I." PARTIE. L'EUROPE. 6l
Voyez [Il'iad. z, 514) les notes d'Eustathe et de Heyne.
Homère ( //, 16, 179-1 86) qualifie Eudore de parthenius. Quand Ernesti le traduit par clam susceptus, conformément à la scholie oxot/oj; quand M. Heyne et autres m'expliquent Trof^vioi par natus ex ea quœ adhuc pro virgine habebatur, nothus tarnen, mon esprit est peu satisfait : il le sera daA'antao-e à i'aide des précédentes notions.
Je concevrai alors qu'Eudore soit dit né, non d'une fille qui n'auroit eu aucun commerce avec un homme, mais d'une filfe non encore séparée, séquestrée, gardée , et qui habitoit encore l'appartement des filles , le parthénon , et ne paroissoit point encore devant les hommes lorsqu'elle a été surprise.
Voilà l'idée à laquelle me conduisent, non fa racine rrofà., qui n'est peut-être pas à rejeter, mais la logique et l'examen de quantité de textes.
Au TTOf^voç des Grecs répondra le virgo des Latins.
On en douteroit , d'après ce mot de Quintilien ( 6 , 4) > Cîcero objurgantibus quod sexagenarius Popiliam virg'inem duxisset , cras mulier , inqiîlt , erit, pris trop à la lettre. Mais, d'après les considérations suivantes, on persistera dans l'opinion que , par extension , virgo se disoit, aussi bien que mulier, de filles devenues mères.
Dans les Adelphes de Terence, Micion (act. iv, se. y, édit. de M.'"^ Dacierj dit à Déniée, illinc hue transferetur virgo ; et cependant il venoit d'apprendre de Démée qu'il étoit né un enfant de cette personne.
éz GÉOGRAPHIE d'HÉRODOTE,
Démée lui-même , après avoir dit ( v. i o ) , puer natut est, ajoute tout de suite, y'trgo nihil habet ; ce qui fait dire à Donat, dans sa note : Virginem ibi posuit pr» muliere corruptâ , à.fX'"<V-'f'-
Virgile [Ed. 6, ^'j) appelle vierge, Pasiphaé, mère de trois enfans :
Ah .' virgo infelix, quœ te dementia cepitl
et (y. 52):
Ah ! virgo infelix , tu nunc in montibus errai.
Fulgence (Epist. j ad Probum ) dit : Virginis si quis velit diligenter considcrare vocabulum , etiam ad mulierem pertinere inveniet.
Enfin Servius ( Virg. j^n. i i, 687) s'exprime ainsi: K Mos ohtinuit ut innuptas , virgines , nuptas , mulieres , j' vocemus : nam , apud majores, indiscret} virgo dicebatur >y et mulier. « Si l'on en demande la raison, c'est qu'anciennement les femmes ne vivoient guère moins séparées , et paroissoient devant les hommes aussi rarement que les filles.
■ Tenons donc pour certain que si vof^voç, si virge, $e prenoit ordinairement, chez les anciens, pour ce que nous appelons une vierge , c'est qu'il étoit infiniment rare que les filles renfermées avec tant de soin ne fussent pas vierges en effet; mais qu'au fond ces deux termes ne désignoient que cet état de séparation ,
J." PARTIE. — LEUROPE. 6j
de clôture , de surveillance, auquel on soumettoit les jeunes filles; que, pendant long-temps, tandis qu'on surveilloit les jeunes filles, les femmes se surveilloient aussi et paroissoient peu en public; que, dans cet état de choses , irof^voq et virgo ont pu se dire et des filles et des femmes; et que les deux mots ne cessèrent d'être synonymes qu'à l'époque où les mœurs changèrent, époque où l'acception de virgo différa de celle de mulier,
III. Yiof^voç, substantif; vrof^ivoç, mljectif [kt.]. Ce seroit peut-être ici le cas de se demander si Trofâivoç n'est pas souvent adjectif. Ainsi Trof^vouç xS^ç, Eurip. Ion, V. 270 ; TOtpStfor iMTfnv de l'inscr. citée par l'éditeur du Tryphiodore , v. 359 ( Oxon. 1739^ lequel propose (ib.) TTOf^voç ttiJlùç, virgineus pudor : ainsi chez les Latins, virgines papillas , ( Pervig. Veneiis, v. 10). Mais arrêtons-nous ; car on nous répondroit qu'il y a dans ces locutions énallage, comme dans le yjya.7i(g, IMt(ov d'Hom. (//. 24, 58); puis nous renverrions à yova.1^ , supivi , ^:\^ . 59.
U.ttf^viK.». On donne 7raf^viK.K comme synonyme de TOfà-ivof, et dans -Théocr. (8, 55; 12^ 5; 18, 2), et dans Homère (//, 18, 567, et O//. 7, 20 ) , où TrofS^nK^ est accompagné de vimiJi. Mais assurons que Trof^viK» .— vtMviJ) sont deux adjectifs, et qu'au premier il faut sous-entendre «ôp«, lequel est originairement peut-être lui-même adjectif.
Nous sommes maintenant en état d'expliquer -mç «t TTOf^yia} ■yiycfj.if/j.îvat, scholie de xse<cftaç. En traduisant
KneAS'i» et Tt-afd-évBç par vierge, et ■TTOfbtvia, par virginité , la scholie seroit peu intelligible ; car qu'est-ce que des vierges épousées après la perte de leur virginité! elle deviendra facile k comprendre, en adoptant les notions précitées ; car alors on traduira , des femmes épousées au sortir du parthénon.
De ces observations grammaticales passons aux détails géographiques, qui recevront quelque lumière de cette discussion des textes.
Il/ SECTION.
Observations géographiques sur le Pèlerinage des Hyperborétns.
La route des pèlerins hyperboréens à Délos, d'après Hérodote, est digne d'attention sous les rapports géographiques. Mais, avant d'en parler, citons l'opinion de Pausanias sur ce même pèlerinage.
ce Chez les Prasiens ( dème de l'Attique ) X\ç^.(7iiZm M ( Pausanias , i , 3 i , 2 ) , est un temple d'Apollon où » l'on dit que vont [mitti , trop peu littéral ) les pré- » mices des Hyperboréens. Les Hyperboréens les » confient aux Arimaspes ; les Arimaspes , aux Issé- 5> dons; les Scythes, les recevant des mains de ceux-ci , » les transportent à Sinope; de Sinope, des Hellène^ » les font passer k Prasie, d'où les Athéniens les trans- » portent à Délos. Les prémices, enveloppées dans » de la paille de froment, ne doivent être vues de ?> personne. »