‹ Géographie d'Hérodote, prise dans les textes grecs de l'auteur et appuyée sur un examen grammatical et critique; avec Atlas contenant la géographie des trois grands historiens de l'antiquité et les plans des batailles qu'ils ont décrites, et avec trois indexChapitre 21 sur 72 · L'Egypte et l'Ethiopie · texte numérisé non relu

L'Egypte et l'Ethiopie

7. Le Delta ou la basse Egypte. J'ai fait sur ces deux cartes un excursus fort étendu. J'espère le publier dans le tours de l'année 1823. En attendant, la reconnoissance me fait un devoir d'annoncer qu'une leçon de Diodore, abandonnée, mais remarquée et bien expliquée par M,^' l'archevêque de Toulouse , m'a heureusement conduit à la solution d'une grande difficulté, relative au canal de Nécos. (Pour ce numéro et le précédent, voyez, i." le II.' livre d'Hérodote, dont mon Philologue donne le texte séparément : 2." M Index latin de mon édit. d'Hérodote. )

S. La Grèce, l'Italie et la lasse Asie. Cette seule carte donnera lieu à un mémoire. Arrêtons-nous ici sur deux points importans ( sur l'Halys et le Phasélis).

Phasélis et l'Halys. Ces deux points de la géographie ancienne, quoique très-éloignés l'un de l'autre , se trouvent

(i) /L pag. 171, et infrà la cirte Grèce, n." 8. (i) Ctogr. d'Heio/J. tom. II, pag. izs , 172 et 175.

fort rapprochés depuis l'époque du traité honteux qu'Artaxerxès conclut avec la Grèce.

En vertu de ce traité, Artaxerxès perdoit le droit de faire passer un vaisseau de guerre à l'ouest de Phaséiis ( 1 ) .

Aucun de ses vaisseaux ne pouvoit davantage dépasser les îles Cyanées au nord : en sorte que, soit au midi, soit au nord , l'entrée des mers de la Grèce lui étoit fermée. On avoit de plus stipulé que ses troupes de terre ne traverseroient pas le fleuve Halys, et qu'il reconnohroit l'indépendance des villes de l'Ionie (Diod. 12, 74)-

L'Halys, considéré physiquement, séparoit les Mèdes des Lydiens, la haute de la basse Asie (H. i, 72 ). Sur ce fleuve, dit Hérodote (5, 52), c'est-à-dire sur les deux rives, il y a des pyles [portes] , ou châteaux fortifiés servant de portes, qu'il faut nécessairement passer, ainsi qu'une garde nombreuse, avant de traverser le fleuve.

Dans l'ordre des mots grecs, l'idée de gardes vient après l'idée de passage : mais je croirois que, logiquement, elle doit venir auparavant, uûxctf donne l'idée de portes o\x pyles , souvent ouvrage de la nature, et (pD'Ka.Y.Tne^ov s'entend, non d'un fort construit pour la sûreté du passage, mais d'une garde, et, plus littéralement, du lieu où veille une garde pour repousser des ennemis qui se présenteroient.

Voilà ce que nous dit Hérodote de l'Halys , considéré physiquement.

A le considérer sous les rapports politiques, ce fleuve, barrière naturelle, tantôt protégeoit les Perses contre ïes

(1) Isocr. Patiég, chap. 33, pag. 93, lig. 39, éd. Wolf.

entreprises des Grecs ( i ) , et tantôt , favorable aux Grecs , leur servoit de limite, qu'ils défendoient aux Perses de franchir avec des troupes de terre (2).

Un tel fleuve devoit être l'objet des fréquens entretiens des Grecs. Le voyage des Argonautes l'avoit signalé: Crésus l'avoit fait passer à son armée sur des ponts alors construits ( i, 75 ) : les dix mille, à leur retour de la haute Asie, longeant les côtes, contemploient avec admiration (3) et le promontoire Jason, et les embouchures de divers fleuves ; d'abord du Thermodon, ensuite de l'Iris, et enfin de l'Halys.

