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Feuillet 32 recto.
ÜUMOXT.
BEHXESÉ.
Feuillet 32 verso.
tiens. Elle est j entourée de champs labourés, de jardins fertiles et délicieux. «■ Le raisin y est en telle abondance et d’une « qualité si supérieure, qu’on le fait sécher pour le transporter « ensuite dans toute l’Egypte. Il existe à Esné des édifices très- « anciens , et des vestiges très-curieux. »
De là à Ermont , sur la rive droite, ville également ancienne, produisant des fruits excellents, une journée de navigation.
D’Ermont à Asouan dont nous avons parlé dans le pre-
mier climat h une journée de navigation.
Pour revenir au canal dérivé du Nil dont il a déjà été question, nous dirons qu’iha son origine sur la rive gauche auprès de la ville de Soûl , où il porte le nom d’el-Menhi ^ qu’il se dirige par le nord-ouest vers Behnesé , ville floris-
sante à 4 journées de distance ( de Soûl ) sur la rive occidentale * et à 7 fortes journées du Caire.
« C’est à Behnesé qu’on fabrique les tissus précieux qui tirent " leur nom de celui de cette ville, et servent à faire des habits « royaux et des vêtements pour les personnes considérables. On « en fabrique aussi de communs dont la valeur sert de base pour « établir le prix des plus riches. La longueur de la pièce d’étoffe « est de 3o aunes, plus ou moins, et le prix s’en élève à en- « vii'on 200 mitscal la paire. On ne fabrique aucun de ces tissus,
« soit en laine, soit en coton, soit riche, soit commun, sans y « inscrire la désignation de l’espèce, afin que le chaland sache « bien ce 1 qu’il achète : c’est un usage ancien qui subsiste en- « core de nos jours. Du reste, ces étoffes sont partout très-es- « timées, soit pour vêtements, soit pour meubles.
« Le canal descend ensuite, vers le nord, à Aimas , pe- « tite ville située à 2 journées (de la précédente), et dont le « territoire est très-fertile et le négoce considérable. De là à * Voyez ci-dessus, pag. 35.
« Delass située sur la rive orientale du Nil, et à 2 milles du
« fleuve, on compte 2 journées de marche.
« Delass est une petite ville où l’on fabrique des mors de « cheval et divers ouvrages en fer. Du temps des anciens Egyp- « tiens, elle était comptée au r^omhre des villes les plus floris- « santés; mais les Berbers, par leurs violences, et les Arabes, « par leur méchanceté, l’ont réduite, ainsi que ses environs, à « un état misérable. »
Le canal se termine au Faïoum et décharge ses eaux
dàns les lacs d’Akna , et de Tihmat : nous en par-
lerons dans le IIL climat. «Terfet et Semista sont
« deux villages fortifiés , situés à 2 milles du Nil. On y cultive « la canne à sucre ; on y fabrique de la mélasse et du sucre en « pains, dont la majeure partie est transportée au Caire.
« Ce que nous venons de dire (au sujet de l’Egypte) suffit h « Cette contrée est tellement peuplée, que les villes ne sont dis- « tantes entre elles que d’une journée, ou de deux au plus, et « (jue les villages s’y touchent pour ainsi dire de tous côtés et « sur les deux rives du fleuve. »
Du Caire à Asouan, on corhpte 26 journées de marche.
‘ En traduisant ce qui concerne la fertilité de l’Egj'pte et la nature de ses productions , nous nous sommes permis nous-même de supprimer un grand nombre de répétitions ' '
Feuillet 3ï verso.
Littoral de la mer Rouge. — Mocattam. — Adzab ou Aïdab. — - Djidda. La Mecque^ — Médine.
