‹ Geographie De StrabonChapitre 100 sur 181 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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mines, des poulpesdu poids d'un talent, des calmars de deux coudées de long et le reste à Tavenant. On a remarqué aussi que les thons, qui des différents points du littoral de la mer Extérieure' affluent vers cette côte, sont singulièrement gros et gras : cela tient à ce qu'ils trouvent à s'y nourrir du gland d'un chêne qui croît au fond de la mer, et qui, bas et écrasé de sa nature , n'en porte pas moins de très-gros fruits. Cet arbre* croît du reste avec la même abondance dans l'intérieur des terres enibérie, et il a cela de particulier que ses racines n'ont pas moins de profondeur que celles du chêne ordinaire quand il a atteint sa pleine croissance , et qu'en même temps son tronc est moins élevé que celui du chêne nain. Or, telle est Tabondance des fruits de ce chêne sous-marin, qu'une fois l'époque de la maturité venue on voit tout le rivage, en dedans comme en dehors des Colonnes d'Hercule, couvert de glands que le flux y a rejetés. Notons seulement qu'en deçà du détroit le gland va toujours diminuant de grosseur. Suivant Polybe, la mer porte ces glands des rivages de ribérie à ceuxduLatium; mais il se pourrait, ajoute-t-il, que cette espèce de chêne crût aussi en Sardaigne et dans les îles voisines. Les thons, de leur côté, à mesure qu'ils se rapprochent du détroit des Colonnes en venant de la mer Extérieure, maigrissent sensiblement, faute de rencontrer dans ces parages la même abondance de nourriture. C'est ce qui fait dire encore à Polybe qu'on pourrait donner au thon le nom de cochon marin ^, à voir comme cet animal est friand de gland et quelle propriété merveilleuse a le gland de l'engraisser. Ou a remarqué enfin, suivant lui, que, quand le gland foisonne, les thons foisonnent aussi.

cise,

ou

d'ane grossière erreur botanique, j'entends la confusion du Fucus vesiculôaûs

AYecVIlex major. Yoy. BotanischeErlâuterungenzu Strabons Geo^rap/ite, etc.,

JEin Versuch von D' Ernst H. F. Meyer (KSnigsberg, 1852, in-8»), p 3-6.

2. Après «voir hésité entre l'ingénieuse restitution de M. Piccolos Tivai xc icapaicXvjjiov ût tb Çûov et celle de M. Mûller cIkcIv tc itapcîvai OaXetmov etc. f nous nous sommes décidé pour celle-ci qui a le grand avantage de reproduire cette pensée de Polybe « qu'on ne se tromperait guère en appelant le thon un cochon de mer. » Cf. Polybe, dans Athénée, 1. VU, c. xiv.

8. Qu'à tant de richesses, maîntenaût, dont la Tardé* tanie est pourvue, la nature ait encore ajouté la richesse minérale, ce n'est pas là, disons-le, un mince sujet d'étonnement, mais bien un fait insolite qu'on ne saurait trop admi* rer. Car, si toutes les parties de l'Ibérie abondent en mines, toutes n'ont pas en même temps une fertiUté égale, une égale richesse de productions, elles sont même moins fertiles à proportion qu'elles sont plus riches en mines, et il est très-rare qu'un pays possède au même degré l'un et l'autre avantages, trè&-rare aussi que, dans les limites étroites d'un même canton, les différentes espèces de métaux se trouvent réunies. La Turdétanie cependant, comme aussi le pays qui y touche, jouit de ce double privilège et à un degré tel qu'il n'y a pas d'expression admirative qui ne demeure bien au-dessous de la réalité. Nulle part, jusqu'à ce jour, on n'a trouvé l'or, l'argent, le cuivre, et le fer à l'état natif dans de telles conditions d'abondance et de pureté. Pour ce qui est de l'or, on ne l'y extrait pas seulement des mîoes, mais aussi du lit des rivières au moyen de la drague. Il y a en effet une espèce de sable aurifère que charrient les torrents et les fleuves, mais qui se trouve également dans maints endroits dépourvus d'eau : seulement, dans ces endroits, l'or échappe à la vue, tandis qu'aux lieux arrosés d'eau vive on voit de prime abord reluire la paillette d'or. Au surplus, dans ce cas-là, on n'a qu'à faire apporter de l'eau et à en inonder ces terrains secs et arides, pour qu'aussitôt l'or reluise aux yeux. Gela fait, soit eu creusant des puits, soit par tout autre moyen, on se procure le sable aurifère, on le lave ensuite et l'or est mis à nu. Actuellement les lavages cfor sont plus nombreux dans le pays que les mines d'or proprement dites. A entendre les Galates ou Gaulois, leurs mines du mont Cemmène et celles qu'ils possèdent au pied du mont Pyréné, sont bien supérieures à celles d'Ibérie ; mais de fait les métaux d'Ibérie sont généralement préférés. Il arrive quelquefois, dit-on, qu'on rencontre parmi les paillettes d'or, ce qu'on appelle des pales, c'est-à-dire des pépites du poids d'une demi-livre et qui ont à peine besoin d'être

