‹ Géographie d'Hérodote, prise dans les textes grecs de l'auteur et appuyée sur un examen grammatical et critique; avec Atlas contenant la géographie des trois grands historiens de l'antiquité et les plans des batailles qu'ils ont décrites, et avec trois indexChapitre 41 sur 72 · I-^'DEX · texte numérisé non relu

I-^'DEX

est question ici de la Panticapée, province, et non de la ville de Panticapée; 2°. que ij.iypi QeoSoaîaç signifie jusques et y compris Théodosie , et qu'ainsi il faut rendre au roi du Bosphore, The'odosie (et même, je crois, avec son territoire). Ms'xpt, comme on le voit, a occasionné bien des méprises grammaticales , historiques et géographiques. Chez M. Coray, qui ne pouvoit ignorer le sens de f^ts'xP'î i^ 7 ^ sans doute équivoque de terme, et non pas méprise.

Planche V. La Scythie. Position des Rhoxolans et de rierne (^l'Irlande).— -S/rabon, dans son système, met rierne à 140 lieues marines de V Angleterre : et son texte grec (^ si nous expliquons bien bmp t>5s BpsT.), mettrait cette même lerne au-dessus et tout près de V Angleterre. Examen de cette apparente contradiction. — lerne , mot omis dans l'Index de Strabon.

La Scythie d'Hérodote nous a conduits à parler plus d'ime fois ^q?, Russes (i) dont le nom primitif est Rhoxolans (2). Un passage relatif à leur position indiquée par Strabon , méritoit examen ; le voici : oîkoûcti

§' UTrèp "OÙ BopUaS-EVOUÇ , Pto|o).«VOl, VOTlWTSpOt OVTSS TOÔV Î)7t£j2

Tni Bp£TT«vtx.>5s é(JX'=''^uv yvwfitÇopévwi' (Slrab., p. iyo, A). On a déjà discuté ce passage ; une apparente contradiction, d'abord inaperçue nous force d'y revenir. Le traducteur latin rend les deux unÈp, suivis d'un génitif par ultra; et M. Coray, par au fi?eW, dans cette version: au-delà du Borysthène, habitent les Rhoxolans. De

(1) Voy. 1», A-tlas, 2" Index, p. 9a sq. a°. Gdogr. d'il., lom. I, p. 9.37.

(a) Voy. Strabon , trad. fr. , tom. I , p. 3 1 3, noie a" de M. Gossellio.

ANALYSE DES CARTES. — Additions. Il5

tous les Scythes que nous connaissons , ce sont les plus reculés vers le Nord : et toutefois so?it-ils encore plus méiidionaux que les derniers peuples connus au delà de la Bretagne.

Voilà deux fois hr.lp avec ge'n. , traduit par au delà. Mais tous les exemples cite's par nous sembleroient prouver invinciblement que vulp avec gén., exprime position au-dessus f que position au delà ne peut s'exprimer que par hzep avec l'accusatif, ensorte que Strabon (en admettant que son texte soit pur) auroit été égaré par de mauvaises cartes, s'il a voulu deux fois, dans l'exemple précité, exprimer l'idée d'au delà, ou du moins qu'il atiroit parlé vaguement et nullement en géographe.

Croj'ant que notre géographe avoit senti le besoin de préciser, je soupçonnois dabord que Pto^oXai/ot — û-nip TV?; B^cTT. devoit signifier, les JRJioxolans qui, les plus reculés vers le nord, sont toutefois plus méridionaux que les peuples connus au-dessus de la Bretagne (dans la Bretagne niénie^ : mais M. Gosselin, que je viens de consulter, n'admet point cette glosse , persuadé, d'après divers textes combinés , que ces peuples situés au-dessus de la Bretagne sont Terne (les Irlandois) (i).

