‹ Géographie de la Gaule au VIe siècleChapitre 289 sur 597 · Livre H, c. vu · texte numérisé non relu

Livre H, c. vu

CIVITAS DIABLINTIJM. 317

celui de reconnaître avec César le pays des Diablintes comme une région située en face de l'île de Bretagne* et de pouvoir encore justifier les paroles du conquérant romain en identiGant cette fraction de la nation des Aulerques avec les Aulerçiy qu'il nomme en même temps que les VeneteSy les Unelli^ les Ossismiiy les Cwriosolites et les Redones, au nombre des cités maritimes touchant à rOcéan-. Elle pécmet enfin d'établir que, antérieurement à Noménoé, c'est-à-dire avant le milieu du ix" siècle, les diocèses correspondaient entièrement, en Bretagne aussi bien que dans les autres parties de la Gaule, aux cités de la Notice, car il est bon de rappeler que la contrée que nous assignons à la civitas Diablintum du v'' siècle composait alors un diocèse, désigné par d'anciennes chroniques bretonnes sous le nom, probablement altéré des copistes, de diocesis Dicdetensis ^ tandis que ses habitants sont nommés Biitanni Dialetenses^ .

Ce ne sont pas seulement les chroniques qui donnent à une partie de la Bretagne un nom rappelant le vocable Diablintes : la Vie de saint Viau, abbé au pays de Retz, laquelle date du ix"" siècle, mentionne, dans une addition que les BoUandistes rapportent seulement au xi*, Diallentic oïl Diablintictim au nombre des sept cités sufiFragantes de Dol dont la destruction serait l'œuvre des invasions normandes*. Enfin, toute une série

1. « Socios sibi ad bellum Osismios, Lexovios, Nannetes, Âmbiliates, Morinos, Diablintes, Menapios adsciscunt : auxilia ex Brilannia, quae contra eas regiones posita est^ arcessant. > {C(yinm, de beUo gaUico, 1. UI, c. ix.)

2. c Ad Venetos, Unellos, Osismios, Curiosolilas, Scsuvios, Aulercos, Rbedones, qua« sunt maritimae civitates Oceanumque attingunt... » (Ibid.yl. II, c. xxxiv.) — La situation des peuplades uonimécs dans ce passage et dans celui que nous avons cité précédemment est certaine, à l'exception de celle des Ambiliaies et des Sesuvii. Ce dernier nom provient peut-être d'une faute d'un copiste qui aura transcrit inexactement le nom des Lexovii : c'était du moins l'opinion de Valois. Quant aux Aulerci, leur mention au nombre des populations du littoral ne permet pas de les identifier avec les autres rameaux lie ces nations, tels que les Cenomanni, les Eburovices et les Brannavices,

3. La mention du diocesis Dialetensis est faite par la Gbronique de Saint-Brieuc iMorice, Histoire de Bretagne, preuves, l. I*"", p. 23), qui emprunte le récit de l'événement où Ggure ce diocèse à la Chronique de Nantes, dont le texte imprimé porte ici Aieiensis. Toutefois l'adjectif Dialetensis ne peut être une variante imaginée par le chroniqaeur briocien, car c'est précisément son prototype, le chroniqueur nantais, qui parle, du Britanni Dialetenses. (Ibid,, preuves, 1. 1", p. 136.)

4. Acta sanctorum, t. Vil Octobris, p. 1098. — La variante Diablinticum est fournie par un manuscrit de la Vie de saint Viau, conservé à la bibliothèque de Rennes et cité par M. de la Borderie (Annuaire hist. etarchéol, de la Bretagne, 18G1, p. 106, note 1).

de manuscrits de la Notice des cités* renferme une glose, due sans doute à quelque scribe de la province de Tours, identifiant le chef-lieu de la civitas Diahlintum^ soit avec une ville nommée Aliud ou Adalà^^ soit avec un lieu du nom de Carifes^, dans lesquels Tœil le moins exercé reconnaîtra certainement la ^^eille ville romaine d'Alet, près de Saint-Malo, et quelqu'une de ces nombreuses localités bretonnes dont le noni commence par le mot Ker: Tune et Fautre de ces gloses paraissent dans des manuscrits du x^ siècle.

Tels sont les arguments qui autorisent l'opinion émise par nous dès 1872; il convient maintenant de répondre aux deux seuls objections sérieuses que présente la partie adverse.

Le nom DiablinteSj qui fut certainement la dénomination primitive de Jublains, localité du Maine célèbre par ses antiquités romaines, ne prouve pas que Jublains doive être certainement considéré comme le chef-lieu de la civitas Diablintum. N'existet-il pas au diocèse de Séez, une autre localité antique, Exmes, devenue de bonne heure le chef-lieu d'une circonscription territoriale, le pagus Oximensis ou FHiesmois, et dans laquelle bon nombre d'érudits ont voulu reconnaître le siège épiscopal de Litharedus, episcopus Oxomensis^ c'est-à-dire l'évêque des Ossismii^l Cependant personne, à notre avis, ne sera tenté d'assigner le diocèse de Séez pour demeure aux Ossismii: on supposera tout au plus qu'Exmes doit son nom à une colonie du peuple ossismicn. C*est pourquoi nous disons que Jublains peut avoir été fondé par un rameau des Diablintes^ et nous rappellerons à ce propos qu'on trouve, à l'époque romaine, des populations homonymes, et d'origine commune sans doute, sur des points divers de la Gaule : ainsi des CeutroneSj des Boiij des Medulli^ etc.

i . Le dossier consacré à la Notice par la Commission de la topog^raphic des Gaules renferme actuellement une vingtaine de manuscrits de cette série.