Hérodote, i, 72, 2, en parle dans un passage qui a éveillé l'attention de plusieurs de nos savans prédécesseurs : on y a vu matière à censure contre Hérodote; mais le passage censuré me semble n'avoir été bien compris ni dans les Mémoires de l'Académie , ni par M. Larcher, dans son Hérodote. Ailleurs je considérerai ce passage, surtout grammaticaleinent; car je n'oserai entrer dans diverses questions, telle que celle, par exemple, de lembouchure de l'Halys.

Strabon étoit d'Amasée, ville de Cappadoce , voisine de l'Halys; il a parlé de ce qu'il voyoit : mais peut-être en a-t-il trop peu dit pour la postérité.

9. L'Hellade ( ou la Grccc , vulgairement). Gnce et Hellade méritent une note. Désirant donner deux cartes

(1) Isocr. Panég. ch. 40.

(2) Isocr. [Panath. pag. 359, lig. 8 et 9, ià. Wolff) ajoute que les Perses ne pouvoiciit franchir le Pliasclis .ivcc de longs vaisseaux, fjuiVMoif a*c7o/f.

(5) Xcnopli. Aihih. 6,1, 1.

de

de la Grèce d'Hérodote sur-tout, on a accepté deux termes différens, mais dont le sens est rarement compris.

A tout moment le mot Hellade (È?Aà?) se rencontre, et aussitôt l'on se représente cette partie méridionale de l'Europe qui est au sud-est de l'Italie , et à l'ouest de l'Asie, Mais, avec cela, on a des idées fausses : en effet, par exemple, dans le passage où Hérodote (2, 50, i) dit que tous les noms des dieux sont venus de l'Egypte dans V Hellade, le mot Hellade désigne , i .° la Grèce (stricto sensu) du sudest de l'Italie; 2.° ce qu'on a postérieurement appelé la grande Grèce ; 3.° les colonies grecques de l'Epithrace, ou littoral de la Thrace; l\° les Ioniens de l'Ionie et autres colons , qui tous étoient religieusement attachés au culte de la métropole. Dira-t-on que le mot Crcce suffise pour exprimer toutes ces idées ! Non, sans doute.

Grèce ne peut pas davantage être synonyme de Hellade , 7, 105, où Hérodote nomme les Hellènes du littoral de la Thrace et des îles adjacentes. Les Hellènes de ce pays, je le répète, font partie de F Hellade. Grèce, terme restreint, ne peut donc encore ici remplacer Hellade , terme d'une acception très-étendue, qui, dans Xénophon (E. , 2,2, î, tom. V, p. 121, A), comme, chez Hérodote, le littoral de la Thrace ou l'Epithrace, est dit faire partie de l'HelIade.

Thucydide, i, 12, 2, fait mention de colonies helléniques envoyées dans l'Italie et ailleurs; et il les dit faisant partie de l'HelIade ( wf B»^âJhç ). Dans ce passage encore, Grèce ne pourroit pas être équivalent de Hellade.

Il ne le seroit pas plus, soit livre 2, 18, i , où Thucyd. nomme la Sicile comme faisant partie de l'HelIade; soit, I, i4, 1, où Thucydide, après avoir dit que les tyrans de

'O U.' JNDEX,

la Sicile et les Corcyréens avoient quantité de trirèmes , ajoute que c'étoit là les flottes fes plus considérables de l'Hellade. Remplacez Hellade par Grèce , le récit historique devient inintelligible.

Hellènes. Par une conséquence nécessaire, le mot Grecs ne sera pas synonyme de Hellènes, Hérodote, 2, 51, i, emploie Hellènes ; M. Larcher le conserve. Mais pourquoi l'abandonner au chapitre 5 2 , où He'leiies a l'acception la plus étendue î Hérodote, 5, 45» '» dit de Philippe, fils de Butacidès , qu'il étoit le plus beau des Hellènes de son temps. Ce Philippe, qualifié iX Hellène, étoit de Crotone. Grecs ne peut remplacer Hellènes , ni dans ces passages, ni dans celui où Thucydide f i, 95, i ) qualifie à' Hellènes fes peuples de l'Ionie, &c.

