‹ Géographie de Grégoire de Tours, le pagus et l'administration en Gaule;Chapitre 35 sur 36 · NOMS DE LIEUX ETRANGERS A LA GAULI · texte numérisé non relu

NOMS DE LIEUX ETRANGERS A LA GAULI

On trouve dans les différents ouvrages de Grégoire de Tours quelques mentions géographiques étrangères à la Gaule; je n'ai pas cru devoir les rejeter, parce qu'elles offrent parfois des faits intéressants. D'autre part je n'ai ajouté ni dans le dictionnaire qui précède, comme on a pu le voir, ni sur ma carte, aucun des noms que le chroniqueur n'a pas eu occasion de mentionner, et dont l'existence, au temps où il vivait, est certaine, comme Arras, Évreux, Beauvais, Toul, Worms, Lodève, etc., afin de rester exactement dans le cadrç que je m'étais tracé.

Adriaticum mare. L'Adriatique était ^ dit Grégoire (G. M., ï), tellement orageuse qu'on l'appelait vorago navigantium; mais sainte Hélène eut pitié des marins ; elle y jeta un clou de la vraie croix et la rendit ainsi calme et sûre.

iEGYPTUS. Deux passages de Grégoire {H. E.^ y, 5 ; vi> 6) indiquent qu'il se faisait un commerce assez actif entre l'Egypte et la Gaule. Voyez au mot Nilus un passage très-curieux de notre auteur^ relatif au canal de Suez.

Ala.manni> Alemannia; Vandalos secuti Suevi id est

Alamanni Galliciam apprehendunt. {H. E.y ii^ â.) De

même^ dans V Anonyme de Ravenne, les noms Suevia et

Alamannia sont synonymes.

AMP3UARII. C'était une des tribus frankes habitant sur

la droite du Rhin avant l'invasion des Gaules par les

barbares.

, ;r^ . ( ff(^ maximœ civitates a Persis captœ

k^TOQ^mk mgyptiA , . , ,

, o . \ *^^^ ^^ pomilus captivus abductus

^ f (iv^39).

Antakieh et Famieh; Antioche sur l'Oronte^ bâtie par Antigone et agrandie par Seleucus Nicator. J'ignore pourquoi Grégoire la place en Egypte. Apamée, également sur rOronte, doit sa fondation à Seleucus Nicator.

Aquileia^ Aquilée en Illyrie. Grégoire en mentionne la destruction par Attila.

Babylona PersicBy Babylone.

Babylona ^yypti^ le Vieux Caire.

BiLiTio Castruniy situm in campis Caninis. Bellinzona dans le canton tessip (Suisse). VAnmyme de Ravenne mentionne cette ville sous la forme Bellitiona (édit. de Porcheron^ p. 202). Cdmpi Canini est le nom qu'Ammien Marcellin donne à un territoire voisin de la Rhétie et de l'Allamanie. (L. xv, c. 4.)

BoNONiA urbs ItalicBy Bologne.

Brictert. Nom d'une des peuplades frankes qui habitaient sur la rive droite du Rhin avant l'invasion.

Briona urbs Italiœ. Il est assez difficile de savoir quelle ville désigne ce nom cité dans la G. M.^ 42. Paul Diacre la mentionne dans son Hist. des Lombards, 1. iv, c. 4. Ortelius pensait que ce devait être Brios, au pied des Alpes j où Charles le Chauve est mort; mais la ville

bK OllÉGOlRE DE TOURS. ikl

dont il s^agit ici^ pour avoir été témoin d'un miracle de saint Laurent, paraît être au delà^ non en deçà des Alpes. Le fait n'a d'ailleurs pas^ comme on le voit^ grande importance historique.

BucoNiA stlva, forêt de Buchaw. C'était une portion de. la forêt Hercynie sur la rive droite du Rhin.

CiESARAUGUSTà, Saragosse.

Cesarea Philippi^ qiiœ nunc Phaniada urbs vocatur. {G. 3t. ^ 47.) C'était une ville épiscopale dépendante de Tyr, au confluent des deux cours d'eau qui forment le Jourdain. Aujourd'hui détruite.

Calagurris urbs Hispaniœ; Calahorre, (province de Logrono.)

CANTARRiiE vegio. Partie septentrionale de l'Espagne.

Cantia ; extrémité sud-est de l'Angleterre. Une fille de Charibert et d'Ingoberge^ épouse le roi de Cant, et contribue plus que tous les moines missionnaires à la conversion de ses sujets, (iv, 26; ix, 26).

