‹ Géographie d'EdrisiChapitre 32 sur 72 · MAREE · texte numérisé non relu

MAREE

HADRAMACT

Feuillet 38 recto.

Feuillet 38 verso.

CHEDJER.

sur le penchant de la montagne du même nom, dont la cime est tellement escarpée qu’on n’y peut parvenir qu’avec de grands elForts. Le sommet de cette montagne est couvert de villages, de champs cultivés, d’eaux courantes et de palmiers. « On y trouve « des cornalines, des améthystes et des onyx. Au premier coup « d’œil, ces pierres semblent n’avoir que peu d’éclat. Elles sont « de couleur terreuse, et ne peuvent être reconnues que par les « personnes habituées à les chercher; mais, travaillées et polies, « elles acquièrent toute leur beauté et tout leur prix. On dit « qu’on les trouve dans certaines vallées dont les cailloux sont « de couleurs diverses, parmi lesquels il faut les choisir. On les « apporte ensuite aux ouvriers chargés de les travailler, et elles « passent dans le commerce. »

A l’orient du Hadramaut touche le pays de Chedjer habité par des Arabes de Mehret ^ qui sont de race- non mélangée. « Les dromadaires que produit ce pays n’ont point leurs pareils « en vitesse. On rapporte même qu’avec très-peu de soins, on « parvient à leur faire comprendre ce qu’on veut d’eux. On leur n donne des noms par lesquels on les appelle; ils viennent et « obéissent sans le moindre retard. Le principal bourg de Mehret « est Chedjer. Le langage des habitants est tellement corrompu « qu’on a de la peine à les comprendre : c’est l’ancien hamiarite. « Cette contrée est très-pauvre. Les seules ressources de ses ha- « hitants consistent dans le transport des marchandises et dans « le commerce des chèvres et des chameaux. Ils nourrissent « leurs bestiaux d’une espèce de poisson conml sous le nom « de wark h qui se pêche dans la mer d’Oman, et qu’on « donne aux bestiaux après l’avoir fait sécher au soleil. Les bail hitants de Mehret ne connaissent ni le blé, ni le pain. Ils Il vivent de poisson, de dattes, de laitage, et ne boivent que

Il très-peu d’eau ; ils sont tellement accoutumés à ce régime, que ✓

‘ Ou \\ azak d’après le ms. B.

« lorsque, voyageant dans une contrée voisine, il leur arrive « de manger un peu de pain ou quelque mets farineux, ils en « sont incommodés et tombent quelquefois malades sérieuse- H ment. On dit que la longueur totale du pays de Mehret est de « 900 milles, et sa largeur de i5 à 26. Il se compose en entier « de sables mouvants. » De l’extrémité du pays de Ghedjer jusqu’à A’den on compte 3oo milles.

Le pays de Mehret est contigu, du côté du nord, à celui d’O’man « Ce dernier est indépendant, uniquement peu- « plé d’indigènes, et fertile en fruits des pays chauds, tels « que la datte, la figue banane, la grenade, la figue, le rai- « sin et autres semblables. » Les deux villes de Sour et de Calhat en dépendent. Elles sont situées sur les bords

du golfe Persique « petites, mais bien peuplées; on y boit de « l’eau de puits, et on y pêche des perles en petite quantité. » Elles sont à une forte journée, par terre, l’une de l’autre; par mer, la distance est moindre. De Sour au cap el-Mahdjemé par terre 5 journées et par mer, 2. Ce cap s’élève beaucoup au-dessus du rivage, « mais du coté de l’orient, il se couvre « d’herbes et se perd sous les eaux en forme de banc, sans qu’on « sache jusqu’où il s’étend, ce qui cause souvent des naufrages. « Il y a sous ce cap des pêcheries de perles. De Calhat, en suivant la côte, jusqu’à la ville de Sohar^laï», on compte 200 milles, et non loin de là (de Calhat), sur le rivage, est le bourg de Damar jUs « de peu de ressources et peu habité pendant l’hiver, « mais qui acquiert pendant l’été l’importance d’une ville popu- « leuse à cause de la pêche des perles, car Damar est renommée

' Il semblerait, d’après la version latine (pag. 53) , que Calhat seul est situé sur le bord de la mer, mais nos deux manuscrits ne laissent aucun doute à cet égard.

* Et non pas quinze comme le porte Y Abrégé-, au surplus le fait rapporté par notre auteur se trouve confirmé par des témoignages plus récents. Voyez Malte -Brun, Précis de la Géogr. univ. tom. III, pag. 206 (anc. édit.).

FcuiHet 38 verso.

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