Feuillet 32 verso. Cette section comprend la description des pays situés sur les bords de la mer de Colzoum, celle de la ville d’ Adzab tji Ovs \ du désert qui porte son nom, « qui est au sud de cette ville, et « où l’on ne peut se diriger qu’au moyen des montagnes et des « collines, le sol étant généralement plat, stérile et composé de « sables mouvants. Souvent le guide le plus habile s’y égare « et ne parvient à retrouver son chemin qu’à l’aide du cours du « soleil et des étoiles. »
Dans cette section est aussi comprise une partie de la mer de Colzoum, de ses îles soit désertes, soit habitées, de ses ports les plus connus, et des petits districts tels que ceux de Sués d’Essakia iUjûJ!, de Djohfa Ai:^.',.de Djidda
et d’Andjar j\ qu’on y trouve ; et enfin la description des
villes méditerranées de Sankian ylsCLo, de la Mecque aJCo, de Taïf , de Codeïd de Médine -îUjOvli , et d’ Adzab
Nous donnerons cette description aussi complètement et Feuillet 33 recto, aussi clairement ^ qu’il 'iious Sera possible.
MOCATTAM. Nous disoHS donc que la chaîne du Mocattam, qui s’étend
‘ La véritable orthographe de ce nom paraît être
■ Le texte arabe porte : j^L
’ Le ms. B. , V Abrégé et, plus loin , notre ms. lui-même portent el-Djar •
‘ Le ms. B. porte : « aussi exactement. »
depuis le Caire jusqu’auprès de Syène, en traversant le désert, Feuillet 33 recto, est d’une longuéur remarquable ; quant à sa hauteur, elle varie beaucoup. « La surface du terrain s’aplânit même en certains « lieux bas nommés el-djamim d’où l’on extrait de la
« terre. rouge et de la chaux, Le Mocattam contient de l’or en « abondance, et, avec de l’art,. on en retire de très-pur qui s’y « trouve mélé avec la terre » Il touche d’une part à l’Egypte , et de l’autre à la- Mer Rouge, qu’on nomme aussi mer du Hedjaz. « Divers fois y cachèrent leurs trésors. On y -voit un « grand nombre de temples ,et des monuments très-curieux.
« De cette chaîne, et du côté de la mer, dépend une mon- « t^agne ronde, taillée à plc\ et dont l’accès est impossible à « cause du poli de sa surface et à cause de sa hauteur. On ra- « coitte que là sont les trésors considérables du grand-prêtre « dont cette montagne porte le nom, et ceux de certains rois « d’Egypte, consistant en or, err argent, en pierreries, en terres « travaillées, en figures curieuses, en représentations des idoles « liguratives des -astres. Ces rois apprirent par leur art qu’un « roi des Francs avait formé le dessein de les attaquer d’après « ce qu’il avait entendu dire de leurs richesses et de leur habileté « à faire de l’or. Ils en éprouvèrent une grande frayeur. En effet « ce roi franc ayant équipé mille vaisseaux, conquit l’Egypte,
« dont les principaux habitants s’enfuirent et se réfugièrent dans « cette montagne, et les autres dans les oasis, emportant leurs « richesses avec eux. Le motif de l’expédition du roi franc fut « qu’un ^rand- prêtre ayant été obligé de.se réfugier en Europe « pour se soustraire aux persécutions .d’un prince égyptien, il « détermina le roi à entreprendre cette conquête par l’appât des « richesses' qu’il y trouverait. La conquête eut lieu en effet; le « grand-prêtre l’accompagna vers la montagne en question , mais « n’ayant pu la "gravir, et déçu dans son espérance, il porta
* ca .
Feuillet 33 recto. « le roi franc à s’approprier les richesses des autres habitants de « l’Egypte, et, chargé de ces dépouilles, à retourner dans son « pays.
« A l’ouest de cette montagne sont les pays d’Alirié ,
« de Chérouné de Beiadh (jbUj , et de Soûl -A l’est
« sont les demeures des Bili des Djehiné de Sofa-
« ra à^ljus. Ces Bili, qui habitent au nord de Colzoum, sont « des Arabes capables de toute sorte d’actiotis condamnables, « avides' de mauvaise foi, de mœurs dépravées, et sanguinaires « au dernier point. Si vous parvenez à les vaincre, ils se dis- « persent ; si vous vous fiez à leurs paroles , ils vous tuent sans « miséricorde. Enfin ils n’ont aucune sorte de respect pour rien, « ni de religion. Dieu les a châtiés par un grand nombre de « misères et d’infirmités, mais ils sont incorrigibles et leur « existence est dans le mal.