Cette opinion de notre très-savant collègue donnera lieu à une objection. Strabon. (2), dans son système, et

(i) L'Ierne (l'Hibernie ou l'Irlande), n'est point indique'e dans la table de Strabon qui donne ce nom, t. I, p. 110, lig. 3, édit. d'Amst. et pass. une telle omission ne peut plaire aux géographes.

(1) Voy. Carte , n°. 3 de la Ge'ogr. de Strab. par M. Gosselin.

Il6 11'. IN'DEX.

sans doute, d'après de mauvaises cartes de son temps, met rierne (^Irlande') à 5 mille stades de l'Angleterre , (c'est-à-dire, à 140 lieues marines de distance). Mais rierne mise au rang des îles britanniques, touche presque à l'Angleterre, au-dessus de laquelle elle est située. Comment donc expliquer que Strabon, dans son système, mette l'Irlande, si voisine de l'Angleterre, à 140 lieues marines de cette Angleterre,fandis que son texte grec (ÛTrèp xr,i Bjsstt.), met VIerne immédiatement audessus de l'Angleterre ?

On lèvera, je le sais, la difFiculté, en traduisant avec M. Gossellin hnlp voc, Bpcu., au nord de V Angleterre. Mais au lieu de cette locution Françoise que les géographes doivent juger extrêmement vague , la locution grecque Û7;èp rtçBpeiT.ne peut signifier littér.que(/77-ej^ue) immédiatement au-dessus de V Angleterre : et si cela est, ce ne seroit donc pas lerne ou Y Irlande que désigneroit la locution uiûp ~7,ç, Boett. : il faudroit donc revenir à mou opinion que Strabon a voulu designer dans et non hors de l'Angleterre, les peuples les plus septentrionaux de l'Angleterre; et qu'alors il a voulu dire: les Rhoxolans , quoique les peuples les plus recules vers Je Nord, sont toutefois plus méridionaux que les peuples connus au-dessus et au nord de la Bretagne (^dans la Bretagne même) : Remarque qui, si elle est juste, ne nuiroit en rien à l'emplacement que M. Gossclin donne à lerne, d'après les idées systématiques do son auteur.

Je proposerois donc de traduire le premier, vnkp toû Bofyij^évoyî, par au-dessus ou aunordÇde l'embouchure)

ANALYSE DES CARTES. — Additions. l IJ

du Borysthène, habitent les Rhoxolans ; et le second vT:ip T>js Bf^exTavmi , par : de tous les Scythes que nous connoissons , les Mhoxolans , peuples les plus reculés vers le nod ^ sont toutes fois plus méridionaux que les derniers peuples (^les Irlandais ") connus , au-dessus (ou au nord) de la Bretagne (mais dans la Bretagne même). Je viens de remplacer deux fois le au-delà de M. Coray par au-dessus de. Je le devois : au-delà , comme version de hnèp avec le géu. , est , je le répète , inadmissible; i°. grammaticalement : car l-n'ep avec gén. signifie au-dessus de : 2°. géographiquemeut, car audelà est extrêmement vague et ne précise pas un côté. Quantité de savans jugent synonymes au-dessus et audelà : mais à tort, puisque au-dessus de, exprimer position au-dessus de, souvent immédiate, soit au nord, soit au midi; taudis que au-delà indique position delà manière la plus vague. On dira : la mer Caspienne est au-dessus, et au-delà (et au nord) de la Perse : mais gardons-nous de juger ici, au-dessus et au-delà, synonymes. En effet, au-delà ne présenteroit aucune idée fixe sans au-dessus qui le précède.

Noti'e Appendice à la Géographie ancienne contiendra un nouvel excursus sur ùrdp. Ou y verra , 1°, un bnip //£)>«5f(ov; 2°, {iTièp T£t;(éMV; 5°, vnsp xoû opouç rendu par ultra, puis parprope, tandis qu'il n'y a pas d'autre sens que celui de au-dessus de. Quant au contre-sens yprope, on l'eût évité en interrogeant le contexte. Les soldats dont on parle n'étoient pas prope montem , puisqu'on les fait descendre; 3°, viiip Nei^éav, è'pos knÎQaç, audelà de la Nemce (et nou au-dessus) , comme le

Il8 Il« INDEX,

veut M. Clavier, Paus. 2, 16), est le mont Apésas.

