‹ Géographie de Grégoire de Tours, le pagus et l'administration en Gaule;Chapitre 22 sur 36 · De patrocinio vicorum, Gode Théodosien, XI · texte numérisé non relu

De patrocinio vicorum, Gode Théodosien, XI

3. Vicinales autem viae de publicis quae divertuntur in agros aliter muniuntur per pages, id est, pcr magistros pagorum qui opéras a possessoribus ad eas tenendas exig«re soliti sunt... Siculiis Flaccus, édit. do M. Oiraud, p, 27.

56 GÉOGIIAPHIE

gaulois. D'autres causes encore ont pu contribuer à altérer les pag^t primitifs, par exemple, l'introduction d'étrangers en Gaule, les Saxones Bajocassiniy les Theifales ^ dont le nom se retrouve encore dans celui du pays de Thiffauge ^. Ainsi, dans les derniers temps de la domination impériale en Gaule , le mot pagus a trois sens bien distincts :

Le sens général de pays, de quelque étendue qu'il soit; ^ Le sens primitif de peuplade gauloise ;

Celui de district de l'administration romaine.

Et il n'est pas étonnant que dans la période de désordre qui suit rétablissement des Barbares, aucune distinction n'étant plus observée entre ces diverses significations , le mot pagus, à force d'être employé arbitrairement, ait perdu sa valeur et soit devenu un simple synonyme de territoire*

Entre toutes ses applications , la plus fautive alors est celle qui le rapporte au sol entier de la cité, car il avait été uiie fraction de la cité plus ou moins considérable, selon les temps , mais n'avait jamais désigné ni la civitas de César, ni la civitas du temps d'Honorius. Si à cette circonscription , qui s'appelle la cité , nous appliquons la dénomination de pagus major ^ à notre tour nous consacrons sans utilité l'application fautive que les Mérovingiens ont faite du vcioi pagus. Quant aux fractions d'étendues si diverses que l'on appelle pagi minores , c'est un tort de vouloir en faire la base des systèmes divisionnaires réguliers, et ce serait une grande présomption que de

1, Voir la 2« partie de ce Mémoire, Dictionnaire des noms de lieux, aux articles Saxones et Theifales.

DE GKÉGOIHE DE TOUKS. 57

prétendre les délimiter et les décrire, quand M. Guérard, s'étant proposé cette tâche, ne l'a pas accomplie. Soyons moins ambitieux, et bomons-^nous à désirer pour le moment qu'on nous délimite les civiiates, c'est-à-dire les anciens et premiers diocèses.

Je ne veux pas dire cependant que, lorsqu'on rencontre dans les monuments mérovingiens l'expression pagus , il faille la dédaigner et passer outre ; loin de là , et pour ma part j'ai inscrit sur ma carte de la géographie de Grégoire de Tours les pagi que j'ai trouvés dans cet auteur, parce que, au milieu de la profusion avec laquelle est employé ce mot, il a du souvent arriver qu'à la faveur des souvenirs traditionnels et de certaines conditions topographiques, il reparaissait avec son sens gaulois primitif. Pagus alors représentait l'ancienne peuplade celtique, et nous fournissait Tunique moyen que nous ayons aujourd'hui de retrouver les petits peuples qui nous manquent pour compléter ce chiffre de trois à quatre cents indiqué par Plutarque, Appien et Josèphe. Il s'agit seulement de bien discerner les cas où le mot pagus est véritablement un titre d'ancienneté. Pour cela, nous avons quelques secours, et le plus efficace nous vient de notre carte de France telle qu'elle est encore aujourd'hui.

