Livre IV, c. l
CIVITAS AREfATENSlUM. 437
tinger et les vases Apollinaires. Elle était située, suivant ces documents, à 15 {alias 16) milles de Nîmes, à 9 d'Arles, à 1 1 de Glanum (Saint-Remi), à 8 à'Emaginum (Saint-Gabriel); un des vases ajoute même le chiffre 1000 (mille pas) pour indiquer la distance qui séparait VGERNVM du passage du Rhône (TRAIECTVM RHODANI) pour la route conduisant de Nîmes à GLANVM, Ugemum étant situé sur la rive gauche du fleuve ^ Jean de Biclar, annaliste goth du vi* siècle, dit également que le château d!Hodjernumy c'est ainsi qu'il le nomme, était placé sur le bord du Rhône *• Ces diverses indications ne permettent pas d'attribuer à Ugemum un autre emplacement que celui de la ville actuelle de Beaucaire (Gard, arrondissement de Nîmes, chef-lieu de canton), qui faisait effectivement partie de l'ancien diocèse d'Arles.
Cette opinion acquiert une plus grande probabilité encore en présence d'une inscription découverte à Beaucaire même, et qui mentionne les VGERNENSES, c'est-à-dire les habitants d'Ugernum^; elle est aussi fortifiée par divers documents du moyen âge. C'est à l'année 1020 environ qu'il faut attribuer la dernière pièce connue où soit nommé le ca^trum de Vgemo^ appartenant alors au vicomte de Narbonne*, et c'est seulement un demi-siècle plus tard qu'on trouve la plus ancienne mention du château de Beaucaire [Bellum Cadrum) que possédait le même seigneur. Le nom àHJgemum ne périt cependant pas complètement : une île du Rhône, qu'un pont relie d*un côté à Beaucaire, de l'autre à Tarascon, est désignée dans les pièces latines du wf et du xin"" siècle sous le vocable de Gernica^ aphérèse probable d'un adjectif féminin Ugemica. Cette dernière appellation
i, K. Desjardins, Table explicative de la carte de Peutinger, p. 49. Ces dislances sont rigoureusement exactes pour Nimes et Saint-Remi; les 9 milles sont quelque peu insuffisants pour Arles; enfin les 8 milles seraient un peu forts pour Emaginum, si la route conduisant d*Ugernum à Ernaginum était directe.
% « Castrum, quod Hodjernum vocatur, tulissimum valde in ripa Rliodani fluminis vocatur, quod Recaredus rex fortissima pugna agressus obtinuit. » (Dooi Bouquet, t. Il, p. 21.)
3. Cette inscription, conservée aujourd'hui dans la chapelle du château de Beaucaire, est citée par M. Germer-Durand {Dictionnaire topogr, du départ, du Gard, p. 22).
i. Vaissete, Histoire générale de Languedoc, t. H, p. i5i.
.i38 LA GAULE AU SIXIÈME SIÈCLE.
subsiste elle-même dans le nom de Jarnègue qu'on donnait encore au siècle dernier à la porte de Tarascon située en face du Rhône ^
§ 2. — CIVITAS ALBENSIUM.
Antérieurement à 535, le chef-lieu de la civitas Albensium avait été transféré d'Aps, Alba Augusta^ à Viviers, localité située à \ 2 kilomètres au sud-est de cette ville : c'est pourquoi Grégoire désigne le pays des anciens Helvii sous le nom à'urbs Viva-
La civitds Albensium tomba sans doute au pouvoir des Wisigoths veis le temps où cette nation, maîtresse de TAuvei^e depuis 475, étendit sa domination sur la province viennoise (480). Une inscription funéraire trouvée à Viviers prouve, dans tous les cas, qu'elle obéissait au roi Alaric II en 496 ^. Il est à croire qu'après la bataille de Vouillé (507), elle fut cédée aux Bourguignons, car Venantius, episcopixs civitaiis Albensium^ assistait en 517, avec les évêques du royaume de Bourgogne, au concile d'Epaone. Dix-huit ans plus tard, en 535, c'est-à-dire postérieurement à la soumission des Bourguignons par les fils de Clovis, ce même prélat participait, en qualité de sujet de Théodebert, roi d'Austrasie, au synode de Clermont, où il prend le titre à'episcopu^ ecclesiae Vivariensis.
On ne possède aucune mention de Viviers durant le dernier tiers du vi"^ siècle. L'évêque de cette ville ne figure à aucun des nombreux conciles réunis sur l'ordre du roi Gontrau, et son abstention démontre assurément que la civitas Vivariensis ne faisait pas partie du nouveau royaume de Bourgogne. On doit donc vraisemblablement l'attribuer, pour cette période, au royaume d'Austrasie, dont les cités aquitaniques voisines de Viviers formaient une fraction importante.