Historia Francorufny 1. IV, c. xvm
3. Gregorii Turonenm Opéra omnia, édition Ruinart, col. 159, note a.
^ i. Géographie de Grégoire de Tours, !'• édit., p. 129. — Dans la seconde édition de son travail (p. 149), Jacobs dit, à propos du castrum Sellense: c Ce lieu, avec quinze paroisses démembrées du diocèse de Poitiers, a formé, pendant très-peu de temps, un évéché au profit d'Âustrapius, sous Clotaire I*'. j Mais rien, dans le texte de Grégoire, n'autorise celte 'mention de quinze paroisses unies au castrum, et il nous parait qu*ici notre savant devancier a été influencé par le souvenir de ce que Thistorien des Francs (1. V, c. V) rapporte de Tévôché dWlais.
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ne tarde pas à voir combien il serait difficile de la soutenir scientifiquement.
Une première objection, qui suffit seule à ruiner la cause de Celles, est son nom, ce nom même qui Ta désigné aux commentateurs de VHistoria Francorum : car le vocable Celles (ou plutôt Celle, puisqu'on le trouve traduit par Cella jusque dans les documents latins les plus modernes) * est dû à un petit établissement monastique, cella^ qui fut élevé, en H 37, du rang de prieuré à celui d'abbaye*. Une seconde objection, non moins grave, est la position de Celles dans la partie méridionale de Tancien diocèse de Poitiers, ce qui obligexwt à placer de ce côté le diocèse provisoire d'Austrapius, dont on ne comprendrait pas alors les rapports avec les Teifales, établis au contraire dans la partie septentrionale du Poitou, où ils ont laissé leur nom à la ville et au pays de Tiffauges {Theiphalia) y situé une trentaine de lieues plus au nord.
Il convient donc de chercher ailleurs le castrum Sellense; mais, avant de reprendre les investigations, il est indispensable, croyons-nous, de fixer le vocable même de ce castrum, que Grégoire de Tours emploie seulement sous la forme adjective et qui doit être traduit différemment, suivant qu'on le considère comme masculin ou neutre (SelltcSy Sellum)^ ou comme féminin {Sella). En effet. Sella aurait produit, en français, Selle ou Celle, tandis que Sellmoii Sellum aurait donné Seau, Seaux, Ceau ou Ceaux.
Or, on ne trouve dans le territoire de l'ancienne civitas Pictavorum aucun lieu du nom de Selle, et tous les Celle qu'on y rencontre semblent devoir leur dénomination aux monastères d'ordre inférieur qui leur ont donné naissance. Nous trouvons, en revanche, deux villages du nom de Ceaux, situés, l'un au canton et à 5 kilomètres au nord-est de Couhé (Vienne, arrondissement de Civray), l'autre au canton et à 1 2 kilomètres à l'est de Loudun (même département), et leur existence paraît faire pencher la balance en faveur de la forme masculine ou neutre du nom de notre castrum; hâtons-nous cependant d'ajouter que rien, en
t. Beaachct-Filleau, Pouillé du diocèse de Poitiers, p. 171. 2. Gallia christiamy t. Il, col. 1337.
dehors du nom de Ceaux, ne recommande ces villages à notre attention, et qu'on peut leur appliquer, au premier surtout, l'objection tirée de l'éloignement de Tiffauges.
Le castrum Sellense ne doit pas effectivement être cherché sur l'emplacement de Tun ou de l'autre de ces villages ; c'est du moins ce que le dernier des continuateurs de Fredégaire, qui vivait dans la seconde moitié du vni* siècle, nous permet d'affirmer, grâce à son récit des derniers événements du règne de Pépin, où le nom de Sellus castrum apparaît jusqu'à quatre fois dans les circonstances qui suivent.
On est au début de l'année 768 : le duc d'Aquitaine, Waïtre, ne pourra plus soutenir longtemps la lutte contre les Francs. Le roi Pépin réside à Bourges, où son armée, qui avait hiverné en Bourgogne, vient le rejoindre pour reprendre la guerre. C'est alors que la reine Bertrade, partant sans doute de cette même ville, passe à Orléans, d'où, s'embarquant sur la Loire, elle va mque ad Selltis castrum super fluvium ipsius Ligeris. Pépin vient, peu de temps après, s'y reposer près d'elle de ses fatigues, et il y reçoit les ambassadeurs d'Almansor, calife de Bagdad*, tandis que Waïfre s'est réfugié dans la forêt du Double, en Périgord. C'est de ce lieu, enfin, qu'il s'élance une dernière fois à la recherche du chef aquitain fugitif*. Tous ces faits sont également rapportés, bien qu'avec moins de détails, par tout un groupe d'annales franques, dont les Annales dites d'Eginhard off*rent la rédaction la plus achevée, et qui ne nomment le cas-trmn Selhis qu'une seule fois, à l'occasion de la fête de Pâques de l'année 768, que le roi Pépin célébra, disent-ils, in casiro qui dicitur Sels^.
Nous savons donc ainsi, à la fois, le nom latin {Sellus) du cas-
1. I^ chroniqueur appelle ce prince c Amormuni, rex Sarracenorum > ; mais Amormuni est ici une corruption du titre emir-almoum&nyn, c'est-à-dire c commandeur des croyants ».
