‹ Géographie de Grégoire de Tours, le pagus et l'administration en Gaule;Chapitre 24 sur 36 · H. E., Vin · texte numérisé non relu

H. E., Vin

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Mais les ducs n'étcaient pas seulement des chefs d'exl)édit.ions militaires; en outre les rois les laissaient k demeure dans des pays frontières ou les préposaient dans rintérieur même de leurs États à la direction d'un nombre plus ou moins considérable de cités * , avec une autorité mÊçéàsure à celle des comtes. Ainsi le comte de Tours , Leudaste, ayant encouru la disgrâce de Chilpéric, s'enfuit dans le Berry , pille et maltraite les habitants de cette cité, puis rentre en Touraine. A ce moment le duc Berulfe intervient ; Leudaste s'enfuit dans le Poitou et va demander asile à la basilique de Saint- Hilaire; le duc confisque ses trésors et les envoie au roi 2.

Les ducs étaient amovibles; plusieurs d'entre eux perdirent leur charge et furent remplacés à la suite des soulèvements et des coalitions qui signalèrent en Austrasie l'année 587 ^. La même année, les comtes de Tours et de Poitiers avaient obtenu de Childebert qu'il remplaçât leur duc Ennodius ^. .

Certaines influences n'étaient pas étrangères à la nomination de ces fonctionnaires; Grégoire de Tours nous apprend que le comte de Clermont , Nicetius , ayant été dépossédé de sa charge de comte au profit d'un nommé Eulalius, obtint, à force de présents, le titre de duc, et fut préposé comme tel aux cités de Clermont, de Rodez et d'Uzès ^. Comme la cupidité n'avait pas moinç de part

1. Childericus Saxo adeptus est ordinationem diicatus in civitatibus ultra Garonam, H, E., VIII, 18.

8. NonnuUi a primatu ducatus remoti sunt in quoruni ordinem alii successerunt. H. E., IX, 12, U.,H. E., IX, 7.

5. Nicetius per emissionem^Eulalii a comitatu arverno amotus ducatum a

DE GRÉGOIRE DE TOURS. Ci'S

que l'ambition dans la brigue de ces emplois, le duc se payait sur ses administrés des sacrifices que lui avait coûtés son investiture, et quelquefois ils faisait peser sur eux une oppression qui le rendait intolérable. C'est ce qui arriva au duc de Champagne Wintrio; il fut obligé de s'enfuir pour éviter les effets de la colère publique. A la longue, toutefois, le ressentiment populaire se calma et Wintrio put reprendre possession de son duché ^.

Un autre fut moins heureux; celui-ci, le duc Amale, s'était épris de désirs pour une jeune fille libre , et , un »oir qu'il était ivre, il l'envoya chercher par ses gens. Comme elle résistait, ces hommes l'accablèrent de tant de soufflets que le sang coula à flots de ses narines et inonda le lit du Frank. Lui, à son tour, la reçut avec des coups de poing, des soufflets, et la prit dans ses bras. Mais, à ce moment, accablé sans doute par l'ivresse et la fatigue de la lutte, il s'endormit. Alors la jeune fille allonge le bras, se saisit de l'épée de son ravisseur et, semblable, dit Grégoire de Tours, à une autre Judith, elle l'en frappe à la tête. Il pousse un cri, ses serviteurs accourent et veulent massacrer la jeune fille. Mais le duc Amale était revenu à de meilleurs sentiments : « N'en faites rien, dit-il, j'ai péché en voulant lui ravir'sa chasteté; laissez vivre celle qui n'a agi de la sorte que pour garder sa pudeur. » Et il expire. La jeune fille profite du premier moment de confusion pour s'enfuir; elle arrive de nuit à Châlon, va demander

rege expetiit, dalis prô eo immensis muneribns, et sic in urbe Arverna, Ruttena et Dcetia dux ordinatus est. H, E., VUl, 18.

1. Wintrio dux3Lpagensibus suis depulsus ducatu caruit, finissetque vitam, nisi fuga auxilium praBbuisset. H. E., VUI, 18. — Remarquons ici le mot pagenses, c'est-à-dire habitants d'un pagus rapproché de dux; pagus, en ce cas, ne saurait représenter ni une cité ni une fraction de cité, mais un territoire qui en embrassait plusieurs.

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asile à la basilique de Saint-Marcel, puis elle se prosterne aux pieds du roi et lui raconte ce qui s'est passé. Nonseulement celui-ci (c'était Gontran) lui donne la vie, mais encore il la place , par un ordre écrit , sous sa protection, pour qu'elle n'ait pas à craindre d'être inquiétée par les parents de la victime. « Nous avons su, ajoute le chroniqueur en terminant ce récit , que , grâce à la protection divine, la chasteté de la jeune fille n'a subi aucun dommage de la part de son cruel ravisseur*.

De ce que nous avons vu il ressort que le duc était un chef militaire, un gardien des frontières comme dans le bas empire, et comme le fut plus tard le marchio; un haut surveillant, l'administrateur de plusieurs cités, et qu'il se trouvait placé à ce titre au-dessus du comte; le titre de duc lui restait lorsqu'il avait quitté sa charge et alors même qu'il en prenait une moindre; c'est ainsi que nous voyons le duc Bodegisilus, un de ceux auxquels le poëte Fortunat adresse des vers élogieux , devenir recteur ou autrement comte de la province 2. Parmi les circonstances remarquables dans lesquelles on voit figurer un duc, je citerai encore le synode de Metz (590) , où Childebert reproche à Gilles, évêque de Reims, d'avoir été son ennemi et de s'être lié avec Chilpéric ; c'est un duc qui soutient l'accusation royale*.

Le duc était donc un des principaux officiers des rois mérovingiens; souvent il avait l'administration d'un territoire étendu ; mais on se ferait une fausse idée de l'esprit de ces temps, si l'on s'imaginait que la Gaule a été par-

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