Histona Franconim, 1. X, c. xxxi
6. € Haud procul autem ab illo vico [Ceratense] est alius quem Orbaniacum vocanL > (De gloria martyrum, c. xc.)
CIVITAS TURONUM. 489
qu'uue seconde église aurait été construite à Géré eu Thouueur de saint Vincent, « à Foccasiou d'une translation de reliques* ». Grégoire parle bien, à la vérité, de reliques de ce bienheureux qui, transportées par des étrangers, passèrent une nuit sous la chaumière d'un pauvre homme de Géré, et il raconte que leur présence fut signalée par la guérison de deux paralytiques et d'un aveugle^; mais il ne dit point qu'elles soient restées dans le village, et il est naturel que les voyageurs [peregrini) les aient emportées avec eux en quittant Géré. Nous croyons, du reste, qu'il serait difficile de prouver l'existence simultanée de deux églises dans ce village qui a saint Martin pour patron^.
CISOMAGUS, vicm. — Ge village est au nombre de ceux que saint Martin dota d'églises*. Maan a ti'aduit son nom par Chisseaux (Fndre-et-Loire, arrond. de Tours, canton de Bléré), et personne n'a songé à mettre cette attribution en doute ; cependant la philologie la récuse par trois raisons : 1*" Il serait impos* sible de montrer une seconde exception à la règle d'après laquelle la terminaison omaguSy qui, dans les pays de langue romane, est toujours accentuée sur l'antépénultième, conserve la nasale^; en d'autres termes, Arge7itomaguSj Cassinomagus j MosomaguSj Rotormgusj Tornomagus^ ont donné Argeuto/2 et Argenta/i, Ghasseno/î, Mouzo/2, Roue/?, Tournw^, et non Argent^ii/, Ghassena^/, Mouzaw, etc. 2** L'^ entre deux voyelles n'est pas ordinairement remplacée par ^*. 3^ Le c précédant la voyelle /ne se change jamais en cA, et il prend en français le son de s^. 11 convient donc de chercher ailleurs qu'à Ghisseaiix l'équivalent de Cisomàgus,
i. Recherches mr les églises romanes en Touraine, p. 16; cf. p. 56.
1 De gloria martyrum, c. xc.
3. Mabille, Essai sur les divisions territoriales de la Touraine, p. 183.
i Historia Francorum, 1. X, c. xxxi, § 3.
^- On pourrait nous citer Texemple Senomagus » SenoSy commune de Bolléne (Vaudose) ; mais si cette traduction est exacte, il faul remarquer que Senos est en pays prov<^nçal, où la nasale disparaît facilement, même à Tintérieur des mots.
6. Exemples : ceindre, de cingere; cendre, de cinerem; cingler, de cingulare; cité, ^ciùtaiem. On ne doit pas regarder cA^/c/ier (de ciVcar^) comme une exception sérieuse à celte règle; il semble, en eiïet, que Tancienne forme française, de ce mot (cercar, en proTençal; cercareyen italien) ait été cercheren français, et il y aurait eu ici assimilation des deux syllabes en raison de la difficulté de prononciation.
A notre avis, Cisomagus ne serait pas diflférent de Ciranla-Latte (Indre-et-Loire, arrondissement de Loches, canton de Ligueil), village que les commentateurs de Grégoire ont considéré à tort jusqu'ici, et comme le Lata monasterwm, et comme le Sirojalum de cet auteur ^ Notre hypothèse a sa justification dans ce fait que Cisomagus a du produire en français Cisorij puis Cisariy par le changement de Vo accentué en a, changement dont le seul exemple, en français, est fourni par les mots dam (vieux français) et dame dérivés de dômmus et de dôminaj mais qu'on remarque assez fréquemment dans les noms de lieux eo omagus'^. La transformation de Cisan en Ciran ne peut paraître extraordinaire, car on sait que, dans le patois du Berry, l'^ prend souvent la place de IV, et réciproquement : on y dit, par exemple, acguiriliony chemire, fïiril, muveler et tirage j pour acguhition^ chemhe, /wsîV, museler et usage^. GeoflFroy Tory, écrivain berrichon du xvi® siècle, constate déjà cette prononciation abusive à Bourges et à Paris *. Nous appuierons donc finalement sur ces deux points : que Ciran est situé dans la partie de la Touraine la plus voisine du Berry ^ (il n'est éloigné de cette première que de quatre lieues seulement), et que, dans un pouillé du diocèse de Tours du xni^ siècle, Ciran figure sous la forme de Ciram ^, où Y m de Cisomagus est encore conservée.
CONDATE, vicus. — Ce lieu, où saint Martin mourut le 11 novembre 397, avait été doté d'une église''^ par le bienheureux
\ . Notamment Jacobs, Géographie de Grégoire de Tours et de FrédegairSy p. ii9et loi.
2. Nous citerons Rouen (jadis Koan), àQRotomagm; Argentan, àtArgentotnagus'M^^' nand, de Burnomum, autrefois Burnomagus, etc. — Voyez plus haut, page 2ii, note 1
3. Jaubert, Glossaire du patois du centre de la France^ !^ édit., p. 555.