Hellénique. Hérodote (i) qualifie la Sané de l'Athos, de ville Hellénique , it'a'hiç EMaj. On traduiroit moins bien par ville grecque ; car la Sané de l'Athos étant colonie d'Andros, l'une des Cyclades voisines de l'Eubée (2) , il seroit mieux, ce semble, de préférer ville hellénique, locution généi-i-;ae, à ville Grecque, locution restreinte. Notez, en passant, EV>à« (ttÔA/ç), employé adjectivement, tandis que, vulgairement, É/^àç signifie l'Hellade, pris alors substantivement en vertu d'une ellipse ; car, dans la vérité, EMiiç est l'adjectif de;t'"C5'-[tf'"'toire] sous-entendu. Voy. infra , n." 75, EMaç pris dans un sens restreint, et signifiant ta Sicile.

10. Iles de la mer Egée et de la Propontide {5), avec la cote d'Asie. Les cartes n.°' 8, 9 et 10, ainsi que les i i.*

(1) Ih. t(,m. II, p,ig. 273. — (2) U. pag. i7,-. — (;) Des gOognphe» grccj enclavent d.ins l;i Propontide une bonne p.irtic de l'ilellcsponl. Voyei C^egriiphie d'hérodote, tom. Il, Index, et infrJt, n.» j6.

et 36/, seront nécessaires à l'intelligence de Fitinéraire de Xerxès (n.° 10). On dira, d'après le texte :

I .° La carte n.° i o, et d'autres encore , semblent, à tort, mettre Jgora en avant de Cardia, puisque, dans Hérodote, Xerxès, allant d'Asie en Grèce, passe devant Cardia avant d'arriver à Agora (i).

2.° La Maronée, fa Dicée, l'Abdéride, avoientdes lacs renommés sur leurs territoires (et non près de) (2).

3.° Le lacs Ismaïs, omis par nous et par d'autres, est entre la Maronée et Stryme.

4.° Après avoir qualifié la Maronée, la Dicée, l'Abdéride de TsA/ç, terme vulgairement traduit par ville , Hérodote les qualifie ensuite de %«e«?5 territoires, en sorte que la Maronée, la Dicte, l'Abdéride, désignent, non pas des rilles , mais des cités avec leur territoire (3), ou des provinces habitées par bourgades.

Dans la récapitulation des pays traversés en Thrace, il ne faut pas s'étonner de la mention de villes maritimes helléniques (4), et de ne pas rencontrer la dénomination d'Epithrace, puisqu'elle est postérieure aux temps décrits par Hérodote (5).

5.° En suivant, sur la carte de M. Barbie, l'énumération des peuples Thraces traversés ou longés par Xerxès , on Terra que M. B. ne s'astreint peut-être pas assez à la succession donnée par Hérodote, et qu'il ne met pas les Dor- Hcens assez au milieu, entre les Sapacens et les Satres (6).

6° Xerxès, après avoir traversé le pays des Sapacens,

(1) n. tom. Il, pag. 130 et 173.— (2) IL pag. 173.— (3) li. pag. 17;. (4) /*• pag. 176. — (5) Il>. tom. 11, pag. i . — (6) Ih. pag. 177.

li II.' INDEX,

des Dersxens, des Edoniens, des Satres, passa près des places de Pière. Pour l'y faire arriver, M. B. ne place-t-il pas, sur sa carte, les peuples précités de manière à nécessiter un fort long détour à Xerxès ( i ) !

7.° Le Nestus est mis par Hérodote dans l'Abdéride, tandis que Strabon met Abdère après le Nestus (2) ou Nessus (3),

8.° Le mont Pangée ne renferme pas les Dobères et les Paeopfes (4); car Hérodote (7, i i 3, i ) dit formellement qu'ils habitent au-delà du Pangée , et qu'ainsi ils ne sont point renfermés dans le Pangée (5).

9.° Le mont Pangée ne renferme pas le Phyllis (6); car h mont Pangée , et tout son territoire , s'appelle le Phyllis , c'est-à-dire, lieu rempli de feuillages , lieu boisé (7).

I 0.° Xerxès, dans sa route, n'a point passé le long des des Paeoniens, comme le pensent M. Larcher et autres savans (fs) , ne tenant aucun compte des prépositions (9) ; car Xerxès avoit le Pangée entre lui et les Paeoniens.

I I .■" A l'occident d'Argile et du golfe Piérique, se trouve la plaine Sylée, h tort omise ainsi que l'hiéron de Neptune.

