‹ Géographie d'Hérodote, prise dans les textes grecs de l'auteur et appuyée sur un examen grammatical et critique; avec Atlas contenant la géographie des trois grands historiens de l'antiquité et les plans des batailles qu'ils ont décrites, et avec trois index (volume 2)Chapitre 166 sur 178 · I." PARTIE. — L'EUROPE · texte numérisé non relu

I." PARTIE. — L'EUROPE

(la Servie) , &c. Mais ce que Pline appelle Alœsie, Dion ( 5 I pag. 4'5 • ) l'appelle -nv MvTÎJk; et Hardouin , à qui je dois cette citation, donne deux fois, dans l'auteur qu'il édite, Mysia siiperior ; c'est-k-dire qu'il ne croit pas à l'existence d'une Mœsie , mais n'ose contredire la tradition scolastique; ce qu'au reste il ne pouvoit entreprendre sans se livrer préalablement k une discussion hellénique.

Dans le même livre, même chapitre, on lit ensuite Mœsi , Thraces. Hardouin sépare ces deux mots par une virgule. Mais il faudroit, ce semble, supprimer la virgule, changer Mœsi en Mysi, et traduire, les Thraces-Alyslens , et non les Thraces et les Mys'iens.

Je dis changer; mais le changement ne doit se faire qu'en note ; car il n'est pas permis de porter ses conjectures dans les textes.

Pline ( 5, }o ), conformément k Mêla (i) , ^■Eolis proxima est , quondam Alys'ia appellata. En sorte que Pline rappelle l'orthographe des Grecs ici et 5, 32 (2' , antiquum Troadis jinem , et Alysix ïnitium ; et j , 30, in Mysia Abrettini,

On lit dans Tacite [Ann. 1, b'o ) , provinciœ Mœsiœ ; et M. Dureau de la Malle traduit, Tibère continua Poppeus dans son gouvernement de la Mésie : le liv. 2., 66, donne un propréteur de Mésie [Aïœsiœ ] en Thrace :

(2) Plinius Alelam sequutus ( dit Cellar. tom. II, pag. jj). (2) It. pag. 36.

— iiv. 4)5) ^^''^ légions dans la Pannonie , deux dans la Afésie (in AfœsiaJ, défendaient la rive du Danube ; ainsi en vingt autres passages, même dénomination , conservée dans la carte publiée par notre confrère M. Dureau de la Malle fils, et mise en tête de l'édition.

A la suite de tant de passages des classiques latins du premier ordre, presque tous favorables à la dénomination de /Viœsi , peuple, et de Mœsie , province, on sera forcé de convenir que cette dénomination , inconnue chez les Grecs, et combattue par Strabon, avoit probablement prévalu chez les Latins : on ne peut guère douter du fait. Mais quand et comment, . d'après quels principes ou d'après quelle autorité ce fait s'est-il établi ! Voilà ce qu'il seroit curieux de connoître , et sur quoi les grammairiens latins nous fournissent des documens qui doivent ici trouver leur place.

I. Maximus Victorinus (Grammatici lat. tom. II, )94j ) dit que les lettres ^ et ^ sont étrangères aux Latins ; qu'ils ne s'en servent que pour rendre certains mots grecs, comme Hy las , et que, sans cela, ils seroient obligés d'écrire Hœlas : Litterœ peregrince sunt z et Y , quœ propter grœca qucedam assumptœ sunt, ut Hylas ; &c., quœ si non essent , Hœlas diceremus.

De ce mot de M. Victorinus, on conclura, non que les Latins écrivoient Aîcesie , mais qu'au contraire ils ont dû écrire Alysi , puisqu'ils étoient dans l'usage d'employer^ pour latiniser les mots grecs où se trouvoit la lettre )>.