Même Planche V. La Libye. D(5tails sur le pays qui s'étend depuis l'Egypte jusqu'au lac Tritouis, soit à l'orient, soit à l'occident de ce lac. Voy. Essais sur les prép. , p. 214 sq.

Planche VII. Le Delta ou la basse Asie.

Ici, deux locutions sont à expliquer : i. Le Myv-nzov T.poY.u[i.ivTCJ d'Hérodote. 11. Le XS'a^aîiôç Myu-nzoc, de Théocrite.

I. Hérodote, 2, 12 , i , dit de l'Egypte : Myu-axov -npoy.eiixmv Tiîç èyofxévYii; y>5ç, et Valla traduit : Quum videam et ^gyptum esse exporrectam à terra contigua ; et M. Schw. dans son lexicon Herodoteum , ait ^gyptum prœter regioiiem utrique adjacentem prominere in mare, et Larch., en voyant qu'elle gagne sur les terres adjacentes. Mais je proposerois : l'Egypte se projette dans la mer se détachant du (eV,) continent auquel elle tient (pi. 7) (t7.). En effet, qu'on tire une ligne du golfe Plinthinètes au golfe de Syrie , on verra qu'elle se projette fort en avant : ce qui est visible à l'œil au ûi degré de latitude. Je dis, se détachant da continent auquel elle tient, en supposant que yH; iyoïi. dépend de ex sousentendu. Peut-être dépendi-a-t-il plus naturellement de la prép. npô (■KpmeinévTiV ). Du reste , quelque parti qu'on prenne , on expliquera difficilement la version de M. Larcher et le utrique, corrigé par utrinque de M. Schw. Cet aiyvRzov itpoy.îijxévrtv d'Hérodote, rappelle le yyipiov ■Kpmdii.ivo'j iv vn Qcùmzn de Xénophon. Tïpoy.U(73(xi signifiant propositum esse, in média positmn esse est

ANALYSE DES CARTES.; — Additions. 119

bien connu. Ce qui l'est moins, c'est son acception topographique (voy. infr. pi. 67).

MM. de Laluz. et Larcher rendent inexactement (xupi'oi/) 7rpoK££fi£vov par promontoire qui domine.

Les interprètes latins qui les ont précéde's , n'ont pas mieux re'ussi : car Amase'e traduit eminet in mare ; et H. Est. adopte cette version sans la corriger. Mais eminere ne marque qu'une seule idée, la position d'un lieu élevé; tandisque T:poy.siiJ.éwiv , l'un des verbes qui tiennent lieu de deux, indique deux idées; 1°, position (y.etfiivnv) '■ z°, progression, savoir l'action de s'avancer dans la mer, idée que n'indique nullement y.eïnac, mais que renferme la prép. Tpô, qu'il faut construire avec un verbe sous-entendu qui auroit le sens de currere.

Au lieu de eminet in mare dont \ eminet (^in mare") ne marque que position ; excurrit in mare eût été plus latin ; et Leunclave l'a donné sans qu'aucun de ceux venus après lui s'en soit aperçu.

Q. Curce, souvent aussi correct qu'élégant, dit: eminet in altitudinem , et regio excurrit ad mare. Dans ces deux exemples qui ne peuvent être synonymes , le premier marque position d'un lieu élevé : le deuxième progression.

Dans le sens de ï excurrit de Q. Curce, Ovide a dit : Sicania excurrit in œquor. Voy. Y Index de Q.Gurce, et le Lexicon de Schellers.

