ROYAUME DE CLODOMIR
I/abbé Lebeuf se croit obligé de reconnaître que Clodomir possédurt cjuelques domaines enclavés dans les Etats de ses frères * : il s'appuie sur la Vie de saint Remy, écrite par Hincmar, au milieu du ix* siècle seulement, ouvrage où on lit en effet que Clodoald, fils de Clodomir, ayant reçu les ordres, obtint plus tard de ses oncles une part d'héritage [partem hereditatis) et qu'il légua Douzy en Mouzonnais à Téglise de Reims, Reuilly en Berry à l'abbaye de Saint-Denis, et Nogent (aujourd'hui Saint- Cloud) à l'église de Paris*. Mais les mots pars hereditatis n'ont certainement pas, chez un auteur postérieur de trois siècles aux événements qu'il raconte, la valeur précise que chacun leur reconnaîtrait s'ils étaient employés par un contemporain : sous la plume d'Hincmar, ils signifient seulement une dotation quelconque, une indemnité accordée au prince dépossédé. Il est probable du reste que les oncles de Clodoald ne s'attachèrent nullement à lui donner quelques-uns des domaines qui avaient appartenu à son père ; ne serait-il pas étrange, en effet, que le roi d'Orléans ait possédé le domaine de Nogent, à deux lieues de Paris, le siège royal d'un de ses frères. Nous ferons les mêmes observations au sujet de Douzy, localité de la civitas de Reims, située sur les confins des territoires de Trêves et de Verdun, c'est-àdire au centre même du royaume d'Auslrasie.
On trouve encore dans les travaux de l'abbé Lebeuf diverses hypothèses sur l'extension du royaume de Clodomir vers la Bourgogne: mais ces hypothèses reposent uniquement sur le refus de voir un évêque de Nevers dans Vepiscopus Nivernensium du concile bourguignon d'Kpaone en 517^, et sur une sorte d'identité établie entre le royaume de Clodomir et celui de Contran, auquel échut, en 561 , le siège royal d'Orléans, identité
1. Dissertation dans laquelle on recherche depuis quel temps..., p. 87 à 90.
2. < Uis ila geslis, filius Ghlodomiri filii Chludowici régis, iiomine Chlodoaldus
in clericum se totondit et, processu leinporis vilae ac rcligionis suae merito, partem hereditatis a patruis regibus oblinuit. De qua Duziacuni villam in pago Mosomagensi cuia appcndiciis suis sancto Reniigio uc Reniensi ecclesiae tradidit, et villam Ruilliacum in pago Biturico sancto Dionysio delegavit. Villam vero Novientum in pago Parisiaco, cuni omnibus ad se pertinent ibus, matri ecclesiae I^arisius civilalis, ubi presbyler extitil ordinatus, donavit. » (Bouquet, t. III, p. 380.)