I 2." La flotte de Xerxès, après avoir doublé le cap Ampelos, ne passa point près de Torone , de Galepse, de Sermile, de Mecyberne et d'OIynthe, dont plusieurs sont au fond du golfe Toronéen. Pour se convaincre que la flotte

(1) Ih. pag. 1-7. — (2) U. pag. 171. — (;) Voyez ik la cause de cette différence. — (4) IL lom. I, pag. 178 et 275. — (5) Une préposition grecque mal comprise a occasionné l'erreur ( ib. tom. I, jmg. 275. — (<5) Ih. tom. I, pag. 272. — (7) IL tom. II, pag. i(!j ; ta dénomination de Phyllis est, à torj, omise par les géographes [ili. tom. I, pag. 272 , et tom. )1 , pag. 179). — (8) li. tom. I, pag. 273, et tom. II, pag. 1 fij. — (9) IK tom. 1), p. i^j).

ANALYSE DES CARTES. ij

ne passa point près de Torone , M. Larcher n'avoit , i .° qu'à jeter les yeux sur une carte quelconque ; 2.° qu'à rapprocher ces mots , 7m£a.fiilÙ7T> ToçsÔi'di' TaX (H. 7,1 22, 2 ) , de ceux-ci, n//XTti./ufuv cL-rr A//wsXou ày^xç Itt» Kar. ax^HC (H. 7, 123, l ), lesquels disent positivement que la flotte coupa court du cap Ampelos au cap Canastraen , et qu'ainsi la flotte ne passa point près de Torone.

Xerxès, arrivé à l'Heliespont, y établit deux ponts (1). Grâces à M. Romain Rondelet, auteur d'un dessin curieux et de notes sur la formation des deux ponts, nous sommes parvenus à entendre des passages auparavant mal compris.

Entre beaucoup d'autres, j'indiquerai, i .° ^eùj.^ , terme devenu géographique, et qui indique le court passage qui, d'Abydos à Sestos , joint l'Asie ii l'Europe, et que cependant M. Coray (2) traduit p3.rpont; 2.° Sestos, que le même savant rapproche de la Propontide (3), tandis que dans l'opinion du géographe qu'il a traduit , Sestos est dit plus avant dans la Propontide.

D'après une discussion approfondie des textes, nous remarquerons ensuite que les cartes de d'Anville donnent d'Abydos à Dardanus trois lieues communes de France tandis que «ôç , monosyllabe qui recèle une vérité topographique (4) , semble restrictif, et par conséquent avertir que la distance est indiquée vaguement. Remarquons, en passant , que cet w« , difficile à entendre , est , suivant l'usage, repoussé du texte par plusieurs savans.

(') Il>- pag. ■79- Voyez, ib. pag. 180, la preuve de quinze à vingt omiAjions faites par divers géographe s célèbres. — (•) lé. pag. ,845,;. (.) Strak uad. franc, tom. IV, ll.c partie, pag. ,60. — (4) Ccogri,phie d'hUrodou, toin. II, pag. 1 1;, (j) Jom, fl, pag. î44.

j4 II-' INDEX,

II résulte d€ ces discussions, que Tillustre d'An ville a tort d'omertre, dans son Asia m'inor, i.° Idacus; 2.° Arrhianes; 3.° le ca[) Cynossènie. II en résulte encore que ce même géographe a mal placé, en 1756, sur sa carte particulière de l'HelIespont, ce cap Cynossème, qu'il a omis en i7i4; que certainement Cynossème doit être placé au nord et non au midi d'Idacus. A l'aide du texte et du sens des prépositions, discutées avec soin, nous avons éclairci la topographie de l'HelIespont, corrigé diverses erreurs, enrichi notre carte de l'HelIespont des noms à'Idacus, à'Air/iiane, de Cynossème , et des tours d'Europe et d'Asie, qui paroissent pour la première fois, ainsi que le nom de Pyd'ius. A l'aide d'une topographie fondée sur les textes, nous avons ensuite expliqué et la bataille navale de l'HelIespont , et divers termes de tactique, qui, négligés avant nous, rendoient ' inintelligibles les récits d'Hérodote, et sur-tout de Thucydjde et de Strabon,

