroite. Les oiseaux dits boukirj-HV»^ È aquatiques et « de couleur mélangée, se rassemblent un certain jour de l’année « en troupes dans cette caverne; et, passant leur tête à travers la « fente , s’envolent au delà, jusqu’à ce que l’un d’entr’eux, s’y trou- « vantpris,y meure et ôte ainsi aux autres l’envie d’y passer. C’est un « fait très-connu en Egypte et constaté dans beaucoup d’écrits.
« De la montagne de Taïlamoun à Assiout ( Osiout ou Siout ) « ville considérable sur la rive occidentale du Nil, dont
« les environs sont très-fertiles, on compte une journée de navi- « gation.
« D’Assiout à Akhmim, 1 demi-journée idem.
« D’ Akhmim à Kebt, 1 demi-journée.
« Kebt est une ville située sur la rive orientale du Nil, peu-
‘ Le boiikir paraît appartenir à la famille des hérons. Voyez M. Et. Quatremère , Mémoires sur l’Egypte , t. II , pag. 61 et 62 .
« plée de diverses races mélangées et particulièrement de Grecs « qui y cultivent beaucoup de légumes, entre autres des raves et « des laitues dont ils recueillent la graine pour en extraire de « l’huile, avec laquelle ils fabriquent diverses sortes de savon « très-estimé qu’on vend au Caire et qu’on exporte au loin.
« De là à Couso==’.>^i également à l’est du Nil, 7 milles.'
« Cous est une ville considérable, commerçante et de beau- « coup de ressources, mais l’air n’y est pas sain, le teint des habi- « tants est pâle, et peu d’étrangers échappent à l’insalubrité « du climat. »
De Cous à Demamil ville de construction récente, en
très-bon air, sur la rive orientale, 7 milles. Les habitants de Demamil sont de races mélangées, surtout de Mogrebins; ils sont très-hospitaliers. De là à Camoulé 5 milles.
« Camovüé est un bourg considérable, abondamment pour- « vu de tout ce qui contribue au bien-être de la vie. Un voya- « geur digne de foi rapporte que, parmi les fruits de toute espèce « qu’on y recueille, il y a vu des raisins d’un goût, d’une beauté « et d’une grosseur incomparables; il ajoute qu’il lui prit renie vie d’en peser un grain qui se trouva être du poids de 1 2 « drachmes. 11 y a aussi beaucoup de melons, diverses sortes de «ligues bananes d’une grosseur extraordinaire, des grenades, « des pêches, des poires, et en général des fruits de toute espèce « qui se vendent à très-bas prix. --
« Au nord de ce bourg est une montagne courant nord et « sud jusqu’à Assiout, et qui s’appelle Bouran yljo , où sont les « trésors du fils d’Achmoun,‘fils de Misraïm, qui sont encore de « nos jours l’objet de recherches.
« De Camoulé à Esné lu-l , sur la rive gauche du Nil, une jour- « née de navigation. »
Esné est une ville des plus anciennes, bâtie par les Egyp-
' Le ms. B. porte Manoulé *JyU-
Feuiliet 32 recto.