Essai, p. 88. — Polyptique, prolégomènes, p
2° Constater et faire ressortir les rapports des subdivisions diocésaines avec les anciens districts civils et politiques , avec les anciens pagi ou petits pays de France*.
Son premier but, l'auteur Ta pleinement atteint pour quatre de nos provinces ecclésiastiques. Grâce à lui, les subdivisions diocésaines, archidiaconé , archiprêtré, doyenné, qui dans le cours des siècles ont subi de nombreuses variations , mais qui cependant ont eu une existence administrative certaine et une ordonnance régulière, reparaissent dans leurs centres et leurs chefs-lieux, de façon à rendre possible une carte très -approximative, sinon absolument exacte, de ces circonscriptions ecclésiastiques.
Mais dans la seconde partie du programme qu'il s'était prescrit, le même savant n'a pas été aussi heureux; le cadre dans lequel il s'est enfermé est illusoire, et je ne crains pas d'être démenti par les faits en affirmant qu'il ne sera pas rempli. Sans entreprendre encore de rapprocher d'une façon complète l'archidiaconé et le pagus^ M. Desnoyers nous avertit qu'il se borne dans ses tableaux à en indiquer les relations d'une façon très- générale et approximative. Eh bien! ce simple rapprochement même n'est pas possible et ne donne aucun résultat satisfaisant. En effet, j'ouvre la Topographie ecclésiastique de la Gaule à la première page, et, dans l'archevêché de Lyon, je vois que l'archiprêtré de Roanne répond au Bas- Forez, au Roannais et au Beaujolais. D'autre part les
1. Annuaire historique pour Tannée 1853, publié par la Soc. de VHist, de France, p. 125 et 130.
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archiprêtrés de Pommiers , Néroiide , Montbrison , Sainbel ou Gourzieu, Jarez, correspondent à diverses parties du Bas et du Haut-Forez : ainsi j'ai d'abord des fractions de trois pagi pour un seul archiprêtré , puis six archiprêtrés pour diverses parties du Forez : où donc se trouve la relation qui nous était proniise? — Mais peutêtre y a-t-il exception pour l'archevêché de Lyon, qui n'a pas été divisé en archidiaconés ; et je passe au diocèse suivant, qui est l'illustre cité d'Autun. Là je trouve mentionnés l'Autunois, le Charolais, le Nivernais, le Brionnais, le Bourbonnais, le Nuyton, l'Auxois, le Duesmois, l'Avallonais et le Morvan , c'est-à-dire dix pays : or, il n'y a que quatre archidiaconés et il y a vingt-cinq archiprêtrés. Je ne vois là aucune concordance et rien de l'ordre , entremêlé de quelques irrégularités , auquel nous étions en droit de nous attendre.
C'est que cet ordre n'existait pas. L'entreprise de M. Desnoyers aura du moins fait voir d'une façon manifeste que cette séduisante théorie, quel que soit le mérite des savants qui l'avaient émise, est inconciliable avec les faits : il faut donc l'oublier. Le mot pagus , qui antérieurement avait répondu à certains faits géographiques, a perdu, au milieu de la confusion des temps barbares, sa signification précise. Prétendre en faire la base des subdivisions de l'administration civile et ecclésiastique , c'est nous entourer d'inextricables difficultés , enfermer notre géographie historique dans une impasse. Qu'on ouvre les recueils des sociétés provinciales, nombre d'hommes dévoués à l'érudition y ont entrepris des descriptions de pagi. Je le leur demande à eux-mêmes, ont-ils, dans l'ensemble de leurs travaux, obtenu des
résultats qui donnent à leur esprit pleine satisfaction? Je ne vois que revendications de localités en faveur de pagi différents, incertitudes sur la position des pagi niêmes, réfutations, discussions dont les résultats sont stériles. Pourquoi donc alors nous attacher à cette prétendue ordonnance du sol, et que n'entreprenons-nous plutôt de décrire, si cela est possible, ce que je suis loin d'affirmer, les vicairies, les centaines, les bailliages, les élections, tout ce qui, ayant vraiment appartenu à l'organisation administrative, a possédé une existence légale?
