Roget de Belloguet, Questions bourguignonnes y p
partie septentrionale de la civitas Basil iensium. Cependant le coup ne porte pas : Frédegaire ne parle nullement, en effet, du Sundgau comme on s'accorde généralement à le croire, mais bien des habitants du Saintois [Suggentenses) *, pays démembré de la cité de Toul. Toutefois les paroles du chroniqueur du vu* siècle prouvent que le Sundgau faisait partie du royaume d'Austrasie sous Sigebertl"* et Childebert II, car ce pays était, comme son nom l'indique, « le canton méridional » de l'Alsace, partagée dès lors en Nordgau et Sundgau ; mais rien n'autorise à croire que le royaume de Contran, fréquemment désigné par l'appellation de « royaume de Bourgogne » , ait eu la même limite septentrionale que Tancien Etat bourguignon. Ce ne sera donc point le texte de Frédegaire, mais bien l'absence complète de preuves, ou même d'indices, qui nous décidera à ne pas renfermer la civitas Basiliensiiim dans les limites du royaume de Gondebaud et de Sigismond.
La conquête et le partage de. la Bourgogne par les Francs. — Les renseignements que les historiens contemporains nous ont transmis sur les derniers jours de la monarchie bourguignonne se réduisent à bien peu de chose. Nous allons essayer de les résumer et de faire saisir ensuite les deux phases bien distinctes de la soumission de la Bourgogne que le pai*tage de ce pays entre les héritiers de Clovis nous permet d'entrevoir.
C'est en 523 que Clodomir, Childebert et Clotaire, poussés par le ressentiment de leur mère Clotilde, qui voulait tirer vengeance de la mort de ses parents sur les fils de Gondebaud, marchèrent contre la Bourgogne. La fortune lès favorisa, et ils battirent Tarmée bourguignonne commandée par Sigismond et par son- frère, Godemar, qui tous deux prirent la fuite. Sigismond revêtit la robe d'un religieux et voulut chercher un refuge au
i. Voici, du reste, les expressions mêmes de Frédegaire : c Anno xv regni Theuderici, cum Âlesaciones, ubi fucrat enutritus, praecepto patris sui Childe))erti tenebat^ a Tlieu-
debertoritu barbaro penraditur Coactus atquc compuisus Theudericus, timoré per-
territus, per pactionis vinculmn Alsacios ad partom Theudeberti firmavit; eliam et Suggentenses et Turonscs et Cainpanenscs, quos saepius repelebat. > [Fredegarii scholastici Chronicon, c. xxxvii.) — Sur les anciennes formes du nom du Saintois, Yoye» bepage< Dictionnaire topographique du département de la Meurthe^ p. 122;
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monastère de Saint-Maurice en Valais, mais il tomba dans les mains des Francs de Clodomir, qui l'emmena dans TOrléanais avec sa femme et ses enfants. Les rois francs s'étant éloignés, Godemar réunit ses forces et recouvra le royaume : cet événement força Clodomir à retourner en Bourgogne ; mais avant de quitter ses Etats, il fît mettre à mort Sigismond et la famille de ce malheureux prince. Il ne semble pas que Childebert et Clotaire aient participé à cette seconde expédition ; par contre, , * le roi d'Orléans réclama cette fois l'assistance de Théoderic, son frère consanguin, qui, bien qu'ayant épousé la fille de Sigismond, ne semble pas avoir songé un moment à venger celui-ci. Vézeronce, situé au territoire de Vienne, à dix lieues seulement au sud d'Ambérieux, la capitale traditionnelle des rois bourguignons, est le lieu où Clodomir etThéoderic réunirent leurs armées: c'est là qu'ils livrèrent bataille aux troupes de Gofleniar et les mirent en déroute ; c'est là enfin que le roi d'Orléans fut tué en poursuivant les fuyards. Exaspérés de la mort de leur chef, « les » Francs donnent la chasse à Godemar, écrasent les Bourgui- » gnons et soumettent tout le pays, » dit Grégoire, qui, deux lignes plus loin, rapporte que le successeur de Sigismond rentra cependant de nouveau en possession de son royaume*. L'intervention des Ostrogoths dans les affaires de la Bourgogne, intervention jqui, toute pacifique qu'elle fut, eut pour résultat d'annexer les dix cités méridionales de ce royaume (Trois- Châteaux ou Saint-Paul, Vaison, Orange, Avignon, Carpentras, Cavaillon, Apt, Sisteron, Gap et Embrun) aux Etats du roi d'Italie, doit être certainement rapportée à la première expédition de Clodomir ^
La seconde campagne des Francs appartient à l'année 524 ; la troisième, qui n'eut pas lieu avant 532, fut décidée par Childebert et Clotaire, lesquels y convièrent Théodcric, l'un des combattants de Vézeronce. Le roi d'Austrasie refusa son concours, et, pour calmer ses guerriers mécontents, qui le menaçaient de
1. llistoria Francomm, \. V, c. vi. — Marti episcopi Chronicon. 2 Voyez, sur l'annexion de la Bourgogne méridionale aux Ëlats de Théodcric, ce que nous avons dil plus haut, pages 58 à 63.
DÉMEMnRBMENT DE \A BOURGOGNE. 79
suivre ses frères en Bourgogne^ il leur promit le pillage de l'Auvergne rebelle. Grégoire ne relate de celte expédition que le siège d'Autun par les deux princes francs, la fuite de Godemar, la soumission de la Bourgogne entière, et l'on pourrait être tenté de croire que les Bourguignons dnrent abandonner dès le premier jour tout espoir de salut*. Il n'en fut cependant pas ainsi, car une épitre de Cassiodore nous fait connaître que « le Bourguignon », c'est-à-dire Godcmar, désireux de recouvrer ce qui lui avait été enlevé, reconnut lu suzeraineté des Oslrogoths moyennant un léger agrandissement territorial, et, dit le secré— taire du roi Athalaric, il « défend plus sûrement son royaume maintenant qu'il a déposé les armes* o. Cette lettre, écrite postérieurement à la mort de Théoderic l'Austrasien', qui fut suivie, à quelques mois de distance, de la ruine définitive du royaume de Bourgogne, montre que ce dernier événement fut précédé de quelques jours d'une accalmie trompeuse.
Plusieurs savants ont cru que Childebert et Clotaire s'étaient partagé la Bourgogne sans en réserver quelque portion au roi d'Austrasie dont l'armée n'avait pas participé à la dernière campagne contre les Bourguignons. C'est là une erreur que réfute la Chronique d'im prélat de cette nation. Marins d'Avenchcs, où Ton lit que ce sous le consulat de Paulin [534], les rois des Francs, Childebert, Clotaire et Théodebert, se rendirent maîtres de la Bourgogne et, ayant mis Godemar en fuite, se partagèrent son royaume* ». Oji doit évidemment conclure de ce fait que Théodebert, le nouveau roi d'Austrasie, consentit à donner à ses deux oncles l'appui que leur avait refusé son père.
Les paroles de Marins sont au reste vérifiées par ce que l'on