Fauchet, les Antiquités gauloises et françaises, p
4. i Super quandam ecclesiam ville cujusdam nuper construcle, que Malus Rivus dicilur >, 1179. (Archives dép. de la Marne, fonds de Saint-Pierre aux Monts, carton 8.) — Nous n'avons pas trouvé, au reste, de mention de Maurupl avant 1174;
l'Emaury [Hesum Amalrici), devait son surnom à l'un de ses anciens seigneurs*. Cette opinion fut alors partagée par d'éminents érudits et, entre autres, par le président Fauchet. Néanmoins depuis longtemps déjà Maurupt ne compte plus aucun partisan, même dans la Champagne châlonnaise, où Ton place communément le lieu de la bataille à 16 kilomètres au nord-est de Chàlons, sur les bords de la Noblette, auprès d'un ancien oppidum de forme elliptique désigné sous le nom de Camp (T Attila^.
La dénomination actuelle du c< Camp d'Attila » serait d'un grand poids pour déterminer l'emplacement de MauriacuSy s'il était certain qu'elle l'emontât à une haute antiquité ; mais il est loin d'en être ainsi. C'est évidemment à cette enceinte que s'applique le nom de Veti/s Catalau7ium qu'on lit dans un diplôme de 850^, car des aveux de 1 516, de 1 573 et de 1 604 la désignent encore sous ce même nom [le Viel-Chaalons)^. Il parait certain, d'ailleurs, que Jean Grangier, auteur d'une dissertation publiée en 1641 sur le lieu de la défaite du roi des Huns, a inventé l'appellation de « Camp d'Attila », qui depuis fut employée jusque dans les actes féodaux. Cette dénomination n'a donc pas plus de valeur que les désignations de tombeau d Attila ou de tombeau de ThéodoynCj appliquées depuis peu à certains tumuli^ ou plulôt à certaines mottes féodales de la Champagne châlonnaise.
Les prétentions châlonnaises ne peuvent tenir devant les paroles si précises d'Idace, suivant lequel les Huns, battus devant Orléans, repartirent dans la direction de Troyes et campèrent dans la Campafiia Mauriacensis^ ; aussi s'est-il formé une autre opinion sur l'emplacement du champ de bataille de 451, et
1. Hesum ^imaurici, H7i; — Hesiinn Emmarici, 12i3; — Heix-loU'Marriy 1309; — Heis-rAmaury, 1324; — Hez-le-Maanj, 1381; — Heiz-le-Maulru, 1388. (I^ongnoii, Dictionnaire lopoyrapkiquc du département de la Marne.)
2. Le camp dWltilu est situe sur le finage de la Cheppe (Marne, arrondissement de Chàlons, canton de Suippes).
3. Archives départem. de la Marne: cartulaire du chapitre de Saint-Ëlienne, du XII* siècle, pièce iv. — Conférez Ed. de Barthélémy, Diocèse ancien de Ckdlons-sur- Marne, t. I", p. 347.
4. J^ongnon, Dictionnaire topogr. du département de la Marne, au mot Camp D'atiiu.
5. c (Uvitas Aurelianis oralionibus beatissimi Aniani liberata est. Chuni repedantes recassis in Mauriacensem consedenles campaniam. > {[datii Chronicum, fragment reproduit par Ruinarl, Gregorii Turon, Opéra omnia, c. 708.)
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les défenseyrs de cette opinion, qui a réuni les suffrages des noms les plus estimés de l'érudition depuis Valois jusqu'à Jacobs, ont cru retrouver Mauriacus dans Méry-sur-Seine (Aube, arrondissement d'Arcis), petite ville située à 25 kilomètres nord-nôrdouest de Troyes. Mais l'exactitude de cette attribution a été contestée en 1860 par M. d'Arbois de Jubainville*, Le savant £irchiviste du département de l'Aube remÉœquait que, dans les actes du xu" siècle, Méry est toujours appelé Meriacum^ Mairiacum ou même Mariactim, tandis qu'on ne rencontre jamais les formes Mauriacum et Moriacurn}. Il soutenait, en outre, que Mauriacus n'a pu produire un nom tel que Méry, car jamais, disait-il, la diphthongue aUj de même que la voyelle o, ii'a produit un e fran- •çais^, et il proposait, comme équivalent du Mauriacus de Grégoire, Moirey (Aube, arrondissement de Nogent, canton de Marcilly, commune de Dicrrey-Saint-Julien), le Moriacum d'un pouillé du diocèse de Troyes rédigé en 1407, village aujourd'hui détruit, dont l'église existait encore au siècle dernier. Il signalait aussi un lieu dit les Batailles suivie finage de Fontvannes, tout auprès de Moirey, et non loin de la voie romaine d'Orléans à Troyes, par laquelle Attila avait dû passer en se dirigeant d'Orléans vers le chef-lieu des Tricasses.
Depuis, à l'occasion d'un texte précieux qui a été signalé simultanément en France par M. Anatole de Barthélémy* et par M. d'Arbois de Jubainville, ce dernier savant classait en trois
i. Nouvelle hypothèse sur la situation du campus Mauriacus {Bibliothèque de I^Ecole des chartes, t. XXI, p. 370-373).
