‹ Géographie d'Hérodote, prise dans les textes grecs de l'auteur et appuyée sur un examen grammatical et critique; avec Atlas contenant la géographie des trois grands historiens de l'antiquité et les plans des batailles qu'ils ont décrites, et avec trois indexChapitre 33 sur 72 · Zôdia , Caryatides &c · texte numérisé non relu

Zôdia , Caryatides &c

95. Hypothèse de restauration pour te lieu où était situé le cercle doré, en grande partie d'après Diod. 1 , 4? > 5 ■>■'/• Observations relatives aux n." Ç2, p], ç4, j^jl.e texte de Dioâore . relatif au monument d'Osymnndias,

est.

ANALYSE DES CARTES, 8"l

est, avec raison, regardé par MM. Hamilton et Letronne comme l'un des plus célèbres de l'antiquité, comme l'un des plus dignes de l'attention des critiques, parce qu'il fournit de précieux renseignemens , applicables k quantité de monumens égyptiens. Avant nous, on ne s'étoit occupé que de quelques phrases de ce texte, justement qualifié de célèbre : nous, nous avons entrepris de l'expliquer dans son entier, persuadés que ce travail seroit d'une grande utilité, ne fût-ce que sous le rapport de la critique grammaticale ; et en nous occupant du sens des mots et du sens des prépositions , peut-être sommes-nous arrivés à d'utiles résultats en antiquité, en chronologie, en grammaire.

A ta suite d'une version littérale de la description de Diodore, jugeant convenable avant tout d'examiner quelle confiance on pouvoit lui accorder , nous avons discuté les textes relatifs à ce point de critique ; et nous avons trouvé, I." dans îçBpoZmv , 2..° dans le 1^ à.va.'^a.ipûv , mal expliqué avant nous; dans les témoignages réunis, soit de prêtres historiens de la nation, soit des historiens grecs, que le récit de Diodore, loin d'être romanesque et fait sur des ouidire , étoit au contraire revêtu de tous les degrés possibles de certitude historique.

Entrant ensuite dans le fond de la question de savoir si le monument d'Osymandyas étoit retrouvé, nous nous sommes attachés à réfuter les objections.

La première objection se tire d'une prétendue discordance entre la nature du premier pylône, qui est de grès, et du mot -miiùxoç, qui, selon M. Letronne ( 1 ) , désigne du

(i) 1."; éd. pag. 589; i.'éd. pag. 4.

granit Selpn ce savant, il serait peu vraisemblable d'expliquer autrement •mtKiXoç. Selon ce savant, inixjXoç, appliqué à xiboç, ne s'entendra jamais que d'une espèce de pierre, soit jaspe, soit granit, [\) : il est impossible, ajoute -t- il, dç^ trouver un exemple contraire à cette explication (2). La diffi,-; culte qui résulte des mots xïboç -mmûxoç, subsiste dans toute sa force. j-

Ces phrases et autres, telles que celle-ci, // serait ridicule ( pag. 35)4> '•'" éd.),, ces phrases, qui défendent presqiie l'examen d'uiie question traitée par, notre confrère, ne nq\js aya,nt pas dépouragés , nous ayons cherché ; et après un. exaipen approfondi du mot Tniyû^oç, nous, croyons avoir trouvé , i .° que xi^ç TmiKiXoç n'a jamais signifié du granit, &.c. ; que A/Shj miKiXoi signifiera nécessairement ^/^rrf nuancée de diverses couleurs , dues, soit à la nature.j, soit^à l'art; maisja<nais du granit; 3.° qu'il ne signifie ^m«/V ni dans le passage de Diodore, ni dans celui d'Hérodote, ni dans Philon de Byzance; ^.° que l'exemple extrait. d'Hérodote n'a rien d'analogue ay^c xeiui de D^çdore; que l'adjectif A/^fo? , dont M. Letronoe prétend tirer, un argument en, sa faveur ( 3) , ne prouve absoIu,ment rien ; et qu'ainsi MM. Jollois, Devilliers et Joi^ard ne soni pas convaincus d'erreur pour n'avoir pas trouvé un pylône de granit^ pijisqu'en effet le texte grec ne f^it nulle mention de granit; 5." que le^ auteurs cités n'ont, point parlé, de pylône de granit; mjis que, de plus,, les pylônes de granit étoieqt des; chi^ières dpnt ils n'av.oient jamais entretenu.