2. Fredegarii Scholasiici Chronicum, pars IV, c. cxxxiv et cxxxv. — Le nom de SeUu$ parait quatre fois chez le continuateur de Fredégaire, et une fois seulement il ne le fait pas suivre du mot castrum,
3- Annales Tilliani, — Annales Loiseliani. — Annales Mettenses, — Les Annales dites d'Eginhard, plus correctes au point de vue du langage, donnent : c in castre quod dicitur Sels. »
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trum dans lequel Austrapius fut ordonné évêque, et la forme vulgaire (Sels) que ce nom revêtait au \uf siècle. 11 ne peut donc y avoir aucun doute sur la forme actuelle de ce vocable, si tant est qu'il se soit conservé jusqu'à notre époque. Aussi n'hésitons-nous pas un instant à reconnaitre le castrum Sellus dans Chantoceaux (Maine-et-Loire, arrondissement de Cholet, chef-lieu de canton), dont le nom, Châteauceaux jusqu'au XVI® siècle*, est la transcription française du nom latin, à cette différence près qu'ici, de même que dans les noms de Châteaudun, de Châteaumeillant, etc., le nom commun castrum s'est soudé au nom propre de la localité. La situation de Chantoceaux, près du pays de TifFauges et à dix lieues au nord de la ville de ce nom, sur une colline de la rive gauche de la Loire, répond parfaitement aux exigences du texte de Grégoire de Tours et de celui du chroniqueur contemporain de Pépin et de Charlemagne. Au dire de notre confrère M. Célestin Port, qui cependant n'y a pas reconnu le castrum où les Teifales vinrent menacer Austrapius, cette situation c< est de celles qui se désignent d'elles-mêmes comme un centre celtique ; mais là, comme ailleurs, ajoute le savant archiviste, l'occupation romaine s'établit sur les traces qu'elle recouvre et supprime, sans laisser elle-même d'autres vestiges que des briques à rebords, fréquemment rencontrées dans les champs*. »
Il nous faut maintenant aller au-devant de l'objection sui-
1. Voici, d'après M. Célestin Port {Dictionnaire historique, biogr. etgéogr. de Maineet'Loire, t. !•«•, p. 605-606, les formes successives du nom de Chantoceaux : Castrum Ceîsum, 103i-i070. — Castellum Celsum, 1061. — Castrum Ceaus, 1142-1145.— Castrum Celsianum, i 150-1 157. — Chatiaaceaus, 1271. — Chastonceaux, 1367. — Chastonceaux, 1390. — Chasteauceaulx, lequel Ion appelle maintenant en langage corrompu Chantoceaulx, 1529 (Bourdigné, f>XV). — c Le nom de Chantoceaux, conclut M. Port, signifie c château élevé », de Tadjectif celsum, qui se retrouve dans le nom de la commune de Sceaux, et que, dès les xi*-xi[* siècles, quelques textes indiquent à tort comme un nom propre. > Mais cette conclusion nous parait infirmée par le texte de Grégoire de Tours, et Ton ne pourra désormais reconnaitre dans la seconde partie du nom de Chantoceaux; qu'un vocable gaulois dont le sens n'est pas encore défini. Avant de clore cette note, nous croyons utile de reproduire les paroles suivantes de M. Port, auxquelles notre article prouve que nous adhérons complètement : c La prononciation rustique en a fait depuis le xvi* siècle Chantoceaux, forme que nous avons cru devoir accepter, pour ne point trop dévoyer la routine, en rejetant au moins la ridicule orthographe, en ce moment consacrée, de Champtoceaux, »
2. C. Port, Diction, hist et géogr. de Maine-et-Loire, t. !•', p. 607.
vante qui, au premier abord, pourrait sembler sérieuse : Chantoceaux faisait partie de Tancien diocèse de Nantes, et non de Tancien diocèse de Poitiers, où Grégoire place formellement le castrum Sellense. Mais cela n'est vrai que pour les huit siècles qui précèdent immédiatement la Révolution française. A Tépoque romaine, Strabon et Ptolémée l'attestent, le territoire des Pictones était limité au nord-ouest par la Loire ; de même, le diocèse de Poitiers, au VI* siècle, selon Grégoire, qui, on Ta vu précédemment, y place Rézé, vicus situé sur la rive gauche de la Loire, en fâce de Nantes. Ce sont les conquêtes des rois bretons sur les faibles successeurs de Charlemagne qui portèrent atteinte à Tintégrité de cette vaste circonscription. Le pays de Retz est d'abord annexé en 843 à la Rretagne, et par suite au diocèse de Nantes, et il semble que le pays de Tiffauges {Theiphalia), au sud de Chantoceaux, et les Manges, à Test de cette même ville, aient été ainsi rattachés, même avant cette époque, au comté de Nantes; ils faisaient, dans tous les cas, partie de la Bretagne au milieu du x*' siècle * . De là une certaine incertitude sur les limites diocésaines dans cette partie de la France, et les prétentions simultanées des évêques de Poitiers, de Nantes et d'Angers sur la juridiction spirituelle du pays des Manges, qui, vers le commencement du xi"" siècle, fut définitivement attribuée à Tévêque d'Angers*.
VOGLADENSIS campus. — Cette plaine est indiquée comme le lieu de la victoire remportée par Clovis sur Alaric'. L'historien des Francs la dit située « au dixième milliaire de Poitiers », distance qui ne saurait convenir à Civaux, village placé sur la rive gauche de la Vienne, à 30 kilomètres de cette ville ; car, ainsi que nous l'avons dit plus haut*, Grégoire, d'accord en cela avec les auteurs gallo-romains du vi* siècle, emploie le mot mil-
1 . Pages 507 à 571 . Voyez, à ce sujet, notre travail intitulé (es Cité$ gallo-romaines de la Bretagne (p. -43-45 du tirage à pan).
2. G. Port, Dictionnaire historique, biographique et géographique de Maine-et-Loire, t. II, p. 618.
3. ti Interea Chlodovechus rex cum Alarico, rege Gothorum, in carapo Vogladense, decimo ab urbe Pictava iniliario coiivenit. > {Historia Francorum, 1. II, c. xxxvii.)