Divers Thraces, soit d'Europe, soit d'Asie, nommés par Hérodote, dans son itinéraire de Xerxès , ont attiré l'attention des critiques du premier ordre. Croyant apercevoir dans les chapitres 75, 76 du livre 7, qui font mention d'une seule peuplade de Thraces et d'un seul chef, la description du costume et de l'armure de deux peuples différens , ils en ont conclu qu'il existoit une lacune; et ils l'ont solennel- Irment proclamée (lacunam agnoscent in posterum omnes ), Mais, par une suite de considérajions historiques, et surtout d'après une description parallèle de Xénophon (i), nous croyons avoir invinciblement établi (i ) qu'Hérodote,

(r) Pag. 194. — (i) Céogr. d'Hin>d. loin II , pag. 188 tq.

dans les chapitres précités , a décrit l'armure et fe costume d'un seul peuple, et non de deux peuples; que des deux descriptions de costumes, la première regardoit les Thraces considérés en Europe avant leur émigration d'Europe en Asie; et la deuxième, les mêmes Thraces d'Europe établis en Asie ; et qu'ainsi la lacune solennellement annoncée n'existe pas.

Ce point une fois établi, nous nous sommes livrés i des recherches sur les Mysiens Thraces (i), peuples dont Strabon avoue qu'il est difficile de démêler les antiquités.

Divers textes d'Homère, d'Hérodote et de Strabon sur les Mysiens, se trouvoient inexactement expliqués (2).

Commençant par Homère (3), nous avons essayé de donner le sens grammatical, historique et géographique des neuf premiers vers du XI. ° chant d'Homère; de prouver que, du haut de l'Ida, son Jupiter ne regardoit pas à-Iafois et les Mysiens d'Europe, et les Mysiens d'Asie, et la flotte des Grecs, qui est à J'occident, et les Mysiens d'Asie, qui sont à l'est du mont Ida. Avec Strabon, nous avons appris que le nom de Adysiens se dérive de mysos ou misé, hêtre, arbre qui se plaisoit sur l'Olympe d'Asie (4) ; que les Mysiens sont très -probablement originaires de rOIympe d'Asie, et qu'ils ont primitivement habité l'OIympène, et non autour, comirie le pense M. Coray, expliquant inexactement TneÀ ( 5 ). Avec et d'après Strabon , nous avons

(i)/i. tom. I. pag. 299 iy. tllL pjg. 558. — (2) A<. pag. :99. — (3) ;^. pag. 329. — (4) /^.pag. }j8. — (î) Strab. 12, pag. 8/7, C. le. «fej Ka/'x» vnyàç est auîsi inexactement expliqué.

j6 II.' INDEX,

appris à connoître plusieurs épithètes remarquables qu'on leur donnoit (i). Nous avons en même temps prouvé que Strabon, gratuitement corrigé, que Strabon, citant Homère, a très-bien, quoi qu'on en dise, compris son auteur; qu'il en a très-bien saisi le sens géographique; interprète moins heureux, lorsqu'il transforme en nom de peuples les épithètes 'i7r'!rK[MKyiv , iCiav et autres; et de plus, ce qui intéresse l'histoire des migrations thraces, que ces Mysiens, originaires d'Asie (2) , habitoient l'Europe lors de la guerre de Troie , que ces Mysiens de Thrace n'étoient point inconnus au temps d'Homère, ainsi que noire confrère, l'illustre M. Gosseliin, l'affirme dans cette phrase : S'il y avoh des Alysiens dans la Thrace au temps d Homcre , ils lui ont été inconnus ( 3 ) .

D'Homère et de Strabon , passant aux Mysiens d'Hérodote, nous avons examiné d'abord un texte sans la discussion duquel d'Anville et autres ne pouvoient bien connoître ce. peuple. Nous nous sommes efforcés d'expliquer un t» très-expressif, et la locution Ttfj irôv X^icimv, à tort jugée à double sens par Fréret; et de défendre la locution difficile

De cet examen, nous avons passé aux conséquences. Un seul et même passage d'Hérodote nous a appris qu'antérieurement à la guerre de Troie, époque à remarquer, eut lieu la plus-mémorabie des émigrations et expéditions; que les Mysiens vinrent d'Asie en Europe , lorsqu'ensuite

(1) \'oyct ma Givgr/tpkie d'Hérodote, tom. I, pag. jjS.

