I." PARTIE. L'EUROPE. 21 j
de nouvelles considérations à celles que j'ai déjà présentées.
Je ne m'arrêterai pas long-temps sur yXiwy., première partie du composé. On veut traduire yXajuK par bleu, pcrs. Diodore se moquoit [suprà, pag. 191 ) de cette version ( i ) , adoptée par des Hellènes de son temps. Les lexicographes et les philologues du nôtre l'accueillent, et moi aussi je l'ai adoptée : mais, la restreignant à une époque, je me suis cru fondé à dire que la version (œil) bleu, pers, n'étoit pas de toutes les époques et de toutes les croyances ; que du temps d'Homère, par exemple , et d'Hésiode, yXoMu me sembloit devoir se prendre dans le sens de ^Xotùf ( olavx , chouette/.
En faveur de mon opinon , je citois des scholiastes grecs qui l'adoptoient {suprà, p. 1^4 sç.); je rappelois que le glavx étoit l'oiseau de Minerve; que les artistes mettoient un glavx dans la main de Minerve Archégétis, et particulièrement sur son casque ; que le Museo Pîo Clem. , et le Musée de France, donnoient une Minerve coiffée d'un casque orné de deux chouettes; que Lippert décrit une ancienne pierre ( suprà, p 1 o j . ) représentant un char attelé de glavx ; que la grande quantité de glavx qu'on voyoit dans Athènes et qu'atteste le proverbe y'ha.Zn^ «/V k^vits, avoit été probable-
(1) Il s'en motjuoit, mais sans motiver son jugement. Dans la note suiTame, même remarque sur Pausanias , qui raconte, mais ne juge pas.
2l6 GÉOGRAPHIE D'HÉRODOTE,
ment une des raisons physiques de la consécration du glavx à Minerve; que , de plus , les rapports qui existent entre la pénétration de la chouette et celle de la déesse Minerve, avoient sans doute frappé les poètes religieux ; que ces rapports entre le glavx aux yeux pénétrans et Minerve la prévoyante, me sembloient attestés par la qualification de pénétrante, A^vaç o^vSif>ioZç ( i ) , donnée à Minerve dès l'époque de la guerre de Troie { supra, pag. 195 ). D'après tant de textes formels, tant de scholies claires, tant de médailles, de pierres gravées, de statues antiques, qui jamais ne séparent le glavx de la déesse Minerve , je me croyois autorisé à rejeter la tradition scholiastique , et à lui préférer un sens qui présente une idée morale, appropriée au caractère connu de Minerve , une idée antique et antérieure à Homère, puisqu'elle date de la guerre de Troie. Bien des philologues ont défendu et fait recevoir diverses étj-^mologies avec des moyens bien plus foibles , avec des argumens moins pressans. Mon étymologie a été rejetée par plusieurs savans : mais comme le danger d'innover et de s'écarter des traditions reçues est le seul argument qu'ils m'aient opposé, je çroirois devoir persister dans mon interprétation la plus littérale possible, du mot yXavK, interprétation appuyée de considérations historiques d'une grande
(i) Pausania^, qui cite plusieurs traditions sur le sens de yhavKÙTnf, ne se charge pas , scion son usage, de \es juger. 11 se borne à raconter. Voyez note précédente.