‹ Géographie de la Gaule au VIe siècleChapitre 544 sur 597 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

3. Les Antiquités gauloises et françaises, édlt. de 161 1, p. 131-133.

k. Annales d'Aquitaine^ édition de 1644, p. 63-64. — C'est Bouchet qui, le premier, mentionne le fameux Pas de la Biche, qui rappelle^ prétend-on, le gué miraculeusement révélé à Glo?is; mais nous ne savons pas où Fauchet a trouvé que la nécropole de Civaux fût appelée le Chayn{p\ des Arriens.

5. Nous écrivons Vocladis, parce que la terminaison de ce nom est indiquée par un contemporain, l'auteur de la Vie de saint Maixent (voy. plus loin, p. 582, note 1). Quant au c qui remplace le g de Vogladensis, on le trouve dans ce même document, comm3

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opinion contradictoire à laquelle Scaliger s'était rallié dès le milieu du XVI* siècle : suivant les dissidents, le nom Vocladis se serait conservé presque intact dans celui de Vouglié (aujourd'hui Vouillé, Vienne, arrondissement de Poitiers, chef-lieu de canton) ; mais l'érudit magistrat, égaré par la lecture de Bouchot, oppose une fin de non-recevoir à cette hypothèse, parce « qu'il y a de Vouglié plus de huit lieues de distance jusques à Chauvigny, où les auteurs particularisent aucuns efiForts de la rencontre, principalement à Ci vaux. Cependant je ne débats point, ajoute-t-il, si Voclade a donné le nom à Vouglié ou Civaux*.»

La ressemblance des deux noms, Vocladis et Vouillé, continua néanmoins à frapper les curieux. On remarqua sans doute aussi que la distance de Poitiers à Vouillé satisfaisait mieux que celle de Poitiers à Ci vaux, aux exigences du texte de Grégoire, et, par suite, la question sembla résolue en faveur de Vouillé. Civaux conserva toutefois quelques défenseurs : les traditions créées par les érudits du xvi® siècle paraissaient assez importantes au xviii% pour que le père Routh* d'abord, l'abbé Lebeuf * ensuite, crussent devoir en parler; et le second de ces savants lui porta le coup de grâce en observant que les sépultures de Civaux ne pouvaient être celles des soldats d'Alaric, puisque le poète Fortunat, qui monta sur le siège épiscopal de Poitiers un siècle environ après la bataille de Vocladis , témoigne qu'on voyait de son temps les monticules formés par les cadavres de ceux qui avaient succombé dans la fameuse lutte de 507*.

dans la plupart des textes relatifs à la bataille de 507, et même chez Grégoire, qui, aa livre, II, c. 41 de VHistoria Francorum, parle du bellum Vocladense.

1. Les Antiquités gauloises et françoiseSy édit. de 1611, p. 133.

2. Le père Kouth a traité incidemment la question de l'emplacement du campus Vogladensis dans sa dissertation De humando modo a veteribus usurpa^o, publiée en 1738.

3. Essai de dissertation touchant la situation du campus Vogladensis, ou de la campagne appelée Gampania Voclavensis, dans laquelle fut donnée, en 507, la bataille entre CloviSf roi des Francs, et Alaric, roi des Goths. Ge mémoire occupe les pages 3(H à 337 du tome I" des Dissertations sur V histoire ecclésiastique et civile de Paris, publié par Tabbé Lebeuf en 1739.

4. Fortunat, après avoir parlé des surcès que Glovis dut, selon lui, à Tinterccssion de saint Hilaire, évoque de Poitiers, s'exprime ainsi : c Tanta prosperitale, altcro pro se pugnaturo, processit ad bellum, ut intra horam diei tertiam, ultra liumana vota sortiretur a Domino victoriam. Ubi multitudo occisorum cadaverum colles ex se visa si montium erexisse. » (Vita sancti Hilarii,c, ii, § 7, apud Bolland., 1. 1 Januarii, p. 794.

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Mais si la cause de Civaux était désormais ruinée sans retour, ceux-là mêmes qui avaient le plus contribué à ce résultat se prononçaient avec non moins de décision contre les partisans de l'identité du campus Vocladensis et des plaines de Vouillé. Le père Routh objectait que Vouillé est nommé Volliacum et, non pas « Vocladum » , dans les plus anciens titres connus et, de plus qu'il n'était pas situé sur le Clain où l'auteur des Gesta regum Francomm et Hincmar placent le campus Vocladensis. L'abbé Lebeuf s'empara de ces arguments pour chercher ailleurs qu'à Vouillé le lieu de la défaite d'Alaric, et conclut en disant que l'engagement commença sur les bords du Clain, auprès de . Vivonne, mais que « l'éclat du triomphe de Clovis fut du côté de Champagné-Saint-Hilaire », c'est-à-dire à 14 kilomètres au sud-est de cette petite ville.

