CHAPITRE PREMIER
DES PROVINCES DE l' AFRIQUE ROMAINE.
Il y eut, à diverses époques, des remaniements dans les provinces d'Afrique oti Rome envoyait ses magistrats ; car non seulement les limites, mais encore le nombre des provinces fut plusieurs fois modifié. On avait fini par croire que le bien de l'État demandait qu'on divisât en deux ou trois provinces ce qui était précédemment admiriistré par un seul. C'est pourquoi il est nécessaire, pour étudier les provinces d'Afrique, de les envisager à différentes époques.
LES PROVINCES d'aFRIQUE DEPUIS LES EMPEREURS FLAVIENS jusqu'à DIOCLÉTIEN.
I. — On croit qu'il y eut, en Afrique, depuis le règne de l'empereur Claude jusqu'à Dioclétien, quatre provinces, savoir : la Proconsulaire ou Zeugitane, la Numidie, la Maurétanie Césarienne et la Maurétanie Tingitane. On croit aussi que c'est en l'an 25 qu'Auguste réunit la Numidie à
la Proconsulaire ; il Tenleva à Juba II, lui donnant en compensation la Maurétanie, depuis FAmpsaga jusqu'à rOcéan. Ce dernier pays fut annexé en Tan 39, sous Caligula, après l'assassinat de Ptolémée et Ton en forma deux provinces : les Maurétanies Césarienne et Tingitane. C'est de cet événement que date l'ère maurétanienne dont la mention est si fréquente sur les monuments chrétiens de ces régions. L'an 1 de l'ère maurétanienne correspond à l'an 40 de notre ère.
Les nouvelles provinces furent administrées par des procurateurs y dits procurateurs d'Auguste y pour les distinguer des autres procurateurs. Ils furent aussi nommés préfets et présidents. Cette dernière qualification l'emporta au temps de Dioclétien. Il y eut, au commencement, pendant la période de conquête, des légats d'Auguste y mais cette période fut courte. La durée des fonctions de procurateur n'avait rien de déterminé, ces fonctions étaient civiles et militaires. Dans une inscription de 227 (^), Hiéroclès est appelé président y cumjure gladii, avec droit de souveraine justice ; mais Ulpien, qui vivait au temps d'Alexandre Sévère, dit que tous les gouverneurs de provinces avaient le jus ^ladiij et le pouvoir de condamner aux mines. Le procurateur de Maurétanie avait le commandement des auxiliaires qui étaient nombreux et qui défendaient sa province, car la troisième légion, cantonnée à Lambèse, n'avait rien à faire en Maurétanie.
A certaines heures, on voit les deux Maurétanies confiées au même procurateur ou au même légat de l'em-
(1) OorpitSf 11° 9367.
A moins d'indication contraire, il s'agit du tome VIII du Corpus qui est relatif à l'Afrique.
pereur pour cette province. On trouve quelquefois alors un sous-procurateur de la Tingitane^^^ Mais au IP et au m® siècles, il y eut presque constamment deux Maure tanies. D'ailleurs Tune et l'autre avaient ime étendue considérable, plus que suffisante pour former une province, puisque la Tingitane forme encore aujourd'hui l'empire du Maroc et que la Césarienne embrasse les départements d'Oran, d'Alger et une partie de celui de Constantine.
n. — Quant à la Numidie de Massinissa, elle fut soumise au peuple romain par Caïus Jules César, ainsi qu'Appien et d'autres le disent expressément. Réunie d'abord à la Proconsulaire et gouvernée par Crispus Salluste que César laissa en Afrique avec de pleins pouvoirs, comme Hirtius l'écrit à la fin de son livre, elle fut séparée quand Caligula mit un légat à la tête de la légion. Toute la partie de la Numidie qui s'étend depuis Hippone royale jusqu'à Théveste resta sous l'autorité du proconsul, ainsi que le montrent les monuments épigraphiques. Un légat du proconsul, qu'il ne faut pas confondre avec le légat de l'empereur, qui administrait l'autre partie de la Numidie et commandait la légion, résidait à Hippone et administrait la Numidie proconsulaire, autrement l'Afrique nouvelle. La division des deux provinces se fit en l'an 39 selon l'historien Dion^^). Les légats de l'empereur étaient en même temps présidents de la Numidie. Quand la légion fut licenciée, de Tan 240 à l'an 253, la Numidie a pu être gouvernée par des procurateurs, comme les Maurétanies, mais nous ne connaissons aucun de ces magistrats. Nous
(1) Corpus, n» 6065.
