‹ Géographie de la Gaule au VIe siècleChapitre 158 sur 597 · Miracula beati Juliani, c. xxxu · texte numérisé non relu

Miracula beati Juliani, c. xxxu

4. Le texte de Grégoire porte gemina Gfrmanm, ce qui est une erreur évidente, puis-

et encore ne les prononce-t-il qu'une fois seulement. Le nom de Provence, Provincial que les Romains avaient donné à leurs premières conquêtes en Gaule et qui auraient dû ne plus être qu'un souvenir depuis que cinq provinces, les deux Narbonnaises, la Viennoise, les Alpes Graies et Penniues, les Alpes Maritimes, en avaient été formées, ce nom paraît aussi chez Tévêque de Tours, qui le restreint étrangement et ne l'applique presque jamais sans y ajouter une épithète, distinguant ainsi la Provence marseillaise, Provincia Massiliensis\ et la Provence arlésienne, Provincia Arelatensis^. Ce vocable désigne plutôt alors le pays qui, situé entre le Rhône et les Alpes, n'appartient pas cependant à la Bourgogne. La Provence arlésienne, par exemple, semble identique à la cité d'Arles qui, après la mort de Glotaire, appartint à Gontran, celui des quatre fils du roi défunt auquel était échue la presque totalité de l'ancien royaume de Bourgogne; mais la civitds Arelatensiurrij qui n'avait été bourguignonne que pendant un très-petit nombre d'années, à la fin du v"" siècle, était séparée du reste des Etats de Gontran par une bande de territoire (cités d'Avignon et d'Aix) dépendant du royaume d'Austrasie. Le noin de Provence marseillaise semble désigner, par contre, la partie de la Provence soumise à Sigebert, puis à son fils Childebert II, — Avignon, Aix, Marseille, Fréjus, Vence et même Uzès, — qui y étaient représentés par un gouverneur décoré du titre de rector^.

L'évêque de Tours conserve aussi cependant et emploie fré-

qu'il s'agit de la persécution du roi wisigoth Euric contre les catholiques de ses États : c Maxime tuncNovempopulanae, geminaeque Germaniae urbes, ab hac tenipeslate depopulataesunt. > {Historia Francorum^ 1. II, c. xxv; cf. la lettre de Sidoine citée plus haut, page 44, note 4.) — Valois pense que Grégoire a pu donner le nom ùtGermania aux Aquitaines, parce qu'elles étaient alors soumises aux Goths, nation germanique; mais il est bien plus probable que ce mot est un lapsus de Grégoire ou d'un de ses premiers copistes.

1. Historia Francorum, 1. U, c. xxxii; 1. Vllf, c. xliii ; I. X, c. xxv.

2. Jbid., 1. IV, c. V et xxv; 1. Vlll, c. xxx; 1. IX, c. vu ; 1. X, c. xxv. — Vitae Pa- <rum, 1. VI, c. VI.

3. Sous le régne de Sigebert, Jovinus, rector Provinciaey fut remplacé par Albinus {Historia Francorum^ 1. IV, c. xliv). En 581 , le rector de la Provence auslrasienne était Dynamius, dont le gouvernement paraît avoir compris Uzés (ibid,, 1. VI, c. vu), alors Tune des villes épiscopales soumises au métropolitain d'Arles ; si dans ce dernier chapitre, Albinus est appelé ex praefecttis et non pas ex rector^ c'est évidemment parce

quemment les noms de Gaule et d'Espagne pour désigner deux des plus importantes régions occidentales de l'empire romain ; mais encore ces noms revêtent-ils une forme pliu*ielle, GcdlioCj Hispaniae. Pour lui, l'Espagne (ou les Espagnes) n'est pas seulement le nom de la péninsule ibérique, c'est aussi ce que les Goths, dominateurs de l'Espagne, possèdent en deçà des Pyrénées, c'està-dire la Septimanie ou, en d'autres termes, la Narbonnaise amoindrie*. Par contre, le nom de Gaule, Gallia ou GallioCy est restreint aux pays que les Francs occupent entre le Rhin et les Pyrénées^.