En dehors de considérations stratégiques qui n'ont que faire ici, puisque les contemporains ne nous ont pas fait connaître le détail des mouvements militaires qui se terminèrent par la défaite d'Alaric, les arguments se réduisent à quelques rapprochements de noms que la critique la moins rigoureuse ne saurait admettre. Ainsi, le nom de Batteresse, village voisin de Vivonne, dériverait de la même racine que le verbe français « battre » ; l'appellation de Mougon, écart delà commune d'Iteuil, rappellerait celle de campus Mogotensis qui, chez Hincmar, équivaut au campus Vogladensis de Grégoire ; la désignation d'un autre village, Cloué, offrirait « un très-grand rapport » avec celui de Clovis ; enfin, Champagné-Saint-Hilaire rappellerait par la première partie de son vocable la campania Voclavensis de Frédegaire, tandis que son surnom serait dû, non pas à la possession de Champagne par l'abbaye de Saint-Hilaire de Poitiers, mais bien plutôt de ce que Clovis l'aurait donné à cette église c< en reconnaissance de la victoire qu'il avait remportée par les prières de saint Hilaire sur les Goths ariens »•

Quelque frivoles que pussent paraître ces étymologies, elles furent prises en considération par les contemporains de l'abbé Lebeuf et par les générations de savants qui suivirent. Dès le temps du savant ecclésiastique, on les fortifiait au moyen d^ob-

servations locales, que rendit publique un « mémoire sur le lieu de la bataille de Voclade », écrit par un officier d'infanterie résidant en Poitou et transmis au futur historien du diocèse de Paris par l'intendant de la généralité de Poitiers*. Au dire de ce discoureur, qui laisse bien derrière lui les inventions dont Bouchet s'était fait le porte-voix pour le plus grand honneur de Civaux, le Champ Alaric était le nom que portait un lieudit de la paroisse de Champagne, dont un autre climat était appelé le Tertre du Roi « et par corruption les Teils dos ras » . Transformer des tilleuls [teils) en un « tertre » était fort bien : on fit mieux. Le nom de « la Croix de l'Oume », c'est-à-dire « de l'Orme », — que portait une croix au pied de laquelle se voyait un tombeau, alors regardé pour celui d' Alaric, — devint, grâce aux savants poitevins, la Croix de l'Homme, et cet « homme », on n'en pouvait douter, n'était pas différent de l'adversaire de Clovis ; « les bois des Défens»,que l'abbaye de Saint-Hilaire possédait dans le voisinage de cette croix, devinrent pour le besoin de la cause « le bois des Défunts », et cette désignation rappelait, disait-on, les victimes de la lutte de 507. Plus tard, on* vit des chercheurs qui, marchant sur les traces de l'officier d'infanterie, affirmèrent que le village d'Auché, au nord de Champagne, avait d'abord été appelé Haché, — à cause du carnage qui s y était fait, — et qui ne doutaient pas que le nom de Champagne {Campaniacus) fût dérivé de Campus pu^nae.

Tant d'érudition ne toucha cependant aucun des auteurs qui, pendant un siècle à partir de 1739, écrivirent l'histoire de France : il est juste de dire aussi qu'aucun, peut-être, n'avait lu le mémoire de l'abbé Lebeuf, ni celui de l'officier poitevin. Les érudits, néanmoins, n'avaient pas perdu de vue la question de VocladiSy qui devait tout naturellement surgir de nouveau, lors du grand réveil historique qui eut lieu sous la Restauration.

C'est en effet à cette époque que l'abbé de Beauregard, curé de la cathédrale de Poitiers, écrivit, au sujet de l'emplacement du campus VocladensiSy une longue dissertation qui, restée

1 . Ce Mémoire sur le lieu de la bataille de Voclade et sur celui de la bataille de Poitiers a élé publié par l'abbé I^beuf, aux pages 325 à 337 du volume précité.