!2. c Civitas Diablintum, quae alio nomine Aliud vcl Adaia vocalur. »

3. t Civitas Diablintum, id est Carifcs. » Certains manuscrits joignent celte secomle glose à celle qui mentionne Aliud vel Adala,

l. Episcopus Oximensis est bien en effet le nom que portait Tévèque des pays de Léon et de Tréguier, avant le règne de Noménoé. Voyez, à ce sujet, un curieux document que l'on pense avoir été rédigé en 849, au concile de Tours, lors de fa création de Torchevéché de Dol (Sirmond, Opéra variai t. Ul, p. A09).

CIVITAS DÏABUNTUM. 319

Enfin, quant à l'opinion généralement admise depuis d' Anville et qui confond le Norèîoyvov, la ville des Aiderci Diablintes de Ptolémée, avec la station que la Table de Peutinger désigne sous le nom de Nudionnum comme un chef-lieu de cité qu'une voie romaine relie à Aregenus (Vieux) d'une part, à Subdùmum (le Mans) de l'autre , il ne semble guère possible de la prendre autrement que pour une conjecture gratuite. En effet, l'assimilation de Nudionnum avec JTublains, qui est la conséquence naturelle de cette conjecture, ne pourra être sérieusement admise t^nt qu'une borne milliaire ou quelque autre document itinéraire ne sera pas venu fournir les chiffres de distance qui manquent en ce point de la Table de Peutinger; en outre, il est plus qu'étrange qu'un copiste, si ignorant fût-il, ait pu altérer le nom gaulois Noviodumim (c'est la forme romaine du Nocèdoyvov grec), l'un des vocables les plus connus, les plus réguliers de la géographie gallo-romaine, en Nu Dionnum. Aussi n'admettonsnous pas la synonymie de ces deux noms et préférons-nous, d'accord avec feu M. de Gerville* et la Commission de la topographie des Gaules*, reconnaître la cité de Nudionnum dans Séez, le chef-lieu de la civitas Sagiorum, ville dont la dénomination primitive n'est fournie par aucun texte classique et qu'une voie romaine, parfaitement constatée, relie, comme le Nu Dionnum de la Table, à Vieux et au Mans.

Au VI* siècle, le territoire que nous assignons à la civitas Diablintum formait un Etat presque complètement indépendant, le petit royaume de Domnonée^, administré au spirituel par un prélat dont la résidence, selon le biographe de saint Samsou, await été la ville de Dol*.

Si Ton en croit un dos plus anciens historiens bretons, le fon-

1. Des villes et voies romaines en Basse-Normandie (Valognes, 1838), p. 51-52.

t. La Commissiou développera prochainement cette opinion dans un travail sur les voies romaines de la moitié septentrionale de la Gaule.

3. Le royaume de Domnonée comprenait, en outre, le futur diocèse de Tréguier.

i- M. de la Bordcrie a établi, croyons-nous, que Dol devait être considéré comme le chef-lieu de Tancien évôché du nord-est de la Bretagne, et qu'Alet (près de Saint-Malo) n'était alors, suivant toute apparence, qu'un monastère régi par un évoque régionnaire, suffragant de Tévéque de Dol. {Annuaire historique et archéologique de Bretayney année 1862, p. 172etsuiv.)

3â0 LA GAULE AU SIXIEME SIÈCLE.

dateur du royaume de Domnonée, Riwal, dont on place approximativement la mort à Tannée 520, se serait établi dans la péninsule armoricaine avec l'agrément du roi Clotaire*. Cette assertion, dont nous ignorons la source, prouverait que le roi de Soissons reçut, lors du partage des États de son père (511), quelque portion des Lyonnaises ; mais le fait n'est guère probable. Plus tard, vers 540, la suzeraineté de la Domnonée aurait échappé à Clotaire pour passer à Childebert en suite de l'usurpation de Comorre qui, déjà vassal du roi de Paris en qualité de comte de Poher, dépouilla de l'héritage paternel Judual, fils de Jonas et descendant de Riwal^; la tradition bretonne, représentée par quelques Vies de saints, la Vie de saint Lunaire par exemple, prouve même qu'au temps de Comorre, le roi Childebert était considéré comme le réel souverain de la Domnonée^. On sait encore, grâce à un écrit entièrement contemporain, la Vie de saint Samson, que le roi de Paris se prêta, de 552 à 554, au rétablissement de Judual*, et le résultat de cet événement fut sans doute une consécration de son protectorat.

i. Le Baud, Histoire de Bretagne^ p. 65.

2. A. de la Borderie, Annuaire histor, et arch. deBreiagney année 1862, p. 3iet suiv.

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