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II. L'auteur du Traité de l'orthographe attribué à Béda le Vénérable ( Grammat'ici. lat. tom. II, 2779), établit une différence entre yjjvo/jiuia, et xo/fo^o/a: mais , a-foute-t-il , la ressemblance de son a fait qu'on a écrit en latin cynomia pour cœnomia, Kotvo/xvla. per y scripta caninam muscam significat; x.oivo[jivia, per diphthongum oe, communem muscam : sed similitudine soni per incuriam conti disse ut cynomia pro cœnomia scriberetur.

Béda, au mot Koivo/xvia., tom. II, pag. 2331, dit, d'après Saint-Jérôme, Cœnomia non, ut Latini interpretati sunt , musca canina dicitur per y grœcam litteram : sed juxtà hebrdicam intelligentiam per oe débet scribi, ut sit xBivofjiv'iet, onine genus' muscarum.

III. A la page 2265 du tom. II des Grammairiens latins, il y a un traité d'orthographe composé par Agroetius. L'auteur dit que son nom doit être écrit en iatin par fa diphthongue oe , et non point par un y , en cette manière, Agrytius , quoique quelques-uns suivent cette orthographe. On voit ici, comme aux n.°' I et 2 , que la diphthongue oe et la lettre^ avoient un son semblable , ou du moins que Yoe remplaçoit souvent \y : on y voit de plus qu' Agroetius , qui étoit latin, ne vouloit pas de lettre grecque dans son nom : mais, avec tout cela , on n'a rien encore de très-positif en faveur de la leçon Afœsi,

On se trouvera un peu mieux conduit k cette leçon Afœsi , d'après les remarques (i) des annotateurs de

(1) J'ai été conduit à ces remarques par Vlridex de l'édition Reim ,

34i> GÉOGRAPHIE D'HÉRODOTE,

Dion Cassius (édit. Reimarius, liv. \, Néron, p. io4o,

lig. i ).

A l'occasion de rif^rwi, épithète donnée aux vainqueurs des jeux pythiques, et du vocatif /tj/^ûi'i;^:, [ib, pag. io4i,Iig. lo) , dont on saluoit, par acclamation , Néron, vainqueur des mêmes jeux pythiques, ces annotateurs rappellent que chez les Latins, Petici étoit le surnom honorifique de la famille des Sulpicius; que ce surnom, inscrit dans les fastes consulaires, répondoit à l'ancien nuSvw/ des Grecs ; que Cassius écrivant du temps des Romains, a dû écrire no/rixo» au lieu de nu^MÏ : ce qui alors rendroit assez plausible , selon quelques-uns, tAtuni au lieu de Moot;. Ainsi pensent et s'expriment les commentateurs de Dion.

Que Dion Cassius ait dû écrire WoniMÏ, c'est ce que je ne puis accorder : écrivant en grec sur les fêtes , les cérémonies et les jeux sacrés des Grecs, il a dû les désigner par les termes grecs consacrés , et , suivant

laquelle avertit (jue, chez les Latins, oc étoit diphthongue antistique (correspondante ) dej. Tantôt ils chassoient u comme lettre étrangère, et la remplaçoienl par ee ; tantôt , bizarrerie remarquable , leur oe se change en v , comme quand de pœna ils ont fait punire , selon qu'ils prononçoient le v. Ainsi l'on trouve dans des inscriptions oisiim ou (tesum. pour usum ( P. R. pag. 689, ;.= édit.). — Les Latins éloient ennemis, ainsi que les Éoliens, des aspirâtes p^, g', ou sémi-aspirates, comme J^. Employoient-ils cette dernière , ils la prononçoient sans aspiration, comme àins perJp : d'autres fois, ils remplaçoient </ par /. Ainsi V'OJhojfuç des Grecs est devenu Ulysses. On a changé, t." oen «-(voyez, dans P. R. it., les rapports de \'o et du v chez les Latins); a." d en /. .Ainsi les Français ont changé le d S/t.gidius en deux / /, re qui se remarque dans Cilles.

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