LES PROVINCES ECCLÉSIASTIQUES
Cologne, Colonia Agrippina des Romains, la capitale de la Seconde Germanie, qui n'avait sous elle qu'une seule cité, celle de Tongres, fut sans doute pour cette raison déchue du rang de métropole : elle fut alors jointe à la province la plus voisine, c'està-dire, comme Mayence, à la Première Belgique ou province de Trêves. C'est là que les fils de Charles Martel songèrent, en 745, à placer le siège métropolitain qu'ils voulaient faire ériger pour saint Boniface, l'apôtre de la Germanie* ; mais Mayence fut finefclement préférée en 748*, et l'évêché de Cologne resta l'un des sièges sufiragants de la nouvelle métropole jusqu'à ce que lui-même fût rétabli en celte qualité, c'est-à-dire pendant une cinquantaine d'années au plus^.
tina perpetuis temporibus tibi et successoribus tuis in metropolini sit confinnata, habens etiaiu sub se bas quinque civitates, id est Tungris, Coloniam, Wormatiain, Spiratiam et Treclis, et omnes Germanîae gentes, quas tua frateniitas per suam predicationem Christi lumen agnoscere fecit. > (Lettre de Zacharie à saint Boniface, en date du -i novembre 748, apnd Jaffé, Monumenia Moguntina, p. 227.) On est étonné de ne pas voir figurer nominalement ici la cité de Strasbourg qui, au ttîmps des Romaius, dépendait de la Première Germanie, et dont Tévéque, depuis le viii* siècle jusqu'à la Révolution, resta Tun des suffiragants de Tarchevêque de Mayence. Les textes que nous citons dans la note suivante prouvent qu'il ne s'agit pas ici de la confirmation du rang de métropole, mais bien de l'érection de Mayence en siège métropolitain. C'est, du reste, un point sur lequel Othlon, qui écrivait au XI* siècle une Vie de saint Boniface, n'a aucun doute, car après avoir rapporté la déposition de Gewilicb, évêque de Mayence, cet auteur ajoute : c Quo deposito statim sanctus Bonifacius asupradictisprincipibus, Karlomanno videlicet et Pippino fratre ejus, ecclesiae Moguntiacensi praeficitur. Et, ut ejus dignitas eminentior foret, decreverunt iidem principes ecclesiam Moguntiacensem, quae prius altéra subjec ta erat, metropolim omnium inGermania positarum ecclesiarum efficere. » (L. II, c. xvi, apud Bouquet, t. III, p. 668.)
i. a De eo namquequod suggessisti, quod elegerunt civitatem unam omnes Francorum principes, conjungentem usque ad paganorum fines et in partes Germanicarum gentium, ubi antea praedicasli : quatenus ibi sedem metropolitanam perpetuo terapore debeas, et inde ceteros episcopos ad viam instrueres rectitudinis, et post te tui successorcs perpetuo jure possideant... De civitate namque illa, quae nupcr Agrippina vocabatur, nunc vero Colonia, juxta petilionem Francoi*um, per uostrae auctoritatis praeceptum nomine tuo metropolim confirmavimus ; et tuae sanctitati direximus pro futuris temporibus ejusdem metropolitanae ecclesiae stabilitate m. » (Lettre du pape Zacharie à saint Boniface, en date du 31 octobre 745; apud Jaifé, Monumenta Moguntina, p. Ii9 et 152.)
2. € Alla denique scriptura tuae fraternitatis continebat, quod jam olim de Agrippina civitate scripsisti, quod Franci non perseveraverunt in verbo quod promiserunt, et nunc moratur tua fraternitas in civitate Moguntina. » (Lettre du pape Zacharie à saint Boniface, en date du 1«' mai 748; apud Bouquet, t. IV, p. 97.)
3. Cologne fut érigée en métropole avant l'année 81 1, date du testament de Charlemagne, dans lequel sont énumérées les vingt et une églises métropolitaines du nouvel Empire d'Occident. La liste à laquelle nous faisons allusion devant être citée plusieurs fois au cours de ce chapitre, nous croyons à propos de la reproduire ici, en nous étonnant avec nos devanciers de l'absence, dans ce texte officiel, de Narbonne qui, cependant, était
Ifâ LA GAULE AU SLXIÈME SIÈCLE.
Besançon, la capitale de la Séquanaise, Maxima Sequanorunij n'était déjà plus une métropole en 517, date à laquelle Claude, episcopus Vesontiensium^ souscrivit au concile d'Epaone parmi les évêques suflfragants*. Il paraît que la Séquanaise dut être unie alors à la Première Lyonnaise, et cette union, qui persista jusque vers le temps de Cliarlemagne, fît désigner cette province sous le titre de Cinquième Lyonnaise, Lugdunensis Quinta, Sequanonim^ dans ime famille de manuscrits de la Notice des cités que l'on peut désigner sous le nom de famille séquanaise^. C'est seulement dans le testament de Charlemagne, en Tan 81 1 , que Besançon commence à figurer au nombre des églises métropolitaines ; c'est dès lors aussi que le titulaire du siège cathédral prend le titre d'archevêque ^.
Une province limitrophe de la Séquanaise avait aussi cessé, dès le v*^ siècle, d'avoir son autonomie ecclésiastique: c'est la province des Alpes Graies et Pennines, formée seulement de deux cités, la métropole de Tarentaise et la civitas Vallensium ou du Valais, dontl'évêque résida d'abord à Oc/orfwn^m, aujourd'hui * Martigny, qu'il quitta au temps du roi Contran pour la ville de Sion; mais, en perdant son indépendance, cette province fut
alors une ville métropolitaine, comme on le verra plus loin : c Hanim divisionum, quae ex duabus primis partibus factae suut et juxta metropoHtanarum civitatum numerum viginti et una esse noscuntur, unaquaeque ab altéra sequestrata, semotim in suo repositorio cum superscriptione civitatis ad quam perferenda est, recondila jacet. Nomina vero metropolearum civitatum, ad quas eadem elemosina sive largitio facienda est, haec sunt : Roma, Ravenna, Mediolanum, Forum Julii,Gradus, Golonia, Mogontiacum, Juvavum,quae ol Saltzburg, Treveris, Senones, Vesontio, Lugdunum, Rotomagus, Remis, Arelas, Vienna, Darantasia, Ëbrodunum, Burdigala, Turones, Dituriges. » (Eginhard, Vita KaroWMagni^ c. xxxui.) Il y avait donc en 811, selon ce document, quinze églises métropolitaines en Gaule.
1. Voy. plus haut, page 73. Les successeurs de ce prélat, Urbain en 549, Silvestrë en 573, 581 et 585, figurent aussi parmi les sulTragants dans les conciles auxquels ils assistèrent.
2. Le dossier que nous avons formé, à la Commission de la topographie des Gaules, pour l'établissement d'un texte critique de la Notitia provincianim et civitatum GcUliae, renferme actuellement la copie de seize manuscrits de celte famille, lesquels sont conservés dans les bibliothèques de Paris (Bibliothèque nationale), Bruxelles, Cologne, Wolfenbûttel, Carisruhe, Einsiedeln, Saint-Gall, Zurich, Rome (Vatican) et Vienne. Le plus ancien de ces manuscrits date de la fin du viii^ siècle; huit autres appartiennent au l\* et au x« siècle.
3. Bernoin en 82^, Arduic en 843, sont qualifiés archiepiscopus Vesontiensis {GaUia christianay t. XV, col. 21-22).