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iiianuscrite,est seulement connue par une analyse que M. Ménard, secrétaire de la Société des antiquaires de T Ouest, en publia en 1835, alors que M. de Beauregard occupait le siège épiscopal d'Orléans ^ Ici encore on trouve ces considérations stratégiques qui nous semblent hors de propos, et une confiance égale accordée aux auteurs du vi® ou à ceux du xi* siècle : Roricon est mis sur le même pied que Grégoire de Tours. La conclusion est à peu près la même que celle de l'abbé Lebeuf. Selon Téminent prélat, la bataille aurait sans doute commencé « dans les plaines situées en face de Mougon et appelées par Hincmar campus Mogotensis. On dut combattre aussi près de Batteresse » ; mais Tétymologie que Tabbé Lebeuf proposait pour le nom de ce village n'est pas adoptée par Mgr de Beauregard. L'action se serait terminée « vers Champagné-Saint-Hilaire [Campus pugnae Sancti Hilarii)j bourg près duquel on montre un bois nommé bois des Défunts et une croix de pierre appelée la Croix de l'Homme, au pied de laquelle était à demi enfoncé un tombeau sans couvercle, que la tradition disait être celui d'Alaric » . L'auteur se montre toutefois rebelle à l'opinion qui voit dans la Motte de Ganne, — butte haute de quinze pieds, qu'entoure un fossé de 7 mètres de large et de 120 mètres de circonférence — un tumulus formé par l'amas des morts de la bataille de 507. Mgr de Beauregard a en effet, soigneusement visité cette butte, située entre Anché et Batteresse, « mais il n'a pu acquérir la preuve qu'elle renferme des ossements, et il ne croit pas même que sa destination ait été d'en recouvrir »• En revanche, il retrouve le nom de Vocladis dans celui de Voulon que porte un village de la rive gauche du Clain, placé à peu près à égale distance de Vivonne et de Champagné-Saint-Hilaire. Ce serait aussi à Voulon qu'il faudrait placer la cellule de saint Maixent, qui fut attaquée en 507 par une bande de pillards, et Mgr de Beauregard appuie cette opinion du fait que l'église de Voulon est encore placée sous l'invocation du saint abbé et que le tableau du maître autel représente précisément ce trait de la vie du bienheureux, ce qui n'est, on le pense

1. Cette analyse a été imprimée sous le titre : Dissertation sur le campus Vocladensis, au tome H des Mémoires de la Société des antiquaires de VOuest, p. 109-119.

bien, qu'une conséquenee naturelle du choix de saint Maixent comme patron de l'église. En résumé, on ne voit dans ce mémoire rien de nouveau que deux identifications impossibles à admettre : 1** la synonymie de Voulon et de VocladiSy dont personne, en Poitou, si ce n'est quelques habitants du lieu, ne songera à se constituer le défenseur ; 2** la situation du monastère de Saint- Maixent à Voulon, que le texte invoqué par Mgr de Beauregard condanme absohiment, puisqu'il distingue d'une manière fort nette le monastère que gouvernait saint Maixent de la villa nommée Vocladis * » .

La thèse de l'abbé Lebeuf, rajeunie par Mgr de Beauregard, attira-t-elle alors beaucoup l'attention du monde savant? Nous l'ignorons, mais il est permis d'assurer qu'elle fit peu de prosélytes, puisque Jacobs, qui adhérait en 1 858 à la nouvelle opinion, constate que « parmi les auteurs contemporains d'histoire générale, un seulement, M. Henri Martin, s'est enquis de la vérité, et a placé le lieu de la mort d'Alaric et de la ruine des Wisigoths en Gaule, à Voulon*». En Poitou, la question semble résolue ou du moins le silence se fait sur elle, et il faut arriver jusqu'en 1873 pour trouver un écrivain qui s'attaque bravement à Topinion de Mgr de Beauregard.

M. l'abbé Pourtault se prononça hautement pour Vouillé dans la brochure qu'il publia en 1873^ Il porte tout d'abord deux coups formidables aux défenseurs de Voulon : le nom de ce village, dit-il, n'est pas dérivé de celui de Vocladis, et sa situation ne répond pas non plus à la distance qui, selon Grégoire, séparait Vocladis de Poitiers. Il observe , avec justesse , que la mesure employée par l'auteur de VHistoria Francorum étant le mille romain, Vocladis, situé au dixième milliaire à partir de Poitiers, doit être cherché à 1 5 kilomètres de cette ville, tandis que Vou-

\ . € Eodem tempore contigit ut Franci cum Gothis conflictu bellico advenirent, praecedente eos Chlodoveo rege. Cum aulem monasterio propi tiquassent in quo sauclus Maxentius pastor habebatur, et venissent ad Yiliam vocabulo Vocladera, instinctu cogitare coeperunt ut idem monasterium debellare deberentet sanctum virum occiderent. > {Vita sancti Maxentii, c. i, apud Mabillon, saec. I, p. 57?)

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