(2) Ib. jwg. )î8.

i'[) Strib. trad. fran<;. tom. lU, png. 4i.

Mnt

tant d'autres émigrations eurent lieu, au contraire , d'Europe en Asie; que ces Mysiens soumirent toute la Thrace et la Macédoine jusqu'au Pénée et jusqu'à la mer d'Ionie, c'està-dire, jusqu'à la Thessalie et à l'Epire : en sorte qu'un seul et même passage d'Hérodote nous montre, avant la guerre de Troie, i'émigration des Mysiens d'Asie en Europe, leur point de départ et leur point d'arrivée; et en partie, peutêtre, la direction du Pénée (inexactement indiquée (1) par M. Coray), et de plus, les pays qu'ils ont subjugués; une vaste étendue de pays, toute la Tfirace et la Macédoine, jusqu'au Pénée et jusqu'à la mer d'Ionie, soumise par des Asiatiques qui, s'établissant dans ce pays de leur domination, donnèrent à des Européens leurs lois, leurs mœurs, leurs usages, et sans doute aussi une partie de leur langage : en sorte que nous avons, en peu de mots, et l'époque et le terme , et les résultats moraux et politiques des conquêtes des Mysiens.

A la suite de ces recherches sur les Mysiens , restoit à examiner à quelle époque les Afy siens, chez les écrivains grecs, se sont appelés AJœsieiis. Des critiques distingués ont cru voir, mais d'après des corrections gratuites des textes grecs, l'époque de la dénomination de Alcesiens: pour nous , d'après les mêmes textes non corrigés , mais expliqués, nous nous sommes crus autorisés à soutenir que chez les Grecs , depuis Homère jusqu'à Strabon et Dion Cassius inclusivement, rien absolument, ni aucun

(1) Voyez ma Géographie d'Hiroieti, tom. I, pag, 314! «t Hérodote,

l8 11/ INDEX,

manuscrit grec, ni aucune considération analogique , ni aucun monument historique, n'autorise la distinction entre Afjsicns et Adœsiens ; que les deux derniers écrivains cités par nous , quoique vivant à une époque où les armes des Romains avoient pénétré en Asie, étoient loin d'avoir adopté la dénomination de Mcesi; que par-tout, au contraire, ils donnent celle de Mysi ; et de plus, que Strabon combat fortement l'idée de changer la dénomination de vlJysi ; idée qui n'est fondée que sur une fausse interprétation de fiiTivofA^o) , mot trois fois employé par Strabon, et qui prouve, non que les Mysiens, soit d'Europe, soit d'Asie, ont changé de nom, mais, au contraire, que, loin d'en changer, ils l'ont conservé à travers les siècles.

En protestant donc de ma haute considération pour les travaux du savant M. Coray , je proposerai de rejeter les corrections gratuites de M. Coray, et je dirai, avec Strabon :

<c Toucher à une orthographe, h une manière d'écrire » ( y^a.ifni' ] qui a pour elle l'approbation de tant de siècles , 3> est une peine que je croirois superflue; car il est bien » plus croyable que les Mysiens s'appeloient ainsi original- » rement, et que ce nom, qu'ils portent aujourd'hui, a « traversé les siècles. » — L'épithète de MÛcre» doit être respectée chez les Grecs , comme celle de Alasi chez les Latins : mais jamais cette dernière ne doit se montrer sur les cartes destinées à éclaircir les textes des écrivains grecs. L'illustre d'Anville l'a insérée îi tort dans son Orbis vetcr'ibus notus.

Sur les Thraccs Briges , Bryges , Brygiens , Phrygiens,

qui sont un seul et inême peuple, voyez Géographie d'Hérodote, tom. II, pag. 3 52.

I I . Formation des deux ponts de Xerxcs , traversant l'Hellespont d'Abydos à Sestos. Voyez, i.° ma Géographie d'Hérodote, tom. II, pag. 1 82 sq.; 2.° les cartes n."' 36 et 37.

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