‹ Géographie d'EdrisiChapitre 47 sur 72 · JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

JÉRUSALEM

Feuillet 85 verso • En partant (le la porte occidentale ou d’el-Mihrab,

on se dirige vers l’est par une large rue et l’on parvient à la grande église dite de la Résurrection et que les

Musulmans appellent Comamé'üxU. Gette église est l’objet du pèlerinage des chrétiens de tous les pays de l’orient et de l’occident. On y entre par la*porte occidentale, et l’on parvient sous le dôme qui couvre toute l’enceinte et qui est l’une des choses les plus remarquables du monde. L’église est au-dessous de cette porte, et il n’est pas possible de descendre dans la partie inférieure de l’édilice par ce côté; on y descend du côté du nord par une porte donnant sur un escalier qui a trente marches, laquelle porte s’appelle Bab Santa-Maria . A son

entrée dans l’église, le spectateur trouve le saint sépulcre, édifice considérable , ayant deux portes et surmonté d’une coupole d’une construction très-solide , très-forte et faite avec un art admirable; de ces deux portes l’une fait face, du côté du nord, à la porte de Santa-Maria, l’autre fait face au sud et se nomme Bab el-Saloubié (porte du crucifiement) : c’est de

ce côté qu’est le péristyle de l’église, péristyle vis-à-vis duquel est, vers l’orient, une (autre) église considérable, immense, où les chrétiens célèbrent leurs saints offices et font leurs prières et leurs oblations.

A l’orient de cette église, en descendant par une pente douce, on parvient à la prison où le seigneur Messie fut détenu et au lieu où il fut crucifié. La grande coupole est circulairement percée à ciel ouvert, et l’on y voit tout autour et intérieurement des peintures représentant les prophètes, le seigneur Messie , sainte Marie sa mère , et saint Jean-Baptiste. Parmi lés lampes qui sont suspendues au-dessus du saint sépulcre, on en distingue trois qui sont en or et qui sont (placées) dans un lieu particulier. Si vous sortez de l’église principale en vous dirigeant vers l’orient, vous rencontrerez la sainte demeure qui fut bâtie

par Salomon, fils de David, et qui fut un lieu* de pèlerinage du Feuillet 85 verso, temps de la puissance des Juifs. Ce temple leur fut ensuite ravi et ils en furent chassés à l’époque de farrivée des Musulmans.

Sous la domination musulmane il fut agrandi, et c’est (aujourd’hui) la grande mosquée connue par les Musulmans sous le nom de Mesdjld el-Acsa . Il n’en existe pas au monde

qui régale en grandeur, si fon en excepte toutefois la grande mosquée de Cordoue en Andalousie; car, d’après ce qu’on rapporte, le toit de cette mosquée est plus grand que celui de la Mesdjid al-Acsa. Au surplus, faire de cette dernière forme un parallélogramme dont la hauteur est de deux cents brasses et la base de cent quatre-vingts. La moitié de cet espace, celle qui est voisine du Mihrah \ est couverte d’un toit (ou plutôt d’un dôme) en pierres soutenu par plusieurs ran^ de colonnes; l’autre est à ciel ouvert. Au centre de fédlfice est un grand dôme connu sous le nom de Dôme de la roche; « il fut orné « d’arabesques en or et d’autres beaux ouvrages, par les soins de « divers califes musulmans^. « Au-dessous est la roche tombante; cette roche est de forme quadrangulaire comme un bouclier; fune de ses extrémités s’élève aü-dessus du sol de la hauteur d’une demi-brasse ou environ, l’autre est adhérente au^ol; elle est à peu près cubique, et sa largeur égale à peu près sa longueur, c’est-à-dire près de dix coudées 'Cs.yi>y{^ , Au-dessous est une caverne ou une retraite obscure, de dix coudées de long sur cinq de large , et dont la hauteur est de plus d’une toise ; on n’y pénètre qu’à la clarté des flambeaux. Le dôme est percé de quatre portes; en face de celle qui est à f occident, on voit f autel sur lequel les enfants d’Israël offraient leurs sacrifices;

* Le mihrab est, dans les mosquées, le lieu destiné à indiquer la direction de la Ka’aba de la Mecque , vers laquelle les musulmans doivent se tourner pour faire leurs prières.

