IV. — ABITINA
La ville et la colonie d'Abitina n'était point éloignée de Membressa, ville qui existe encore sous le nom <ie Medjezel-Bab. Les deux cités étaient si rapprochées Tune de l'autre qu'il y eut des combats livrés entre les habitants d'Abitina qui étaient partisans de Primien et ceux de Membressa qui étaient partisans de Maximien, adversaire de Primien. Jusqu'ici cependant on n'a pu déterminer le véritable emplacement d'Abitina. Cette ville fut surtout illustrée, au temps de Dioclétien, par les martyrs d'Abitina, le prêtre Saturnin, Félix, le sénateur Dativus, Ampelius et leurs compagnons, dont nous possédons les Actes. Ils furent arrêtés à Abitina pour avoir célébré ou
(1) Ck)ll. Carth. Cogn.^ I, n. 209.
(2) Hard., Conc, 1. 1, p. 1262.
entendu la messe dans une maison particulière à cause des édits de persécution, comparurent devant les magistrats au forum de la ville, puis furent conduits à Carthage où ils subirent un glorieux martyre à des époques diverses. Le Martyrologe romain les honore tous ensemble le 3 des ides de février. Le calendrier de Carthage, de soa côté, annonce plusieurs des saints d'Abitina aux mois de juin, d'août, de septembre et d'octobre. Leur culte se répandit par toute l'Afrique. A Aïn-Regada, près de Calama, en Numidie, on vénérait plusieurs de ces saints au mois de novembre. Saint Augustin parle souvent de ces glorieux martyrs, ainsi que des habitants d'Abitina qu'il avait occasion de visiter en se rendant d'Hippone à Carthage, comme il le dit lui-même ^^^. Il est à remarquer que les monuments funéraires d'Avitta Bibba, ville assez rapprochée de Membressa et dont nous parlerons plus tard, nous offrent presque tous les noms des quarante martyrs d'Abitina. Abitina d'ailleurs, autrement Avitina ainsi qu'on le trouve écrit assez souvent, pourrait bien n'être qu'une forme modifiée d'Avitta.
SATVRNIN. n assista au troisième concile tenu à Carthage par saint Cyprien sur la question du baptême, en 255, et il y donna son avis le soixante-quatorzième, conformément à celui de saint Cyprien ^*). C'est ce qui montre bien l'antiquité de ce siège épiscopal. Saint Augustin parle de Saturnin, comme il l'a fait de tous les évéques qui opinèrent dans ce concile (^^.
(1) Contra Orcscon., lib., IV, cap. XLVIII — Contra Parmen.y lib. III, cap. VIII.
(2) Hard., Conc, t. I, p. 174.
(3) De Bapt. contra DoThat,^ lib. VII, cap. xxvill.
FVNDANVS. Ce malheureux fut déposé de son siège pour avoir livré les saintes Écritures. Nous lisons, en eflfet, dans les Actes des martyrs d'Abitina : « Fundanus, aub^efois èvêque de cette ville, avait livré pour les brûler les saintes Écritures, et, sur ce même forum, le
Ciel avait combattu pour les Ecritures divines; car lorsque le magistrat impie les mettait au feu^ tout d'un coup la pluie survenue dans un ciel serein éteignit les flam/mes qui entouraient les livres sacrés, etc. » Ceci se passait avant Tannée 304.
VICTOR. Il vint à Carthage pour la conférence de 411, mais seulement à la fio du concile et il est cité parmi ceux qui n'ayant pas souscrit en personne le mandat, s'avancèrent à leur tour en employant chacun cette formule ^^^ : « Je donne m^andat et j'approuve, » Victor était évêque catholique, mais il avait pour compétiteur à Abitina le donatiste Maxime qui était arrivé plus tôt à Carthage, comme l'indique la formule de sa souscription (2) : <( J'ai donné mandat et j'ai souscrit. »
6AVDI0SVS. Nous voyons qu'il fut exilé, ver^ l'an 440, en même temps que Quodvultdeus, évêque de Carthage, et avec lui un grand nombre de confesseurs, contraints de quitter l'Afrique, et que Dieu, écrit Victor de Vite ^^J : « daigna dans sa m^isèricordieuse bonté faire arriver, après une heureuse traversée^ à Naples, ville de la Campanie. » L'auteur de la vie de saint Agnellus, abbé,
Cl) a>gnit., I, n. 215.
(2) Ibid., n. 201.
(3) Pers. Vand.f lib. I, cap. v.
nous apprend ce qui suit, au sujet de Gaudiosus (^) : « AgnelluSy dit-il, fut élu abbé du monastère fondé dans notre ville de Naples par le zèle du bienheureux OaudiosuSy nommé aussi Septimus Cœlius, évêque de la sainte Eglise de Bitina, en Afrique, lorsque, fuyant la persécution des Vandales, il vint ici^ des régions africaines, avec saint Quodvultdeus et les autres évêques. » Bitina est évidemment une erreur pour Abitina. Ughelli rapporte la mort de Gaudiosus à l'an 453 et prouve qu'il fut enseveli à Naples où Ton montre encore son tombeau dans la cathédrale de Saint-Janvier. L'Eglise romaine honore saint Gaudiosus le 28 octobre. A Naples, on le vénérait le 27 octobre.
RÉPARÂT. Il se rendit au concile tenu à Carthage, par Boniface, en 525, et comme nous le montrent les Actes, il y souscrivit avec cinquante-huit autres évêques ^^>.
AV6VSTALIS. On trouve son nom parmi ceux des évêques qui adressèrent à Paul, patriarche de Constantinople, une lettre célèbre contre les erreurs des Monothélites, lettre qui fut lue au concile de Latran en 649 ^'^ Sa souscription est ainsi conçue : Augusta^is, par la grâce de Dieu, évêque de la sainte Eglise d' Abitina, comme ci-dessus.
(1) Apud Baron., Annal, et Buînart in Hiêt, Pers, Vand,^ part. II cap. IX.
(2) Hard., Conc, t. II, p. 1082.
(8) Hard., ihid,, t. III, p. 749.