‹ Géographie d'Hérodote, prise dans les textes grecs de l'auteur et appuyée sur un examen grammatical et critique; avec Atlas contenant la géographie des trois grands historiens de l'antiquité et les plans des batailles qu'ils ont décrites, et avec trois index (volume 2)Chapitre 12 sur 178 · PARTIE. — L'eUROPE · texte numérisé non relu

PARTIE. — L'eUROPE

niors couvertes de forêts, étoient beaucoup plus froides qu'aujourd'hui; que, dans les premières années de l'ère chrétienne , l'olivier et le figuier ne croissoient pas dans les parties septentrionales de l'Espagne. Je répondrai encore que la Sardaigne est à-peu-près à la même hauteur que le Phase, c'est- k-dire, presque sous le même climat; et qu'ainsi, à hauteur égale, ou sous les mêmes latitudes, la Gaule étant couverte de forêts dans les temps d'Hérodote et de Xénophon , il devoit faire plus froid en Europe qu'en Asie.

Mais, me dira-t-on encore, Carthage ( i ) n'étant qu'à cent quatre-vingts lieues marines du Péloponnèse,

(i) Gratius, dans ses Cyiu'gt'iiques , ne nomme pas expressément ie lin de Carthage. Je crois cependant, avec NIitius, ejvie c'est le lin de ce pays qu'il désigne, vers 34 :

Optima Cyniphiœ , ne qtiid cuncure , paluJes Lina daiunt;

car le Cynips est un petit pays de la Libye, extrêmement fertile. Je n'ajouterai pas, avec Johns (voyez sa note sur ce vers ;41, cjuc ie Cynips étoit peu éloigné de Carthage, puisqu'il étoit près de la grande Syrte, .à cent quarante lieues de Carthage, et à pareille distance du Péloponnèse, en ligne droite. Le Cynips portoit le nom du fleuve qui l'arrosoit; d'où nous conclurons, en passant, que la Sicile n'étoit pa< seule en possession , ainsi que le prétend W'arton dans son Thàcriii , Id l , 6 1 , Ac donner à ses villes et à ses montagnes les noms des fleuves qui les arrosoient. Le fleuve du Phase n'avoit-il pas aussi donne son nom à la ville du Phase dont nous venons de parler .' Il seroit facile de rumulcr de semblables exemples. — Hérodote (4, 175) parle en général de la prodigieuse fertilité du Cynips, mais ne dit pas expressément, comme Gratius, que son territoire est fertile en lin. \'oyez Strabon, pag. 835.

comment expliquer que les Grecs allassent chercher si loin , c'est-à-dire à plus de trois cents lieues du Péloponnèse , ce qu'ils avoient si près d'eux '. La raison en est dans les guerres , d'un côté ; de l'autre , dans les difficultés de négocier avec une nation étrangère, tandis qu'en se dirigeant vers le Phase, les Grecs traitoient avec leurs colonies, et naviguoient le long de contrées amies et toutes peuplées de villes grecques.

Le passage que je discute étant d'Hérodote , j'ai dû lire et j'ai lu tout ce qu'en dit son célèbre interprète. M. Lai'cher soupçonne une faute dans l'original, et voudroit lire 1aj>S)a.vtMv , lin de Sardes , au lieu de 2«y- Sbvmfiv , lin de Sardaigne. Tout en rendant hommage à sa haute érudition , qu'il me soit permis de ne point partager son opinion ; et voici mes motifs ; je vais les exposer avec la vénération due h. l'un des patriarches des lettres grecques :

I ." La leçon ZofJbvnùv existe dans tous les mss, que j'ai consultés.

2.° Pollux lui-même parle de lin de Sardes; mais immédiatement après, il fait mention , sur la foi d'Hérodote, du lin de Sardaigne, lofJhvuùv , leçon défendue par Kiihn. Voilà une distinction bien établie entre l'un et l'autre lin.

Au premier de ces deux argumens , on objectera peut-être, avec M. Larcher, que Pollux a pu trouver une faute dans l'exemplaire dont il se servoit. Mais peut-on aisément se résoudre à juger fautif un mot qui se trouve dans Pollux, dans trois manuscrits, et que

Page 1