I." PARTIE. — L'EUROPE
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M. Coray traduit, les Scythes ont, en général , le t-eint basané, parce que che:^ eux le soleil n'agit pas asse^ puissamment pour empêcher que le froid ne brûle leur peau et n'en altcre la blancheur.
Mais cette version a le tort d'être contraire, i ." au génie de la langue; 2." aux observations des naturalistes et aux relations des voyageurs.
Cette dernière vérité vient d'être établie tout- à l'heure : bornons-nous donc à prouver que la version de M. Coray ne s'accorde point avec le génie de la langue.
Et d'abord, Tnjffov, que M. Coray rend par basané, c'est-à-dire noirâtre , n'a jamais eu cette acception. On peut l'affirmer, ce semble, tout en avouant que les nuances qui séparent les couleurs sont fugitives , et que le sens des termes qui les expriment est difficile à déterminer.
Ni Homère, ni Hésiode, n'emploient une seule fois Twpfôç (i). Seroit-ce parce que ces écrivains anciens avoient porté toute leur attention sur les couleurs principales et les plus tranchantes , et que les couleurs obscures n'avoient pas encore de nom '.
Le premier qui parle de la couleur TTvpfov ( ;^âj^ ) de
(i) Uvppoç, nom d'homme, s'accentue ainsi. Voyez Apollonii Lcxk, à ce mot.
manière à être remarqué , c'est Platon ( i). En effet il va jusqu'à la définir : 7n.pj)oy , dit-il, fctcSist/ tï x«) <pcuoù y^â<nt jiyftTOf, ce qui signifie /a couleur appelée ywy^ov résulte du mélange du blond {^MrSnZ) et du brun [<p<tiZ , mot omis par H. Est.). Or, certainement cette notion du blond qui, renforcé du brun, produit le roux, n'a rien de commun avec celle de basané, qu'adopte M. Coray.
Cette notion de blond-foncé ne se retrouve pas rigoureusement dans tous les écrivains ; mais jamais on n'y rencontrera celle de basané ou noirâtre. Théocrite, par exemple , qualifie de yny^o; [id. 13, 50) une étoile qui brille de ses feux en tombant du ciel; un berger ( /V, 6, 3 ) ; et Adonis lui-même ( 1 j, 1 30), dont le menton n'a encore qu'un léger duvet. Or, dans ces trois exemples, il n'existe pas plus de notion de couleur basanée ou noirâtre , que dans la définition de Platon. Elle n'existe pas davantage dans le yrûffi^ç , qui vient par paragoge de Tn/pfoç, et qui, pour le dire en passant, désignoit, ainsi que nvpfiâ.J)xx (Hésych.) les Epirotes dont Pyrrhus avoit été roi (2).
Les Latins, souvent scholiastes des Grecs, appuient ces observations. Hygin (3) , dans sa fable 96.' (4) sur
(i) Timée, tom. III, pag. é8 , édit. de J. de Sers. Voyez, dans le Timà Locr. tom. III, pag. loi, même édition, la mention et définition de la couleur en général et des quatre principales couleurs.
(2) Schol. de Théocr. id. 4, 20.
(5) Cité par Th. Northmore, dans sa belle édition de Triphyodore, 1814, Lond.
(4) Pag. 88, Hamb, éd. 1674.