I.'" PARTIE. L'EUROPE
probation de tant de siècles { j^ctipitc X4vt7y c* ttkt. tiùv iùS". 1 ; car il est bien plus croyable qu'ils se sont originairement appelés, Aîjisiens [mumvs).
Strabon, comme on vient de l'entendre, déclare qu'il ne faut pas toucher à la dénomination de ^My siens ; et l'on prétendroit qu'après avoir défendu de toucher à ce mot, qu'après avoir invité de respecter la leçon Muaovç, il eût, immédiatement à h. suite de cette invitation, touché lui-même à cette leçon Mysiens ; qu'il eût, dans une même phrase, dit le oui et le non; et que, dans une même phrase, il eût combattu Posidonius, et donné gain de cause à Posîdonius.
Une telle supposition seroit injurieuse pour Strabon. Persistant donc daiis ma version, qu'appuient victorieusement des considérations grammaticales, historiques et logiques , je proposerai de traduire : Toucher à une leçon qui a pour elle l'approbation de tant de siècles , est une peine que je croirais superflue ; car il est bien plus croyable que les Mysiens s'appelaient ainsi originairement, et que ce nom, qu'ils portent aujourd'hui , a traversé les siècles. Et je me croirai fondé à répéter : La distinction- entre Mysiens et Mœsiens. entre Mysie et Mœsie, est chimérique, et ne doit sa naissance qu'à des textes mal compris et gratuitement corrioés.
III.' Passage, liv. 12, pag. 816, C, trad. franc, tom. IV, pag. 23 \ Strabon, parlant des peuples de lAsie, dit, 0» MoffB/ Ç)çp(2iv cLTmiKM ««■; 'mv vZv Asw^cMf MuoSy; et M. Coray traduit, les Mysi , colonie de ceux de la Tkrace qui portent aujourd'hui le nom de Mœsi , et
dit , en note , je change WJ<mv en MciaZv. Mais , i ." rien n'autorise ici , pas plus qu'ailleurs , ni la correction , ni la conséquence qui en résulte : et à M. Coray, disant, tom. IV, pag. 23, lig. z sq,, que les Alysi de Thrace portent aujourd'hui le nom de Alœsi, j'opposerai M. Coray lui-même, déclarant, d'après Strabon (voy. supra , pag. 328 , 329 ) , que les Adysi, soit en Europe, soit en Asie, s'appelèrent Afysi.
Les Mysï, dit-il, tom. III, pag. 23 , lig. 7, sont les seuls qui subsistent en Europe, et ( ib. même pag. lig. i o, 1 5 et 17 ) il nomme, d'après Strabon, des Alysi d'Europe, c'est-à-dire de la Thrace , et des Mysi de F Asie. Mais , s'il y a des Mysi en Europe , des Mysi en Asie; si les Mysi de Thrace en Europe n'ont jamais quitté l'Europe , et si , étant en Europe , tous les écrivains , et Strabon lui-même les ont appelés Mysi , il est donc impossible de faire dire à Strabon que les Mysi se sont appelés Mcesi. Je proposerai donc de traduire : Les My siens (d'Asie ) sont une colonie de ces Thraces connus aujourd'hui (en Thrace) sous le nom de My siens.
IV.' Passage. Un autre texte de Strabon (7, p. 4^4, C; trad. franc, tom. III, pag. 45 J'^O que M. Coray, Casaubon et Tyrwhitt jugent altéré, a fait croire de nouveau à M. Coray qu'il failoit ici encore lire Mœsi au lieu de Mysi ; et il s'est tellement complu dans sa pensée , qu'il s'est exprimé ainsi : Tyrwhitt lit yitKn'i. Il est étonnant que Casaubon ne se soit point avisé d'une correction si facile et indispensable.
rite/ '7Î T MuaZv , iftH^ioç Is7c vm'^iv ho-pv tuv ai mtç
7T>^a.t7jjLti\a. ûTtff 9Î) 0 ■mtvimç,
MuraV t' aiï^fjut.-^y , ij àyavùv l'UTn/MK-^ùv.
