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7,256 Kilomètres étaient construits. Sur ces voies ont circulé, dans le cours de cette année, plus de quatre millions de tonnes de marchandises et de neuf millions et demi de voyageurs. Quelques lignes , comme le Grand Ouest argentin dont on ne pourra mesurer V importance qu après sa jonction avec le réseau chilien, ont un trafic encore insuffisant; mais d'autres, comme Buenos- Ay res à Rosario, le Sud et le Provincial de Buenos-Ayres , sont déjà en plein rapyport. Toutes, sans exception, ont puissamment contribué à la mise en valeur des terres et ci la prospérité des contrées quils traversent.
Les voies qui parlent du grand débouché maritime de Buenos-Ayres en formant l'éventail constituent maintenant un système logiquement coordonné, qui, à en juger par la moyenne de 1888 (49 pour 100 de produit net), peut rémunérer le capital engagé et dont les lignes en construction feront prochainement un réseau complet et serré.
Dans leur ardent désir de jouir promptement de cet outillage nécessaire, les Argentins n'ont pas toujours attendu que la richesse fût créée dans une contrée pour lui offrir des moyens de transport. On peut peut-être leur reprocher d'avoir été entreprenants jusqu'à la témérité r Mais ne voyaient-ils pas, en maint endroit, la richesse naître à mesure qu’il devenait possible de la transporter, les moissons se lever en quelque soy'te et le bétail se multiplier derrière la locomotive? Comme les jeunes gens qui ont une bonne constitution et une croissance vigoureuse , les jeunes nations américaines , fibres de leurs progrès, confiantes dans leur avenir, se laissent facilement emporter par la fougue de V enthousiasme . Les vieilles nations d’Europe elles-mêmes sont- elles assez garanties par leur expérience contre des élans irréfléchis et contre les excès de la spéculation pour se montrer sévères à l’égard des autres?
INTRODUCTION
Quand les capitalistes traitent d’une affaire, ils ne sauraient regarder de trop près les détails , afin de proportionner exactement les moyens à la fin. Quand les historiens jugent une époque, c’est de haut qu’ils envisagent la situation et c’est par des traits généraux qu’ils la caractérisent. Or, les chemins de fer ont été et resteront les bienfaiteurs du grand bassin de la Plata. Dans cette plaine, comme dans celle du Mississipi, ils ont, en rapprochant les distances, supprimé l’obstacle que l’espace opposait à la civilisation. Non seulement ils donnent de la valeur aux produits du sol en leur procurant à peu de frais un facile accès sur les marchés du monde et ils stimulent ainsi les producteurs par la certitude du débouché , mais ils attirent l’homme.
Le colon vient, précisément parce qu’il sait que son travail sera fructueux ; propi'iétaire, il acquerra à bon marché la terre dont les produits rencontreront , quelque éloignée qu’elle soit des centres, de popidation, des acheteurs dans les villes et jusqu’en Europe : salarié, il trouvera l’emploi de ses forces, surtout s’il les applique ci l’agriculture, parce qu’une contrée , telle que la plaine argentine, éprouve un grand besoin de bras et de capitaux pour tirer parti de ses richesses naturelles.
Il vient, parce que, dans cette immensité, il ne se sent plus, comme il l’eut été autrefois , isolé du genre humain. Le train , qui emporte ses denrées, le conduirait lui-même en 48 heures d’une extrémité à l'autre de la République. Il demeure par la pensée et il est , en réalité, grâce à la poste et au télégraphe, en communication avec le pays natal où il a laissé des parents, des amis, des intérêts, des souvenirs. C’est encore la vapeur , force motri a de la locomotive sur le continent et du paquebot sur mer, qui a triomphé de l'effroi que causait l'éloignement.
La statistique générale de l’ émigration fournit une
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INTRODUCTION
'preuve éclatante du changement que la vapeur a produit dans cette disposition des esprits. Avant qu’elle ne fût employée à la locomotion , durant la période quinquennale 1815-1819, la moyenne annuelle des émigrants partis des ports de la Grande-Bretagne , pour les parties du monde autres que l'Europe , était de 19-400; elle s'est élevée à 384.000 dam la période de 1880-1884 et, quoiqu'elle ait un peu fléchi , elle a été encore de 350 000 dans celle de 1 885-1 888 1 2 3 .
L’Angleterre était, en 181 9, le seul pays d'où l'émigration fût importante. Elle a maintenant des concurrents, surtout V Allemagne et l’Italie , et les statisticiens évaluent à plus de 650.000 le nombre des Européens qui chaque année quittent aujourd’hui leur patrie pour chercher une condition meilleure dans une autre partie du monde*.
Cet exode n' appauvrit pas l'Europe et il enrichit les contrées sur lesquelles se portent ces courants humains.
Celui qui se dirige sur la République Argentine est un des plus considérables et il augmente rapidement : le port de Buenos- Ayres, où débarquaient en moyenne par an 5.000 émigrants seulement de 1857 à 1860 , en a reçu 40 000 en 1878 et 261.000 en 1889.
Les faits et les dates de l'histoire de la République Argentine attestent bien que la révolution économique qui a fourni à la terre des hommes et à ses produits des débouchés ne date véritablement que du jour où les révolutions politiques ont cessé. C'est après la chute de Rosas et sous la présidence du général Mitre que le mouvement s’est accentué". L'ordre social, la liberté des per-