« A l’extrémité des contrées* décrites dans la présente sec- « tion est le désert d’Adzab , qui n’est fréquenté que par un « petit nombre de nomades d’el-Bedja , à cause du manque « d’eau. La traversée, depuis Cous jusqu’à Adzab, est au Feuillet 33 verso. « moillS de 2 0 journées.
« Il y a dans ce désert un puits dont les eaux présentent un « phénomène des* plus singuliers : il consiste e'n ce que, lorstf qu’on en a bu, elles ne s’écoulent point par les voies ordi- « naires; elles ne séjournent pas non plus dans l’estomac de « l’homme, mais elles sont évacuées très’-promptement.
« La traversée de cg désert est impraticable durant la saison « des grandes chaleurs et pendant le semoum d’été, à cause -de « l’aridité qui résulte de ce veilt empoisonné, et parce qu’alors « le sol est brûlant au point d’occasionner la mort : les voyageurs
‘ Notre ms. porte Tili , mais cette leçon vicieuse est corrigée par le ms. B. , qui nous donne aussi Colzoum au lieu de
’ Lisez et non^j Ê^S cornme porte notre ms.
« préfèrent donc (pour se mettre en route) les derniers jours de « l’automne. » A l’extrémité du désert et sur les bords de la Mer Salée, est la ville d’Adzab, où s’effectue le passage à Djidda, qui est d’un jour et d’une nuit de navigation.
Aïdab ^ a deux gouverneurs, dont l’un est nornmé par le chef desBedjah, et l’autre par les princes d’Egypte. Ces deux officiers perçoivent chacun par. moitié les revenus de cette ville. Le gouverneur égyptien est chargé de faire transporter à Aïdab les vivres et toutes les espèces de provisions, - et celui qui commande au nom du chef des Bedjah se charge de tirer ces différents objets de l’Al^yssinle. Ce dernier, qui réside dans les déserts, n’entre que rarement dans la ville. Les habitants d’ Aïdab parcourent continuellement tous les cantons du pays de Bedjah pour y vendre et y acheter ; ils en rapportent du beurre , du maïs et du lait. Ils ont un grand nombre de barques qui servent pour la pêche, et ils prennent quantité de poisson d’un goût exquis. Aujourd’hui, c’est à Aïdab qu’on lève un droit de 8 dinars sur chacun des pèlerins du Maghreb. On reçoit en payement, et indifféremment, l’or en morceaux ou monnayé.
Nul d’entre les’ voyageurs qui se rendent du Maghreb à Djidda, pour s’acquitter du pèlerinage, ne passe sans exhiber sa quittance. Lorsque le navire a traversé la mer et qu’il est parvenu à bon port à. Djidda, il mouille à une certaine distance du port, et des vérificateurs se présentent de la part du gouverneur, examinent tout ce qui est susceptible du payement des droits et le constatent sur leurs registres; ensùite ils descendent avec tous les passagers, et ils perçoivent le tribut. S’il arrive que l’un d’entre eux ne soit point en état de payer ce qu’il doit, ils l’exigent du capitaine. Quelquefois on emprisonne le voyageur durant un espace de temps tel qu’il manque l’épo-
* Nous empruntons littéralement ici la traduçtion de M. Et. Quatremere. Voyez ses excellents Mémoires sur l’Eyypte, y II, pag. 162.
Feuillet 33 verso.
aïdab.
Feuillet 33 verso, que du pèlerinage ; d’autres fois , par faveur divine , il advient que quelqu’un paye' pour lui.
Ce tribut est perçu pour le compte du prince de la Mecque, et il lui sert à solder ses troupes, attendu que ses autres revenus sont. insuffisants pour ses besoins et pour ceux des' personnes dont il est entouré.