(+^.':-é<l.pag. j, (i.)-Pag. 3^>, 390; i.'-ccl.-pag. 5. — ^^ i/'éd,

pag. 590; 2. éd. pag. j.

leut-s lecteurs , puisque les pylônes connus Sont tous , non de granit, mais de pierre de grè^' peinte : fait qui me porte à entendre twixjXoç des couleurs de l'art plutôt que celles de la nature.

Du premier pylône passant' k (a première cour, pavée en pierre , et qui avoit deux portiques , et non pas un seuJ , nous avons discuté les objections relatives aux mesures.

Pour réfuter ces objections , nous avons rappelé , 1 .° que de graves inexactitudes de mesures ayant été commises par d'habiles architectes décrivant des monumens subsistans dans leur entier, on devoit un peu d'indulgence, soit à Diodore, qui, n'étant pas plus architecte que les prêtres historiens, parloit d'un monument en ruine, soit à MM. de ia Commission, qui, après avoir fait la principale découverte du plus grand des colosses de l'Egypte , ont pu négliger plusieurs détails de mesure; que M. Huyot, venant après eux, et ne pouvant aspirer au mérite de la découverte du colosse d'Osymandias, a dû se distinguer par le mérite de supputer et mesurer les diverses parties du monument : 2.° que Diodore, donnant quatre plèthres, se seroit contredit , et , de plus , auroit dit une absurdité ; et qu'en bonne et saine critique , c'étoit le cas de soupçonner le texte d'altération , et de proposer des leçons conjecturales : 3.° mais que ces efforts étoient inutiles, puisque la discordance apparente des mesures s'expliquoit par le fait du module double adopté chez divers écrivains.

On s'est ensuite efforcé de répondre à l'objection tirée , I ."des statues monolithes , 2.° du plafond monolithe ; et à l'aide d'un passage de Philon de Byzance, négligé avant nous, nous croyons avoir résolu une grande difîficulté, et

réduit à leur juste valeur les expressions deDiodore, que l'on prend à la lettre , tandis qu'elles n'étoient probablement que figurées.

Arrivé au deuxième pylône, 'iTipao iïaziJbv ndj TnXoôva., nous avons eu de fortes objections à combattre. La première est tirée de meArJinpov, que l'on a prétendu avoir un sens absolu. Mais nous avons remarqué que TneiTJÔT^fiov est un véritable comparatif, puisque l'historien établit comparaison entre le premier pylône et le second; comme ensuite il en établit une entre la première cour péristyle et la seconde ; ce qui nous a autorisés à écarter les conséquences que l'on en tiroit.

Diodore met le colosse d'Osymandyas , le plus grand de tous les colosses de l'Egypte, k l'entrée du deuxième pylône ; et c'est là que l'ont en effet vu et MM. de la Commission et Al. Huyot. M. Letronne, voyant là le renversement de son opinion , s'étoit avisé de déplacer le colosse , en traduisant, dans sa première édition, ù'tTvJbç d'abord entrée, ensuite sortie, puis avenue de colonnes. D'après des remarques que j'avais chargé un jeune savant de lui transmettre , il a renoncé à sa triple interprétation de èlanJbi, mais non à son opinion, qui n'a point fléchi, même à l'aspect du plus imposant des témoins ; car , dans la seconde édition , il persiste à soutenir qu'il n'y a pas même sur ce point, entre le colosse décrit par Diodore et le colosse vu , i/n seul trait de ressemblance ( 2.' éd, p. 3 ). Après avoir déplacé le colosse dans sa première édition, et reconnu un colosse quelconque dans sa seconde édition, notre confrère, voulant établir la non-identité du colosse, a prétendu que la statue d'Osymandyas et celles de sa femme et de sa mère doivent

être sur le même bloc. Mais M. Letronne, je crois l'avoir démontré, a contre lui, i .°\e texte de Diodore; 2.° l'exemple mèjne qu'il tire d'Hérodote ; car Hérodote montre deux choses très-distinctes, un hiéron et le mégaron d'un temple , où M. Letronne ne voit qu'un seul et unique objet; ce qui, ne pouvant ie conduire à un résultat plausible, l'a décidé a. adopter une correction gratuite , que protège le texte de M. Schaeffer, mais que j'ai cru devoir écarter du mien.

