E. LEVASSEUR
APERÇU HISTORIQUE1
La République Argentine, doit son nom au Rio de lu Plata (rivière de l’argent), découvert en 1516 par Juan Diaz de Solis, le premier Européen qui ait abordé ces contrées.
La découverte de la mer du Sud par Ealboa parti de Panama (1513), et les explorations des côtes orientales de l’Amérique méridionale avaient démontré l’existence du nouveau continent, et l’on cherchait, à son extrémité sud, la communication des deux océans.
Solis mourut sur le Rio de la Plata, et ses compagnons revinrent immédiatement en Espagne, sans avoir trouvé le passage cherché ni parcouru les côtes du grand estuaire.
Hernando de Magallanes, ou Magellan, comme on l’appelle en France, découvrit ce passage parle détroit qui porte son nom (1520).
Sébastien Gabotlo explora le Rio de la Plata et ses affluents, le Parana, l’Uruguay et le Paraguay jusqu’au Bermejo (1526-1530); il réussit à fonder, sur le confluent du Garcarana et du Parana, à Sancti Espirilus, une ville qui d’ailleurs disparut bientôt.
1. L’auteur de cet « aperçu » est M. Édouard L. Bidau, professeur au collège national de Buenos- Ay res.
Le premier noyau de la colonisation est dû à la puissante expédition commandée par don Pedro de Mendoza qui fonda la ville de Buenos-Ayres (1535 ou 1536) ; mais par suite des hostilités des Indiens Querandis, il se vit contraint de l’abandonner pour se réfugier dans les ruines du fort del Espiritu Santo.
De là il envoya son lieutenant Juan do Ayolas, avec mission de remonter le Parana et le Paraguay, pour chercher une voie qui permît de communiquer avec les Espagnols du Pérou.
L’expédition d’ Ayolas n’atteignit pas le but qu’elle se proposait, mais, par contre, elle fonda la ville de la As u ncio/i aujourd'hui capitale de la république du Paraguay, et premier centre de colonisation dans ces régions.
Avec la fondation de la Asuncion, commence la conquête définitive du territoire argentin, par l’action de trois courants distincts, venus respectivement de l’est, du nord et de l’ouest.
Au premier, on doit les villes de Sauta Fé, Buenos-Ayres et Corrientes ; au second celles de Santiago del Estero, Salta, Jujuy, la Rioja et Catamarca ; au troisième, enfin, Mendoza, San Juan et San Luis.
D’autres villes furent fondées, parmi lesquelles plusieurs ont disparu, et d’autres, comme Santa Cruz de la Sierra, no sont pas comprises dans les limites du territoire argentin.
Le désir d’acquérir rapidement des richesses, excité parce qu’on racontait de l'or trouvé dans l’empire des Incas, stimulait l’esprit d’aventure des soldats espagnols et les poussait à marcher en avant.
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Aussi, tandis que les conquérants du Rio de la Plata cherchaient, dès le premier jour, à communiquer avec ceux du Pérou, ceux-ci, décimés par la guerre civile qu’avait engendrée la cupidité, s’avançaient vers le sud jusqu’aux rives du Parana. De leur côté, les conquérants du Chili, se trouvant à l’étroit entre la mer et la Cordillère, traversèrent les Andes et s’élablirent à Cuyo.
Ces circonstances expliquent la formation des trois courants dont nous avons parlé, de mémo que leurs mouvements respectifs expliquent la division administrative qui fut appliquée au territoire,
Après les adelantazgos* créés par les rois d'Espagne, non pas tant en vue d’établir des divisions administratives que pour réaliser sans frais la conquête, les concessionnaires des adelantazgos pourvoyant aux dépenses des expéditions, le territoire argentin fut divisé en trois provinces : Rio de La Plata, Tucuman, et Cuyo1 2. Chacune d'elles reconnaissait pour limites celles qu’avait tracées l’épée de ses conquérants, de sorte qu’on peut dire qu’à chaque courant correspondait une province.
Cette division subsista pendant presque toute la période de la colonisation. La création de la vice-royauté de Ruenos- Ayres, en 1776, réunit en un seul gouvernement les colonies qui forment aujourd’hui la République Argentine, la Bolivie, l'Cruguay et le Paraguay, mais elle ne modifia que fort peu la division primitive. La seule réforme introduite consista à joindre La Rioja et Cordoba, sous le nom de Cordoba, à la province de Cuyo, et à donner à la province de Tucuman démembrée le nom de Salta.
1. Adelantazgos . On donnait ce nom aux territoires qui étaient placés sous la direction des gouverneurs avec pleines facultés. Ces gouverneurs étaient appelés adelantados.
2. Cuyo comprenait les trois provinces actuelles de San Juan, Mendoza. et San Luis.
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La période de la colonisation fut une époque triste et monotone ; elle n’apporta que des progrès lents et rares, et s’écoula morne et Iranquille, sous le régime absolutiste établi par les rois d’Espagne.
Deux buts précis, poursuivis avec une opiniâtreté tenace, dominent la législation coloniale, lui impriment leur cachet et lui assignent son caractère : l’enrichissement de l’Espagne et le respect de l’autorité royale.
L’Espagne, et l’Espagne seule, devait recevoir les richesses de l’Amérique; le roi, le roi seul, devait gouverner le nouveau continent.
Afin de réaliser ces vues, conformément aux idées qui avaient cours à celte époque, on monta une machine gouvernementale compliquée; on interdit toute union entre les gouvernants et les gouvernés ; une surveillance réciproque fut établie parmi les autorités; celles-ci furent soumises pour tous leurs actes à une stricte responsabilité; on supprima de fait l’intervention des créoles dans la gestion des intérêts publics. Toute communication avec les étrangers fut prohibée pour des motifs à la fois politiques et religieux, et frappée des peines les plus sévères; et on laissa grandir les peuples dans l’ignorance. .
Dans l’ordre économique, on établit un rigoureux monopole : le commerce devait se faire par un seul port en Espagne, et par deux ports pour toute l’Amérique. Encore ces derniers étaient-ils situés au nord, de sorte que les colonies du sud étaient condamnées à payer des prix excessivement élevés pour les marchandises qui leur arrivaient après avoir
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traversé, à dos de mule, la moilié d’un continent. Plus tard, le rigorisme de ce système absurde reçut quelque adoucissement. L’Espagne arriva à se convaincre de l’insuffisance des permis provisoires qui autorisaient l’enlrée de quelques navires dans certains ports comme celui de Ifuenos-Ayres ; elle reconnut l’impossibilité d’éviter la contrebande qui était devenue une nécessité vitale, et les colonies purent enfin commercer librement avec l’Espagne.
Cette mesure, due au gouvernement libéral de Charles III, eût été insuffisante de tout temps; mais elle l’était particulièrement alors, parce que l’industrie espagnole, appauvrie et ruinée, ne pouvait subvenir aux exigences et aux besoins croissants de l’Amérique.