Les noms de France, Francia^ et de Gothie, Gotthia, qui sembleraient devoir être alors de véritables synonymes de Gaule et d'Espagne, sont à peine prononcés par Grégoire^. Encore l'expression Francia parait-elle réservée aux pays soumis aux Francs avant que Clovis conquit une partie des provinces occupées par les Goths : l'Auvergne, par exemple, est opposée à la France dans le livre De gloria confessorum^ . Aussi le nom de France devrait-il être considéré au vi*" siècle comme une appellation particulièrement appliquée aux provinces situées au nord de la Loire, si l'évêque de Tours ne lui donnait une acception moins étendue en désignant par les mots « royaume de France », regnum Franciae^y les Etats de Théodebald, le roi des Francs orientaux, excluant ainsi de la France le royaume de Paris et même celui' de Soissons.

que Grégoire n'a pas voulu répéter une fois de plus en quelques lignes le titre de rector qu'il donne là à Dynamius et à Jovinus.^n 587, l'Auvergnat Nicetius est institué rector Massiliensis provinciae par le roi d'Âustrasie {ibid.y 1. YllI, c. xxv). — On a parlé plus haut (page 147, note 2) de Hecca, gouverneur de la Provence austrasienne en 561.

1. La Septimanie est clairement désignée comme une partie des Espagnes, i/tspanta^, au moins dans les trois chapitres suivants de Grégoire {Historia Francorum, 1. VI, c. xxxiii; 1. Vin, c. XXVIII et xxx).

2. Âgde, qui appartenait aux Wisigoths, est formellement exclue des Gaules par ce passage de V Historia Francorum (I. IX, c. xxiv) : c Quod ille [Deutherius episcopus] per internuntios cognoscens, relicta urbe Agathensi, in Gallias advenit. >

3. Gotthia se trouve seulement une fois {ibid., 1. IV, c. li).

4. c Tempore autem Teudechildae reginae, Nunninus quidam tribunus, ex Ârveruo de Fi*ancia post reddita reginae tributa revertens, Autisiodorensem urbem adivit. > (De gloria confessorumy c. xli.)

5. Historia Francorum^ 1. IV, c. xiv. — Grégoire parle encore, en les appelant € forêts de France >, sUvae Franciae, des forêts du nord et du nard-est de la Gaule. (Miracfila beati Martini, 1. I, c. xxvi.)

Dans ce dernier c£is, Francia est le synonyme exact à'Aiistriay appellation équivalant à « région de l'est » , et qui ne figure dans aucun écrivain antérieur à Grégoire : notre auteur place, dans rAi^/n'a Metz*, une des villes les plus importantes du royaume de Sigeberl P^ et de Childebert II, que les chroniqueurs postérieurs désignent précisément sous ce nom à'Anstriay en l'opposant au royaume dont Paris est la capitale et qu'ils appellent Neustria. Les habitants de VAustria sont les Atistrasiiy qui paraissent deux fois dans les écrits de l'évêque de Tours sous ce vocable, lequel s'applique alors plus particulièrement aux habitants de la Champagne rémoise^.

Nous n'avons rien à dire ici de plusieurs autres régions ethniques mentionnées par Grégoire, — la Bourgogne, Burgundia; l'Allemagne, Alamannia; la Bretagne, Britannia; la Gascogne, Vascofita; le pays deTiffauges, Theiphalia; la Thuringe, Thch ringia, — qui doivent leurs noms à des populations dont nous avons retracé plus haut le rôle en Gaule ; nous fermerons donc la liste de ces contrées en disant quelques mots de la Septimanie ou Gothie.

La Septimanie, Septimaniaj malgré son nom indiquant une contrée originairement composée de sept circonscriptions^, peut être considérée comme une région ethnique, puisque Grégoire, d'accord avec les autres écrivains gallo-francs de l'époque mérovingienne, appelle ainsi la portion de la Gaule restée sous la domination gothique. Ce terme figure, pour la première fois, dans une lettre de Sidoine Apollinaire écrite vers 474*, et, chose

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