« La mer décrite dans la présente section est difficile à trajLEs " verser, remplie d’abîmes, de bancs de sable et d’écueils. Il y
DE LA MER RODGE. „ exlste dlvecses îles inhabitées en hiver. » Mais' lorsque la navigation devient praticable, ces îles sont fréquentées par des peuplades au teint basané qui y viennent, au moyen de barques, se livrer à une pêche abondante. Ils font sécher au soleil le « poisson, le réduisent eh farine pour en faire du pain, et « s’en nourrissent. Leur principale industrie consiste dans cette « pêche, dans celle des petites perles, et des tortues de mer, « dont l’écaille est de très-belle qualité. »
Feuillet 34 recto. La plus considérable de ces îles est celle de Na’aman ,
qui est peuplée. Celle dite Samari , est habitée par ude
peuplade de Juifs samaritains : on les reconnaît pour tels en ce que, lorsqu’un d’eux veut en injusier un autre, il lui dit la viesas (c’est-à-dire, ne me touchez pas). Ils descendent des Juifs qui adorèrent le veau d’or au temps de Moïse.
« On pêche dans cette mer un gros poisson de forme à peu « près carrée, presqu’aussi large que long : on l’appelle behar . Son poids s’élève souvent à un démi-cantar b II est de « couleur rouge et d’un goût excellent. Il y en a un autre de la « longueur d’une palme et demie, qui, a deux têtes pourvues « d’yeux et de bouche, dont il fait usage alternativement : on « appelle ce poisson le stylet ^ ^ . On pêche aussi dans « cette mer un poisson nommé el-faras , de la famille
« des chiens de mer, ayant sept rangs de dents et environ i o ‘ De 1 1 à 1 2 kilo^r. — ^ Voy. la Chresthoip. arabe de M. de Sacy, t. I , p. 3o5
« palmes ( 90 pouces ) de longueur. Son attaque est très-dange- Feuillet 34 recto. « reuse.
« Tous les bâtiments qui naviguent dans cette mer sont com- « posés de plancjies cousues avec des cordes de palmier, cal- « fatées avec de la résine pilée, et enduites de graisse de chien « de mer. Le capitaine se tient assis sur la proue, muni d’ins- « truments nautiques nombreux et convenables. Il examine at- « tentivement le fonds des eaux pour reconnaître les écueils, et « il indique.au timonnier la direction qu’il faut prendre. Sans « ces précautions, il serait impossible de naviguer dans cette « mer, car elle est tellement périlleuse pour les hommes et « pour les navires, qu’on n’y navigue point la nuit. On mouille «.de jour dans quelque endroit convenable, et l’on n’en repart « que de jour. C’est une mer sujette à des orages affreux, se- « mée d’îles inhospitalières, et qui enfin n’offre rien de bon,
« soit .dans ses profondeurs, soit à sa surface. Elle n’est pas « comme la mer de la Chine ou l’Océan indien, dont le « fond recèle les perles les plus rares, dont les montagnes « contiennent les pierres les plus précieuses, dont les rivages « sont couverts de villes florissantes et de résidences royales ;
« où croissent l’ébène, le bois de Brésil |oJuIt, le rotting,' le bois « d’aloès, le camphre et. divers parfums, où l’.on trouve la chèvre « qui porte le musc. La mer de Colzoum ne produit que l’am- « bre, et encore vient-il de la mer de l’Inde. Nous avons indiqué « son étendue dans la partie du présent ouvrage où il est ques- « tion des mers en général U » .
Sur la rive orientale de cette mer, dépendante de la 5® section du IP climat, sont les points fortifiés de Hali (J-=^ , de Serraïn , de Sokia de Djidda 5 de Djofa ajÜI, et
d’el-Djar Hali est une petite ville qui dépend du gouver-
nement de Téhama. C’est un lieu de relâche tant pour les
' Voyez ci-dessus , pag. 5. — ’ Voyez ci-dessus, pag. i3o, note 3.
Feuillet 34 recto.