‹ Géographie d'Hérodote, prise dans les textes grecs de l'auteur et appuyée sur un examen grammatical et critique; avec Atlas contenant la géographie des trois grands historiens de l'antiquité et les plans des batailles qu'ils ont décrites, et avec trois index (volume 2)Chapitre 158 sur 178 · I.'" PARTIE. — L'EUROPE · texte numérisé non relu

I.'" PARTIE. — L'EUROPE

Aîysiens et des Mœsiens, une Mysie et une Mœsie! La dénomination de Mœsiens et de Mœsie proviendroit-elle de gratuites corrections et d'interprétations inexactes î Nous allons chercher la réponse k ces questions ( I ) dans les textes grecs. Passant ensuite des écrivains et géographes grecs à ceux des écrivains latins qui donnent des Mœsiens et une Mœsie , nous examinerons si les Latins ont été, comme il leur est souvent arrivé , scholiastes des Grecs, quand ils ont annoncé des Mœsiens et une Mœsie.

Homère, ^Eschyle, Hérodote, Xénophon, Strabon, &c. , voilh principalement [es écrivains grecs que nous avons consultés. Tous (2; , depuis Homère jusqu'à Strabon inclusivement, donnent Moori, Mt/a-/*, et non Mo«(7Bi , Mo/(r;'a. J'alfois en conclure que fes My siens ,

(1) Ces questions, minutieuses au premier abord, cesseront de paroitre telles à ceux des vrais philologues qui nous verront, par suite de cet examen , autorisés, soit à maintenir des textes abandonnés, soit à détruire des origines et des antiquités qui ne doivent leur existence qu'à des textes travestis.

(2) 1 .0 Homère , en dix passages ( voyez \' Index) donne constamment Muera; , Muo/a. — 2.° Hérodote. Voyez V Index de notre Hérodote. — 5.° Le Lexic. Xen. cite les Mysiens d'Asie comme éternels ennemis du roi de Perse. — 4." .(tschyle (in Alyrmid. -prologo ). — 5.° Dion Cassius , iiv. 49 , voulant distinguer la Mysie d'Europe de la Mysie d'Asie , dit, «■ h -Tïj ZvpùyTTii Muo/a. — 6." Ptolémée ( V', il) , Mu<naf /«V /MtLpôiç ■niçi(p' ÉMiiOTt'i'TÇc). — 7.° Estienne de Byzance , ad voeat.

'."livoia,, ^.°'A.Sfa./MiTliiav, 'i°Avtav<S^oç,^-''AGpi-£in. — 8.° Eusèbe ( Hist. eccl. Iiv. 8 ) , n' xjcfm <bptjyiaji M viiia. ( quant A'iasiœ opponi H. Valesius tidnotavit , jiixia CtlLir. tom. II, pag. 46). — 9.° Suidas, ad vee. ASpi-îloivt^. — 10." Hesych. ad. roc. Uop/cafWn.

la Adysie, seuls appartenoient k la géographie, et que les Afasîens et la Afœsie étoient une faute trop légèrement admise par les auteurs latins et par leurs copistes,

J'arrivois à cette conclusion, lorsque je tombai par hasard sur la note où l'un des savans interprètes de Strabon nous dit : Strabon emploie Mo/ot/ ( trad. franc, tom. IV, pag. io6, note 4 )•

Nous allons entrer dans l'examen des quatre passages.

Voici le premier des passages où Strabon nomme ce que M. Coray appelle les Alœsiens.

Oi EMmiisc touç Tiraç , Qca.Kot.ç UTnXa^Qitvov ' àxovv cf^

l(p' I)(5t75£« T« IS^OU K!tf 6VT0I , Kctf 01 Ml/SRj; , QpçCXÂÇ OI'TiÇ

xà/ auTOi , xoj ouç vvv Mu<nivç KctXov<nv' a(p uv upfj,n^<mv x^ oi vùv fj.iizt.^v AuJSiv xoj <PùO'yi)v actf Tpuuv oixoiJvTiç Mucro/ ( Strab. 7, pag. 45 3 ! tr^*^- franc, tom. III, pag. 22).