Feuillet 86 recto.

auprès de la porte orientale est l’église ^ nommée le saint des saints, d’une construction élégante; au midi est une chapelle qui était à l’usage des Musulmans; mais les chrétiens s’en sont emparés de vive force et elle est restée en leur pouvoir jusqu’à l’époque de la composition du présent ouvrage. Ils ont converti cette chapelle en un couvent où résident des religieux de l’ordre des templiers, c’est-à-dire des serviteurs de la maison de Dieu Enfin la porte septentrionale est située vis-à-vis d’un jardin bien planté de diverses espèces d’arhres et entouré de colonnes en marbre sculptées avec beaucoup d’art. Au bout du jardin est un réfectoire pour les prêtres et pour ceux qui se destinent à entrer dans les ordres.

En sortant de ce lieu d’adorations et en vous dirigeant vers l’orient, vous parviendrez à la porte de la Miséricorde, condamnée ainsi que nous venons de le dire, mais auprès de laquelle est une autre porte par laquelle on peut entrer et sortir, et qui se nomme Bab el-Asbat (ou des tribus israélites); à la

distance d’un jet de flèche de cette dernière est une très-grande et très-belle église sous l’invocation de sainte Marie et connue sous le nom de Djesmanié c’est là qu’est le tombeau

(de la Vierge) en vue de la montagne des Oliviers distante de Bab el-Asbat d’environ un mille. Sur le che-

min par lequel on monte à cette montagne on voit « un^ autre « église, grande et solidement construite, qu’on nomme l’église « de Pater Noster » sur le sommet de la montagne,

une grande église où des hommes et des femmes demeurent cloîtrés, attendant ainsi la rémunération divine; au sud-est de la montagne, le tombeau de Lazare qui fut ressuscité par le seigneur Messie; et à 2 milles du mont des Oliviers, le bourg d’où

^ Le ms. A. porte üliJt h coupole.

fut amenée l’ânesse qfti servit de monture au seigneur Messie Feuillet 86 recto lors de son entrée à Jérusalem ce bourg est actuellement

désert et ruiné.

C’est à partir du tombeau de Lazare que commence la voie qui conduit au Jourdain fleuve éloigné de la ville sainte

d’une journée de distance. Avant d’arriver sur ses bords, vous rencontrez la ville d’Erikha La?;! (Jéricho), située à 3 milles du fleuve. Auprès du Jourdain est une grande église sous l’invocation de saint Jean, desservie par des moines grecs Le Jourdain sort du lac de Tibériade-, et verse ses eaux dans le lac de Sodôme et de Gomorrhe, « villes que le Très-Haut sub- « mergea en punition des crimes de leurs habitants. » Au midi de ce fleuve est un vaste désert.

En ce qui touche la partie méridionale de Jérusalem : en sortant par la porte de Sion tjL, vous trouvez, à la distance

d’un jet de pierre, l’église de Sion, église belle et fortifiée, où se trouve la salle où mangea le seigneur Messie avec ses disciples, ainsi que la table, encore subsistante de nos jours, et qu’on va visiter le jeudi. De la porte de Sion on descend dans un fossé connu sous le nom de vallée de l’Enfer auprès duquel est l’église de Saint-Pierre <^. C’est dans ce fossé

qu’est la source de Selwan (de Siloë), où le seigneur

Messie donna la vue à un aveugle qui auparavant n’avait jamais joui de la lumière du jour. Au midi de cette source est le champ qui fut acheté par le Messie pour la sépulture des étrangers. Feuillet 86 verso Non loin de là sont un grand nombre de maisons creusées dans le roc, et habitées par de pieux cénobites.

Bethlehem A Heu où naquit le Messie, est situé à 6 milles de la ville sainte. On trouve à mi-chemin le tombeau de Piachel, mère de Joseph, et de Benjamin, fds de Jacob (sur qui soit le salut!). Sur ce tombeau sont douze pierres placées debout; il est surmonté d’un dôme construit en pierres.

