‹ Geographie De StrabonChapitre 102 sur 181 · LIVRE m · texte numérisé non relu

LIVRE m

Sacré on compte cinq jonmées de naTÎgation, quand la distance réelle n'excède pas 1700 stades; — que le phénomène des marées ne se fait pas sentir au delà dudit ^promontoire, quand il est constant qu'il se produit sur toute la circonférence de la terre habitée ; — que, pour le vaisseau ^qui fait voile vers la Celtique, la navigation de TOgéan est plus facile et plus sûre le long des cô^es septentrionales [que le long des côtes méridionales] de llbérie * ; — et comme en général il s'est trompé toutes les fois qu'il s'est laissé prendre â l'aplomb impudent de ce Pythéas*.

12. Les fictions d'Homère, à considérer aussi bien celles qu'il a pu composer d'après de fausses données que celles qui reposent sur des notions plus exactes et plus vraies, nous fournissent plus d'un indice que ce poète, le curieux, le chercheur par excellence, avait déjà une certaine connaissance de ces lieux. Ainsi^ c'était sans doute uiîe donnée fausse que cette situation attribuée anciennement à Tartessos aux derniers confins de l'occident, c'est-à-dire aux lieux mêmes où, pour nous servir des expressions du poëte, disparaît dans l'Océan « l'étincelant flambeau du soleil traînant après soi la nuit noire sur la terre au sein fécond. » Mais, comme la nuit, par son nom sinistre,, donne à tous ridée d'un lieu proche des enfers, et que les enfers à leur tour confinent au Tartare, on peut supposer qu'Homère, sur ce qu'on lui avait dit de .Tartèssos, s'est servi de ce nom en le dénaturant et en a tiré celui du Tartare, pour l'appliquer ensuite à la partie la plus reculée deis régions souterraines, non sans rembellir de mainte fiction, conformément à l'usage des poètes. N'est-ce pas là ce qu'il a fait pour les Cimmériens? Sur ce qu'il avait appris de la

1. Noas avons traduit ce passage d'après la restitation proposée par M. Miiller:

xi icpoffei^wTtxà |iipt| t^ç 'iSiiptaç tùicapo^tîtTeaa [tOv vottwv] eTveu [toXç] mbç -cîjv RcXTUri)v xaxà TOV àxcavÀv icUouai. Voy. Index var. lectionis, p 953, col. 2, 1. 32.

3. Tf[ IIu6iov icKTCuxroç dXaÇovel^ , au li&U de ThUa icivrr&craç ^l'dXat^ovclav : correction de M. Mûller, aai en propose encore deaz' auitres. Mais qu'on adopt» Tune ou l'autre, on celle encore que propose M Piccolos et qui se recommande comme toutes les siennes par son élégance, toujours est-il que le mot é).aCovtlav nous parait devoir être conservé, Strabon ne nommant jamais P^théaa sans lyouter à son nom quelque épithète injurieuse, et celle-ci de préférence. M. Meineke. lui, y voit une glose et i'écarte pour cette raison (voy. Kmâ. Strab.fP. l4); maisici encore nous le jugeons trop subtil.

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position de ces peuples au nord et au couchant du Bosphore, il les a transportés au seuil même des enfers, obéissant peut-être bien aussi en cela à la haine commune des Ioniens pour cette nation qu'on prétend avoir, du vivant d'Homère ou peu de temps avant lui , envahi l'Asie jusqu'à l'iEolide et à rionie. N'est-ce pas par le même procédé encore qu'il a imaginé ses Planctœ ou roches errantes à l'instar des Gyanées, tirant toujours ses fables de quelque fait réel parvenu à sa connaissance? Gomme les Gyanées sont des écueils dangereux, si dangereux même qu'on les appelle quelquefois aussi les roches SymplégadeSy c'est sous les mêmes couleurs qu'il a représenté les Planctae dans son poëme, imaginant pour plus de ressemblance cette navigation périlleuse de Jason au milieu des îles errantes, ^j^^^^^ V^^ ^^ détroit des Colonnes et le détroit de Sicile lui suggéraient aussi tout naturellement ce mythe des Planctae. Ainsi de la fiction du Tartare, fondée pourtant sur une donnée fausse, on peut déjà conclure qu'Homère connaissait la Tartesside et qu'il y a fait allusion.

13. Mais la chose ressort mieux encore [de Temploi qu'il a fait de certaines notions positives] que nous allons rappeler : l'expédition d'Hercule, par exemple, en ces contrées lointaines et celles des Phéniciens aux mêmes lieux lui donnaient des vaincus l'idée d'un peuple riche et amolli; et il est de fait que l'assujettissement de celte partie de l'ibérie aux Phéniciens a été si complet, qu'aujourd'hui encore, dans la plupart des villes de la Turdétanie et (fes campagnes environnantes^ le fond de la population est d'origine phénix^ienne. Il me paraît certain aussi qu'Ulysse avait poussé jusqu'ici ses courses guerrières, et qu'Homère, qui avait dû rechercher dans l'histoire tout ce qui se rapportait à son héros, l'a su et en a tiré prétexte pour transporter l'Odyssée, comme il avait fait riliade,du domaine de la réalité pure dans celui de la poésie et des mythes ou fictions familières aux poètes. Il est constant, en effet, que ce n'est pas seulement sur les côtes d'Italie et de Sicile et dans les parages environnants qu'on peut relever les vestiges de toute cette histoire ,

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