Carpitana provincia, province de Tolède. Grégoire raconte que, durant cinq années^ les sauterelles ravagèrent la Carpitanate, au point de n'y laisser ni arbres, ni vignes, ni herbe. {H. E., vi, 33 et A4.)

Carthago magna, Carthage.

Carthago Spartariay Carthagène (province de Murcie) .

Chamavi. / Tribus frankes établies sur la rive droite du

Chatti. j Rhin avant l'invasion.

Cmo insula. Scia. Il s'y trouve un puits dans lequel fut précipité saint Isidore^ et qui depuis a le don des miracles. — On recueille dans cette île une graine fameuse^ granum masticis ah arhorihus colligitur, qui ne se trouve nulle part ailleurs. {G. M., 102.)

l/i& GÉOGRAPHIE

Chuni, les Huns.

Clysma civitas. Cette ville inscrite sur la table de Peutinger, mentionnée par Ptolémée, Lucien et d'autres anciens auteurs , est probablement représentée aujourd'hui par Colsum, près de Sucz^ à l'extrémité du golfe. C'est en ce lieu que la tradition juive et chrétienne plaçait le passage de la mer Rouge par les Juifs et la miraculeuse catastrophe qui avait détruit l'armée du Pharaon leur persécuteur. Nombre de pèlerins allaient, au temps de Grégoire, en visiter le théâtre, et distinguaient encore, dit le pieux chroniqueur, les sillons tracés par les roues des chars. {H. E.^ i, 10.) Voyez Nilus.

CoNSTANTiNOPOLiTANA uvhs^ ^civitoSy Coustantinople . Sighebert y envoya des ambassadeurs à l'avènement de Justin, successeur de Justinien.

CoRESius lacus in Mediolanensi territorio ex quo parvus quidam fluvius^ sed profundus egreditur. (x, 3.) Est-ce le lac de Côme d'où sort l'Adda?

Dani cumrege suo, evectunavali, per mare Gallias appetunty egressique ad terras^ pagum unum de regno Theuderiei dévastant. An. circit. 515. {H. E.^ m, 3.) Ceci est une des premières mentions des incursions normandes en Gaule.

Edissa, Syriœ civitas. {G. M.^ 32.) C'est Edesse de Mésopotamie.

Ephesus, Ephèse.

Emerita civitas Hispaniœ, Mérida (Estramadure).

EuFRATES fluviuSy VEuphratc.

Galathea. Ferunt in civitate Galatheœ tunicam Christi retineri. Il s'agit ici de la Galatie, cette contrée de l'Asie- Mineure qui conservait encore le nom de ses conquérants gaulois.

lii^

Galligia, la Gallice d'Espagne que les Suèves avaient conquise.

Gerunda , urbs Hispaniœ, Gironne ( Catalogne orientale) .

HiERiGHO civitaSy Jéricho.

HiEROSOLiMis. Dans la Gloire des Martyrs, c. 11, on trouve la forme Hierusalem.

India : Bartholomœus apostolus apud Indiam passus. {G. M. 33).

Italia : Minore Italia capta atque in ditionem redacta, majorent petiit Theudehertus (m, 32). Italia minor est ici la haute Italie (Cisalpine).

JoRDANis fluvius, le Jourdain.

Langobardi, les Lombards. Grégoire raconte leurs tentatives d'invasion en Gaule, et la victoire de Mummolus, au c. 45 du 1. iv.

Latium Vltalie. Givaldus fils de Sigivaldus menacé de mort par Théodoric, et averti par le jeune Théodebert du danger qu'il courait, s'enfuit à Arles; mais ne s'y trouv3.nt pas encore en sûreté, petiit Latium (tu, 23) . Cette expression doit être attribuée aux souvenirs classiques de notre auteur , et mise avec les Aquitaines , les Belgiques, et les Germanies au nombre des termes géographiques hors d'usage au vi' siècle.

Levida aveYas. Dans l'anonyme de Ravenne (p. 71), on lit Leviada. Cette ville, à laquelle Hérode donna le nom de Livie femme d'Auguste , est sur le Jourdain ; à douze milles de Jéricho, selon Grégoire de Tours.