Feuillet 86 verso. L’égllse de Bethlehem est belle, solide, vaMe et ornée à tel point qu’il n’est pas possible d’en voir qui lui soit comparable. Elle est bâtie sur un terrain plat : la porte « est située du côté de « l’occident, » et l’intérieur orné de très-belles colonnes en marbre. Dans l’angle du temple qui fait face au septentrion et sous le temple, on voit la grotte dans laquelle naquit le seigneur Messie, et dans cette grotte, la crèche où il était placé. En sortant de Bethlehem on voit, vers l’orient, l’église consacrée aux anges qui annoncèrent aux bergers l’arrivée du Messie.

De Bethlehem à la mosquée d’ibrahim |0 — (ou temple d’Abraliam), on compte 8 milles, dans la direction du sud. C’est un bourg qui tire sa célébrité de ce que les restes mortels d’ Abraham, d’Isaac et de Jacob reposent dans la mosquée qui s’y trouve, chacun auprès de la femme qui fut son épouse. Il est bâti sur le penchant d’une colline couverte d’oliviers, de figuiers, de sycomores et d’autres arbres à fruits. Au nord de Jérusalem, on ne voit pas de constructions.

De la ville sainte à Nabloiis (Naplouse), on compte 2

De Ramlé à Naplouse, i forte journée.

De la ville sainte à Annan yU®, ou Amman et à Balca UL, un peu plus de 2 journées.

De la même ville à Tabarié (Tibériade), 90 milles.

De Tabarié à Ramlé, 3 journées.

Tabarié est la plus grande et la capitale des villes du

Jourdain.

De Tabarié à Sour (Tyr), on compte 2 fortes journées.

De là à la montée d’Ablac iU**, moins d’une journée.

De là à Baïsan moins d’une journée.

De là à Gbacha Ls** \ ville du pays de Ghaur

Puis aux confins du pays du Jourdain. . . .

* La version latine porte Aana.

Puis au lieu connu sous le nom de Djemilé i journée.

D’Akka ^ (Acre) à Tabarié (Tibériade), on compte 2 journées faibles.

Cette dernière ville est belle et construite sur une colline qui s’étend, en longueur plus qu’en largeur, sur un espace d’environ 2 milles; au pied cette colline, du côté de l’ouest, est un lac d’eau douce. La longueur de ce lac est de j2 milles, et sa largeur d’une égale étendue. « On y voit naviguer des bâtiments « qui transportent des provisions ^ 1^ ville ; celle-ci est entourée « de murailles très-fortes. On y fabrique des nattes de l’espèce « dite sammié , d’une beauté qu’il est difficile de surpasser. On y '< voit des bains d’eaux thermales; ces eaux sont chaudes en toute « saison , sans qu’il soit nécessaire de faire du feu pour les échauf- « fer. L’un des ces bains est très-grand, et se nomme bain d’el- « Demaker jjUovJl. L’eau, au moment où elle jaillit, est tellement « chaude, qu’on peut l’employer soit à épiler un chevreau, soit à « plumer une poule, soit à durcir un œuf; elle est salée. Le bain « dit d’el-Loulou ^1^1 (ou des Perles) est plus petit que le précé- « dent, et l’eau en est douce; mais sa chaleur s’évapore dans les " bassins où elle est reçue, ün s’en sert pour les ablutions, et on « l’emploie à d’autres usages. Quant au bain dit d’el-Mondjidet n l’eau en est chaude et douce (tout à la fois). A l’excep-

« tlon du bain dit le ‘Petit, il n’en est point où il soit nécessaire « d’aüumer du feu. Ce dernier bain fut construit par un prince « musulman, dans sa maison, pour son usage particulier, et pour « celui de sa famille et de ses clients. A sa mort, il le laissa au « public, en sorte c[ue tout le monde peut y entrer. C’est le seul « dont l’eau soit échaulfée artlliciellement. Au midi de ce bain « on voit diverses autres sources, telles que celle des Hommes «blessés*, celle des Chérifs, etc., dont les eaux sont naturelle-

^ C est par conjecture que je traduis ainsi ces mots ; le texte porte ■

Feuillet 86 verso.

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