Géographie de Grégoire de Tours et de Frédegaire, p
CIVITAS ANDECAVOIIUM. 305
Craon, M. de Bodart de la Jacopière, n'a garde d'adopter cette opinion, et, suivant lui, le nom de Craon est plus certainement dérivé de Crovium que celui de Gré, trop court à son avis*. Il est vrai que Gré ne peut représenter Crovium^ car Xo accentué de ce vocable n'a pu devenir é : il est plus raisonnable de voir ddns Gré la forme française d'un nom gallo-romain tel que Crediacus.
M. Jules Quicherat a porté, en 1 867, à la cause des partisans de « Croviam = Crsion y> y un coup décisif: il prouve que Graon [CredOy Credone^ Credonium^ dans les pièces postérieures à Tan 1000) provient d'un vocable dont la syllabe accentuée commençait par nue dentale, et en conséquence il cherche ailleurs le Crovium de Grégoire et des monnaies mérovingiennes. Selon l'éminent archéologue, dont le sentiment est suivi par M. Port*, Crovium serait aujourd'hui représenté par Gru, hameau de la commune de Meigné^ (Maine-et-Loire, arrondissement de Saumur, canton de Doué); mais cette assimilation nous semble contestable, car nous ne croyons pas que jamais Vo accentué se soit changé en u. En outre, le noiû de Cru paraît sous sa forme actuelle dans des titres de 994 et de 1036*, tandis que le nom Crovium se retrouve en 1075 sous la forme syncopée de Croium dans une charte de l'abbaye de Saint-Serge d'Angers, qui reçut à cette date l'église de Miré (Maine-et-Loire) de la libéralité de Guy de Croio^. Est-ce à dire qu'il faille chercher Crovium aux environs de Miré, dans la partie de l'ancien diocèse d'Angers avoisinant celui du Mans? Nous n'osons nous prononcer; mais les érudits de l'Anjou, M. Port plus particulièrement, sont sans doute en état de nous renseigner sur la famille de Croion à laquelle appartenait probablement un certain Yves de Crovto qui prit part, en 1100, à la donation faite à Tobbayo de Saint- Aubin d^Angers de l'église de Saint-Pierre d'Avezé, au diocèse du Mans®.*