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d'un petit détail grammatical ; et l'on se persuaderoit qu'Hérodote, après avoir nommé les Thraces émigrés d'Europe en Asie, eût négligé, lorsqu'il s'agit de l'une des plus remarquables émigrations des peuples connus, d'une émigration antérieure à la prise de Troie; on voudroit qu'Hérodote , qui ne dédaigne pas de petits détails de grammaire, à l'omission desquels un lecteur attentif peut aisément suppléer, se fût interdit des détails d'antiquité qui ne se devinent pas I
Non, Hérodote n'a point commis une si grave omission : il n'a pas parlé d'un changement de nom survenu dans le nom des Thraces ; car en Europe , conune en Asie, ce peuple eut le nom de Thraces ; mais il a voulu nous apprendre quels étoient leur costume et leur armure avant et après leur émigration.
« Les Thraces ( en Europe ) alloient en guerre avec » tel costume. . . Ces Thraces, arrivés en Asie, s'ap- 35 pelèrent (Thraces) Bithyniens,
» Ces Thraces, donc, arrivés en Asie, et comman- 35 dés par le Perse Bassacès , avoient telle armure » (©pMÏXfflV <rè TOC cv T« Aff-;»). »
Je le demande aux lecteurs impartiaux : si cette version est fidèle, comme elle me paroît l'être, n'est-il pas démontré qu'Hérodote a décrit le double costume militaire tel que le portoient les Thraces en Europe avant leur émigration, et postérieurement à leur émigration, lorsque d'Asie ils passoient en Europe avec Xerxès.
Ces trois phrases, i.° Qpn'iKtç Iot f^iv juÇa^Mïn àA&i- Tnxîaç i^vTiç, &C. ; 2." ovTOi «Te thaCoivTiç iç THv Â(rîiiv ;
292 GEOGRAPHIE DHERODOTE,
3,° @pMÏ>iaii Je -mv cv t« Aa-('ti , qui ne peuvent se séparer, sont clignes d'attention.
&p>]iy^ç, avertit qu'il s'agit de Thraces. A peine sontils nommés, qu'on décrit leur armure; et quand cette description est terminée, l'auteur ajoute, oStoj «Té <fia.fâxTtç , /nais ces Thraces ayant passé en Asie. Ce qu'il a dit avant oùioi S"! cfntCâ.v7ii; , doit donc s'entendre des Thraces considérés avant qu'ils eussent passé en Asie; c'est donc l'armure des Thraces considérés en Europe qui y est décrite. Cette conséquence , infiniment probable k la deuxième phrase , se trouve confirmée par cette troisième phrase, Qpiiïiiav h tûv bi tm A'ir;'v). Cette phrase est précédée d'une longue parenthèse qui a fait croire à un désordre d'idées et à des mutilations de texte qui n'existent pas. Dès qu'Hérodote l'a terminée, alors il revient à ses Thraces d'Asie, dont il a décrit l'armure européenne, par une liaison grammaticale qui n'a pas été plus remarquée que la longue parenthèse, et qu'aucun de mes devanciers n'a rendue, la jugeant redondante et oiseuse (1).
Cette liaison (2) existe dans ©px/x^i' «Ts mv cv tîi A(riri , l'une des trois phrases que nous avons annoncé ne
(i) Chez des écrivains tels qu'Hérodote et Thucydide, le système des redondances est inadmissible. A peine les pardonneroit-on à nos poètes, que les entraves de la rime et du rythme rendroient peut-être parfois excusables.
(2) H. 1,177, •^ > emploie encore un autre /i qui semble de même annoncer reprise , mais que MM. Schw. et autres suppriment dans le tente.
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devoir pas être séparées l'une de ['autre, et dont le Si annonce la reprise d'une idée que la longue parenthèse avoit fait perdre un moment de vue, celle de' ces Thraces asiatiques qu'il a distingués, 1 ." par epMÏxjtç, 2." par ouTot S'i tfiaCùvT^ : qu'il considère d'abord comme habitans du Strymon (i), c'est-à-dire comme Européens ( è>£^. BiSj/fo» • tÔ Si 'TTùon^v ly.a.Movro STfVfMviot.^ , ensuite en Asie, et qui, dans l'expédition de Xerxès, se trouvent sous les ordres du Perse Bassacès.
La trace de ces idées du texte a entièrement disparu dans cette version de M. Larcher : Les Thraces avaient sur la tête des peaux de renard , des javelots , des boucliers. . . Ces peuples passèrent en Asie, où ils prirerit le nom de Bithyniens. En lisant cette phrase , on ne se doute pas qu'il s'agisse des Thraces d'Asie considérés tels qu^ils étoient en Europe. On perd bien plus encore la trace , lorsqu'on Ut cette autre phrase , Ces Thraces , qui avoient telle armure, passèrent en Asie , où ils prirent le nom de Bithyniens : on s'imagine, d'après cette version équivoque , que ce qu'il dit arriva postérieurement à l'expédition de Xerxès, tandis que le fait du surnom que prennent les Thraces d'Europe devenus Bithyniens, est antérieur à ia prise de Troie; et si l'on me demande la preuve du fait remarquable que j'avance , je l'appuierai sur le témoignage d'Hé-
(] ) H. 8 , I I j, I fait mention d'habitans de la Thrace supérieure. vers les sources du Strymon. Voyez tom. Il, pag. 170; et Thucydide,
rodote lui-même (7, 20, 3 ) : « Les Mysiens, avant y la prise de Troie, passant par le Bosphore en Eu- » rope, soumirent toute la Thrace; puis, se dirigeant " vers fa mer Ionique, s'arrêtèrent au Pénée (qui fut » comme le terme et la limite d'une expédition qui 53 menaça la Grèce elle-même ), toi' {^Mv) tov Musàv, y ci SlttCamç iç T))v EvçaiTniv Horra. ^ant^v , rouç Te Spriiy.aç " Kuriçjc i-^VTO Travlctç, &C. »
Diverses considérations logiques m'ont porté à croire que la première description de costume concernoit les Thraces considérés en Europe avant leur émigration d'Europe en Asie; et la deuxième, les Thraces d'Europe établis en Asie.
L'existence d'un passage parallèle qui justifieroit cette opinion, seroit sans doute désirable. Eh bien! ce passade existe dans la Retraite des dix Tn'ille. Xénophon décrit, presque dans les mêmes termes qu'Hérodote, le costume des Thraces d'Europe, chez qui se trouvoient les Grecs à leur retour de Cunaxa.
Les Thraces d'Europe , nous dit l'historien de la Retraite des dix mille , s'enveloppoient la tête de peaux de renard , 0/ Q^anitç to.ç àXatTmuJi'jç îtti tÛç «e(pa^a7ç Kj ToïV Z(n ( Anal^. 7, 4j 4-j tom. IV, pag. 4-^6) ; passage assurément bien conforme k celui-ci d'Hérodote, ©prïxe? eTTi T«ff7 yuCfictX^oj âXuTtiXjiaç {'/,'/'), i )•
Xénophon place la scène chez les Thraces d'Europe. Hérodote, parlant du même costume, et le décrivant dans les mêmes termes, a donc en vue le même peuple que Xénophon, c'est-à-dire, les Thraces d'Asie con-