2. On a prétendu depuis qu'on trouvait Moriacum dans un rôle du xiii^ siècle conservé aux Archives nationales (Boutiot, Histoire de la ville de Troyes, t. I, p. 519); mais celaii*est pas exact, et les meilleurs paléographe3 y lisent toujours Meriacum. C*est ainsi que nous avons imprimé le nom de Méry dans la publication que nous avons faite de ce document (Rôles des fiefs du comté de Champagne sous le règne de Thibaud le Chansonnier, p. 123-127).
3. Depuis, en 1870, M. d'Arbois de Jubainville a déclaré, tout en se prononçant contre l'identité du Mauriacus de 451 et de Méry-sur-Seine, qu'il avait été trop positif dans son assertion sur l'impossibilité du changement de au latin en é, et il cesse de nier que Méry puisse être dérivé de Mauriacum (Comptes rendus de la Société française d'archéologie et de numismatique, t. Il, p. 258); mais la question a été reprise par un romaniste exercé, M. Fr. Bonnardot, qlii conclut à Timpossibilité d'identiGer les deux noms Mauriacus et Méry (ibid., p. 303-307).
\. Dans son mémoire intitulé La campagne d'Attila (Revu£ des questions historiques, t. VUI, p. 337-404).
groupes les indicatiens géographiques fournies par les auteurs anciens sur le lieu de la défaite des Huns en 451 ^
Le premier groupe, reproduisant la version wisigothique, indique les champs Catalauniques : il est représenté par T Espagnol Idace ; Cassiodore , dont la chronique fut écrite à la cour de rOstrogoth Théoderic, et Isidore de Séville. Cette version n'est reproduite par aucun des auteurs appartenant à notre pays.
Le second groupe, acceptant la version franco-burgonde, est formé de quatre écrits : une loi bourguignonne rédigée de 488 à 490, qui désigne la bataille sous le nom de piigna Maurtacensis ; Grégoire de Tours, qui nomme le Mauriciens campus; Frédegaire, dont la leçon est Mauriacensis Campania , et la Vie de saint Aignan, où l'on trouve Mauriacus.
Le troisième groupe répétant la version romaine : Jordanès mêle celle-ci à la version gothique, en disant que le combat eut lieu in campos Catalaunicos^ qui et Mavrieii nominantur. Cette version figure sans mélange dans l'œuvre d'un continuateur de la Chronique de Prosper d'Aquitaine, qui, écrivant en 641 dans la Gaule cisalpine, dit que la bataille fut livrée au cinquième milliaire de Troyes, au lieu appelé Mauriea^ in Campania : « Pugna- » tumque est quinto miliario de Trecas, loco nuncupante J/awWra, » in Campania*, »
Les documents ainsi groupés, il n'y a plus lieu de tenir un aussi grand compte de la mention des plaines châlonnaises, car on comprend qu'une nation aussi éloignée que les Goths ait appliqué le nom de « champs catalauniques » à la plaine voisine de Troyes, qui, en réalité, ne formait qu'une seule campmia avec les plaines du pays de Châlons et même de celui de Reims. 11 reste maintenant à déterminer la valeur de l'indication qui place Mauriacus au cinquième milliaire de Troyes.
Les avis sont partagés sur le sens de l'expression in qumto mliariOj chez le continuateur de Prosper. M. de Barthélémy y voit un argument favorable à l'hypothèse de M. d'Arbois de Jubaio-
1. Encore un inot sur la bataille de MautHacus {Bibliothèque de VËcole des charteSf t. XXXI, p. 211-216).
2. G. Hille, Prosperi Aquitani chronici continuaior HavnienBis, p. 16.
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ville sur Tidentité de Mauriaciim et de Moirey. Mais, suivant lui, les mots quintum miliarium n'apportent pas d'élément nouveau bien précis pour la solution du problème qui nous occupe, car il les considère comme un synonyme de banlieue^, et on les trouve en effet avec ce sens dans des textes du xii"^ siècle*.
M. d'Arbois n'est pas de ce sentiment : il objecte que Texpression « cinquième milliaire », au sens de banlieue, appartenait seulement à la Gaule, — il aurait même pu dire « à l'ouest de la Gaule » (iMaine, Anjou et Poitou)^, — et non à Tltalie, où écrivait le continuateur de Prosper. Il remarque, de plus, que quintum miliarium s'employait dans ce cas avec la préposition infra = intra^ et non avec la préposition m, qui, dans nombre de documents latins, signifie « contre », « près de », a autour de » ^. Ainsi, selon le savant archiviste, on doit prendre le cinquième milliaire dans §on sens rigoureux et chercher Mauriacus à une distance de cinq milles de Troyes. Or, Troyes étant situé dans la Gaule septentrionale, où la lieue gauloise, plus longue de moitié que le mille romain, remplaçait officiellement cette dernière mesure, le cinquième milliaii^e équivaudrait, d'après M. d'Arbois, à il 005 mètres; cependant, dans un rayon de 1 1 kilomètres, on ne trouve actuellement aucune localité dont le nom puisse être rapproché de celui de Mauridcus^ Moirey luimême ne convenant pas en raison de la distance, 20 kilomètres environ, qui le sépare de la ville épiscopale^.
Le raisonnement de M. d'Arbois paraît pécher tout au moins par l'identification du cinquième milliaire du chroniqueur avec la cinquième lieue gauloise. En effet, Grégoire emploie plusieurs fois le niot milliarium en indiquant la distance d'un lieu à un autre, sans qu'il y eût nécessairement une route bornée pour relier les deux localités®; de là, par conséquent, assez peu