Miracula beaii Martini, I. II, c. xlviii
sion pagus a certainement le sens de village ou de lieu habité, car les documents de l'époque franque ne nous font connaître aucune division territoriale dite Canio)iensis.
Nous rappellerons pour mémoire seulement l'opinion unanime des commentateurs de Grégoire, suivant laquelle le pàgus Carnonensis serait le pays de Craon* (Mayenne), qu'ils retrouvent aussi dans le Qracatormmn et dans le Crovhnn des Miranda beati Martini: il suffit aujourd'hui de signaler de telles identifications pour en faire bonne justice.
Il nous j)araitrait difficile de ne pas reconnaître le siège du pagus Carnoneiisis dans la villa quoje vocalur Carnona sifa super /lumen Ligerisj nommée dans un diplôme de 844 parmi les propriétés de l'église d'Angers*. Cette localité, à laquelle on peut probablement rattacher la mention du castellum Carnona de la Vie de saint Germain de Paris écrite par Fortunat^, reparaît dans plusieurs chartes du x*" au xu* siècle. Elle était, vers Tan 920, le chef-lieu d'une des vigueries de l'Anjou, la vicaria Castri Carnonis^^ et une charte de 1040 en fait, sous le nom de Caslelhnn CarnoniSy une dépendance de la vignerie de Saumur^. Une autre pièce de 1122 nous fait connaître l'église de Saint-Pierre et les chapelles de Saint-Jean, de Saint-André et de Saint-Lambert du castrumCarnonis^ qui appartenaient alors à l'abbaye de Saint-Florent^.
La même église de Saint-Pierre et les trois chapelles annexes, alors dédiées à saint Jean, à saint Julien et à sainte Radegonde, sont encore nommées en 1 1 46 dans une bulle du pape Eugène lil ; mais, cette fois, le Ca^trum Carnonis est appelé Castrum CarolO^
1. Au xviP siècle, Ruinart identifie déjà le pagus Carnonensis et le viens CroviensiSy qu'il pensait être Craon. {Greg. Turon. Opéra omnia, col. 1069, note b.)
2. Dom Bouquet, Recueil des historiens de France, t. VU, p. 437.
3. < Dehinc cum [Gernianus] ad Carnonani castellum accederel... » {Vita S, Germani Par. y c. Lix, apud Mahillon, saec. I, p. 242.)
4. Charte de 905-920 citée par M. Célestin Port {Dictionnaire hist., géograph. et bi(h graph. de Maine-et-Loire, t. I, p. 679).
5. c In pago Andegavo, in vicaria Salmuricnsi, in terra S. Florentii quae vocatur Castellum Caynonis {sic). > {Ibid.)
6. < Possessio Castri Carnonis cum ecclesia Sancti Pelri et capellas Sancti Johannis, Sanctae Andrée et sancti Lamberli. > (Charte confirmative des biens de Tabbaye de Saint-Florent par Ulger, évoque d'Angers; communication de M. Port.)
'7. « In ecclesia Sancti Pétri de Castro Caroli cum capellis Sancti Johannis, Sancti
CIVITAS AN^ECAVOHU.^r. 303
ce qui prouve surabondamment que la forme vulgaire de CasùmmCarnonis éiait alors Chdteau-Challo?i ou Chdteau-Charlon^ Mais il ne faut pas chercher sur les cartes modernes ce nom, qui paraît avoir été remplacé, dès le xif siècle, par celui de Ch^ne- Initte, dont on ignore l'origine et qu'on employait déjà concurremment au nom ancien dès le milieu du xi^ siècle*.
La situation de Chênehutte-les-Tuffeaux (Maine-et-Loire, arrondissement de Saumur, canton de Gennes), village construit sur la rive gauche de la Loire, — qui arrosait aussi la villa Carnoua de 844, — à 20 kilomètres au-dessous de Candes, où Tun de ses habitants allait, au vi* siècle, chercher la guérison de ses maux, et à 8 kilomètres de Saumur, dans la viguerie duquel il était compris en 1040, convient parfaitement au Carnona et au Castmm Carnonensis des anciens textes. Disons aussi, et toujours d'après M. Port, que l'église de Saint- Pierre de Châleau-Challon, nommée en H 22 et en H46, n'est pas différente de l'ancienne église paroissiale de Saint-Pierre détruite seulement dans la première moitié de ce siècle, et que deux des chapelles mentionnées à la même date se retrouvent encore aujourd'hui, sur le territoire de Chènehutte : l'une, Saint-Jean, vers l'ouest, en aval du bourg des Tuffeaux et y attenant ; l'autre, Sainte-Radcgonde, sur le coteau, à 500 mètres vers l'est. Ajoutons enfin que le qualificatif castrum convient parfaitement à la localité que Chênehutte a remplacée, car on trouve presque intacte encore, sur le plateau de Chênehutte, une de ces enceintes antiques que l'on considère comme des camps romains.