M. Huyot, croyant pouvoir appuyer l'opinion de M. Letronne, s'est attaché à prouver que le monument n'étoit pas retrouvé, puique la salle hypostyle de Diodore n'avoit pas la forme ronde des odéons. Mais nous avons répliqué que la forme des odéons n'étoit pas essentiellement ronde ; que Diodore lui-même , qui donne à la salle hypostyle la forme des odéons, déclare, i.° qu'elle étoit carrée; 2.° qu'avec cette forme carrée, elle avoit la forme des odéons ; 3.° qu'il existoit des odéons de forme ronde, mais construits du temps des empereurs. Nous avons remarqué en outre que les odéons grecs décrits par les anciens me sembloient ne devoir leur forme ronde qu'aux contre-sens des traducteurs et des critiques.

On a tiré une autre objection des o'ikci d'Hérodote. Nous croyons l'avoir complètement réfutée.

A la suite des oImi, vient le lâqtoç, tombeau d'Osymandyas, au-dessus duquel j'espère avoir prouvé qu'il existoit une plate-forme ou observatoire , fait inaperçu avant nous , qui offre un moyezi probable de restauration.

Quant au cercle d'or, évalué trois milliards de francs, et dont l'hypothèse a discrédité Diodore chez presque

toutes les classes de lecteurs, nous avons prouvé qu'il

ne devoit son existence qu'à un texte mal compris ; et

que Diodore parloit d'un cercle doré et non d'un cercle

d'or.

Quantité de remarques grammaticales, chronologiques et autres, mises dans le cours du mémoire, en eussent rendu les raisonnemens moins faciles à suivre. Elles ont trouvé leur place dans une troisième section, où nous expliquons, i ." quatre locutions chronologiques non comprises; 2.° rriTION KoXoojw, locution non comprise, d'après laquelle on annonce, comme autant de prodiges, des colosses couchés , lorsqu'il s'agit de colosses dans l'attitude du repos; 3.° l'uT^/a? d'Homère, aussi mal compris que celui d'Hérodote.

D'après toutes les précédentes observations, nous nous croyons autorisés b conclure , 1 .° que Diodore n'a point ^■àrXë seulement par oui-dire , puisqu'au contraire, méprisant les ouï-dire, et dédaignant de s'en rapporter uniquement aux historiens grecs, il a fait le voyage d'Egypte; bien différent de certains historiens, de Tite-Live, par exemple, qui , ayant à parler de mœurs , dusages , de dits et faits mémorables, ne se donna pas même la peine d'aller au Capitole , interroger parfois les quatre mille bronzes qui , après lui, furent incendiés sous Vespasien ; 2.° que Diodore n'a point donné un récit romanesque, puisqu'il a soigneusement cherché la vérité , et qu'il la demande à des prêtres, historiens de la nation, à des prêtres qui, silencieux sur les mystères de leur religion , se faisoient un plaisir de répondre îi des questions relatives aux arts, d'ouvrir leurs annales, et montrer leurs cippes, colonnes

ANALYSE- DES QARTES. 87.

et autfes témoins irrécusables ; 3.° que les prêtres égyptiens sont injustement transformés en' narrateurs exagérés; 4.° qu'il existe entre le récit de Diodore , d'après les annales nationales des prêtres et les dessins de la Commission, une conformité frappante : rapports dans les mesur^?^ calculées d'après le module double ; traces reconnues de l'extraction du colosse principal ; analogie dans les faits d'arrries; circonstance du lion , compagnon d'Osymandias ; circonstances pareillement omises , par iM. Letronne ( du moins dans sa i." éd. ) de trois eî'iTsJbf f ou entrées du deuxième pylône, dont lest deux latérales sont en granit noir, et que MM. de la Commission ont vues et mesurées ; sur les murs des pylônes , scènes guerrières à la mémoire d'un roi conquérant, tandis que, dans les monumens religieux, les peintures sont religieuses ; enfin rapports frappans dans la position et dimension du colosse principal. Une telle cumulation de preuves ne sauroit être anéantie par des interprétations forcées.

Au reste, quand bien même il resteroit de fortes objections à résoudre sur l'identité du monument, notre examen critique de i'u,o des textes les plus célèbres de l'antiquité ne restera pas sans utilité , puisqu'on ne l'avoit pas encore entrepris, et qu'il importoit de l'entreprendre; ce texte fournissant de précieux renseignemens applicables à qjiantité de monumens égyptiens. .-,,l(ion''"

En un mot, en approfondissant, pour la première, fois , un texte célèbre, j'ai vengé Diodore et les prêtres égyptiens, et les savans de la Commission d'Egypte, qu'un Français devoit défendre , lorsqu'un Français , d'ailleurs critique très- judicieux, ne se montroit peut-être pas assez

impartial appréciateur de l'un de ces nobles travaux où

se trouve intéressée la gloire d'une nation.

