PEULES
Feuillet r,2 verso „ septembre \ et même avant cette époque, si les eaux sont assez « limpides. Chaque marchand est accompagné du plongeur qu’il « a loué, et toute la flottille sort de la ville au nombre de plus « de deux cents doundj la doundj est une sorte de barque
« plus grosse qu’une barqiie ordinaire, construite avec un entre- « pont que les marchands divisent en cabines au nombre de cinq « ou de six , aucun d’entre eux ne devant empiéter sur la cabine « d’un autre, dans le navire. Chaque plongeur a un compagnon « qui lui est attaché pour l’ouvrage, et qui, à raison de ses ser- « vices, a part au salaire, quelque faible qu’il puisse être; cet « aide se nomme le moussfi Les pêcheurs sortent donc
« tous ensemble de la ville accompagnés d’un guide habile. Il y « a certains lieux qu’ils connaissent et où ils savent, à n’en pou- « voir douter, qu’ils trouveront des huîtres à perles; car l’huître « a des bancs autour desquels elle tourne, où elle pénètre, d’où « elle sort, selon les divers temps et lieux qu’elle connaît préci- « sèment. Lorsque les pêcheurs sortent d’Awâl Jl^I ^ ils sont « précédés du guide, et ils le suivent dans leurs navires avec « ordre, sans le dépasser ni sans s’écarter de sa route. Parvenu « à celui d’entre les lieux où l’on pêche les huîtres à perles, le « guide se dépouille de ses vêtements, plonge dans la mer et « regarde. S’il trouve ce qui lui convient, au sortir de l’eau il « fait abattre la voile de sa doundj ^ jeter l’ancre; les autres na- « vires s’arrêtent également, jettent autour de lui leurs ancres, « et tons les ])longeurs se mettent à l’œuvre. La profondeur « de ces bancs varie depuis moins de deux jusqu’à trois brasses.
Fcuiiiei ç)3 recto. « Lorsf|ue le plongeur s’est dépouillé de ses vêtements, ne con- « servant que ce qu’il faut pour cacher ses parties génitales, il « se bouche les narines avec du khilindjil sorte d’on-
« guent composé de cire fondue avec de l’huile de sésame; il
“ T.e ms. A. porte, par erreur, J^î •
« prend avec lui un couteau et un petit sac destiné à contenir « les huîtres qu’il pourra trouver. Chaque plongeur est muni « d’une pierre pesant quatre quintaux ou environ, laquelle est « attachée à une corde mince, mais solide, et destinée à être « jetée dans l’eau de l’un des côtés de la barque. L’aide ou com- « pagnon tient avec force cette corde, tandis que le plongeur, « plaçant ses pieds sur la pierre et serrant avec ses mains la corde, « s’apprête à s’élancer dans la mer. Alors le compagnon lâche la « corde, et le plongeur et la pierre descendent rapidement au « fond de l’eau, le plongeur (toujours) placé sur la pierre et « tenant (toujours) la corde. Lorsqu’il est parvenu au fond de « la mer, il s’assied, ouvre les yeux, regarde autour de lui, et « ramasse avec promptitude et agilité toutes les huîtres qu’il Il peut trouver. S’il parvient à remplir son sac, c’est à merveille ; « sinon, il tâche de s’écarter un peu, sans quitter la pierre ni la Il corde; s’il est fatigué, il remonte à la surface de l’eau, reprend Il haleine , et plonge de nouveau pour faire de nouvelles recher- II ches. Lorsque le sac est plein, le compagnon le tire du haut Il de la barque, le vide dans sa cabine, et le renvoie au plongeur « qui est dans la mer; car s’il y a beaucoup d’huîtres, celui-ci Il continue ses recherches en raison de cette abondance. Lorsqu’ils Il se sont livrés à cet exercice durant deux heures, les plongeurs Il remontent, se rhabillent et se livrent au sommeil; le moussii Il se met alors à ouvrir les huîtres; le marchand assiste à l’opé- <1 ration depuis le commencement jusqu’à la fin, en recueille le Il produit, et en prend note par écrit. Vers quatre heures après •; midi, on soupe et on se couche; on dort toute la nuit, et le Il lendemain, après le déjeuner, au moment favorable pour la Il pêche, on se déshabille, on plonge de nouveau; et ainsi de suite Il tous les jours. Lorsqu’on a épuisé un banc, on se transporte Il sur un autre. La pêche dure jusqu’à la fm du mois d’août, époque Il à laquelle les pêcheurs retournent ensemble à l’île d’Awâl JU*,
Feuillet gS recto.