II. XSapaXr] Ar/vr.zoi. Théocrite (Td. 17, V. 7g) qualifie TEgypte de XS^«fAa).>3. D'après le contexte, cette épithète s'entendra, je pense, non de toute FEgypte, mais de la partie basse , la seule habitée : car les mon-

tagnes navoient pas d'habitans. Yoy. additions, infr. ,' p]. 72, ua x^aixxlh qui a fort embarrassé Strabon. Planche X, Iles de la mer Egée et de la Propontide], avec la côte d''Asie. — Position des Pceoniens , des Dobères , des Pœoples expliquée par vm^ , et réfutation de la doctrine anti-géographique qui met ces peuples, ici, sur le Pangée; là, entre le Pangée et le Sfrjmon.

Ou lit dans Hérodote, 7, Ii3, r, vT.iÇiovdovcxi tô ITayyaiov Tipôs Bopéw àvé^uou Ilsciova; , Ao'c/ioa; re z^ti IIatdTi).«; Tiape^twv, r:u Tzpôç éanipriv. Cet exemple donnera lieu à des observations, i'^, sur vnepoKéovTaç. zo Uâyyxiov ; 2°, sur napsl't'cov.

I. Obsen>ation sur luepoïKéovzccç zo Ucr/yxiov — "Valla tx"aduit toute la phrase , super pangœum ad aquilonem habitantes : et M. Larcher, il passa le long des Pœoniens , des Dobères, des Pœoples qui habitent VERS XE NORD, AU-DESSUS du mont Pangée ; puis dans sa Géographie Hérodotéenne, met les Pœoniens sur le Pangée i et entre le Pangée, les Dobères et les Pœoples : en sorte que ce savant n'établit aucun accord entre sa version et sa géographie; et que môme, tel article de sa Géographie (r) nie ce qu'affirme tel autre article. Quant à M. Schw. il traduit, postquam per populos a septentrione Pangvi habitantes traiisiit per Pœones.

Ce passage intéresse fort la Géographie , puisqu'il fournit le moyen de corriger deux erreurs géographiques, et de montrer deux vérités grammaticales.

(i) Voy. 1°. la version de Larcher, II. , 7 , ii3, i. a", les articles Pangée , Pœoniens , Pœoples,

ANALYSE DES CARTES. — Additions. 10,1

Cependant, M. Schw. navoit fait absolument aucune note quelconque 5 par exemple , sur hizïp tô Ilaj^atov a septentrione P., car, sa version n'explique assurément pas vTÏp TO ILdyyawv. Il y est revenu dans son Lexicon; là, il déclare que Valla n'étoit pas assez clair (Il auroit pu dire que cet interprète, si souvent habile, ici avoit complettement échoué); puis, rappelant sa version /?opulos a septentrione Pangœî, et jugeant qu'elle avoit grand besoin d'explication, ce savant ajoute nempe trans Pangœum , in septentrionem habitantes , sans rien dire de 7:«ps|twv, c'est-à-dire, qu'il laisse subsister son ancienne version, transiit per.

Ici, M. Schw. explique, on ne peut mieux, cet huip TTayjiatov par trans (^Pangœum ) au-delà. Ce sens d'awdelà que donne sa glose, et dont ni sa version ni ses notes n'offroient le moindre vestige, je l'ai donné sans nommer M. Schweighaeuser. Mais je ne craindrai pas le reproche de plagiat : car ce qu'il explique si bien en 1824, je l'ai expliqué à quatre reprises différentes, 1°, en 1820, f. VIII du Philologue {Essais sur les Prépos. ou noui-'eau supplément à la Grammaire grecque. Paris, 1821), petit livre d'école jugé par notre Université, utile aux écoles des classes supérieures. 2°, Dans un autre petit livre d'école , intitulé Histoire d'Hérodote, avec notes, t. II, p. 492 : Paris, 1821. 3°, Dans ma Géographie d"" Hérodote (t. I, p. 276, ann. 1822). 4°, Dans cette même Géog. , t. n, p. 162; Paris , ann. 1825. 5°, Dans le deuxième Index de mon Atlas, obs. sur la pi. 10.

Page 1