Ce n'est pas seulement au milieu des huit cents territoires qui portent encore le nom de pays*, attestant par ce nombre même la profusion avec laquelle fut prodigué jadis le mot pagus ^ qu'il faut chercher les anciens pag'i gaulois : il est arrivé quelquefois , tandis que ce titre de pagus était attribué au moindre hameau, que le nom

I. Ou en trouve la liste dans uu article de M. Guérard, Provinces et pays fie France, qui a été publié dans Y Annuaire historique pour l'année 1837.

d'une vieille peuplade gauloise s'effaçait du sol. Mais en disparaissant il se localisait en certains endroits , laissant quelque obscur témoignage qui permît un jour de retrouver l'emplacement du peuple qu'il désignait. Il en a été ainsi pour les Curiosolites , le hameau de Corseult a précisé leur position longtemps discutée; Vercors a indiqué l'emplacement des Vertacomicori, et si nous avions jamais ignoré la place qu'occupèrent les Cabales ou les Viro-mandui, nous aurions pu la demander à Javouls et à Vermand. Quelquefois ce n'est pas une seule localité, mais tout un groupe, qui a conservé le nom plus ou moins altéré de l'ancienne tribu : en général, quand sur la carte nous trouvons à peu de distance plusieurs localités identiques ou rapprochées par la forme de leurs noms , alors même que leur territoire ne porte pas un nom de pays , soyons attentifs et interrogeons les textes; là il devait y avoir un pagus^ et si le sol qui le représente a de l'étendue, il est possible que ce n'ait pas été seulement un district gallo-romain, mais un vieux peuple celtique.

Aux environs de Tours, dans une étendue d'environ soixante kilomètres au sud de cette ville , je trouve cinq ou six localités du nom de Azay : Azay-le-Rideau , Azaysur-Cher, Azay-sur-Indre, Azay-le-Ferrou, Assay ; Grégoire de Tours mentionne un territorium Ausiense'^. N'est-ce pas l'emplacement d'un ancien pagiis? Un instant j'ai été tenté d'y chercher les Atesui mentionnés par Pline à côté des Turones^ et dont l'attribution est des plus incertaines 2.

i. M. A/., IV, 15.

2. Hist. nat,, W, 32. — Je n'insiste pas sur cette conjecture, parce que Pline, dans sa description, ne suit guère d'ordre topographique, et qu'il y a

Ailleurs Grégoire nous dit que Childebert, au pacte d'Andelot, échangea avec Gontran le tiers du Rossontense contre le tiers du Silvaneclense *. Rosson-le-Long , non loin de Soissons, Rosson-sur-le-Matz, petit affluent de rOise, Rethonde, au confluent de l'Aisne et de l'Oise, répartis sur une étendue de trente à quarante kilomètres, marquent peut-être l'emplacement d'une peuplade celtique, les Rossontenses^ voisins des Silvanectes et clients, soit des Suessiones, soit des puissants Bellovakes^.

A ce système , qui tendrait à rechercher de préférence iespagi gaulois là où sont groupées des localités dont les noms ont un radical commun, je trouve une confirmation dans un remarquable travail publié par M. Deloche pour démontrer la coexistence de deux peuples Lemovices au temps de César ^. M. Deloche, trouvant pour la vie de saint Waast^ la mention d'une peuplade du nom de Leuciy dont l'origine paraît remonter aux temps celtiques, a réussi à en indiquer très-nettement la position. Or, il se trouve que ce peuple a laissé sa trace dans plusieurs noms.de lieux , parmi lesquels sont Grand-Luc et Chalus (Castrum Luci)^ et dans le nom du petit pays de Ligoure {pagus Leucorum ).

J'ai terminé ce que j'avais à dire du pagus ^ et, pour conclure, je répète que ce mot a désigné sous les Gaulois

bien de la dissemblance entre les radicaux Aies et Ans. — D'Anville et Walckeoaêr pensent que les Atesui de Pline sont les Essui meoliiHinés par César au 1. V, c. 24; et les Essui seraient les mêmes que les Sesuvii de César et les Saii de la Notice des provinces représentés aujourd'hui par le diocèse de Seez. D'Anv., Notice, p. 565. — Walek., Géogr. des Gaules, 1. 1, p. 393.

Page 1