LiPARis insula. Grégoire raconte que Barthélémy , apôtre de l'Inde, martyrisé, puis jeté à la mer dans un cercueil de plomb, fut porté par les flots jusqu'à l'île

Lipari, où, recueilli par la piété des fidèles, il accomplissait nombre de miracles. {G. M. 33).

LusiTANiA provincia, Portugal,

Mare mortuum aut Asphalti. Sans savoir nager, on est soutenu sur ses eaux, et le corps s'y couvre de soufre. (G. ^.26).

Mediolanensis urbs ItaHœ^ Milan.

NiLUS. Au commencement de son Histoire ecclésiastique ^ (1. I, c. 10), Grégoire, à propos du passage de la mer Rouge par les Israélites, entre dans quelques détails qui, en certains points, ne manquent pas de précision, sur Tétendue du golfe Arabique, le cours du Nil et la ville de Clysma, près de laquelle périt le P'haraon. Voici comment il s'exprime : De hac civitate {Bahylonia), rex ad persequendum HebrœoSy cum exercitibus curruum^ ac multa pedestri manu directus est. Ante dictus vero fluvius [Nilus) ah oriente veniens^ad occidentalemplagam versus Ruhrum mare vadit: ah occidente vero, stagnum sive hrachium de mari Ruhro progreditur, et vadit contra orientent^ liahens in longo millia circiter quinquaginta ; in lato autem decem et octo. In hujus stagni capite Clysma civitas œdificata est y non propter fertilitatem lociy cum nihil sit plus stérile , sed propter portum^quia naves ah Indiis venientes, ibidem, oh portus opportunitatem, quiescunt : ihi comparâtes merces per totam jEgyptum deportantur. Ainsi Clysma était Kentrepôt du commerce entre l'Egypte et l'Inde, et il y avait un bras du Nil qui communiquait avec la mer Rouge. Donc le canal creusé autrefois par les Ptolémées, et dont Adrien avait entrepris la restauration, avait été réparé au point d'être encore en activité à une époque contemporaine de Grégoire de Tours ; voilà la conséquence que

M. Letronne a cru pouvoir tirer de ce passage rapproché de deux autres textes *, dans un .ouvrage de sa jeunesse, qui me semble être un modèle accompli de l'érudition la plus profonde et la plus ingénieuse. Plus tard, dans une note communiquée à MM. Guadet et Taranne pour leur édition de V Histoire Ecclésiastique (t. I, p. 466), l'illustre académicien abandonne son premier sentiment, en se reprochant d'avoir passé à la légère sur une difficulté insurmontable. Cette difficulté c'est que le Nil, selon Grégoire, coule de l'est à l'ouest, et que le golfç qui termine la mer Rouge s'étend de l'ouest à l'est, cç qui, dans les deux cas , est absolument le contraire de la vérité ; M. Letronne déclare ce passage inexplicable, à moins qu'on n'admette que le chroniqueur ait écrit d'abord orient pour occident et réciproquement ensuite occident pour orient. Cependant je crois que dans ce débat de Letronne avec lui-même, le jeune érudit a eu raison contre l'illustre savant. — Après avoir lu dans Dicuil le récit minutieux du voyagevde Fidelis et les détails précis qui s'y trouvent, je ne puis admettre qu'il y ait là une pure fiction. Quand les moines du moyen âge s'avisaient d'inventer, ils n'étaient ni si exacts, ni si vraisemblables que le narrateur du voyage à travers les bouches du Nil ; le cosmographe de Ravenne avec ses inepties et ses monstruosités, nous a donné la mesure de leurs inventions. Je pense donc que le témoignage de Grégoire de Tours, relatif à une communication du fleuve avec la mer Rouge, et qui, isolé, serait sans valeur, tire une grande

1. Voyage maritime du pèlerin Fidelis, de rembouchure du Nil à Clysma; dans le texte de Dicuil c. ti^ 3^ p. 24. Lucien cité par M. Letronne, p. 12 des Prolégomènes. — Recherches Géogr. et critiq. sur le livre de Mensura orbis,

