II. Quelle différence existe entre les Budins et les Gelons
Les Hellènes confondoient les Budins , nation grande et nombreuse (H. 4) 108, 1 ), avec les Gelons, Xi\mr>i (1). Mais cette synonymie est, avec raison, blâmée par Hérodote. X-nl i.n.wuiv KaXkvToi y.itf il BovS'Tvoi yVtXievoi oùx. àft5-ui y.aXiOfMvoi (4, lOp, 2). Notre historien ne dit pas pourquoi les Hellènes donnoient même aux Budins le nom de Gelons. Ces Hellènes
(1) Notons, en passant, que deux foisStrabon, liv. 2, pag. -69, B, et pag. 7-5, B, nomme les TuAa^'. Comme il les qualifie, liv. 11, P-'g- 7^9 > B, de peuple scythique, neseroiton pas fondé à soupçonner «pe Vn\ai est f.iute de texte provenant de signes abréviatifs mal lus ou q\ie Twhcif et Ti^avoi ctoient le même peuple ! ( iV. )
l8o GÉOGRAPHIE D'HÉRODOTE,
se fondoient-ils sur cette tradition qu'Hercule , en Scythie , auroit eu d'une échidne (i ) , monstre femme et serpent, Agathyrse, Gélon et Scythes! Mais Hérodote, qui la raconte, est le premier à remarquer.(45 8, 1 ) et à répéter la remarque (4> lo, 4) que la tradition est due, non aux anciens Scythes, qui seroient une autorité, mais aux Hellènes, dont le témoignage est suspect; aux Heilènes, habitans du Pont-Euxin, qui, jaloux de se maintenir dans des villes-comptoirs, aimoient, pour leur intérêt, comme pour celui de la métropole, à dormer aux Budins-Scythes une origine héroïque grecque, à flatter l'amour-propre de ces barbares, en les déclarant descendans d'Hercule. On sait que les Grecs, qui, resserrés dans un petit pays, vouloient s'agrandir par le moyen des colonies, savoient ménager les voisins qu'ils craignoient : on se rappelle qu'Athènes s'étoit alliée à des barbares qu'ils prétendoient faire concourir k la conquête du littoral de la Thrace, et qu'elle avoit amené un roi de Thrace à graver sur les colonnes de son palais : O charmans Athéniens !
Dira-t-on que l'origine grecque attribuée aux Budins repose sur des monumens connus î Mais il n'en existe aucun ; et l'on en citeroit , qu'il faudroit distinguer les traditions mythologiques des traditions historiques.
(i) Monstre de deux natures, femme depuis la tête jusqu'au dessus de la ceinture , serpent par le reste du corps,
I/' PARTIE. — L'EUROPE. i8l
Une foule de cités déclaroient Hercule leur fondateur, et le représentoient sur leurs monnoies. Mais les véritables antiquaires ne croient pas aveuglément à ces illustrations créées par l'orgueil national ou dans des vues politiques. Aussi Eschenbachius (i ) contestet-il aux Thasiens, par exemple, leur origine herculéenne, et le droit de représenter sur leurs monnoies Hercule avec sa statue et sa peau de lion.
Comment donc décerner aux Budins-Scythes une illustration qu'ils n'ont jamais réclamée, dont aucun monument digne de foi, suivant Hérodote lui-même, n'atteste l'existence.
A la suite du passage qui combat des traditions fabuleuses, Hérodote en expose (4, ii, 13) une autre, à laquelle il croit davantage, mais qui ne justifieroit en aucune manière l'origine grecque attribuée aux Budins : en sorte qu'avec et d'après Hérodote luimême, nous persistons à dire : Les Hellènes ont tort de donner aux Budins le nom qui appartient aux Gelons, colonie grecque.
Avec le C." J. Potocki ( /, /. pag. 1 5 3 ) , on pourra qualifier les Gelons de Gréco~Scythes , ou, avec Hérodote ( 4 , 108, 2 ] , d'anciens HelFcms , tÎ ap;^<«7clc ÊMHref. Mais la dénomination de Gelons seroit improprement donnée aux Budins, qui, d'après Hérodote, seule autorité à citer, ne sont point d'origine grecque, ainsi
Orphica, Hermann. Leips, 1805. Argon, v. 24,
iSa GÉOGRAPHIE d'HÉRODOTE,
que M. Raoul-Rochette l'annonce, dans sa Table, par
erreur typographique sans doute.
Les Budins ne sont point d'origine grecque ; nous croyons l'avoir prouvé : quelle origine leur assigner î La réponse à cette question n'est pas difficile, soit d'après Estienne de Byzance, qui les qualifie de sâvoç Swj^wc, soit d'après Holstenius, qui, dans ses Castigationes in Stephanum , répète V'i^oç tMiàiMy. Elle le sera 4avantage, si l'on cherche dans les textes d'Hérodote un appui à l'assertion d'Estienne de Byzance et de son commentateur Holstenius. Hérodote, en effet, les met hors de la Scythie, 4» 21 , 1, sans dire qu'ils lui aient appartenu ; tandis que certains peuples qu'il montre hors de la Scythie, 4, 22, sont par lui qualifiés de Scythes.
Du soin même que prend Hérodote de rattacher à la Scythie des peuples qui sont séparés d'elle , on seroit tenté de conclure que les Budins, qu'il nomme sans leur donner la qualification de Scythes, étoient étrangers k la Scythie. Cependant , par induction , et d'après des textes comparés, 4> i i ; 4> 109 > ' > les Budins, peuple nomade, me paroîtroient avoir fait originairement partie de ces Scythes nomades qui , opprimés par les Massagètes, passèrent l'Araxe et vinrent en Cimmérie (4> i 0 > dont ils exterminèrent les habitans ; avec le temps ces Budins , qualifiés de nomades par Hérodote (4) '09> ')) voulant jouir d'une parfaite indépendance, à l'exemple d'autres Scythes nommés par Hérodote ( 4? 22, 4)? se seroient séparés du