‹ G�eographie de l'Afrique chr�etienne (volume 3)Chapitre 2 sur 198 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Mon but est de mettre au jour la suite ininterrompue des gloires et des épreuves de TÉglise d'Afrique durant les sept premiers siècles de Tère chrétienne. Je me suis appliqué à faire cette histoire avec exactitude et avec clarté. Les autres qualités, dues, en grande partie, au talent de Fauteur, sont à peu près étrangères aux faits eux-mêmes, et rehaussent Técrivain plutôt que son récit. Or, je me suis proposé d'écrire, non pour me faire valoir moi-même, mais pour faire estimer l'Église africaine.

I. — Et d'abord, pénétré de respect pour la vérité, je me suis imposé le double devoir d'étudier à fond tous les auteurs contemporains des faits dont je parle et de profiter des recherches modernes <^>, sans rejeter pour cela l'autorité des anciens. Si je n'ai pas toujours eu pour ce travail grande abondance de matériaux, j'ai pu néanmoins parfois puiser à des sources précieuses. Qu'y a-t-il de plus beau, en effet, que ces Actes proconsulaires^^^ oii les réponses des martyrs étaient écrites sous leurs yeux?

(1) lies monuments archéologiques, retrouyés depuis roccupation française, ont jeté on jour nouveau sur lliistoire de l'Église d'Afrique.

(2) Plui^eurs Actei des martyrs à^ Afrique ont été encore récemment déoouyerts.

Plût à Dieu que tous nous fussent parvenus ! Car l'Afrique a compté une foule de martyrs; leur nombre égale presque celui des martyrs de Tltalie ; on ne pourrait rien écrire, rien lire de plus beau, de plus utile. Quelles lumières ont été aussi, pour leurs temps, les Tertullien, les Cyprien, les Optât, les Évode, les Augustin, les Possidius, les Fulgence! Or, nous possédons la plupart de leurs ouvrages et de leurs lettres qui nous donnent la connaissance des événements et des mœurs de leur époque. Les textes des lois ne nous ont pas été moins utiles, surtout ceux des empereurs chrétiens, don précieux de Théodose le Jeune, qui a rendu par là un si grand service àThistoire, puisque l'histoire doit s'appuyer de préférence sur les documents officiels. Les nombreux conciles, tenus d'âge en âge, nous ont également servi. C'est là que brille la vraie doctrine de l'Église, au milieu des controverses qui s'élèvent, des coutumes qui s'établissent, des hérésies qui se montrent pom: recevoir de l'autorité légitime, leur condamnation et leur coup de mort. Voilà ce qui a le plus contribué à l'exactitude de cette histoire. Qui oserait, en effet, contester de pareils témoignages? Qui pourraitrenier et rejeter des documents contemporains des faits euxmêmes?

Pour éclairer les temps plus obscurs ou moins connus, j'ai eu les lettres du souverain Pontife et les Annales d'écrivains soigneux, tels que le comte Marcellin et Victor de Tonnone ou Tunnune, ayant à leur tète Victor de Vite, historien fidèle et en même temps témoin et victime de la persécution vandale. Après lui, Procope et saint Gîrégoire le Grand ont fourni leur bonne part, comme aussi plus tard les écrivains grecs de l'histoire byzantine et tous les anciens auteurs dont Sirmond et d'autres ont édité les œuvres.

Grâce à ces secours, j'ai pu donner une suite continue à une histoire qui paraissait avoir tant de lacunes , et c'est à peine s'il est resté quelques vides dans la série des événements.

Quant à l'énumération des nombreuses Églises africaines, décrites dans la première partie de cet ouvrage, j'ai eu recours aux sources profanes, aux géographes, aux poètes, aux historiens, aux recueils d'inscriptions, car les. monuments de cette espèce abondent en Afrique. En cette partie du travail, rien ne m'a plus servi que les souscriptions des conciles et la Notice d'Afrique^ publiée par Sirmond et où se trouve une longue liste des évéques qui ont gouverné les Églises africaines^^^. Poutnepointhasarder d'opinion fausse ou non fondée, j'ai indiqué toutes les sources ovi j'ai puisé et il sera facile à chacun de les contrôler par lui-même.

II. — Afin d'éviter, dans la mesure du possible, toute inexactitude, même involontaire, j'ai consulté scrupuleusement ce que l'on avait déjà publié sur la matière, les écrits de Ruinart, de Dupin, de Schelestrate, de Pagi, de Noris, de Tillemont, sans omettre les auteurs de moindre importance, ni même les hétérodoxes. J'aurais tiré grand profit d'une Histoire d'Afrique que Montf aucon mentionne deux fois<^> et des notes du savant Lequien, mais je n'ai pu les trouver^*).

ni. — En ce qui concerne la clarté, la disposition et la division de l'ouvrage, j'ai eu en vue la commodité et l'uti-

(1) Le manuscrit de la Notice se trouve à la bibliothèque de la viUe de Laon.

(2) Dans son Diaire d! Italie^ p. 85.

(3) Ni l'histoire ni les notes ne paraissent avoir été trouvées depuis.

lité du lecteur, plutôt que Téclat du style et la pompe du langage. Ainsi, dans la première partie, toutes les Églises d'Afrique ont été classées par provinces et par ordre alphabétique, ce qui permet de les trouver sans peine. Dans les AnncUes, j'ai énoncé les faits, année par année, en les distinguant par le nom des consuls, tant qu'ils furent en usage, et mentionnant avec eux les empereurs et les proconsuls qui administrèrent l'Afrique, à mesure qu'ils se sont succédé. J'ai consigné, avant tout, l'élévation et la mort des Souverains Pontifes, estimant d'une souveraine importance que la suite des vicissitudes de l'Église d'Afrique, si unie au siège de Rome, fût rattachée constamment à l'histoire du monde chrétien. Quand les rois Vandales eurent conquis l'Afrique, les années de leur règne ont été indiquées également. Mais, tantque je l'ai pu, je me suis efforcé d'établir la succession des Primats de Carihage et de baser sur eux tout l'intérêt de cette histoire. Leur autorité était, en effet, si grande en Afrique, que les évéques s'adressaient à eux pour régler les affaires importantes de leurs EgUses; ils députaient aux empereurs et convoquaient les conciles de toutes les provinces.

J'ajoute enfin que j'ai adopté une exposition simple, concise, oii les ornements du style sont employés sobrement, et j'ai la persuasion de n'avoir pas nui au récit en citant intégralement des passages empruntés aux anciens auteurs, lesquels cités autrement n'auraient pas la même autorité.

Ces explications préliminaires étaient nécessaires pour faire connaître le plan de cet ouvrage, qu'il faut considérer encore, du reste, comme un essai plutôt que comme une œuvre accompUe.

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