force de son rapprochement avec le texte de Diçuil. D'abord, rien d'invraisemblable dans une interversion des deux termes orient et occident. Mais sans recourir à ce genre d'explication, toujours défectueux en critique, peutêtre le texte de notre auteur, tel qu'il est, trouve-t-il son explication dans l'étude des localités. — Qu'on prenne une carte d'Egypte à grande échelle : on verra que, si la corne gauche de la mer Rouge se dirige de l'est à l'ouest, cependant son extrémité, près de l'emplacement même des ruines de Clysma (si cette ville est aujourd'hui Colsum) , fait un léger retour vers l'orient ; d'autre part l'ancien canal, dont des vestiges sont encore trèsapparents, se dirige, au sortir des Lacs Amers, vers la mer Rouge, en dessinant un léger arc de cercle qui l'incline un peu de l'est à l'ouest. Maintenant supprimez le vaste horizon que donne la carte; et, au lieu d'un cartographe devant la mémoire duquel se dessinent dans leur ensemble le cours du Nil et l'inclinaison de la mer Rouge, placez près de Colsum un pauvre pèlerin : dans le court espace qu'embrassent ses regards, il verra le rivage s'inclînant de l'ouest à l'est, une extrémité du bras du Nil se dirigeant en sens contraire ; et, comme il n'est pas venu dans un autre but que celui de voir, avec les yeux delà foi, l'empreinte que les chars de Pharaon ont laissée sur le sable, qu'y a-t-il d'étonnant à ce que, sans plus ample information, il assigne à la mer et au Nil tout entiers, la direction de la partie qu'il en a entrevue^ jugeant de l'ensemble par un détail?

.NoLA, Nôle; royaume de Naples.

OssER Castrum in Hispania; antérieurement /w/m Constantin^ Osser en face de Se ville.

Onestrudis fluvius : Thoringi tergavertunt. ..et ad Onestrudemfluviumusqaeperveniunt, 528 (m, 7). Wnstrut^ affluent de la Saale saxonne (Saxe prussienne).

Pannonia Pannonie , patrie de saint Martin ; voir 5abaria.

Patras civitas in provincia Achaia^ Patras (Morée).

Phaniada urhs; dans V Anonyme de Ravenne, Cœsarea PhaniaSj ancienne ville épiscopale, placée sous la dépendance du métropolitain de Tyr. Aujourd'hui détruite.

Placentia, Plaisance f en Italie. Avitus, dépossédé de l'empire, y est ordonné évêque.

RavexNna urbs^ Ravenne.

RoMA, Romana urbs^ Rome.

Sabaria : Martinus apud Sabariam Pannoniœ civitatem nascitur (i, 31). — Dans V Anonyme de Ravenne^ Savaria (p. 175). Ville de Hongrie qui porte les noms de Szombethely et de Stein-Am-Anger.

Sagunthus. C'est la ville jadis détruite par Annibal en Espagne.

Sennaar 5 homines egressi ab oriente ^ Sennaar gramineum reperiunt campum^ ubi œdificant Babel; ce nom que la tradition juive donnait à la plaine oii s'éleva Babel (i, 6) , n'a probablement pas un rapport purement fortuit avec le Sennaar africain, et il contribue, sans doute, à témoigner du mélange sémitique des peuplades riveraines du Haut-Nil.

SisciA, Sisciensis ecclesia. Dans Y Anonyme de Ravenne^ p. 178, SiccCj Sisseck en Hongrie. '

SuAVi, Suevi, s'emparent de la Gallicie en Espagne.

TioÎNENSES murij Pavie. Dans V Anonyme de Ravenne nous trouvons (p. 201), Papia quœ et Ticinus.

15à GÉOGRAPHIE DE GRÉGOIIIE DE TOURS.

ToLETUM urbs^ Tolède.

Traducta : Prosequentibus Alamannis xisque Traductam^ transito mari, Wandali per totam Africam ac Mauritaniam sunt dispersi. Dans TAnonyme de Ravenne, on lit Transducta et Traducta (p. 236 et 257) ; ce lieu s'y trouve au milieu d'une énumération de villes espagnoles. Pline, cependant (1. v, c. 1), dans sa description de l'Afrique, écrit : Oppida fuere Lissa et Cotta ultra columnas Herculis : nunc est Tingi quondam ab Anteo conditum; postea à Claudio Cœsare, cum coloniam faceret^appellatum Traducta Julia. La Traducta de Pline, comme on le voit par ce texte, n'est autre que Tanger. Quant à celle de Grégoire et de l'Anonyme, je l'ai inutilement cherchée sur le littoral espagnol. On peut seulement conjecturer, en suivant rénumération de l'Anonyme qui va de Carthagène à Tarifa, qu'elle n'était pas éloignée de Gibraltar.

Vercell^e, Ferce/ten5W urbs, Verceil (États sardes.)

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