I." PARTIE. L'EUROPE. l
furent en pleine mer, elles attaquèrent leurs vainqueurs et les taillèrent en pièces. Mais, comme elles n'entendoient rien à la manœuvre des vaisseaux, et qu'elles ne savoient se servir ni du gouvernail , ni des voiles , ni des rames , après qu'elles eurent tué les hommes, elles s'abandonnèrent au gré des flots et des vents, qui les portèrent jwr Cremnes (Itt/ Kpn/ji,vovç, 4, lie, et 4) ^o)> comptoir du Palus-Méotis , lequel fait partie du pays des Scythes libres. Lk, les Amazones, descendues des vaisseaux, s'avancèrent vers les parties habitées ( îg -nv oh. 4, \ \o sq.)
Les Scythes les prennent d'abord pour des hommes, leur livrent bataille : mais bientôt, reconnoissant leur méprise, ils font de ces ennemis leurs épouses , quittent leur patrie, passent le Tanaïs , marchent vers l'est, trois journées de chemin, et de là trois autres journées vers le nord, k partir de la ligne horizontale du Palus- Méotis (4, ' i6, I ).
Ce récit d'Hérodote, digne d'attention, montre, d'une part, les Amazones transplantées de la Thémiscyre sur le Thermodon, chez les Scythes ; d'autre part, des Scythes qui, après avoir combattu ces Amazones, quittent leur pays (4, ii4)> vont avec elles, à six journées de chemin , chercher une nouvelle patrie : là , ils prennent le nom de SauromaUs. A cette époque commence la dénomination de Sauromates.
La remarque est plus importante qu'on ne le croiroit au premier abord. M. Larcher, et d'autres savans avant et depuis lui, nous apprennent que les Sauromates
éloient des Scythes qui , ayant épousé des Amazones, se séparèrent de leurs compagnons. En s'exprimant ainsi, M. Larcher ( i ) , faute de clarté , et peut-être aussi faute d'avoir bien saisi le sens , donne à entendre que le nom de Sauromate existoit avant l'émigration des Scythes devenus époux des Amazones. Mais notre historien dit clairement que ces Sauromates étoient des Scythes avant leur émigration, et qu'ils ne devinrent Sauromates qu'au lieu de leur émigration. Cette distinction , qui se déduit du texte d'Hérodote, n'a pas été mieux saisie par M. Is., auteur de la carte n." 3, que par M. Larcher.
M. Is. , qui place les Budins et les Thyssagètes à l'occident du Tanaïs , aura supposé , avec M. Larcher, que les Sauromates avoient habité la Scythie, c'est-àdire l'occident du Tanaïs, avant de passer à l'orient de ce fleuve. Hérodote mettant les Budins au nord des Sauromates, M. Is. , conséquent dans son erreur, a dû placer les Budins à l'occident du Tanaïs , puisqu'il avoit placé les Sauromates à l'occident de ce fleuve.
Hérodote fait partir les Scythes et les Amazones réunis , de Cremnes , ville-comptoir de Scythie , sur la cote occidentale du Palus-Méotis ; puis les fait arriver jusqu'au Tanaïs , qui se jette dans le Palus-Méotis , à l'extrémité septentrionale de ce Palus.
Les Amazones et les Sauromates, nous dit Hérodote , après avoir traversé le Tanaïs , s'avancent trois
(1) Larcher, Tni'le géographique, au mot Siiuromates.
journées vers i'orient, puis trois autres journées vers le nord, "iim toî A/'z-truçTOf McutiTiJhc tt^Iç fiopîîv (4» ' 10 , 1 ).
Remarquons le sens logique de ^Jtd tÎiç a. t. M. -ngjç (iofiriv, qui signifie, à partir de la hauteur du Palus- Aléotis, ou à partir d'une ligne ttrîe à la hauteur du Palus-Méotis.
Je dis , à partir d'une ligne tirée à la hauteur du Palus- A^éotis , et non à partir du Palus - Aiéotis , comme le veulent MM. Larcher et autres. En effet, des Scythes qui , de Cremnes , ville -comptoir de la Scythie sur la côte occidentale du Palus-Méotis, ont traversé le Tanaïs ; qui, du Tanaïs , s'avancent trois journées \ l'est, et qui, après une marche qui les éloigne du Palus-Méotis , font un coude vers le nord , habitent, à pr.rtir, non du Palus-Méotis, dont ils viennent de s'éloigner, mais de la hauteur horizontale de ce Palus.
C'est donc un tort commun à M. Rennel et à M. Larcher , de faire les Sauromates habitans de la rive orientale du Palus-Méotis, lorsque leur habitation commençoit à partir d'une ligne tirée horizontalement du nord du Palus-Méotis. Cette explication résulte des passages 4, ii(5,et4) 21, i.
L'explication du passage 4» J 1 6, détermine la valeur de o« ô« ToS /ut;;;^oo àp|. ( i ) tÎiç X. du ch. 2 1 , qui signifie ,
(i) Supr,i , pag. 89, j'ai mal expliqué ÏK-^i jujj^tj àf^djunyoi , dont je n'ai entrevu le vrai sens que par suite de raa discussion des textes qui concernent les Sauromates. <
non pas à partir du fond du Palus- A^éotis, mais à partir de la hauteur du fond de ce Palus. Le ch. i i6, liv. 4) sert , comme on voit, de commentaire à 4, 21.
On pourroit contester l'explication rigoureuse que nous donnons aux deux passages précités, en supposant que, depuis leur installation dans cette contrée, les Sauromates ont pu s'étendre du côté du Palus , et alors l'historien qui parle de leur position géographique , se seroit servi d"^ pour dire vaguement que les Sauromates habitent à partir des environs du Palus-Mcûtis. Cependant, comme Hérodote décrit toujours exactement, nous croyons devoir prendre ses termes à la rigueur, et nous ne supposons pas qu'il se serve d'^ dans un sens vague, au moment même où il suit la marche des Scythes émigrés du côté de l'orient du Tanaïs , et où il semble préciser leur position.
N'ayant peut-être pas d'occasion de revenir sur la carte n.° :; , nous allons relever ici plusieurs inexactitudes qu'elle contient.
Les lyrques sont, à la vérité, placés sur la carte à l'orient du Tanaïs, comme ils doivent l'être : mais on ne les voit pas au nord des Budins, parce que les Budins n'ont pas été mis où ils dévoient être.
Autre erreur. Hérodote, h,, 21, dit que les Budins étoient entre les Sauromates et un désert de sept journées, lequel avoit, au nord, les Thy.ssagètes et les lyrques , contigus aux Thyssagètes. Or, la carte n'offre pas la succession de contrées indiquée par Hérodote,