96. Glyphe, Anaglyphe , D'iaglyphe ; et autres termes techniques employés par Diodore et Strabon. Voyez Philol. tom. XIII.

97. Temples grecs , désignés par Vitruve, en termes grecs, d'après l'aspect qu'ils présentent. Voyez mon Philol. tom. XIII.

9 8 . Temple d'Euripide avec métopes à jour et triglyphes ; et de plus, temples à parastades, et ordre d'architecture (dorique) , avec les noms des parties dont il se compose. Voyez fe Philol. tom. XIII.

99. Temples égyptiens et toscans, et /liaison grecque. Voyez suprà, n.° 86.

100. Jardins de Babylone , d'après le texte de Diodore (liv. II , ch. 10, pag. 124), avec dessins de M. Rondelet.

Description des Paradis de Xénophon et de Diodore de Sicile,

Le inot rmç^AKni [paradis] vient du grec Avitv [arroser]. Suivant Pollux, il est tiré, ainsi que tant d'autres mots grecs, de la langue des Perses. Sans nous appesantir sur l'étymologie du mot, parlons des paradis (ou jardins) de Xénophon et de Diodore.

Dans son paradis , le premier des deux écrivains fait mention de quinconce ou quinconge, ainsi appelé de la figure V quinque, dont il est une répétition (voyez Virgile, G, 2, 277; et Pline, 17, 11, sect. XV ). Il y a deux espèces de quinconce,

La

La 1." La 2.'

Aujourd'hui , selon la remarque de Dumas , on s'attache davantage à la dernière méthode, parce que les cuhivateurs ont trouvé que dans la première il y avoit des ailées plus étroites que d'autres.

De cette note, passons à l'intéressante description du paradis de Diodore de Sicile. Elle offre de grandes difficultés ; mais le savant M. Rondelet , dans son Traité de l'Art de bâtir , pag. 78, me semble les avoir heureusement surmontées. Voici, à de légers changemens et quelques additions près , les observations du savant et modeste architecte, que j'ai plus d'une fois utilement consulté, et qui, à son tour, a bien voulu me faire part de son travail.

Diodore, liv. II, pag. 12^, édit. Wess.

Le paradis avoit quatre plèthres d'étendue sur chacun de ses côtés. On y arrivoit par des chemins montans , que soutenoient des constructions qui alloient de l'une à l'autre et présentoient l'aspect d'un théâtre. Sous les rampes , solidement faites, étoient pratiqués des corridors (en grec, des syrinx ) qui soutenoient tout le poids du verger, et qui alloient s'élevant les uns au-dessus des autres.

Le plus élevé de ces corridors, qui avoit cinquante

coudées de haut, soutenoit la plate-forme la plus élevée du paradis, et cette plate-forme étoit de niveau dans l'intérieur des parapets.

Les murs, bâtis à grands frais , avoient vingt-deux pieds d'épaisseur, et chacun des vides qui séparoient ces murs étoit de dix pieds.

Des bfocs de pierres , qui avoient seize pieds de long avec leurs portées, et quatre de large, couvroient entièrement les planchers.

Ces bfocs étoient d'abord revêtus d'une couche de roseaux mêlés de beaucoup d'asphalte, ensuite d'un dotible rang de briques maçonnées avec du plâtre (gypse), et enfin de nappes de plomb pour empêcher f'humrdité de pénétrer en dessous. »

La quantité de terre dont on avoit chargé cette plateforme, sufîfisoit aux racines des plus grands arbres. Le sol, parfaitement uni, étoit rempli d'arbres de toute espèce, dont la grandeur et fa Jjeauté ravissoient fes spectateurs.

Les corridors recevoient de fa fumière à fa faveur de ces élévations qu'effes avoient fes unes au-dessus des atitres, et renfermoient des salles magnifiques , aussi nombreuses que variées.

L'un de ces corridors avoit, à sa plate-forme la plus élevée, des ouvertures et de fortes machines, par le moyen desquelles on tiroit du fleuve une quantité d'eaU sufHsante à l'arrosement, et cefa sans que personne pût voir h l'intérieur le jeu des machines.

Pour éviter les redites, je renvoie, pour de plus grands éclaircissemens, i .° h mon Philologue, tom. X, pag. 183, qui donne le texte grec des jardin» ou paradi» de Baky-

ANALÏ5E DÏS CARTES. 91

lone; 2," à mon Xénophon , tom. VII, 11/ part., 11." sect. , pag. 166, sç.

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