ROYAUME DE CLODOMIR
la cité d'Orléans et celle de Tours, doit être nécessairement attribuée à Clodomîr, à qui elle était nécessaire pour maintenir les communications par voie de terre ou par voie d'eau entre la capitale et l'une des plus importantes villes de son royaume ; or, le Blésois représentant la partie la plus méridionale de l'immense cité de Chartres, il nous paraît qu'on a quelque chance d'être exact en donnant la civitas Camotum tout entière au roi d'Orléans, en partant de ce principe que ce ne sont pas les partages primitifs entre les fils de Clovis et de Clotaire qui semblent avoir produit les premiers fractionnements des cités entre les princes francs, mais bien les partages subséquents motivés par la mort de l'un des quatre frères. L'Anjou, que la Loire traverse après sa sortie de Touraine, appartint probablement, de 5H à 524, au même roi que cette dernière province : cette opinion trouve une sorte de confirmation dans le fait que la cité d'Angers fit plus tard partie des Etats de Théodebert et de Theodebald, foimant ainsi une enclave fort éloignée des principaux groupes territoriaux du royaume de Metz, enclave qui porte la marque évidente d'un partage secondaire. Les cités de Nantes et de Poitiers, entre lesquelles coule ensuite la Loire avant de tomber dansl'Océan, ont dû compléter vers l'ouest le royaume d'Orléans, et les érudits, qui ont le plus récemment étudié les partages de la Gaule au vi^ siècle, accordent volontiers que Poitiers partageait déjà, de 511 à 524, le sort de Tours, parce que, disent-ils*, ces deux villes furent depuis constamment unies sous la domination successive de Clotaire, de Charibert, de Sigebert, de Chîlperic, de Contran et de Childebert II, qui les faisaient gouverner par un seul et même duc. A ces différentes cités on peut joindre avec quelque raison le Berry, situé au sud de l'Orléanais, confinant d'une part, vers l'ouest, à la Touraine, et limité d'autre part, à l'est, par la Loire, qui lé séparait de la cité d' Auxerre ; mais nous pensons que le texte de Grégoire relatif à un événement de Tannée 530, texte où il est dit que la cité de Bourges
i. Bonnell, Die Anfànge de$ karolingischen HataeSy p. 199.— Baillet, Histoire du royaume d'Orléans, p. 267-268, du tome V des Mémoires de la Société d^agriculture (TOrléans.
était «alors» du royaume de Childebert, ne doit pas être employé, comme il Ta été par M. Bonnell, pour prouver que le roi de Paris possédait le Berry en vertu d'un récent partage (celui du royaume de Clodomir), car les mots «tune temporis», dont l'historien des Francs s'est servi en cette occasion, sont là simplement pour marquer une opposition entre les possesseurs de Bourges, au temps où écrivait Tévêque de Tours, et le priuce qui y était obéi en 530.
En dehors de ces neuf cités : Sens , Auxerre, Bourges, Orléans, Chartres, Tours, Angers, Nantes et Poitiers, nous ne voyons aucune circonscription qu'on puisse joindre avec quelque vraisemblance aux Etats de Clodomir. Quelle raison de placer le Mans, avec l'abbé Lebeuf * et M. Aug. Baillet', au nombre des cités dépendant du royaume d'Orléans? Aucune, à notre avis, car Clodomir possédait le cours de la Loire franque sans avoir besoin de la civitas Cenomannorum. Objectera-t-on que cette circonscription fait partie du bassin de la Loire? Nous répondrons à cela que la géographie physique ne joua qu'un rôle fort effacé dans les partages de l'empire franc, et que cette raison, si elle était prise en considération, devrait faire également attribuer à Clodomir le Limousin et l'Auvergne, qui font aussi partie du bassin ligéritain : or on sait que l'Auvergne obéissait à Théoderic dès l'année 515; et quant au Limousin, si un historien allemand, M. BonnelP, s'est montré disposé à en favoriser Clodomir, ce paraît être uniquement dans le but de donner à Théoderic uu lot équitable dans le partage des possessions aquitaniques de son frère défunt. Enfin, si même il était certain que les quatre fils de Clovis eurent chacun une part dans les provinces du sud-ouest de la Gaule, ce serait sans indice aucun qu'on donnerait au roi d'Orléans la Novempopulanie, dont la métropole, Eauze, faisait partie du royaume d'Austrasie en 549*.
i. Dmertaiion dans laquelle on recherche depuis quel temps le nom de France ,