CRAGATONNUM, viais. — On rapporte généralement à Craon (Mayenne, arrondissement de Château-Gontier , chef-lieu de
Juliani, Sancle Radegundis. > (Bulle pour l'abbaye de Saiut-FJorent; communication de M. Port.)
1. ChàieaU'Challon, adoucissement de Chàteau-Charlon pour Château-Charnony est bien naturellement le produit de Castrum Catnonis; car une autre localité de ce nom, mentionnée dans \es Annales Bertininni , sous la date de 870, est encore appelée aujourd'hui (Ihàteau-Chalon (Jura). Quant à la traduction du français Challon parle latin Caroli, elle ne doit pas surprendre, puisque, en français du xii« siècle, CAa//on et CAar/on sont les formes de Charles ou Challes au cas régime.
2. Les chartes de l'abbaye de SaiiTl- Florent mentionnent Canauthia, 1040-1055; Caneuthia, 1055-1070. (Port, Dictionn. hist. de Maine-et-Loire, p. 679.)
canton) la mention de ce lieu, que Grégoire indique comme un village de l'Anjou*, et, il y a peu d'années, M.Jules Quicheral fortifiait cette opinion en rapprochant du nom Cracatonnum celui de la condita Cregadonensis^ figurant comme circonscription angevine dans plusieurs chartes de 804^. Cregadmmra serait une forme adoucie de Cracatoimum^ et Ton doit croire que, contractée ensuite en Cregdonum ou Cragdonum^ cette dénomination aura produit la forme vulgaire Craon, de même que le vocable galloromain Magdunum a donné le français Mehiin ou Meung^.
CROVIUM, vicus. — Ce viens paraît trois fois dans les récits de Grégoire, qui le désigne à deux reprises différentes comme un village angevin* et paraît considérer comme remontant à une époque déjà éloignée ce nom de CROVIUM^, lequel figure aussi sur des triens mérovingiens^*. Les critiques se sont généralement accordés, jusqu'à ce jour, à reconnaître dans Crovium la ville de Craon (Mayenne), qu'ils pensaient retrouver de même chez Grégoire sous les noms de Cracatonnum et de Carnonum, Jacobs lui-même^ ne s'étonne pas qu'on fasse dériver en même temps le nom de Craon de trois anciens vocables fort distincts. Il est juste cependant de dire que quelques chercheurs s'élevèrent contre l'attribution de Crovium à Craon, et voulurent l'identifier avec Cré (Sarthe , arrondissement et canton de la Flèche), paroisse de l'ancien diocèse d'Angers ; mais le récent historien de
\, Miracula beati Martiniy I. IH, c. xvii.
2. De la formation française des anciens noms de lieu, p. 110. — Cregadonensis est une correction proposée par M. Quicherat pour Regadoninsis ou EregadonânsiSt que Ton trouve dans les textes imprimés ; il est presque inutile de répéter, après le savant professeur, que cette proposition est justifiée par l'écriture du temps de Charlemagne.
3. Dans Cragdonum^ la gutturale ^ a dd de bonne heure se vocaliser en t, ce qui a amené la Chute de la dentale placée dès lors entre deux voyelles. G*est aussi seulement par cet accident qu'on peut expliquer la chute du d de Magdunum (Mehun-sur-Yô^Te, Cher), dénomination qu'on rencontre en 820 sous la forme Maidunns, (Raynal, Histoire du Berry, t. I, p. 46 i.)
i. Miracula beati Martini, 1. IV, c. xvii et xxiii. — La troisième mention du vicus Croviensis se trouve dans le livre De gloria confessorum^ c. xcvi.
5. « De vico Andegavensi, cui Crovio antiquitas nomen indidit. > {Mimcuia beati Martini, 1. IV, c. xvii.)
6. Anatole de Barthélémy, Liste des noms de lieux inscrits sur les monnaies mérovingienneSy n° 253. «