Je sais bien que dans les textes des ix% x% xi* siècles, et postérieurement, on trouve en grand nombre des mentions comme celles-ci : Damusaliquidinpago Lugdunensi^ in agro Ladiniacense ^ in villa Mispiliaco. — Res sitœ in ipso pago^ in fine Lucensi^ in ipsa villa Liico. — Monasterium Vivarium peregrinorym qui ponitur in pago Alsacensi super rivum Morbach. Mais ne voit-on pas que les régions ou parties de régions qui dans ces textes sont appelées pagus^ si elles sont un peu sorties, sous la deuxième race, de la confusion absolue des temps mérovingiens, ne sont cependant plus pour la plupart ce qu'elles étaient à l'époque celtique et à l'époque romaine, et que, sous le même mot, se cachent des faits distincts dont il faudrait commencer par nous indiquer la différence? De plus, n'ayant pas une existence qui leur soit propre, car jamais, depuis les Germains jusqu'aux temps modernes, la France n'a été divisée officiellement en pagi, ces mentions ont laissé une prise infinie à l'arbitraire et ont été prodiguées avec la même profusion et le même sens vague qu'aujourd'hui le mot pays. Il y a là une apparence, séduisante sans doute, puisqu'elle a pu cap-
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tiver des esprits tels que ceux de Samson , de Valois , de M. Guérard, mais qui s'évanouit quand* on l'approche; elle eût disparu sous la main puissante des deux premiers, s'ils en eussent entrepris la description détaillée et méthodique ; et il y a lieu de penser que le troisième n'y croyait plus beaucoup à la fin de sa laborieuse carrière.
Il y a aux manuscrits de notre Bibliothèque impériale un ouvrage volumineux* dans lequel Lancelot, un des érudits du dernier siècle , a fait pour le pagus autant qu'il sera possible, à mon avis, de faire jamais. A mesure que ce savant lisait des textes, il recueillait des mentions semblables à celles que j'ai citées tout à l'heure : Res in pago Lugdunensi ^ in agro Ladiniacense ^ in villa Mi spiliaco; mais ces mentions, il ne prétendait ni les concilier ni les décrire; il a laissé quelque chose d'analogue, en grand, aux listes pubhées par d'Expilly et par M. Guérard. Jamais les savants qui ont tenu dans leurs mains son ouvrage n'ont songé à le publier, et ils n'en ont pas fait grand usage, à cause de son incohérence et de ses contradictions. Ces défauts ne procèdent pas de l'auteur, il sont la conséquence du sujet qu'il avait entrepris de traiter. La confusion qui nous y choque est uniquement le résultat de la condition indéterminée et vague du pagus dans tout le cours du moyen âge.
Ainsi je nie que le mot pagus ait désigné des divisions régulières du sol; qu'il ait représenté des circonscriptions administratives, et je crois qu'on doit rejeter la distinction enpagi majores et pagi minores^ parce qu'elle établit entre la cité et le pagvs^ faits distincts, une fà- 1. Pagi et pagelli, S. F., 839, sept portefeuilles.
cheuse confusion, et donne à l'esprit des idées fausses en faisant croire à une régularité qui n'existait pas.
Mais, puisqu'il y a tant de mots pour rendre l'idée de territoire dans ses sens généraux et indéterminés, pourquoi cette expression /)ag^M5 et d'où tire-t-elle son origine? Samson^, dom Martin^, M. Guérard^, M. Desnoyers^,
. l'ont indiquée; elle est gauloise, bien que le mot pagus soit latin; ce fait est généralement accepté aujourd'hui, et un savant professeur le constatait, il n'y a pas longtemps, en des termes que je reproduis parce qu'ils me semblent indiquer cette origine avec beaucoup de netteté^ : « La France, qui a vu si souvent se modifier les divisions politiques adoptées par les divers gouvernements, a conservé, au milieu de ces variations fréquentes, les vieilles circonscriptions gauloises des pays (pagi). — Pourquoi cela? C'est que les dénominations spéciales affectées à certaines contrées ou pays ont leur raison dans la constitution géologique du sol. Le bon sens des paysans a ici devancé la science; il a distingué par un nom particulier chaque étendue offrant le même aspect ou la même culture. Ces régions physiques forment un tout réel, que mutilent souvent les circonscriptions administratives. Les différences géologiques ont pour corollaires des changements dans l'aspect dupays, dans la végétation, dans sa culture, dans
- la forme même des habitations, dans leur disposition isolée ou par groupes, et c'est à ces différences qu'on a donné