H TÎUf C* T« Afflçt c/^;^«fi4COÇ , TmpiùfJMViVOil -nv TmiHTHV , û)f
«igoMCXTO/, rrXonrfxa. Xîyûv aç fin ovttuv cv tÎJ ©paict) Muoai' ■ynt^ Ttt ocTW • èt/ yaq iip' nf/MV ■jfiZv AiXioç Ka.Tnç /Âirtf»i»tnv cv TJ)f Tiig^taç TB i'T'Ot/ TTïCTï fÀ.VQf.aJh,i aafjLO.'TUV Tmfj. t Ttiav, ô/xoyXurlov tk?^ Qpa.^)v i^ovç, ùç TWf ©paKJii', ;^ rt/v oÎMvavr
yuv, cv Jï Tn Âtna,, Motraf /xiTvvof^ut^VTwv « ottso o/juioTïeff
Ce texte est jugé altéré et corrompu par M. Coray, et, avant lui, par notre Casaubon; mais il n'est que difficile et un peu trop elliptique. J'ai cru devoir, au lieu de le corriger avec M. Coray, le conserver dans toute son intégrité : seulement, je propose, 1 ," virgule, et non pas un point, après »? 'a^oéifn-nu; 2.° point en haut, et non point en bas, après Tm^-rà. oym; 3.° virgule après 0p<zz«r , au lieu de point en haut ; 4-° virgule après a-xj-n^ , au lieu de point en bas ; 5 .*^oint en haut après <?.Aotîf«co/ , au lieu de point en bas.
Abandonnant à l'examen des Juges de mes travaux, des changemens de ponctuation dont plusieurs peuvent être contestés , je vais m'efforcer d'expliquer diverses locutions du texte.
I. ûç m aviuv ô» TM Qpaxn iiogàv wagè i» ott*. Cette phrase, Apollodore irait contre la pensée de l'auteur, en imaginant qu'il n'y a pas de My siens en Thrace ; ce qui serait contraire à la vérité, car dfc; cette phrase, où Strabon soutient, contre Apolfoclore , la dénomination de Aly siens en Thrace, comme if l'a soutenue [suprà , pag. 334) contre Posîdonius, auroit dû convaincre Casaubon^, Tyrwhitt et M. Coray, que Strabon voyoit par-tout des Mysiens et nulle part des Mœsiens.
II. aIa/oç KatTZjf ixeruKtKTW cv TÎf Tnçç/iia.ç tS l?pov Tiivrt fxueAàJkç <mfjLa.7ri>v mvLçy. rûv lêTwi' , ôfxoyXuTlov irnç Qpâ^iv tSyot/f, «f TOC Qpaxnv , xaj eue c'iicov<rjv ocÙtd^ , Mt^ura/ Ka-
Remarquons ici, \ ." fXiT(fix.n<7iv . Au lieu de ^ue td/jÛm, imigrer, j'aimerois à trouver dans un manuscrit />t6TwxAffiv, et alors on traduiroit: ^îllius Gatus fit habiter, conduisit ( comme chef de colonie ) en Thrace ( Aç &pâx.tiv ) , cinquante mille hommes, qu'il établit sur (ce) les rives méridionales de l'Ister. [eU Qpâxnv, cv (s. ^p^) "nç •mçyLta.ç). E/f QpaKtw ixnmxAnv (et non, je crois, /LtiruxtuT^v) , et cv w? ttiç^Îo.;, s. %«p«. Tli^^iaç est génitif dépendant de ^saipst. Ee TnpoKtç rappelle cf eiïJko, s. TiTTO) • c* <fiJhi.n.âXov , s. ci'ix.a>' cv Trî^iaç ^âpa. : l'ablatif à ce dernier, parce qu'il y a repos; l'accusatif à l'autre , parce qu'il y a mouvement. Cette notule sur «4 et cv n'est pas tout-à-fait sans utilité , puisque X. traduit cv mpalaç par ex trans Istrum sitis partibus. — 2.° Wiv-n fxxi çj.a.&'a.ç (mixcLTm TTo.çy. -Tv TeTwc , cinquante mille
l/" PARTIE. — L'EUROPE. 359
hommes de che-^ les Gctes^ ■mtfû.rîôv Tirùv, et non cinquante mille Cetes.