Feuillet p3 recto.
Feuillet 90 verso.
« rapportent toutes les perles qu’ils ont obtenues, renfermées n dans des bourses; chacune de ces bourses porte une étiquette « indiquant le nom du propriétaire et est scellée d’un cachet. Au « moment du débarquement, toutes les bourses sont retirées « des mains des marchands et mises en la possession et sous la « responsabilité du gouverneur. Au jour de la vente, tous les « marchands se réunissent dans le lieu à ce destiné, et chacun « prend sa place; on apporte les bourses et on appelle par son « nom chacun des propriétaires. On brise les cachets l’un après « l’autre, et l’on verse chaque lot de perles dans un crible sous « lequel est un autre crible, et puis un troisième. Ces cribles « sont percés de trous de dimensions telles, qu’ils donnent pas- « sage aux petites perles et aux moyennes, en sorte qu’il ne « reste sur le crible supérieur que les grosses, sur le second que « les moyennes, et que les petites demeurent au-dessus du der- « nier. On sépare ainsi les espèces, on les estime et on les met K à prix à haute voix. Si le marchand désire garder sa marchan- « dise, on l’inscrit sous son nom; s’il préfère la vendre, il la vend « et en reçoit le prix. Dans tous les cas, celui qui achète paye « ( comptant ) ce qu’il doit payer, de telle sorte que le mar- « chand reste quitte envers le plongeur, et réciproquement, et « qu’ils se séparent satisfaits les uns des autres. Ils se retirent « alors pour revenir au même lieu l’année suivante : c’est ainsi « que la chose se passe toujours.
« Le gouverneur de Keïch île du golfe Persique dont
« nous avons donné la situation dans le deuxième climat \ est « en possession de percevoir un droit ou un tribut dont l’im- « portance est déterminée , et qui lui est payé par les marchands (I qui se livrent à la pêche des perles. Le montant de ce tribut « est perçu, pour son compte, au moment de la vente, et lui est
‘ Voyez ci-dessus, page 162
« envoyé. S’il se trouve, dans la récolte, quelque perle d’une « beauté rare, le gouverneur (d’Awâl) la réserve et l’inscrit de « lui-même au nom du Prince des Croyants; mais l’équité pré- « side toujours à ces sortes de marchés; personne n’est molesté « et il n’y a aucun légitime sujet de plainte.
« La perle est une production qui croît naturellement dans « l’espèce de coquillage dont nous venons de parler. Cette pro- « duction, d’après le rapport des riverains du golfe Persique, n résulte principalement des pluies de février; s’il ne pleut pas « dans cette saison, les plongeurs n’en trouvent point de toute « l’année. C’est un fait considéré comme incontestable et dont « la réalité ne forme, dans le pays la matière d’aucun doute.
« L’art du plongeur est, dans le Fars, un art qui est enseigné « et pour l’apprentissage duquel on dépense de l’argent. Le plon- « geur doit s’habituer à respirer par les oreilles \ et il arrive sou- « vent que, dans les commencements de l’apprentissage, cet or- « gane est affecté de fluxions violentes, d’où découle une hu- « meur; on parvient à guérir cette inflammation au moyen de n certains remèdes. Les plongeurs les mieux payés sont ceux « qui restent le plus longtemps sous l’eau. Chacun d’eux sait y « distinguer son camarade, nul n’empiète sur les limites de son « voisin, ne conteste sa supériorité, mais tous cherchent à se « surpasser en industrie et en patience.
« C’est dans le golfe Persique qu’existent presque toutes les « pêcheries de perles. Il y en a environ trois cents qui sont fré- « quentées et renommées. Nous avons fait mention de la plu- « part d’entre elles quand l’occasion s’en est présentée, c’est-àfl dire, quand il s’est agi des rivages des mers et des îles. Les « pêcheries de ce golfe sont plus riches et plus productives que « celles des mers de l’Inde et de l’Iémen; c’est pourquoi nous « nous sommes beaucoup étendu sur ce sujet. Revenons main- ‘ Srmple traducteur, je transcris la remarque sans garantir l’exactitude du fait.
Feuillet gS verso
Feuillet gS verso.