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utile, être faite en totalité ou par extraits. Les opinions furent partagées. Les uns pensèrent qu’il n’en était point d’un travail de ce genre comme d’une production purement littéraire et classique, digne d’être reproduite dans son ensemble avec une scrupuleuse fidélité. D’autres, au contraire, furent d’avis qu’avec quelque soin que pût être fait le choix des fragments, les lecteurs qui se livrent à des études spéciales seraient toujours tentés de craindre qu’on ne leur eût dérobé la connaissance d’un trop grand nombre de faits curieux.
Cette dernière considération ne pouvait manquer de frapper surtout la Société de géographie, dont les travaux n’ont pas seulement pour objet l’acquisition de notions nouvelles sur l’état du globe, mais qui comprend aussi dans ses investigations l’histoire générale de la science, ainsi que le prouve la récente publication des voyages de Marco Polo.
Je fus donc invité, par la Commission centrale de cette Société, à entreprendre une version française du texte arabe de l’Edrisi complète en ce sens que rien d’essentiel n’y serait omis. Quant aux obscurités, aux motifs de doute qui pourraient s’offrir, on pensa qu’il ne serait vraiment utile de provoquer les éclaircissements, les commentaires et les remarques auxquels cette version pourrait donner lieu, qu’ alors que sa publication aurait permis aux adeptes de prendre une idée générale du système géographique de mon auteur. En acceptant cette tâche honorable, je ne me suis dissimulé ni l’importance de l’entreprise, ni l’étendue des difficultés à vaincre; à la vérité j’avais en perspective l’honneur de mettre au jour un livre qui,
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durant plusieurs siècles, a fait autorité en géographie, comme d’Anville, Piennell et Ritter le font de nos jours; mais cette haute réputation n’était-elle pas un obstacle au succès de mon entreprise, et pouvais-je me flatter de ne pas nuire à fEdrisi lui-même, en mettant sous les yeux du public instruit des descriptions souvent monotones, des détails toujours surannés? D’un autre côté, le travail de mon géographe n’étant pas fondé sur des observations célestes et ne présentant pas même approximativement, comme ceux de Cazwini, d’Abou’lféda et autres, la détermination des longitudes et des latitudes des lieux, comment ne pas craindre des erreurs notables sur les distances, et comment donner aux personnes qui s’occupent de géographie positive les moyens de reconnaître ces erreurs? Enfin, la version elle-même, quoique exacte et fidèle, devait cependant être exempte de cette sécheresse qui naît de la servilité, et qui n’est le plus souvent propre qu’à rebuter les lecteui s les plus patients.
Tandis que j’étais livré à ces réflexions, occupé à surmonter ces obstacles, le gouvernement de Charles X, voulant mettre un ternie aux embarras de toute espèce qu’occasionnait la question grecque, me prescrivit de retourner à Constantinople, avec la mission de faire, s’il était possible, accepter aux Turks le protocole du i6 novembre 1828, protocole ayant pour objet de fixer définitivement les limites de l’état grec. Ce nouveau voyage interrompit durant deux ans le cours de mes travaux littéraires, sans ralentir toutefois le zèle de la Société de géographie dont l’influence protectrice avait si puissamment secondé mes premiers efforts. Grâce à ses soins, en effet, grâce à l’obli-
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geance et au savoir de mon confrère M. Reinaud, conservateur-adjoint des manuscrits de la Bibliothèque royale, l’impression du premier climat fut terminée non point telle quelle paraît aujourd’hui, mais telle quelle pouvait être publiée à l’époque dont il s’agit, c’est-à-dire lorsqu’on ne possédait à Paris qu’un seul manuscrit.
Feu M. Asselin, chancelier-interprète du consulat général de France au Caire, avait profité des facilités que lui donnaient et les connaissances qu’il avait acquises, et les fonctions qu’il remplit durant longues années en Égypte, pour se former une collection de manuscrits orientaux, au nombre desquels se trouvait une copie de l’ouvrage de l’Edrisi, accompagnée de soixante-neuf tableaux ou cartes géographiques b Cette circonstance, «jointe à l’importance de la collection, ayant déterminé le gouvernement à faire facquisition des manuscrits Asselin pour la Bibliothèque rovale, à mon retour de Constantinople en i83i, je dûs recommencer mon travail, et je le repris en effet avec une nouvelle ardeur.
J’aurais voulu pouvoir faire, pour cette cosmographie, ce que M. de Sacy a si heureusement exécuté pour fÉgypte d’Alxlallatif. Là sont réunis les différents genres de mérite qu’on peut souhaiter dans une version : saine critique,
* On trouvera à ia fin de ce volume, comme spécimen, trois de ces cartes, contenant l’indication des pays compris dans la première, dans la deuxième et dans la troisième section du premier climat. En attendant qu’il devienne possible de tracer avec quelque précision un planisphère comparatif présentant la situation réelle des lieux et la rectification des erreurs commises par le géographe arabe, mon savant confrère M. Jomard a bien voulu se charger de dresser, pour être joint à la présente version, un tableau général d’assemblage des soixante-neuf cartes du manuscrit.