Je dis cinquante mille hommes de c/ie^ les Gctes: àt rendroit mieux cette idée, riapà, avec le génitif (voyez mes Essais sur les prépositions , pag. 152), ne supposeroît-i! pas ellipse î Alors je proposerois ( iV. ) de traduire, le long de la rive septentrionale de l'Ister. — 3.° OfJUjyKurrloxj n>7ç &pa^iv tdvouç, naj vZv oIkoZoiv avTidif Mv<ni KuXov/xivoi. M. Coray traduit, cinquante mille Ghes , peuple qui parle la même langue que les Thraces , et qui , habitant avec eux , est connu sous le nom de Mœsi; c'est-à-dire qu'il applique aux mêmes hommes ces deux membres de phrase, tandis que le premier ô^- •jXÛrlorj—'iSmovç s'entend , non des cinquante mille colons Gètes, mais de la nation Gète toute entière, qui parloit la mêftie langue que les Thraces. Quant à ces inots , Kj vZv oïitoumv (tl-n^ , M. Coray les rend par cinquante mille Gctes , peuple qui , habitant avec tes Thraces , est connu sous le nom de Mœsi. Mais , je le répète , M, Coray a beau dire , je lis Uoiavi , et s'étonner qu'on n'ait pas deviné cette leçon, je maintiendrai la leçon mujt;, Mysiens, et parce que rien n'appuie la correction, et de plus, parce que l'ancienne leçon, justifiée par toutes les précédentes considérations, l'est encore par ce qui suit: Les cinquante mille colons Gètes amenés par y£lius Catus sur les rives méridionales de l'Ister, habitent 7iiaintenant en Thrace, sous le nom de Mysiens, soit que les ancêtres de ces cinquante mille hommes aient porté ce nom de A/ysi, qu'ils auraient ensuite porté en Asie (c*
34o GÉOGRAPHIE D'HÉRODOTE ,
<r's tÎ) A<r/a Muatôv /xiTOVOixa.^viwv ) , Suit que , conjecture plus appropriée à l'histoire et a l'expression d' Homcre , le nom de My siens ait été, antérieurement à toute émigration , porté d'abord en Thrace.
Ici on m'objectera que mes considérations logiques se fondent sur une fausse interprétation de fxi-nvofM.- «Sïi'Twv, qui, selon moi, présente l'idée du nom de Mysiens transporté en Asie, tandis que M. Coray y voit, conformément à l'acception vulgaire, l'idée de nom changé en Asie.
Pour éviter les redites, et pour en finir, nous renverrons aux remarques précédentes ( pag. 3 34)» et nous proposerons de traduire ainsi :
« Relativement aux Mysiens , on est en droit de faire une question à Apollodore. Croit-il que les Mysiens soient une fiction du poète dans ce vers,
ïA.vimv t' ky)(jtiJi.a.yuiv nai ayctuaiv l'urTiii/J.oXyivl
Voyant dans ces Mysiens ceux d'Asie, se résoudra-t-il à aller contre la pensée du poëte, comme on l'a déjà remarqué, en imaginant qu'il n'y a pas de Mysiens en Thrace; ce qui seroit contraire à la vérité! car, de notre temps encore, y£lius Catus transféra en Thrace cinquante mille hommes tirés du pays des Gètes, auxquels il fit passer l'Ister ( du nord au midi ) , et qu'il établit sur les rives méridionales de l'Ister ; peuplade ( i )
( I ) Ce mol peuplade s'entend des cinquante mille hommes qui , faisant partie de la nation Gète, portoient peut-être des noms distinctiff de irii. s.