I.ES PROVINCES ECCLÉSIASTIQUES
démembrée par suite de considérations géographiques, et tandis que la métropole était jointe à la Viennoise*, la cité du Valais dut être unie à la Première Lyonnaise*, qui alors comprenait aussi la Maxima Sequanof^m.
La Viennoise, qui se composait originairement de treize cités, forma deux provinces ecclésiastiques à partir de Tan 450. Dès le jour où l'empereur Honorius transféra de Trêves à Arles le siège de la préfecture du prétoire des Gaules, Vienne eut à soutenir avec la cité ainsi favorisée, et qui jusque-là lui avait été soumise, une lutte pour la prééminence. L'évêque d'Arles, antérieurement peut-être au transfert de la préfecture des Gaules, prétendait du reste à la primatie sur les villes voisines, en qualité de successeur de saint Trophime, Fapôtre de la Provence, et il l'avait revendiquée lors du concile de Turin, vers Tan 400^. Par suite de décisions contradictoires des pontifes qui se succédèrent alors sur la chaire de Saint-Pierre, le différend se prolongea durant un demi-siècle, jusqu'à ce qu'un décret du pape Léon P' eut adjugé, en 450, à l'évêque d'Arles, les droits et les prérogatives de métropolitain sur la Viennoise, à l'exception de Valence, de Genève et de Grenoble, qui, avec Tarentaise, ancienne métropole des Alpes Graies, furent subordonnées a l'évêque de Vienne, lequel garda le rang de métro-
i. l/union de la cité de Tarenlaise à la province ecclésiastique de Vienne remonte au moins à Tannée 451 (voy. la note 1 de la page suivante).
2. Cela résulte évidemment de l'absence du nom d'Octodurum ou de celui de Sion dans tous les textes relatifs à retendue de la province ecclésiastique de Vienne, qui mentionnent cependant les cités réunies à Tancienne province des Alpes Graies durant la période franque.
3. Le concile de Turin décida que chacun des deux évoques serait le métropolitain des cités de la Viennoise les plus voisines de son siège : c Iliud deinde inter episcopos urbium Arelatensis et Viennensis, qui de primatus apud nos honore certabant, a sancta synodo definilum est : ut qui ex eis approbaverit suam civitatem esse metropolim, is totius provinciae honorem primatus obtineat, et ipse juxta canonum praecoptum ordinationem habeat potestatem. Gerte ad pacis vinculum conservandum, hoc consilio utitiore decretum est : ut si placet memoratarum urbium episcopis, unaquaeque de bis viciniores sibi intra provinciam vindicet civitates, atque eas ecclosias visitct, quas oppidis suis proximas magis esse constiterit; ita ut meiAores unanimitatis atque co.ncordiae, non alter alterum, longius sibi usurpando , quod est alii proprius, inquietet. » (Labbe et Cossart, Sacrosancta Concilia^ t. II, col. 1156.) Le pape Léon ^% on le voit, ne fit guère en 450 que confirmer celte décision, en désignant de plus, cependant, les villes qui dépendraient de Tune et de l'autre métropole.
i8i LA GAULE AU SIXIÈME SIÈCLE.
politain*. Le décret de Léon I*' fut confirmé en 502 par le pape Symmaque*; mais la question ne s'en renouvela pas moins à la fin du viu*" siècle au concile de Francfort, et cette assemblée, après s'être fait représenter les lettres de Léon et de Symmaque, ainsi que celles de deux autres souverains pontifes, Zozime et Grégoire I", maintint le statu quo^^ en décidant toutefois qu'on de— manderait au saint-siége une décision au sujet des anciennes provinces d'Aix, d'Embrun et de Tarentaise, soumises, parait-il, les deux premières à l'archevêché d'Arles*, la troisième à celui de
1. c Uuam potestatein Hilario [Arelatensi] episcopo ablatam, Vieanensi episcopo credîdimus deputandam. Qui ne repente semetipso factus videalur inferior, vicinis sibi quatuor praesidehit, id est Valenliae, et Tarentasiae, et Genavae, et Gratianopoli^ut cum bisipsa Vienna sit quinta, ad cujus episcopum omnium praedictarum ecclesiarum sollicitudo pertineat. Reliquae vero civitates ejusdem provinciae sub Arelatensis autistitis auctoritate et ordinatione consistant. > {Ibid., t. III, col. 1444.)
C'est encore cette division que nous donne, au x* siècle, une copie de la Notitia provinciarum dont la provenance viennoise est attestée par le contenu du manuscrit même où elle se trouve : « Provincia Vjennensis Prima. Civitas Vienna metropolis, civitas Genavensium, civitas Gratianopolilana, civitas Valentinorum. Ad quam aliam PROViNriAH Alpium Graiarum et Penninarum perlinet : civitas Ceutronium Darentasia, civitas Octodoro, civitas Maurienna, civitas Augustana. » (Bibliothèque nationale de Paris, manuscrits du fonds latin, n** 1452, f^ 201 r^,) — La province d'Arles figure dans cette même copie, après Tcxplicit de la seconde^artie de la Notitia (c Finiunt provinciae septem i) sous la forme suivante : « [Provincia] Arelatensis. Civitas metropolis Arelas, civitas Masiliensium, civitas Albensium Vivario, civitas Dehinsium, civitas TreCastinoruni, civitas Vasensium, civitas Aurasicorum, civitas Cavallicorum, civitas Avennicorum, civitas Carpentoratensium Vindasca. i (Ibid., f® 201 \°.)— Est-il besoin de faire observer que le fait mentionné ici de la subordination de la province de Tarentaise à celle de Vienne permet d'assigner pour date, au prototype de notre manuscrit viennois, les dernières années du viiL* siècle au plus tard? Notons en passant, que la mention de la civitas Vallensium dans le texte que nous venons de reproduire ne prouve pas que Tévéché de Sion ait jamais été suffragant de Vienne, car le remanieur viennois de la Notitia n*a fait que reproduire ici ce qu'il trouvait ailleurs sous la rubrique Provincia Alpium Graiarum et Poenninarum, non pas peut-être sans une certaine tendance à attribuer à la province ecclésiastique de Vienne un évéchc que les papes n'avaient pas songé à lui accorder. Cette dernière remarque n'est pas applicable aux diocèses de Maurienne et d'Aoste qui, démembrés de la Ligurie, avaient été rattachés effectivement à la métropole de Vienne.