CHAPITRE XI. — GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE
Nossi-Bé des créoles de la Réunion, fixés depuis longtemps dans le pays, ont mis cette petite île en valeur, avec des alternatives de réussite et d'insuccès. Ils connurent, avec la canne à sucre, une certaine prospérité, puis des heures pénibles, et, aujourd'hui> vanille, café et plantes à parfums les enrichissent à nouveau.
Dans la région du Sambiranp, de hardis particuliers et des sociétés se sont installés et cultivent le manioc, le cocotier, la vanille, le bananier, l'oranger, le mandarinier, le citronnier avec succès; ils commencent aussi à planter du cacao, du poivre et de la canne à sucre. Des usines à sucre et des usines pour la préparation de la farine de manioc sont en construction. Les cultures s'étendent petit à petit vers le Nord, dans les plaines de la Mahavavy, qui se rattachent économiquement au Sambirano. C'est là le plus bel effort qui ait été tenté à Madagascar.
Il a été exporté 7.520 t. de manioc sec en 1919 et 14.565 t. en 1920, 260 t. de farine de manioc en 1919 et 750 t. en 1920, 40 t. de vanille en 1919 en près de 98 t. en 1920, 1.200 t. de coprah en 1919, mais seulement 590 t. en 1920\ 11 tonnes de café en 1919 et près de 16 tonnes en 1920.
L'indigène y produit peu, se contentant de quelques maigres récoltes vivrières et de pêche. Un très petit nombre est au service des Européens qui doivent généralement faire appel à la
main-d'œuvre Antaimoro et Betsileo.
Région de TOuest. — L'avenir agricole de la Colonie est surtout dans la région de l'Ouest avec ses plaines immenses, au sol fertile, où l'indigène, avec le même effort, peut produire trois fois plus que dans le Centre, et où les conditions de vie, plus faciles, rendent la race plus prolifique.
Trois groupes de plaines, séparés entre eux et des autres régions de l'île par d'immenses espaces presque déserts, peu fer-
{i) Ces disproportions pour le manioc et le coprah proviennent de ce que, en 1919, une partie des récoltes n'a pu être expédiée, faute de bateaux, et le stock restant n'a pu partir qu'en 1920, avec la récolte de l'année. La production moyenne est de 10 fi 12.000 tonnes de manioc et de 800 ;"i 000 tonnes de coprah par an.
tiles, mais convenant à l'élevage tel qu'il est pratiqué par l'indigène, y existent autour de trois ports : deux déjà ébauchés, Majunga et Tuléar aux deux extrémités, le troisième, dont la création s'impose, vers le delta de la Tsiribihina. Le groupe de la Tsiribihina est de beaucoup le plus vaste et le plus important. Déjà de gros efîorts ont été faits dans les plaines de la Mahajamba, de Marovoay et du lac Kinkony qui se transforment en rizières, (près de 9.000 tonnes de riz bla-ne exportées en 1919 et autant en 1920) et dans les plaines alluvionnaires qui s'étendent de Morondava à Tuléar, où poussent le pois du Cap (27.000 t. en 1919 et 16.500 en 1920)^ et le haricot et où le coton viendrait probablement très bien.
L'indigène y cultive des pois du Cap et du riz, mais il préfère s'occuper de ses troupeaux de bœufs.
Région du Centre. — Le Centre, par son climat, conviendrait à la petite et moyenne colonisation européenne. L'Européen peut y vivre avec sa famille et y fournir un effort plus considérable qu'ailleurs. Les fruits et les légumes d'Europe y ont été introduits partout, par les différentes missions confessionnelles d'abord, par le Service de Colonisation ensuite. Le sol est d'une grande fertilité autour des épanchements volcaniques. Ailleurs l'érosio-n n'a laissé que la roche ou la latérite stérile, sur laquelle pousse une herbe dure, employée surtout comme combustible par l'indigène ; seuls les fonds de vallée, si nombreux en ce relief tourmenté, peuvent être mis en valeur. Ils sont généralement transformés en rizières et les abords servent aux différentes cultures vivrières indigènes.
Dans l'Imerina et le Betsileo, les indigènes ont établi de belles rizières dont les étages se superposent souvent jusqu'au sommet des collines, utilisant le moindre filet d'eau.
Région du Sud. — Dans le sud la Colonisation n'a pu faire grand-chose en raison du climat et du manque de voies de
(1) Les 27.000 tonnes exportées, en 1919, proviennent de la production de l'année et d'une partie de la récolte 1918 qui n'avait pu être embarquée faute de bateaux. La production moyenne est de 13.000 tonnes par an.