Géographie de Grégoire de Tours et de Frédegaire, p
3. Le champ de bataille de Clovis contre Alaric est-il à VouiUéf est-il à Voulon? In-18 de 86 pages. Poitiers.
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loD en est éloigné de 28 ; que si Ton admet, contre toute vraisemblance, que Grégoire se sert de la lieue gauloise, les 22 ou 23 kilomètres, équivalant à dix de ces lieues, sont encore insuffisants pour marquer la distance de Poitiers à Voulon, qui est, eu réalité, de plus de douze lieues gauloises. 11 ajoute, en outre, avec une certaine apparence de raison, que Tévêque de Tours n'a sans d,oute été induit à indiquer la distance de Vocladis à Poitiers que parce que, de son temps, Vocladis était relié au chef-lieu de la cité des Pictones par une route mesurée. 11 constate, à ce propos, que Voulon est situé hors de portée de la voie romaine de Poitiers à Bordeaux, tandis que Vouillé est traversé par la route antique de Poitiers à Nantes , et cette constatation devient un puissant argument contre Voulon, car il est à peine besoin de remarquer que, les armées ne marchant pas à travers champs, le lieu où les forces d'Alaric rencontrèrent celles de Clovis doit être évidemment cherché non loin d'une grande voie. La topographie du pays avoisinant Voulon et Mougon fournit aussi à M. l'abbé Pourtault l'occasion de porter un nouveau coup à la thèse soutenue par Tabbé Lebeuf et par M. de Beauregard, car la « plaine de Mougon » , où Ton a voulu voir le campus Mogotensis de Hincmar, n'a jamais existé, et l'on n'aqu'à jeter un coup d'œil sur la carte de l'État-major pour s'en convaincre.
Ce sont là les meilleurs résultats de l'étude que M. Pourtault a consacrée au champ de bataille de 507, car nous ne pensons pas qu'on doive suivre l'auteur dans tous ses calculs, notamment dans le parti qu'il prétend tirer contre Voulon d'un fait rapporté par Grégoire : nous voulons parler de l'apparition d'un globe de feu qui, s'élevant de l'église de Saiut-Hilaire, fut aperçu par Clovis dont la tente était alors établie à peu de distance de Poitiers. M. l'abbé Pourtault établit bien clairement que la communication p6ir signaux entre le clocher de Saint-Hilaire et Voulon est impossible en raison de l'altitude de certains points intermédiaires, mais Grégoire ne dit nullement que Clovis fût dès lors établi au lieu où il vainquit Alaric, et l'objection n'a dès lors aucune portée.
M. l'abbé Pourtault n'a pas tardé à trouver un contradicteur dans la personne de M. A.-F. Lièvre, qui, dès cette même
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année 1873, publia à son tour une dissertation * où il prend successivement à pêirtie chacune des opinions en cours plaçant le lieu de la défaite d'Alaric à Vouillé, à Voulon et à Mougon. Pour le nouveau venu, la solution est ailleurs : dressant à son tour un nouveau plan de bataille à Tusage d'Alaric et de Clovis, il croit établir que le choc des deux armées eut lieu à dix milles au nord de Poitiers, vers Saint-Cyr et Dissais, sur la voie romaine de Tours qui longe le Clain. Le nom de Saint-Cyr a remplacé évidemment un vocable plus ancien qui pourrait être « Vocladum », à moins que cette appellation n'appartînt à une localité antique située à cinq milles plus au nord et connue dès le vni* siècle sous le nom de Vieux-Poitiers, dont Ta décorée l'imagination populaire. Entre Saint-Cyr et le Vieux-Poitiers se trouve une habitation dite la Bataille, en souvenir sans doute de la lutte entre les Goths et les Francs. Dissais, à 2500 mètres au sud-ouest de Saint-Cyr, représente, selon toute apparence, le campus Dubiacfinsis^ qu'un des manuscrits de l'Histoire des Francs a substitué au campus Vogladensis . Enfin, le campus Mogotensis, indiqué par Hinemar comme le lieu du combat, doit être retrouvé dans Moussais, cheflieu de la commune dont dépend la maison de la Bataille , et il serait possible que le miracle du globe de feu sorti de la basilique de Saint- Hilaire se rapportât à l'église paroissiale de Saint-Ililaire de Moussais, et non à la célèbre basilique de Poitiers.
Nous avons résumé aussi fidèlement que possible Thistorique de la question de topographie que soulève le nom du campus Vacladensis ; il y a lieu maintenant de présenter cette même question sous son véritable aspect. Les divers récits du combat de 507 dérivent tous, plus ou moins directement, de celui de Grégoire, et, pour ne parler que des récits antérieurs au x' siècle, tous relatent la distance de dix milles* qui, selon l'évêque de
1. Du lieu où Clovis défit Alaric en 507. In-8® de 29 pages, avec trois plans (extrait du Bulletin de la Société académique de Poitiers, juillet 1873),
2. € In campania Voglavensi, decimo ab urbe Pictava miliario. » {Historia Fran* corum epitomata, c. xxv.) — du campo VogIadi[n]se, super fluvium Glinno, milliario decimo ab urbé Pictava. » {Gesta regum Francorum, c. xvii.) — c lo campo Nogotinse,
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Tours, existait entre le champ de bataille et la ville de Poitiers : la circonstance du voisinage du Clain fait son apparition au vm* siècle dans les G esta regum Francorum, Quant au nom du campus Mogotensis, il n'est qu'une faute des copistes de Hincmar, car certains manuscrits de la Vie de saint Rémi donnent la leçon MoglotinsiSj dans laquelle on doit voir seulement une altération du Vogladensis de Grégoire*. hGi\Qivmnie Dubiacensis^ qui, au sentiment de M. Lièvre, ne saurait être attribuée à un copiste de Thistorien des Francs, provient seulement d'une inadr vertance de Ruinart ou de Timprimeur : elle ne se rapporte pas, en efiFet, à Vogladensis^ et sa place est une quarantaine de mots plus loin, puisque Duhfbce?isis dans le manuscrit Colbert tient la place de l'adjectif Tulbiacensis '.
Quelles sont donc les objections un peu sérieuses qu'on ait produites contre l'identité de Vocladis avec Vouillé? Ce sont la situation de Vouillé à quelque distance — 15 kilomètres — du Clain, et le nom de ce village, qui, dit-on, est dérivé de Volliacum et non de Vocladis; mais nous croyons que l'un et l'autre de ces arguments ne sont pas irréfutables.
L'auteur des Gesia regum Francorum qui, le premier, a indiqué la situation du champ de bataille sur les bords du Clain {super fluuium Clinno)^ a pu être influencé par la mention de la faible distance séparant le campus Vàcladensis de Poitiers, et croire que ledit campus était situé sur le Clain, de. même que le chef-lieu de la civilas Piclavorum^ car cet écrivain, qui connaissait assez le nom de cette rivière pour l'inscrire dans sa chronique, n'ignoipait pas sans doute qu'elle passait à Poitiers. Au reste, en supposant l'identité de Vocladis et] de Vouillé , l'erreur n'était pas aussi grossière que certains des lapsus géographiques qui échappent journellement à nos contemporains, bien mieux outillés cependant pour le travail que ne l'était assurément le
super fluvium Giinno, milliario decimo ab urbe Pictavis. i (Hincmar, Vitasancti Remigii.) — c In campo Vosaglinse super Clinnum fluvium, decimo milliario ab urbe Pictava. > (Roricon, Gesta Francorum, 1. IV.)