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purifiées. On parle aussi de pépites plus petites et de forme mamelonnée qu'on trouve en fendant la roche. Ces pépites soumises à une première cuisson et purifiées au moyen d'un mélange de terre alumineuse donnent une scorie qui n'est autre chose que ïeîectrum. Cette scorie d'or mêlé d'argent est cuite de nouveau, l'argent dors est brûlé et l'or seul demeure : l'or est eu effet de sa nature fusible [et mou^ tandis que l'argent a quelque chose de résistant*] et de lUhoîde ou de terreux. C'est ce qui explique que le feu de paille convienne mieux pour faire fondre l'or ; car cette flamme , un peu molle, est proportionnée en quelque sorte à la nature tendre et fusible de l'or, tandis qu'il se perd beaucoup de substance avec un feu de charbon, qui, plus fort et plus acre, liquéfie trop le métal et le vaporise. — Pour l'exploitation des rivières à paillettes, on se sert de la drague, et le sable qu'elle extrait est lavé près de là dans des auges ou sébiles, ou bien Ton creuse un puits sur la rive, et la terre qu'on en retire est soumise au lavage. On donne en général ici une grande élévation aux fourneaux à argent, pour que la fumée, qui se dégage du minerai et qui de sa nature est lourde et délétère, se dissipe plus aisément en s'échappant plus haut dans l'air. Quant aux mines de cuivre qu'on exploite dans le pays, elles portent, quelquesxmes du moins, le nom même qu'on donne aux mines d^oTy et les gens du pays en concluent qu'effectivement dans les anciens temps on extrayait de l'or de ces mines.

9. Posidonius célèbre l'abondance et la supériorité des métaux de l'Ibérie et, dans ce passage, non-seulement il ne s'abstient pas des figures de rhétorique qui lui sont familières, mais il se laisse aller, on peut dire, à toutes les hyperboles du lyrisme. Écoutez-le : il croit ce que raconte la fable, qu'anciennement, après un vaste embrasement des forêts, la terre, pré-

i. Noas avons traduit d'après la restitution proposée par M. Mûller tv8uixwoç fèif 6 Cxpyer&ç xal ttxzuA^, 6 h i^fi^q àvzi] tuico« xal Xie(!i$i)(;, mais sans la crolro encore définitive. C'est là un de ces passages qui ne pourraient être élucidés et restaurés que par un ingénieur des mines qui aurait spécialement étudié les procédés et les notions xpétallurgiques des anciens, et qui serait en même temps un philologue exercé. Voy. Mûller, Index, var. kct., p. 993, col. 2, aa bas de la page.

cieux composé d'argent et d'or, fut liquéfiée^ et vomit ces métaux à sasurface, il le crpit^ c d'autant qu'aujourd'hui encore, chaque montagne, chaque colline de Tlbérie semble un amas de matières à monnayer préparé des mains mêmes de la prodigue Fortune. En somme, ajoute-t^il', qui voit ces lieux peut croire qu*il a sous les yeux le trésor intaris-

\ sable de la nature ou Tinépuisable réserve d'un souverain.

\ Cette terre en effet (c'est toujours lui qui parle) n'est pas riche seulement par ce qu'elle montre, elle Test plus encore par ce qu'elle cache, et Ton peut dire en vérité que pour les Ibères ce n'est pas le Dieu des enfers, mais bien le Dieu des richesses, que ce n'est pas Pluton, mais bien Plutus qui occupe les profondeurs souterraines. » Voilà dans quel langage fleuri Posidonius a parlé des mines de Vlbérie, comme si lui aussi avait à son service une mine inépuisable de mots et d'images ^ Plus loin, voulant donner l'idée du zèle des mineurs turdétans, il rappelle le mot du Phaléréen sur les mines d'argent de PÂttique : « à voir ces hommes creuser lu terre avec autant à! ardeur^ ne dirait-onpas qu'ils espè' rent en extraire Pluton lui-même? » A cette ardeur il compare l'industrie et l'activité que déploient les Turdétans soit pour creuser leurs profondes et sinueuses syringes^ soit pour épuiser à l'aide de la limace égyptienne Teau des fleuves souterrains qui de temps à autre leur barrent le passage. Seulement, le travail des mineurs turdétans est autrement récompensé ' que ne l'est celui des mineurs de l'Âttique. Tandis que ceux-ci, en effet, semblent réaliser la fameuse énigme : < Ils n*ont pas eu ce qu'ils comptaient avoir et ont perdu ce qu'ils avaient\ » les Turdétans, eux, retirent d'énormes profits de leurs mines : dans celles de cuivre, par exemple, le cuivre pur représente le quart de la masse de terre extraite et il est telle mine d'argent qui rapporte à son pro-

1. M. MUlIer a bien raison de dire qu'en sobstitnant ici icXodtu à )<ivw m. Meineke fait disparaître toute la beauté, disons mieux, tout le joli du passage, venerem loci pessundat, cf. Meineke : Vind. Stràb.f p. 18. ~ 2. Ta i' a«Xov au lieu de tàv Mlov^ correction très-heureuse de M. MÛUer. Cf. Meineke. Vind. Strab., p. 21. — 8. Voy. dans Vind, Stràb» (p, 31), la manière dont M. Meineke discute tout ce passage difficile.

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