(2) Lib. LIX, cap. viil.
v()V()n«, du reste, en 259, les saints Marien et Jacques (M>n(luits de Cirta à Lambèse pour être jugés par le président, c'est-à-dire par le légat de l'empereur, commandant la légion. On a voulu voir dans Capellien qui souleva la troisième légion contre les Gordiens, un légat de Numidie et un commandant de la légion, cependant rien n'est moins certain; ce qui ressort des textes des historiens, c'est que Capellien était de rang sénatorial et qu'il avait les Maures sous ses ordres ^^^
III. — La province proconsulaire, constituée dès le temps de la destruction de Carthage, fut toujours la première en importance. Réservée au Sénat, même sous les empereurs, elle fut toujours administrée par les consulaires les plus illustres. Il n'est pas douteux que le proconsul n'y ait joui d'une très grande autorité, quoique son pouvoir n'ait pas toujours été le même.
« En Afrique, dit Tacite (2), la légion et les auxiliaires pour la défense des frontières de t Empire sous les empereur^s Auguste et Tibère, dépendaient du proconsul. Mais Caïus César, toujours inquiet et redoutant Marcus Silvanus qui avait obtenu le proconsulat d'Afrique, lui enleva la légion pour la confier à un légat envoyé à cet effet. On fit entre les deux un partage égal de privilèges, et, en confondant leurs attributions réciproques, on provoqua une discorde qui ne fit qu'augmenter. Dans cette détestable rivalité, le pouvoir des légats grandit, soit parce qu'ils étaient plus longtemps en charge, soit parce que les petits ont pli^ de zèle et d'aml)ition, tandis que les proconsuls, avec
(1) Hérodien, lib. VII, cap. ix. — Capitol, m Gord.^ XV, i.
(2) HùU, lib. IV, cap. XLViii.
leur splendeur, pensaient plus à leur sécurité qu'à leur autorité,
Spartien semble confirmerai) que les légats des empereurs, même après Tépoque de Tacite, furent envoyés en Afrique avec les mêmes pouvoirs. Il nous apprend, en effet, que Septime Sévère, qui fut plus tard empereur, occupa cette charge de légat ; il lui accorde les faisceaux et l'appelle légat du peuple romain, ce qui montre qu'il ne dépendait pas du proconsul. Du reste, à cette époque, le proconsul administrait toute la portion de l'Afrique qui s'étendait jusqu'à la province de Cyrène. On ne parlait encore ni de la province Byzacène ni de la Tripolitaine et l'on voit jusqu'aujourd'hui, à Tripoli, l'ancienne Oea, un magnifique arc de triomphe en marbre, dédié aux empereurs Marc Aurèle et Lucius Verus (2) par le proconsul Cornélius Orfitus et son légat Uttedius Marcellus. Nous savons aussi que Gordien, proconsul d'Afrique, se trouvait à Thysdrus (El-Djemm), ville comprise plus tard dans la Byzacène (^) et qu'il y exerçait ses fonctions, le jour où il fut proclamé empereur par les Africains. D'ailleurs, aucun auteur ancien ne paraît avoir connu ces provinces jusqu'à Dioclétien, aucun ne parle de leurs gouverneurs ; mais à partir de cette époque, on en compte plusieurs.
(1) In Sept, Sev.y cap. 11.
(2) Corpus, n. 24.
(3) Capitol, in Qord., cap. vil.
LES PROVINCES d'aFRIQUE DEPUIS DIOCLETIEN jusqu'à VALENTINIEN III.
I. — Personne n'a jusqu'ici déterminé l'année où le nombre des provinces d'Afrique fut augmenté. Il est presque certain que le partage eut lieu sous Dioclétien. Lactance l'a fait assez clairement entendre lorsque après avoir énuméré tous les crimes et les artifices de ce prince, il a ajouté ^^) : « Pour tout remplir de terreur, il morcela les provinces; une foule de présidents, de fonctionnaires s'abattirent sur chaque région et presque sur chaque ville, ainsi qu'une multitude de percepteurs, de magistrats et^de vice-préfets.
Une inscription ancienne nous apprend que la Maurétanie sitifienne n'était pas constituée en province dès l'an 288 ^^^ . Il est probable que la séparation existait alors
(1) De morte persee., cap. vu, n. 4.
(2) C'est une dédicace de Sétif , ainsi oonçne :
D N IMP CAE8