Si l'on en croit le savant M. Corày, ce texte signifie , Les Grecs considéroïent les Getes comme une branche des Thraces. Ce peuple occupoit les deux cotés de l'Ister, de même que les Alysi , appartenant également aux Thraces , et qu'on nomme aujourd'hui Mœsi. C'est de ces derniers que sont sortis les Mysi qui occupent à présent le pays situé entre les Lydiens , les Phrygiens et les Troyens. En sorte que voilà une distinction établie entre les Mœsi et les Mysi, et que, de plus, les Mysi tirent leur origine des Mœsi.

Mais examinons le texte , et entrons dans les détails critiques , à la suite desquels nous donnerons notre version.

Remarquons, i.° v-mxâ./xCcivov. M. Coray traduit, /es Grecs considéroient. La force de la préposition n'étant point du tout rendue, je propose, les Hellènes soupçonnoient; ce qui avertit d'une conjecture des Hellènes, et non d'un jugement.

2.° ciitaiiv </)' lip' éy^Têga: toD l!^ot/ y.ttj ouroi , y.aj oi Mt>oTi; Qpâius 'ovTiç xctf dur 01 , xitf ovç vvv tXcimvç y^ovaiv. Ce membre de phrase, koj ou; >vv Mujzjuc y.aXouaiv, présente une difficulté.

Elle seroit, non pas insurmontable, mais grave, si l'on étoit grammaticalement forcé de traduire par, et qu'on nomme aujourd'hui Mt/aruç; car cette phrase, prêtant à l'équivoque, pourroit annoncer un changement de nom survenu dans cefui du peuple appelé Muitduç. Mais cette idée de changement de nom n'existeroit pins, ou du moins toute équivoque cesseroit, i.° si, au lieu de !'.«4 otjçvZv^on lisoit ou? xa) vZv , variante (que j'indiquerois en note, et non certes dans le texte) , et qui signifieroit, les My siens qu'à présent encore on appelle /Hysiens ; 2.° si, ce que je préfërerois, l'on traduisoit, les Aîy siens qui eux-mêmes sont Thraces, à savoir [y.tti) , ceux qui , dans le moment même où j'écris [vtJv), s'appellent Aly siens. Or, cette version est très-admissible, grammaticalement. Qui ne sait, en effet, que y.àjf a le sens de nimirum, et s'emploie à tout moment dans le sens de i-)puv , nimirum. Cette locution grammaticale, xo/ otiç vvv Jiuoïùç- y.ctho~j<n</ , me rappelle cette autre, absolument parallèle, 01 SIuot/ Q^y-ùv a.7wiKoi ««7 rmv vZv Xi^uivm ttluaniv ; ce qui signifie, les /Wysiens ('d'Asie)

sont colons de ceux de Thrace , qui (en Thrace), au moment où j'écris (j'Ùi'), s'appellent Aly siens [Strab. 7,

pag- 4î3)-

EHe n'est pas moins admissible logiquement. En effet, quelle est l'intention de notre géographe! celle de montrer la position des Mysiens-Thraces de son temps; d'indiquer leur origine, de dire quel- nom ils portent dans le moment où il écrit; quel nom porte la colonie qui a émigré de chez eux; et de plus , d'avertir que c'est une colonie seulement de Mysiens qui a quitté la Thrace, et non tous les Mysiens de Thrace , les seuls de tous les Thraces qui, au temps de Strabon, n'aient jamais quitté l'Europe. Or, dans tout cela, rien n'annonce nécessité de corriger le texte , et de substituer Mœsi à Mysi.

Dans la glose que je viens de présenter, il n'est pas une seule idée de moi : tout est littéralement de Strabon.

Veut-il montrer la position des Mysiens-Thraces de son temps ; ils habitaient, nous dit-il, sur les deux rives de l'Ister , t<p' iyig.Ttç^ toZ içpou ukow ol muct/. Veutil indiquer leur origine ; les Mysiens étoient Thraces , ainsi que les Gètes, ol Mi/oi/ Qpaxiç ovth kolj clÙtoi : et afin de préciser et bien arrêter les idées de ses lecteurs, après avoir montré les Mysiens-Thraces habitant les deux rives de l'Ister, il ajoute : Je parle de ces

(i) Ici encore M. Coray dit, je change hluaà]/ en Mo/irâif. A cette déoision, non motivée, nous allons opposer grammaire et logique.

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